Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à France Info le 10 janvier 2020, sur la concertation concernant la réforme des retraites, la Commission citoyenne sur le climat et les pesticides.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Les négociations reprennent ce matin sur les retraites à Matignon, et pourtant dès hier soir le gouvernement a envoyé le projet de loi aux partenaires sociaux. Cela sert à quoi de négocier ?

ELISABETH BORNE
Enfin, c'est bien normal qu'il y ait un texte de travail qui a été transmis au Conseil d'Etat, mais clairement ce texte peut évoluer en fonction des concertations d'ici à la présentation en conseil des ministres le 24 janvier et puis ensuite, il pourra évoluer bien sûr dans la discussion parlementaire.

MARC FAUVELLE
Tout est modifiable ?

ELISABETH BORNE
Enfin c'est le principe même d'un texte de loi. Vous savez, il peut d'abord, je vous dis, évoluer d'ici à la présentation en conseil des ministres et ensuite il y a un débat au Parlement. C'est fait pour faire évoluer les textes de loi.

RENAUD DELY
Alors le gouvernement aurait donc envoyé ce texte aux partenaires sociaux avant la reprise des négociations aujourd'hui, ce matin même, mais il y en a un qui n'a pas reçu le texte : c'est Philippe MARTINEZ, le secrétaire général de la CGT. Voilà ce qu'il affirmait sur Franceinfo il y a quelques minutes.

PHILIPPE MARTINEZ, SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT
A la CGT, on n'a pas de texte. Mais si on discute de choses qui sont déjà écrites, vous comprenez que ça ne me ravit pas d'aller faire, je vais le dire, l'imbécile devant le Premier ministre pour m'apercevoir que ces discussions ne servent à rien. Mais c'est un peu l'impression qu'on a depuis deux ans et demi.

MARC FAUVELLE
Le téléphone est coupé entre la CGT le gouvernement ? Les documents n'arrivent plus ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je n'ai pas de doute qu'on va retrouver le projet de loi destiné à Monsieur MARTINEZ. Je pense que ce qui est important, c'est de dire qu'il y a des syndicats, peut-être la CGT en fait partie, qui contestent le principe même de la réforme, qui ont un positionnement politique par rapport à cette réforme. Il y a d'autres syndicats - la CFDT, l'UNSA, la CFTC - qui souhaitent avoir des négociations, qui veulent des améliorations. Le gouvernement a dit qu'il est prêt à faire évoluer le texte. C'est le sens des négociations qui ont repris depuis le début de la semaine et qui se tiennent aujourd'hui même autour du Premier ministre.

MARC FAUVELLE
Est-ce que le Premier ministre, Elisabeth BORNE, est devenu un obstacle à la résolution de cette crise ?

ELISABETH BORNE
Le Premier ministre, il est au cœur des négociations qui sont attendues par certaines organisations syndicales. D'autres ne souhaitent pas discuter du texte de loi. Il est au cœur de ces discussions et donc la concertation, elle se tient aujourd'hui même autour du Premier ministre.

RENAUD DELY
Précisément au sein de la majorité, Elisabeth BORNE, de plus en plus de voix chez les députés Marcheurs demandent le retrait de l'âge pivot à 64 ans qui figure bien dans le projet de loi, dans le texte tel qu'il a été transmis. Celui qui s'accroche, celui qui veut absolument cet âge pivot dans le texte, c'est bien le Premier ministre.

ELISABETH BORNE
En fait, c'est tout le contraire. Le Premier ministre, il a dit qu'il était… Enfin qu'il trouvait que la proposition qui a été faite par la CFDT d'une conférence sur le financement était une bonne idée.

MARC FAUVELLE
Mais dans le même temps, il a semblé refermer toutes les autres portes possibles, que ce soit la hausse des cotisations retraite, la durée de cotisation. On dit aux partenaires sociaux de négocier mais on ferme toutes les portes sur le chemin.

ELISABETH BORNE
Non, je ne pense pas.

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce qu'il y aurait d'autre comme piste possible alors ?

