Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le tourisme en Provence Alpes Côte d'Azur, à Marseille le 26 novembre 2019.

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Circonstance : Signature de l'accord cadre "développement et internationalisation touristiques de la région Provence Alpes Côte d'Azur" entre la Région, le Comité régional du tourisme et Atout France

Texte intégral

Monsieur le Président, Cher Renaud,
Monsieur le Président du comité régional du tourisme,
Monsieur le Président d'Atout France,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les professionnels du tourisme,
Mesdames et Messieurs,


C'est mon huitième déplacement comme ministre de l'Europe et des affaires étrangères à Marseille. Cela commence à frôler les bonnes habitudes, pas autant que mes déplacements en Bretagne, mais cela va finir par devenir significatif et je le fais toujours avec autant de plaisir. Quand je viens ici j'ai du plaisir. Pas uniquement pour rencontrer Renaud Muselier, mais aussi pour le rencontrer.

Je voudrais bien essayer de régler le différend entre le préfet de région et le président de région sur la dénomination. Il me vient comme ça une petite musique de la chanson de Nino Ferrer "On dirait le Sud" ce n'est pas le sud, mais on dirait le sud. On pourrait peut-être dire - " Provence Alpes côte d'Azur, on dirait le sud ". Je ne sais pas, je vous laisse poursuivre cette conversation entre vous.

En tout cas, je suis vraiment très heureux d'être là, à la fois pour participer dans un instant, au troisième acte de la Méditerranée du futur. J'étais présent aux deux premiers, mais aussi pour être présent ici pour apporter mon soutien à l'accord que votre région, le comité régional du tourisme et Atout France vont signer pour permettre le renforcement du développement durable de l'économie touristique.

C'est une première, et je crois que nous sommes tous très fiers que ce soit une première, ici. Que cette première signature de ce contrat triennal ait lieu à Marseille ne surprendra personne, parce que, vous l'avez dit Monsieur le Président du CRT, l'an dernier, votre région a accueilli six millions de visiteurs internationaux, et ce succès s'explique. Bien sûr, parce que c'est l'une des plus belles régions de France, - ce n'est pas du tout avec la Bretagne que j'ai un problème mais c'est que si je vais dans une autre région après, et ça m'arrive, je ne vais pas uniquement à Marseille.

Ce n'est pas uniquement parce que vous avez des atouts exceptionnels, qui sont réels, mais c'est aussi parce que vous avez une approche volontariste de l'action touristique. Vous n'êtes pas dans l'économie touristique de cueillette, vous êtes dans l'économie touristique de conquête ; et toute la différence est là.

Je considère que cette approche, et ce que nous allons signer, c'est exemplaire à plus d'un titre. C'est exemplaire d'abord, parce que vous avez réussi, les uns et les autres, à dépasser les chapelles administratives, à fédérer une stratégie commune, à fédérer les acteurs locaux autour de cette stratégie, les départements, les métropoles et les villes, en donnant une notoriété internationale aux trois destinations emblématiques qui constituent autant de marques mondiales : Provence, Alpes et Côte d'Azur.

Autrement dit, vous avez structuré votre offre en vous plaçant d'abord du point de vue des visiteurs pour qui les découpages administratifs français sont souvent bien obscurs. Je crois que c'est cette méthode pleine de bon sens que je souhaite voir généraliser ailleurs. Ces difficultés antérieures que vous avez évoquées existent ailleurs, et votre sortie par le haut est tout à fait exemplaire et peut servir de référence.

La deuxième qualité exemplaire que je voudrais souligner, c'est que vous vous efforcez, dans votre stratégie touristique, de concilier environnement et développement de l'économie touristique. Vous montrez systématiquement que les deux exigences doivent aller de pair, non seulement pour renforcer la cohérence de votre cote d'avance, et de cette initiative très significative que vous avez prise, Monsieur le Président, et aussi dans l'intérêt du tourisme lui-même, parce que, mettre l'impératif de préservation de l'environnement au coeur des pratiques du développement touristique, cela fait partie de l'intérêt du tourisme sur le long terme.

