Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à LCI le 20 janvier 2020, sur la réforme des retraites, les salaires, l'attractivité économique de la France et les tensions commerciales internationales.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous. Est-ce que le gouvernement ne peut plus sortir ? Est-ce que les ministres vont devoir renoncer aux déplacements pour éviter d'être perturbés par d'éventuels manifestants ? Est-ce qu'on en est là, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Les ministres, ils ont leur place partout sur le territoire français. D'ailleurs c'est leur rôle d'aller au-devant des Français expliquer ce que nous faisons et écouter les Français. C'est pour ça que cette multiplication de violences soit dans des réunions publiques à Paris, soit contre le président de la République dans un théâtre, soit contre la CFDT au siège de la CFDT me préoccupe considérablement. Elle me préoccupe considérablement parce qu'aucune violence n'est acceptable dans notre démocratie. Aucune, jamais, nulle part. Et elle me préoccupe parce que dans le fond ce que ça prépare, c'est une décomposition démocratique. Une décomposition la démocratie sociale où, dans le fond, ces actions coup de poing prennent la place du dialogue et du sens du compromis, et une décomposition de la démocratie politique où la violence prend la place du débat légitime. Donc j'appelle chacun à revenir à la raison, à revenir au goût du débat. Chacun peut avoir ses convictions, chacun peut avoir ses idées sur la réforme des retraites ou sur quelque autre sujet que ce soit, mais c'est dans le débat et dans la discussion et jamais dans la violence qu'une démocratie avance.

ELIZABETH MARTICHOUX
La violence, elle est des deux côtés et, par ailleurs, vous dramatisez. C'est en deux mots ce que Jean-Luc MELENCHON a dit hier sur LCI. On l'écoute.

JEAN-LUC MELENCHON, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE DES BOUCHES-DU-RHONE
Attendez-vous à voir souvent ce genre d'initiative avoir lieu. C'est mondial. Dorénavant quand il y a une situation d'impasse, de blocage, eh bien des actions, des initiatives d'un type inédit viennent prolonger les formes traditionnelles de l'action. Alors aucun responsable politique ne peut dire "bravo" ou "encore" mais il faut regarder les choses avec bonhomie et pas tout dramatiser, faire comme si ce pays était en état de guerre civile parce que ce n'est pas le cas, quoiqu'il y ait une très grande violence qui se déchaîne contre les salariés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà. La violence, elle est du côté du gouvernement contre les salariés et puis, par ailleurs, il faut regarder ça avec un peu de bonhomie, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Non mais Jean-Luc MELENCHON justifie l'injustifiable et Jean-Luc MELENCHON a suffisamment le sens des mots et le goût de la langue française pour savoir que ça n'a rien à voir avec la bonhommie. Investir un lieu syndical comme le siège de la CFDT, ce n'est pas de la bonhommie. Aller se mettre à l'extérieur d'un théâtre pour gêner une représentation parce que le président de la République se trouve à l'intérieur, ça n'a rien à voir avec de la bonhommie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Emmanuel MACRON n'est pas le premier président à être ainsi contesté.

BRUNO LE MAIRE
S'en prendre aux policiers, Elizabeth MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a François HOLLANDE, Nicolas SARKOZY avant lui.

BRUNO LE MAIRE
S'en prendre aux policiers dans les manifestations avec autant de violence, ce à quoi nous assistons depuis maintenant des mois où les policiers les forces de l'ordre sont harcelés en permanence. Si Jean-Luc MELENCHON appelle cela de la bonhommie, je l'invite à reprendre son dictionnaire et à vérifier ce que cela veut dire "bonhomie".