ELISABETH BORNE
Le Premier ministre a dit clairement qu'on pouvait travailler sur un bouquet de solutions pour revenir à l'équilibre et qu'ensuite il faudrait trouver aussi une réponse. Je pense que les Français ne comprendraient pas qu'on leur présente une réforme sans se préoccuper de l'équilibre. Ça voudrait dire que ce serait…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on pourrait par exemple, Elisabeth BORNE, piocher aujourd'hui dans les caisses de retraite où i y a entre vingt et trente milliards d'euros ? C'est une possibilité ou c'est un interdit ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas faire les discussions qui se tiennent ce matin avant qu'elles aient lieu. Il y a différentes hypothèses qui sont sur la table. Le principe d'une conférence de financement, parce que ce n'est pas un sujet qui se règle dans un claquement de doigts, qui a été proposé par la CFDT et le Premier ministre a dit que c'était une bonne idée. Les modalités, le périmètre de cette convention, son calendrier c'est l'objet des discussions qui se mènent ce matin à Matignon.

MARC FAUVELLE
Je retente ma chance. Est-ce qu'il serait socialement juste que les Français les plus aisés cotisent davantage que ce qui est prévu dans le texte pour sortir de la crise ?

ELISABETH BORNE
Ça fait partie des hypothèses qui sont sur la table.

RENAUD DELY
La hausse des cotisations n'est pas un tabou.

ELISABETH BORNE
Je pense que ce qu'il faut avoir en tête, c'est qu'il y a d'une part, on ne va pas augmenter les cotisations payées par les salariés et leur faire baisser leur pouvoir d'achat. Il faut être évidemment attentif aux enjeux de compétitivité de nos entreprises. Ensuite cette discussion, c'est les sujets qui sont sensibles. Ça mérite qu'on prenne le temps. C'est le sens de la conférence de financement dont je ne vais pas faire les conclusions avant qu'elle ait lieu.

RENAUD DELY
Et la hausse des cotisations patronales dont le MEDEF ne veut pas entendre parler ?

ELISABETH BORNE
Vous voyez qu'il y a des débats entre les partenaires sociaux. Ça sera l'objet de la conférence qui se tiendra et qui doit prendre un certain temps. Il faut en définir les modalités et le calendrier. C'est l'objet des discussions ce matin.

RENAUD DELY
Mais vous comprenez que certains syndicats aient peut-être le sentiment d'être un peu piégés puisqu'effectivement le MEDEF ne veut pas entendre parler par exemple de la hausse des cotisations patronales et que le Premier ministre soumet l'abandon de l'âge pivot à un accord entre les partenaires sociaux sur ce cocktail de mesures. C'est exactement ce qui s'était produit lors de la réforme de l'assurance-chômage.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'on a des syndicats, certains syndicats qui partagent la préoccupation de l'équilibre de notre système de retraite. Donc ensuite évidemment, il y a des débats entre partenaires sociaux, c'est bien normal et moi je ne doute pas que tout le monde est attaché à ce qu'on trouve un compromis. C'est le sens des discussions qui se tiennent aujourd'hui à Matignon et ça sera le sens de la conférence qui se tiendra dans les prochaines semaines.

MARC FAUVELLE
En tout cas la réforme a gagné hier un nouvel adversaire, Elisabeth BORNE, c'est le président du Sénat Gérard LARCHER.

GERARD LARCHER, PRESIDENT DU SENAT
Comment voter une réforme qui porte sur 14% du PIB sans étude d'impact ? On ne peut pas s'engager sans savoir combien au fond cela va coûter, mais aussi dans ses conséquences, dans ses coûts et ses bénéfices, mais aussi dans ses conséquences sociales.

MARC FAUVELLE
Après dix-huit mois de concertation sur cette réforme, Elisabeth BORNE, est-ce que vous savez si elle va coûter de l'argent ou en rapporter ?

ELISABETH BORNE
Alors il y a évidemment des mesures de justice sociale qui sont des dépenses supplémentaires.

MARC FAUVELLE
Lesquelles ?

ELISABETH BORNE
Je pense que quand on dit qu'on veut un minimum de retraite à mille euros voire plus, puisque c'est une demande de certaines organisations syndicales…

MARC FAUVELLE
Ça, ça coûtera de l'argent.

ELISABETH BORNE
On voit bien que ça coûte de l'argent. Réciproquement, vous savez aujourd'hui que les régimes spéciaux c'est sept milliards et demi par an pour soutenir l'équilibre de ces régimes spéciaux, donc il y a aussi des économies.

MARC FAUVELLE
L'âge pivot, ça va rapporter de l'argent. On est d'accord.