Il y a d'ailleurs en plus une vraie demande de tourisme durable. Je sais qu'il y a ici à Istres des panneaux photovoltaïques, je sais qu'il y a des domespaces dans le massif des Ecrins, vous avez des initiatives de ce type qui confortent l'impératif de durabilité et qui confortent aussi de nouvelles attractivités possibles que vous avez su mettre en valeur.

Je veux ajouter aussi que, dans ce concept-là, il faut traiter, vous vous y employez, des impératifs qui sont liés à l'afflux touristique lui-même, que ce soit la pollution de l'eau dans la saisonnalité, que ce soit la question du traitement des déchets sur les sites touristiques.

Bref, il y a ici une vraie stratégie pour le tourisme durable. Cela m'intéresse d'autant plus que, dans le cadre du comité du conseil interministériel du tourisme, présidé par le Premier ministre, que je prépare au sein du comité de pilotage, nous allons mettre cette question au prochain rendez-vous.

Il y a un travail qui s'engage, avec des travaux pilotés par l'ADEME, pour aboutir à des propositions, et la référence à votre région sera tout à fait essentielle dans cette dynamique-là. Je tenais à le signaler et à vous dire que nous entendons jouer le jeu du tourisme durable avec vous et parce que c'est exemplaire. Et c'est la deuxième raison de l'exemplarité de ce que nous avons fait pour la région.

Et puis, la troisième raison de l'exemplarité, c'est le fait que vous soyez toujours à l'initiative pour innover et diversifier votre offre. C'est là que l'affaire de la cueillette ou de la conquête prend tout son sens. Vous savez innover pour anticiper sur les offres du tourisme de demain et l'exposer, ce qui vient d'être fait par votre président du CRT, me le confirme. Vous avez initié l'écotourisme, vous avez initié le tourisme du savoir-faire, le tourisme d'affaire ou encore le tourisme du goût. Et, là, je pourrais dire que mon ministère est très heureux d'avoir contribué aussi au tourisme du goût parce que la Provence a été mise à l'honneur dans la dernière édition de l'opération "Goût de France". Et ensuite je constate que vous avez, sur ce tourisme du goût, lancé le concept de la vallée de la gastronomie avec la région Auvergne Rhône-Alpes et la région Bourgogne Franche-Comté, dans des régions qui peuvent s'entendre ensemble, non pas pour dire qui est la plus belle, mais pour dire "on travaille pour attirer une dynamique touristique forte".

C'est dans cet état d'esprit que je voulais vous dire, Monsieur le Président du CRT, que ce sera la ville d'Aix-en-Provence qui accueillera le prochain salon " Destination Vignobles ". Il me semble d'ailleurs qu'il va falloir que je vienne une neuvième fois. En tout cas, c'est un enjeu important et cela montre aussi la force du partenariat qui lie Atout France, l'organisateur de cet événement, et votre région.

En mars dernier, vous avez rappelé tout à l'heure, Monsieur le Président, que s'étaient tenus ici les rendez-vous en France auxquels notre opérateur Atout France convie chaque année les prescripteurs internationaux. Ce fut un grand succès et je suis convaincu que " Destination Vignobles " le sera aussi pour les 150 tour-operators du monde entier qui découvriront la richesse de votre offre d'oenotourisme.

Voilà, déconcentration d'initiatives, tourisme durable, modèle de développement repensé, les choix de votre région, Monsieur le Président Muselier, rejoignent nos priorités. Je suis d'autant plus heureux de le dire que, comme vous le savez, le partenariat entre l'Etat et les régions est pour moi essentiel. Je le dis régulièrement, non seulement je le dis, mais aussi je le fais. Et il est très important que, dans le domaine touristique, nous puissions continuer à agir ensemble de cette manière. D'abord parce que l'attractivité touristique d'une région n'est pas la même selon les régions. Ce qui vaut pour une région ne vaut pas pour les autres obligatoirement. Donc, l'attractivité touristique n'est pas uniforme.