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que c'est une colère profonde comme celle qui a secoué la France au moment des Gilets jaunes, colère profonde ? Ou est-ce que se sont des perturbateurs radicaux minoritaires ? Est-ce que…

BRUNO LE MAIRE
Elizabeth MARTICHOUX, vous avez à la fois une violence injustifiable qui se manifeste par de l'extrémisme, de la violence verbale, de la violence physique, des actions coup de poing. Je les condamne une fois encore avec la dernière fermeté parce que c'est notre démocratie qui est en jeu. C'est ce qu'on appelle démocratie, le sens du dialogue, du compromis, de l'échange. Et puis il y a autre chose qui ne justifie pas ces violences, qui est effectivement des inquiétudes profondes qui traversent le corps social en France, en Europe, dans beaucoup de pays développés. Et ces inquiétudes, nous, nous les avons pris à bras-le-corps Quand par exemple je m'exprime sur la question des salaires et que je dis : oui, quand on regarde depuis la crise financière de 2008, les faits tels qu'ils sont établis par l'Insee montrent que les salaires ont bien progressé, et j'en suis reconnaissant aux entreprises, dans l'industrie, pour les secteurs les plus qualifiés, pour les cadres, pour les personnes qui ont la bonne formation." Mais pour les 10% qui sont les plus modestes, ceux qui ont les salaires les plus faibles, là la progression elle a été beaucoup plus faible. C'est-à-dire, pour faire simple, que ceux qui en avaient le plus besoin sont ceux qui ont eu des augmentations de salaires les plus faibles parce qu'ils n'avaient pas la bonne formation et pas la bonne qualification. Le gouvernement a voulu répondre à cela. Quand il augmente la prime d'activité de cent euros par mois au niveau du SMIC, ça coûte cinq milliards d'euros par an aux comptes publics…

ELIZABETH MARTICHOUX
Emmanuel MACRON est accusé de détruire…

BRUNO LE MAIRE
Mais nous faisons l'analyse effectivement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, on y reviendra.

BRUNO LE MAIRE
Qu'il faut répondre à cela. Nous le faisons mais ça ne justifie en rien les violences auxquelles nous assistons aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'ailleurs au passage, vous avez dit cette phrase effectivement sur les entreprises doivent améliorer le bien-être des salariés. Ç'a été remarqué, pas forcément apprécié par le monde des entreprises. C'est quoi ? C'est une leçon que vous leur donnez ? Vous leur dites : "Faites le boulot. Quand vous avez de la trésorerie, faites l'effort d'augmenter les salaires les plus bas" ?

BRUNO LE MAIRE
Absolument pas. Je dis juste que nous ne sortirons de la situation où nous sommes aujourd'hui qui est une situation de grande tension et qui remonte, à mon sens, à très, très loin, qui touche au partage des valeurs, au lendemain de la crise financière, à la manière dont nous avons répondu à cette crise financière, que si chacun fait sa part du chemin, que si chacun offre des perspectives aux salariés. Nous, nous l'avons fait avec la prime d'activité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc faites-le, c'est ce que vous dites aux entreprises.

BRUNO LE MAIRE
Les entreprises l'ont fait pour beaucoup de salariés, une fois encore je leur en suis reconnaissant. Je pense qu'il reste une difficulté avec les salaires les plus modestes, les personnes les moins qualifiées. Nous, nous avons proposé par exemple de développer l'intéressement, nous avons supprimé…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas donné un coup de pouce au SMIC, Bruno LE MAIRE. C'est ça, les salaires des moins qualifiés.

BRUNO LE MAIRE
Il a augmenté. Mais le coup de pouce au SMIC, Elizabeth MARTICHOUX, aurait représenté beaucoup moins que ce que représente la prime d'activité de cent euros par mois au niveau du SMIC, qui permet d'augmenter le salaire de chaque personne au niveau du SMIC. Ce que je souhaite simplement, c'est que nous en discutions avec les entreprises, que nous regardions quelles solutions nous pouvons apporter et notamment cette solution que nous avons mise sur la table : développer l'intéressement massivement dans les plus petites entreprises pour les salaires les plus modestes, pour que les salariés soient associés aux résultats des entreprises.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour revenir à ce climat qui a été effectivement très commenté pendant le week-end, on peut vous dire est-ce que vous n'êtes pas en train de dramatiser ce qui se passe ? Après tout, il n'y a pas eu de violence à proprement parler contre aucun responsable politique à ce stade. Est-ce que vous ne dramatisez pas pour disqualifier ce qu'il reste de contestation ? Parce qu'il en reste.