ELISABETH BORNE
Vous savez, il y a différentes mesures qui rapportent de l'argent. La réforme du précédent quinquennat, la réforme Touraine qui demande plus de trimestre. Donc il y a des mesures qui coûtent de l'argent, il y en a d'autres qui en apportent et je pense qu'effectivement il faut prendre le temps de cette conférence de financement.

MARC FAUVELLE
On n'a pas la certitude que cette réforme au final ne va pas coûter plus cher qu'elle va rapporter.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est important, et les Français l'ont exprimé très fortement à la fin de l'année dernière et au début de cette année, ils ne souhaitent pas qu'on alourdisse les impôts. Donc il faut aussi prendre en compte cette dimension et chercher un équilibre du système qui ne nécessite pas des nouveaux impôts.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, vous restez avec nous. On va parler dans quelques instants d'une question qui intéresse quelques millions de Français, c'est celle du remboursement des billets et des abonnements depuis le début de la grève à la SNCF et à la RATP. (…)
- Elisabeth BORNE, après 6 semaines de grève dans les transports, et même un peu plus, finalement les abonnés au TER et ceux qui disposent d'un Passe Navigo en région parisienne, seront remboursés du mois de décembre, il faudra pour cela remplir un formulaire à la fin du mois. Il n'y avait pas plus simple ? On ne pouvait pas rendre ça automatique ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que... Il y a un site qui a été ouvert, par exemple en Ile-de-France, dans chacune des régions des modalités seront trouvées. Moi je souhaitais évidemment que tous les usagers qui ont eu un service très dégradé au mois de décembre, ne paient pas effectivement leur abonnement…

MARC FAUVELLE
Puisque c'est tout le monde, ça ne pouvait pas être automatique ?

ELISABETH BORNE
Donc, les modalités, elles doivent être définies entre la SNCF et les régions, avec la RATP en Ile-de-France. Je ne doute pas que les opérateurs ont à cœur de faire des choses simples.

RENAUD DELY
Mais justement, la SNCF choisit plutôt la distribution de bons, de bons d'achat plutôt que le remboursement automatique de ses usagers. C'est assez compliqué pour l'usager.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'il y a une avancée importante. Les Français qui ont été pénalisés par un service très dégradé, n'auraient pas compris de payer leur abonnement. Le principe a été posée qu'il y aurait un remboursement intégral des abonnements du mois de décembre, c'est quelque chose d'important, il faut maintenant que des opérateurs trouvent les bonnes modalités.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous avez chiffré le coût total de la grève à la SNCF, que ce soit le manque à gagner, avec les trains qui n'ont pas roulé, et le dédommagement des clients ?

ELISABETH BORNE
Il y a un coût considérable, et je pense qu'il faut que chacun en ait conscience. L'ordre de grandeur c'est 20 millions d'euros par jour, de pertes pour la SNCF, et sans compter qu'on a aussi un certain nombre de clients du fret ferroviaire qui trouvent des solutions différentes, qui repassent sur la route, donc c'est évidemment très mauvais pour le fret ferroviaire, et donc c'est très mauvais pour la planète qu'on ait plus de camions sur les routes. On a aussi un certain nombre de Français qui vont changer leurs habitudes, qui prendront peut-être davantage leur voiture. Donc voilà il y a effectivement un coût important, à la fois pour les entreprises, et puis je dirais même pour la planète, si on prend des mauvaises habitudes.

MARC FAUVELLE
Un rapide calcul : 20 millions fois 37 jours de grève, on n'est pas loin de 700 millions d'euros, ça c'est uniquement pour le manque à gagner, plus le dédommagement des clients, on est quasiment à un milliard.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on sera sur des sommes considérables, comme vous le dites.

RENAUD DELY
Qui va payer ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est l'entreprise, voyez, qui est pénalisée, évidemment dans ses futurs investissements. Jean-Pierre FARANDOU a dit qu'il y aurait peut-être des possibilités de faire des cessions pour ne pas pénaliser le programme d'investissement qui est indispensable. Vous savez qu'on a un retard très important à rattraper dans l'entretien de nos réseaux ferroviaires. Voilà. Mais effectivement une grève ça a des conséquences.

RENAUD DELY
Ça veut dire que cette grève, à terme, elle menace même la survie de l'entreprise si elle menace les investissements ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je ne vais pas employer des phrases aussi fortes que ça, je pense que clairement c'est très pénalisant pour les usagers, d'abord. C'est évidemment très pénalisant pour les deux entreprises. Moi je souhaite que l'on puisse sortir de cette grève. Vous savez, dès le mois de décembre…

RENAUD DELY
Faute d'investissements, la sécurité du trafic ferroviaire pourrait être à terme menacée ?

