Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, sur le 75ème anniversaire de la Libération de Strasbourg, à Strasbourg le 17 novembre 2019.

Texte intégral

Monsieur le préfet,
Monsieur le maire de Strasbourg,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le gouverneur militaire de Strasbourg, mon général,
Monsieur l'archevêque de Strasbourg, monseigneur,
Monsieur le président de l'association des anciens de la 2ème DB, mon général,
Mesdames, messieurs,


Le 23 novembre 1944, le lieutenant-colonel ROUVILLOIS adresse au général LECLERC des mots sibyllins, des mots codés. Des mots qui vont parcourir comme une traînée de poudre toute la division. "Tissu est dans iode !". Pour tous les informés, le message est clair, il est enthousiasmant : la 2ème DB est entrée dans Strasbourg.

En ce début d'après-midi, Strasbourg s'agite dans un étrange mélange d'exaltation et de combats. Des balles sifflent encore mais la foule est là. Emue et joyeuse, anxieuse et passionnée. Dans la ville, l'éclatante nouvelle se répand : le bleu-blanc-rouge flotte à la pointe de la cathédrale. Enfin, la lumière reparaît en même temps que la liberté.

A 142 mètres de hauteur, malgré le vent, Maurice LEBRUN, un jeune Spahi de 23 ans, conducteur de char, est parvenu à fixer un drapeau tricolore confectionné à la hâte et marqué de la croix de Lorraine. Lorsqu'il pose le pied à terre, redescendant de son exploit, le serment de Koufra est accompli !

La France rentre enfin chez elle. En retrouvant le sol alsacien avec l'honneur de ses armes et la fierté de ses couleurs, la France est rendue à elle-même. Le fracas des combats se poursuit ; la guerre n'est pas encore gagnée, mais une part de l'âme de notre pays vient de renaitre de ses cendres. Car sans Strasbourg, la Nation est comme mutilée.

Strasbourg est libre ! Trois petits mots sont prononcés et un frisson parcourt toute la Nation. Trois petits mots qui font tourner le regard de tout un peuple vers la Place KLEBER. Arrachée par la Prusse en 1870, recouvrée par la France en 1918, annexée et durement occupée par l'ennemi en 1940, de retour dans le giron national en 1944, l'Alsace a symbolisé le destin de la patrie.

Du désert libyen jusqu'à la plaine d'Alsace, la bravoure des combattants de la 2ème DB a balayé la détermination de l'ennemi. Une fois de plus, la division LECLERC a démontré son courage et le génie de son chef. Pour l'armée française, c'est une victoire militaire, c'est un symbole. Celui de la France qui se révèle et qui lutte.

Après Bir Hakeim, la Corse, Garigliano, Toulon et Paris, Strasbourg s'écrit en lettres d'or dans la liste de nos faits d'armes.

Nous nous souvenons de l'abnégation de nos forces lors de la contre-attaque de la Wechmacht à l'hiver 45. Il fallut toute la résolution du général DE GAULLE et des chefs français pour ne laisser aucune chance à l'ennemi de reprendre la terre sacrée. La 1ère armée de DE LATTRE et nos alliés américains se sont illustrés dans de longs et âpres combats. Dans ces instants, la fraternité d'armes n'est pas un vain mot.

Honneur à nos soldats venus de métropole, d'Outre-Mer, d'Afrique et du Pacifique.

Honneur à nos héros Morts pour la France !

Au nom du Président de la République, je veux exprimer la gratitude de la Nation à tous ceux qui ont porté nos armes et qui ont combattu. Nous sommes réunis aujourd'hui parce que, 75 ans après, notre reconnaissance ne faiblit pas.

Je m'incline

- devant les soldats des armées françaises,

- devant les soldats de nos alliés qui ont accepté de verser leur sang sur la terre alsacienne au nom d'un idéal commun,

- devant les combattants de l'armée de l'ombre, ces innombrables résistants alsaciens qui ont incarné la flamme de l'espérance, qui ont préparé le terreau de la Libération et de la Victoire. Ils étaient Marcel WEINUM, Georges WODLI, et tant de femmes et d'hommes qui ont empêché l'humanité de tout à fait sombrer.

Évacuation, annexion, nazification, incorporation de force, travail forcé, répression et déportation, terreur du Struthof : durant quatre cruelles années, rien n'a été épargné à l'Alsace. Le long calvaire des "Malgré eux" et des "Malgré elles", les souffrances de Schirmeck sont des douloureux exemples de la tragédie alsacienne.

Pourtant, le 23 novembre 1944, la vie est là. Triomphante ! Rayonnante ! La foule en liesse de la rue des Franc-Bourgeois. La population qui fraternise, rue Mercière, autour d'une jeep des libérateurs. Place Saint-Etienne, les embrassades de jeunes Strasbourgeoises aux héros du jour. Ici, un jeune soldat de l'Oise, là un autre de Sarthe, qui rencontrent celles qui sont devenues leurs épouses. C'est la France réunie, c'est la France rassemblée qui regarde vers l'avenir et qui s'apprête à reconstruire le pays.

Le Rhin, comme le disait le général DE GAULLE, hier barrière, frontière et ligne de combat est devenu un lien entre la France et l'Allemagne. Aujourd'hui, il est une artère vitale de la paix européenne que nous chérissons. Nous la chérissons car nous connaissons le prix de la guerre. Nous chérissons également notre mémoire. Car nous savons que de l'ignorance du passé naissent fatalement les errements du présent.

C'est pour cela que le Gouvernement a souhaité marquer avec force le 75ème anniversaire de la Libération de notre territoire et que le ministère des Armées s'y est particulièrement investi. De la Normandie à Strasbourg en passant par la Provence et Paris, d'Oradour à Maillé, des Glières aux Vercors, ce sont les armées françaises et nos alliés, ce sont les héros de la Résistance que nous avons célébrés. Sans oublier les victimes civiles, ce sont les combattants de la liberté que nous avons honorés.

Alors qu'avec Strasbourg se clôt un cycle de commémoration, je veux remercier toutes les collectivités, toutes les associations et tous ceux qui ont permis que le travail de mémoire profite à tous et aux plus jeunes en particulier.

Strasbourg est la ville-symbole par excellence pour conclure le 75ème anniversaire de notre Libération. Elle est le lieu idéal pour adresser un message de paix et d'amitié à nos amis allemands.

Alors que pendant 75 ans, entre 1870 et 1945, nos pays se sont déchirés ; depuis 75 ans, nous sommes en paix.

Et au lieu de détruire nous avons construit !


Vive la République !
Vive la France !


https://www.defense.gouv.fr, le 27 novembre 2019