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il faut savoir mettre des limites et que la responsabilité politique, c'est mettre des limites claires. La violence jamais, nulle part, contre qui que ce soit, quelque forme qu'elle prenne. Investir un local syndical, je suis désolé, ça ne fait pas partie des manifestations normales contre la réforme des retraites.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une limite a été franchie. Ça, c'est une limite.

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est une limite. Aller se poster à la sortie d'un théâtre, les Bouffes du Nord, parce que le président de la République se trouve à l'intérieur, ça s'appelle de l'intimidation et de la menace. L'intimidation et la menace n'ont pas leur place dans une démocratie. Le déchaînement de violence verbale…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est accusé de détruire le modèle français. Il est accusé de détruire le modèle français, Emmanuel MACRON.

BRUNO LE MAIRE
Qu'on en débatte. Moi, je suis tout à fait prêt à en débattre. Je crois, au contraire, que nous sommes en train de refonder…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous n'avez pas renoncé à la réforme. Vous débattez mais vous ne renoncez pas.

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes en train de refonder le modèle social.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous ne renoncez pas à la réforme, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'en est pas question. Pourquoi renoncerions-nous, Elizabeth MARTICHOUX, à une réforme qui refondre le système de retraite par répartition ? Qui garantit sa pérennité ? Et comme le montre l'étude d'impact qui vient d'être publiée, qui montre que c'est les personnes les plus modestes qui en profiteront ? C'est donc une réforme qui est profondément juste.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle a toujours un sens cette réforme ?

BRUNO LE MAIRE
Mais elle a plus de sens que jamais. Puisqu'elle permet à ceux qui sont les plus modestes, je viens de vous dire que c'était le sujet depuis la crise financière de 2008, d'avoir enfin un niveau de retraite est qui est décent. Mais si on nous accuse de torpiller le modèle social français, qu'on en discute. On est en démocratie. Mais on se met autour d'une table, on se bat à l'Assemblée nationale, on se met au Sénat, on a des conventions citoyennes pour en débattre. Ce n'est pas la violence qui va résoudre ce débat. Moi ma conviction profonde, Elizabeth MARTICHOUX, c'est qu'au contraire nous sommes en train de refonder notre modèle social vers plus de justice et nous sommes en train de réussir économiquement de créer des emplois, ce qui est la meilleure réponse à l'injustice sociale.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, on va en parler aussi puisque vous avez déjà des résultats à apporter ce matin sur LCI. Mais juste un mot : Marine LE PEN qui vient d'annoncer sa candidature a eu cette formule dans Valeurs Actuelles début janvier : "Emmanuel MACRON n'est pas de France", une formule qui a été reprise à plusieurs reprises par son numéro 2 BARDELLA. Il n'est pas de France parce qu'il trahit ce qu'est la France.

BRUNO LE MAIRE
Eh bien quand je vous dis qu'il faut savoir poser les limites dans le débat politique, c'est une nouvelle limite que franchit Marine LE PEN. C'est une nouvelle limite que franchit le Front national. Au lieu de se placer sur le débat des idées et des convictions, aller attaquer personnellement et de manière nauséabonde le président de la République…

ELIZABETH MARTICHOUX
Nauséabonde ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, nauséabonde. "Il n'est pas de France", ça veut dire quoi ? Il est d'où alors ? Il est né où Monsieur MACRON ? Il a été élu par qui ?

ELIZABETH MARTICHOUX
De la salle des marchés de la haute finance, c'est ce qu'elle dit.

BRUNO LE MAIRE
C'est la haute finance qui l'a élu ? C'est les banquiers qui l'ont élu ou ce sont les Français ? En prenant ce genre de propos, Madame LE PEN ne fait pas honneur à la démocratie française et elle aussi participe de cette décomposition démocratique. Quand on ne débat plus des idées et des convictions mais qu'on s'attaque aux personnes, une fois encore de manière nauséabonde, on quitte le terrain de la démocratie pour aller vers celui de la violence politique, qu'elle soit verbale ou qu'elle soit physique. Et vous savez aussi bien que moi, Elizabeth MARTICHOUX, que dans l'Histoire les violences physiques commencent toujours, toujours, toujours par les violences verbales.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'on peut imaginer, Bruno LE MAIRE, vous êtes ministre de l'Economie et des Finances, qu'il n'y ait aucun impact de cette grève très longue sur la croissance ?