ELISABETH BORNE
Enfin, évidemment, la sécurité c'est la première des priorités, donc je ne vais pas effectivement dire qu'on va menacer la sécurité. Ce qui est important, c'est qu'il y a besoin d'investir très fortement dans le ferroviaire. Moi je souhaite évidemment qu'on puisse développer le transport ferroviaire, notamment autour de toutes nos métropoles qui sont engorgées par des embouteillages tous les matins, y compris dans nos territoires où on a des petites lignes sur lesquelles il faut investir, et donc voilà, c'est effectivement pénalisant pour l'entreprise de perdre des centaines de millions d'euros.

MARC FAUVELLE
Vous serez tout à l'heure Elisabeth BORNE devant la Commission citoyenne sur le climat, au même titre qu'Emmanuel MACRON qui va venir s'exprimer devant ces Français tirés au sort, ils sont 150, et qui planchent depuis des mois déjà sur les moyens d'assurer la transition énergétique en France. Est-ce que vous pouvez leur dire, et à travers eux aux auditeurs et téléspectateurs de France Info, que toutes les mesures que prendront ces Français seront répercutées dans la loi en France dans les années qui viennent ?

ELISABETH BORNE
Enfin, c'est clairement l'engagement qui a été pris par le président de la République, et comme vous le dites, il sera devant eux, ce soir, pour échanger avec ces 150 citoyens auxquels je voudrais rendre hommage, parce qu'ils prennent sur leur temps, de week-ends, depuis plusieurs semaines, pour pouvoir faire des propositions, des propositions qui soient à la hauteur de l'urgence climatique, et en même temps des propositions qui prennent en compte les contraintes des Français, donc qui soient acceptables par eux. Donc évidemment ces propositions, le président de la République l'a dit, et il pourra le redire ce soir, elles seront reprises sans filtre par le gouvernement.

RENAUD DELY
Précisément, Elisabeth BORNE, si parmi ces propositions pour lutter contre le réchauffement climatique, ré-émerge, réapparaît la fameuse taxe carbone, ça veut dire que le gouvernement la soumettrait, soit au Parlement, soit en référendum.

ELISABETH BORNE
Vous savez, je ne vais commenter aucune des mesures sur lesquelles travaille la Convention citoyenne, parce qu'ils sont très attachés à ce qu'on n'influence pas…

MARC FAUVELLE
C'est pour qu'on comprenne, vous avez dit « il n'y aura pas de filtre », Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
... à ce qu'on n'influence pas leur travail. Je suis convaincue qu'ils ont vécu, pour un certain nombre d'entre eux, les difficultés qui étaient liées à la hausse de la taxe carbone, donc je n'ai pas de doute qu'ils feront des propositions qui prennent en compte les préoccupations des Français.

MARC FAUVELLE
Si ça n'était pas le cas, s'ils décidaient d'une mesure que vous avez supprimée, dont vous ne voulez pas ?

ELISABETH BORNE
Le principe qui est très clair, c'est qu'on reprend les propositions…

MARC FAUVELLE
Le citoyen aura le dernier mot, les citoyens auront le dernier mot.

ELISABETH BORNE
Les propositions seront reprises sans filtre, ça a été dit par le président, et ça pourra être confirmé ce soir.

MARC FAUVELLE
On a appris que malgré tous les efforts de votre gouvernement et des précédents, les ventes de pesticides ont bondi en France de plus de 20%. Est-ce que vous considérez que c'est en partie votre échec ?

ELISABETH BORNE
C'est une politique qui est engagée depuis 2008, qui devait permettre de réduire de 50% les pesticides entre 2008 et 2018. Ce qu'on constate aujourd'hui c'est effectivement une augmentation de 25%. Donc je pense effectivement qu'on n'est pas sur le bon chemin et qu'il faut redonner un nouveau souffle. Vous savez, réduire les pesticides c'est important, à la fois pour les agriculteurs qui utilisent ces produits chimiques, c'est important pour les riverains, et puis c'est évidemment important pour notre environnement. Donc on n'a pas le choix, il faut trouver un chemin, et donc il faut redonner un nouveau souffle à cette politique. Je précise qu'il faut réduire aussi des usages non agricoles, là on a une baisse très importante avec les interdictions qui ont été posées pour les collectivités, pour les citoyens, une baisse de 70% pour les usages non agricoles, et moi je souhaite qu'on aille plus loin et qu'on interdise tous ces usages non agricoles, avant cet été.