Et donc les propositions doivent partir d'en bas pour être relayées ensuite par Atout France dans la dimension internationale. C'est l'orientation que j'ai prise et que je tiens à mettre en oeuvre, y compris par le fait que les régions soient désormais beaucoup plus parties prenantes qu'elles n'étaient auparavant. Je m'adresse là au groupe des régions et à Atout France qui ne peut que le constater. Ensuite, parce que je souhaite que nous puissions renforcer la collaboration d'Atout France avec les régions et les CRT autour de trois chantiers essentiels : d'abord l'observation et la connaissance des flux touristiques - Monsieur le Président du CRT, j'ai bien entendu votre message et nous le partageons, vous avez un train d'avance sur le sujet, une statistique d'avance, une COP d'avance et une ingénierie d'avance, mais nous voulons travailler avec vous sur l'élargissement de cette compétence qui me paraît essentielle, - premier point.

Deuxième point de collaboration à renforcer entre nous, c'est l'ingénierie touristique. Et je conçois cette ingénierie touristique comme un outil au service des investissements et des innovations touristiques. C'est nécessaire pour être en mesure de répondre aux évolutions de la demande mondiale et Atout France est tout à fait désireux d'être porteur de ce partenariat-là, sur ce sujet. Cela, c'est un des chantiers nouveaux essentiels.

Enfin, mais c'est là plutôt une tradition, la promotion et le rayonnement de nos destinations à l'international. Nous nous sommes engagés dans la signature de ce contrat triennal pour renforcer aussi cet enjeu et cette volonté collective. Je souhaite qu'au-delà de cette première signature, Monsieur le Président des Régions de France, qu'il puisse y en avoir d'autres, et que cet exemple puisse faire des disciples parmi les différentes régions de France. En tout cas, je suis tout à fait disponible à conclure ailleurs.

Je voudrais enfin terminer mon propos pour constater avec vous que l'activité touristique en France se porte plutôt bien. On a une tradition française de décrire du noir, souvent. Il y a parfois du bon. Quand c'est bon, il faut le dire, quand c'est noir aussi, quand c'est bon aussi. Et concernant le tourisme, je vous rappelle d'où on vient : nous avions 83 millions de visiteurs en 2016, en France. En 2017 nous sommes montés à 87 millions de visiteurs, en 2018 nous étions à 90 millions de visiteurs et la tendance en 2019 est aussi à l'augmentation. Et nous sommes donc la première destination mondiale, les champions du monde. Donc, avec des soucis, positifs, c'est-à-dire à partir du moment où on est champions du monde et on continue à grimper, il ne faut pas être sur une rente, mais il faut anticiper les mutations. Et les anticipations des mutations doivent se faire dans les régions.

Deuxièmement, tout cela met 60 milliards d'euros de recettes en France. Pas tout à fait, c'est l'objectif que je dois atteindre, mais on est à 57 milliards. J'avais fixé 60 milliards quand je suis arrivé, on est à 57 maintenant. Et comment est-ce qu'on augmente ce chiffre ? Par la qualité de l'offre, et par le fait qu'on puisse maintenir les visiteurs plus de deux jours sur le territoire national. Donc, c'est la qualité de l'offre, dans des opérations comme celle menée aujourd'hui à Shanghai, c'est pour montrer à nos visiteurs chinois en particulier qu'il n'y a pas que la Tour Eiffel, ou que le Mont Saint-Michel.

Troisième élément d'intérêt, l'augmentation très sensible des investissements touristiques en France. Je souhaite que l'on atteigne 15 milliards d'euros d'investissements touristiques par an ? C'est ce que j'ai fixé comme orientation dès que je suis arrivé. Nous sommes à 14 milliards. On est sur le bon chemin. Donc, ensemble nous travaillons bien, continuons à le faire et je suis ravi d'être là pour cette signature que je considère comme une prise en compte. Merci pour votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 décembre 2019