BRUNO LE MAIRE
Il y aura un impact mais il sera, je pense, limité. Aujourd'hui les évaluations dont on dispose, c'est que l'impact serait de l'ordre de 0,1 point de croissance sur un trimestre. Je dis bien sur un trimestre. Donc sur toute l'année, ça fait un impact qui reste très limité. Ce n'est pas une raison pour autant pour qu'on ne passe pas à autre chose. Je souhaite qu'on passe à autre chose. Il y a beaucoup de commerçants, d'artisans qui sont très durement touchés individuellement par cette grève. Vous avez des infrastructures qui, aujourd'hui, sont fragilisées par cette grève. Je pense par exemple au port du Havre. On est en train de faire le bonheur des ports du nord de l'Europe. Je préférerais que ce soit le port du Havre qui profite de la bonne activité économique en France.

ELIZABETH MARTICHOUX
Deux questions précises, je vous demande d'être rapide. Est-ce que la taxe sur les contrats d'usage unique, les CDU, qui était prévue pour entrer en vigueur maintenant dans le cadre de la loi Pénicaud sur l'assurance chômage, vous savez c'est l'affaire des contrats courts.

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr. C'est les bonus-malus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que cette taxe, qui va être appliquée dans des secteurs qui sont très durement touchés par la grève : la restauration, l'hôtellerie etc - elle va être effectivement appliquée plein pot tout de suite ou est-ce que vous pourriez la différer ?

BRUNO LE MAIRE
Aujourd'hui, elle est appliquée tout de suite puisque c'est le principe du bonus-malus. Nous verrons comment évoluent les choses notamment pour l'hôtellerie et la restauration. Moi je suis prêt à en discuter avec les hôteliers et les restaurateurs. Je leur ai dit, ils me l'ont dit à plusieurs reprises : « Essayez de reporter l'application de cette taxe. » Je suis prêt à en discuter avec eux. Aujourd'hui à l'heure où je vous parle, elle est appliquée telle quelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un milliard de pertes pour la SNCF, c'est considérable. Est-ce que l'Etat va faire un geste ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat a déjà fait un geste. Il a repris la dette de la SNCF. Et pour qu'on se rende compte ce que c'est qu'un milliard, c'est exactement les charges d'intérêts de la dette de la SNCF que nous avons reprise et donc nous avions permis à la SNCF d'économiser un milliard d'euros de charges sur le service de sa dette chaque année. Eh bien ce milliard d'euros, il est parti en fumée. Il est parti en fumée dans la grève aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Et du coup, le patron de la SNCF Jean-Pierre FARANDOU annonce un plan d'économies. Est-ce que ce n'est pas la double peine pour une entreprise qui est durement touchée par la grève et qui va se prendre, entre guillemets pardon, un plan d'économies en février ? Est-ce qu'il ne peut pas être différé ce plan ? Que dit l'Etat actionnaire ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois que le président de la SNCF, il a été particulièrement responsable dans ses propos. L'Etat a fait le maximum de ce qu'il pouvait faire. Nous avons, avec le Premier ministre, décidé de reprendre l'intégralité de la dette de la SNCF. Nous leur permettons de faire un milliard d'euros d'économies par an sur les frais financiers, la charge de la dette. Ce milliard d'euros, je le redis, ça correspond exactement à ce que coûte cette grève de la SNCF, donc c'est un milliard d'euros qui part en fumée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Donc la seule solution qu'il reste, c'est celle qu'a présentée le président de la SNCF : c'est effectivement de faire des économies supplémentaires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous le soutenez à 100% dans sa décision d'appliquer dès maintenant un plan d'économies.