RENAUD DELY
Les usages non agricoles sont en baisse, dites-vous, donc cette hausse de 20%, globale, de l'usage des pesticides, c'est bien la faute des agriculteurs.

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas répondre, je ne vais pas parler de faute, voyez, je pense que des agriculteurs ils sont les premiers à utiliser ces produits, avec éventuellement des conséquences pour leur santé. Je suis convaincue que de plus en plus d'agriculteurs souhaitent passer à autre chose. Il faut qu'on les accompagne. Il faut qu'on les accompagne mieux.

RENAUD DELY
Et ça ne se traduit pas dans ces chiffres. Alors, comment les accompagner ? Est-ce qu'il faut mettre en place un système de bonus-malus avec des pénalités qui seraient imposées à ceux qui continuent d'utiliser des pesticides et en revanche des incitations pour ceux qui en sortiraient ?

ELISABETH BORNE
Il y a un accompagnement important. Vous savez, on doit dépenser 400 millions d'euros par an pour réduire l'usage de ces pesticides…

MARC FAUVELLE
Avec un résultat dont on peut douter.

ELISABETH BORNE
Je pense que la politique…

MARC FAUVELLE
400 millions d'euros, pardon, vous pensez, vous ne considérez pas qu'on a jeté cet argent par les fenêtres, au vu des résultats ?

ELISABETH BORNE
Je considère... enfin, je pense qu'on ne peut pas du tout se satisfaire de la situation, il faut trouver des nouveaux leviers. La prochaine Politique agricole commune, elle doit aussi avoir ça au cœur même de sa conception, de dire qu'il faut évidemment soutenir les usages les plus vertueux en termes d'environnement. Et donc il faut qu'on accélère dans ce domaine-là. On ne peut pas se satisfaire de ces augmentations.

RENAUD DELY
Est-ce que ça signifie qu'il va falloir de repousser la date de sortie du glyphosate ?

ELISABETH BORNE
Le président de la République a dit qu'il souhaitait qu'on mette fin à l'essentiel des usages d'ici 2020, on y travaille, et effectivement je pense que c'est important qu'on tienne cet engagement.

RENAUD DELY
A l'essentiel, vous rappelez, donc la sortie totale, du glyphosate ?

ELISABETH BORNE
Il y aura éventuellement des exceptions pour des cas particuliers, mais en tout cas l'essentiel des usages, on doit en sortir d'ici la fin de l'année.

MARC FAUVELLE
Les incendies en Australie, Elisabeth BORNE, on en est à 10 millions d'hectares dévastés par les flammes, ça présente quasiment une quinzaine de départements chez nous en France. Les premiers pompiers français sont arrivés sur place, en renforts. Combien y en aura-t-il à terme ? Est-ce que vous le savez ? Et quelle sera la forme de l'aide que peut apporter la France à nos amis australiens ?

ELISABETH BORNE
Alors, je crois qu'il faut effectivement noter que c'est une catastrophe humaine, puisqu'il y a eu des pertes de vies dans ces incendies. C'est une catastrophe environnementale. Ça nous montre que vraiment ce dérèglement climatique, c'est une menace pour la planète et c'est une menace pour l'humanité. On doit agir pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, et c'est vraiment le sens de l'engagement de la France, c'est le sens des propositions qu'on attend de la part des citoyens et de l'engagement qu'on doit prendre tous ensemble. Et effectivement, dans l'immédiat, la France avait proposé une assistance et a envoyé des pompiers en Australie. On a dit qu'on était prêt à aller plus loin, et puis on est aussi prêt à travailler…

MARC FAUVELLE
L'Australie vous a répondu déjà ?

ELISABETH BORNE
L'Australie a répondu, et c'est ce qui a conduit à envoyer des premiers pompiers sur place. On pourra renforcer effectivement les équipes, si c'est la demande des Australiens.

MARC FAUVELLE
La ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth BORNE, est l'invitée de Franceinfo pour quelques minutes encore. On va parler dans un instant des 90 km/h et puis de quelqu'un qui vous a précédée au ministère, qui s'appelle Ségolène ROYAL.
- Elisabeth BORNE, le département de la Haute-Marne est revenu cette semaine aux 90 kilomètres/heure sur son réseau secondaire. Vous souhaitez qu'il y en ait d'autres qui fassent la même chose dans les semaines qui viennent ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas ma décision. Vous savez qu'on a donné la possibilité aux départements qui le souhaitent après une étude de Sécurité routière et un avis de la commission départementale de Sécurité routière de relever la vitesse sur certains axes. Le gouvernement pense que baisser la vitesse, ça permet de sauver des vies. Ensuite on a voulu permettre aux départements d'exercer leurs responsabilités. C'est ce que vient de faire la Haute-Marne. Peut-être qu'il y aura d'autres départements.

MARC FAUVELLE
Baisser la vitesse, ça permet de sauver des vies mais on autorise quand même des départements à augmenter la vitesse.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut faire confiance aux collectivités dont c'est la responsabilité. La possibilité leur a été donnée par la loi, la loi mobilités en l'occurrence qui a été promulguée cette fin d'année et donc les départements qui font des études de sécurité, qui auront un avis, la commission départementale de sécurité, et qui souhaitent faire ce choix prennent leurs responsabilités.

RENAUD DELY
Après des révélations de la cellule Investigation de Radio France, Ségolène ROYAL a été mise en cause pour la façon dont elle exerce sa mission d'ambassadrice des pôles. Elle est invitée à s'expliquer prochainement devant l'Assemblée nationale par des députés qui l'ont convoquée. Il lui est reproché notamment d'avoir séché un certain nombre de sommets annuels, les sommets de l'Arctique. Est-ce que vous, Elisabeth BORNE, vous êtes satisfaite de la façon dont Ségolène ROYAL exerce sa mission d'ambassadrice des pôles ?

MARC FAUVELLE
Pour ceux qui nous suivent uniquement à la radio, ç'a suscité sur les lèvres de notre invitée un large sourire cette question de Renaud DELY.

ELISABETH BORNE
Moi, je n'ai pas eu l'occasion de la rencontrer depuis que je suis à la tête de ce ministère.

MARC FAUVELLE
Rappelez-nous depuis quand vous êtes ministre.

ELISABETH BORNE
Je le suis depuis le mois de juillet. Elle n'a pas jugé utile de venir me parler de sa mission et elle aura l'occasion de s'expliquer devant les députés.

RENAUD DELY
Elle doit s'expliquer.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est important. Il fallait qu'elle confirme aux députés qu'elle mène bien cette mission avec tout l'engagement nécessaire, parce que les pôles c'est évidemment un enjeu important, vous savez, de façon générale…

MARC FAUVELLE
La ministre de l'Environnement en France n'a pas de lien avec l'ambassadrice des pôles qui représente la France ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, enfin, j'ai été bien occupée depuis que j'ai été nommée à ce poste. Je note que Madame ROYAL n'a pas jugé utile de venir me faire un point sur sa mission.

MARC FAUVELLE
Elle va rester à en fonction ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que Madame ROYAL aura l'occasion de s'expliquer. Je note aussi qu'elle critique le gouvernement très fortement depuis quelques semaines. Est-ce que c'est bien compatible avec un poste d'ambassadeur qui appelle à une certaine réserve ? On peut se le demander.

RENAUD DELY
Elle est soumise à un devoir de réserve selon vous ?

ELISABETH BORNE
Quand on est un ambassadeur et qu'on porte effectivement la parole de la France, je pense que c'est important d'avoir un devoir de réserve. Oui, ça doit faire partie du poste.

MARC FAUVELLE
Vous pensez que ça lui a été rappelé ou elle fait ce qu'elle veut ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ça pourra lui être rappelé.

MARC FAUVELLE
Carlos GHOSN s'est livré avant-hier depuis le Liban, Elisabeth BORNE, à un plaidoyer pour sa défense. Il affirme qu'il a été victime d'un complot de la justice et de NISSAN qui aurait voulu l'écarter parce qu'il voulait rapprocher RENAULT de NISSAN. Est-ce que vous l'avez trouvé convaincant dans ses arguments ou est-ce que vous partagez… Et je vais d'abord vous proposer d'écouter les arguments de votre collègue au gouvernement Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA, SECRETAIRE D'ETAT CHARGEE DE L'EGALITE ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES ET DE LA LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS
C'est le cadet de mes soucis, Carlos GHOSN. Sincèrement je n'ai aucune sympathie pour le personnage dont la vie semble avoir été dirigée par l'appât du gain. C'est un justiciable comme les autres, ni plus ni moins. Je n'ai pas envie de parler de Carlos GHOSN et je pense qu'il y a beaucoup de Français qui ne se réveille pas en se disant : “Mon Dieu, comment va Carlos GHOSN aujourd'hui ?”

MARC FAUVELLE
Il est déjà condamné Carlos GHOSN dans votre esprit ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je ne suis pas du tout là pour faire le procès de Carlos GHOSN. Je dois dire qu'effectivement il a voulu s'expliquer, je ne peux pas dire que ça m'intéresse beaucoup non plus. Je pense que ce qui nous importe, c'est l'avenir de RENAULT NISSAN, que cette entreprise maintienne des emplois en France.

MARC FAUVELLE
Depuis qu'il est parti, c'est la Bérézina. Les chiffres ont plongé, les profits aussi. C'est exact ou pas ?

ELISABETH BORNE
C'est son point de vue.

MARC FAUVELLE
C'est exact ou pas ?

ELISABETH BORNE
Je pense que RENAULT est très engagé - et moi ce qui me tient à cœur, vous savez, dans la transition énergétique - dans les véhicules électriques et c'est ça qui m'importe.

RENAUD DELY
Certains reprochent au gouvernement de ne pas avoir pris suffisamment de précautions, justement de protection en tout cas pour un ressortissant français qui était détenu à l'étranger. Vous pensez que le gouvernement a assumé sa mission vis-à-vis du sort de Carlos GHOSN ?

ELISABETH BORNE
Je pense que Carlos GHOSN, comme tout ressortissant français qui est mis en cause par la justice dans un pays, a droit à la protection consulaire et il l'a eue.

MARC FAUVELLE
Il y a deux enquêtes préliminaires ouvertes en France notamment sur les soirées, j'allais dire présumées fastueuses au château de Versailles. Vous souhaitez qu'il soit jugé un jour en France ? Qu'il réponde de ces faits s'ils sont confirmés par la justice ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est naturel que n'importe qui qui est mis en cause par la justice en France réponde de ses actes.

MARC FAUVELLE
Même quand on s'appelle Carlos GHOSN ?

ELISABETH BORNE
Il n'y a pas des citoyens au-dessus des lois.

RENAUD DELY
Les élections municipales, Elisabeth BORNE, c'est maintenant dans à peine deux mois. Il n'y a pas beaucoup de membres du gouvernement qui se présentent à ces élections, qui sont candidats. Est-ce que vous-même vous serez candidate aux élections municipales ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi j'ai réfléchi et j'ai pris le temps de la réflexion. Le président de la République a eu l'occasion de le dire dans ses vœux. Je pense que 2020 est une année cruciale pour la transition écologique et solidaire, et donc moi je souhaite être 100% sur ma mission. Donc je ne serai pas candidate mais j'irai, bien sûr, soutenir nos candidats. Je pense que l'écologie sera un thème très important donc je serai en soutien de nos candidats.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON a dit qu'il fallait s'engager pour la planète. Il a aussi demandé à ses ministres de s'engager aux municipales. Visiblement la parole présidentielle porte assez peu sur ce thème. Pourquoi personne n'y va ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, non. Je pense qu'on ne peut pas dire que personne n'y va. Je ne doute pas que Gérald DARMANIN ira. Vous avez vu qu'on a des candidats à Biarritz, on a un certain nombre…

MARC FAUVELLE
Vous avez même deux candidats, deux Marcheurs.

ELISABETH BORNE
Voilà.

RENAUD DELY
Pour l'instant.

ELISABETH BORNE
Marlène SCHIAPPA a elle-même dit qu'elle s'engageait à Paris. Enfin, voilà, chacun fait ses choix aussi. Moi je suis effectivement dans un domaine dont je pense que vraiment l'année 2020 est cruciale. Vous savez, on a une urgence climatique, on a des échéances très importantes, la COP 26 qui se tiendra à la fin de l'année où tous les pays doivent rehausser leurs engagements. On a la COP sur la biodiversité qui se tiendra en Chine. Avant on a le Congrès de l'UICN, le Congrès de la nature à Marseille en juin. Et donc voilà, chacun fait ses choix. En tout cas j'irai soutenir nos candidats sur ce sujet fondamental qu'est la transition écologique et solidaire.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Elisabeth BORNE, Ministre de la Transition écologique et solidaire invitée de Franceinfo.