BRUNO LE MAIRE
Dans sa décision, bien sûr. Parce que c'est une décision responsable et qu'on ne peut pas demander toujours plus aux Français. Parce que je vous rappelle que tous ces milliards dont je vous parle - la date que nous reprenons, les charges financières - c'est l'argent des Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pendant ce temps-là le président, vous-même, une partie du gouvernement vont recevoir deux cents PDG étrangers à Versailles. Belle opération de com' dans un contexte…

BRUNO LE MAIRE
Belle opération économique. Magnifique opération économique. Tous ces chefs d'entreprise qui viennent en France, d'abord ils témoignent d'une chose : c'est que la France est devenue le pays le plus attractif pour les investissements industriels et pour les investissements en Recherche et développement en Europe. Est-ce que vous pensez, Elizabeth MARTICHOUX, il y a deux ans, trois ans, cinq ans qu'on aurait pu imaginer que la France qui était en pleine débâcle industrielle redeviendrait le pays le plus attractif pour les investissements industriels ? C'est la preuve que nous réussissons cette reconquête industrielle, et surtout que nous abordons en position de force le XXIème siècle puisque nous sommes attractifs pour l'innovation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le Brexit nous aide un peu cela dit.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr mais tant mieux.

ELIZABETH MARTICHOUX
On en profite.

BRUNO LE MAIRE
Tant mieux. Vous savez, il faut savoir profiter de toutes les opportunités en matière économique. Ces investissements, ça représente au total huit milliards d'euros.

ELIZABETH MARTICHOUX
Huit milliards d'euros.

BRUNO LE MAIRE
Huit milliards d'euros d'investissements qui vont être annoncés tout à l'heure par les chefs d'entreprise réunis à Versailles dans le cadre de Choose France, et derrière des milliers d'emplois. Prenez juste un exemple, celui des Chantiers de l'Atlantique avec la construction de nouveaux paquebots de croisière plus écologiques qui vont fonctionner au GNL, c'est plus de deux mille emplois pour le seul site industriel de Saint-Nazaire. Donc quand on nous dit « c'est Choose France, c'est Versailles », non. C'est des emplois dans les territoires pour les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un paradoxe français, il y a un paradoxe français.

BRUNO LE MAIRE
Oui, tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ce n'est peut-être pas un paradoxe si on tient compte du fait que les Français, ça ne ruisselle pas sur eux ces bons résultats économiques que vous affichez.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr que si. Moi je déteste ce mot de ruissellement parce que je ne crois pas au ruissellement, je crois à la volonté politique. Mais quand je vois Nazaire, les Chantiers de l'Atlantique, les ouvriers qui bâtissent des paquebots, pardon mais ce n'est pas du ruissellement de richesses du monde de la finance. Non, c'est des emplois concrets pour des milliers de Français sur les territoires. Simplement le paradoxe français, c'est qu'effectivement vous avez un vrai succès économique. Nous tenons le bon bout. La croissance est solide, la croissance résiste à un environnement international qui est compliqué. Nous recréons des emplois, nous sommes en train de réussir la reconquête industrielle et nous allons le faire encore plus loin avec le Pacte productif.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais alors…

BRUNO LE MAIRE
Et de l'autre côté, et je ne l'oublie jamais, jamais Elizabeth MARTICHOUX, il y a des millions de Français qui se disent : "Ce n'est pas pour nous." "Ce n'est pas pour nous." Et tout ce que nous voulons faire avec le président de la République c'est de dire à ces millions de Français en les convainquant par la parole, par les actes que, oui, ce sera pour eux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Deux ans et demi et vous n'avez pas convaincu. A ce stade, vous n'avez pas convaincu.

BRUNO LE MAIRE
Il nous reste deux ans pour convaincre et je pense que c'est un des enjeux…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et le pays est plus fracturé que jamais, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Elizabeth MARTICHOUX, c'est un des enjeux majeurs si ce n'est le principal enjeu des deux années qui restent à ce quinquennat. Garantir l'unité des Français, montrer que ce que nous faisons c'est pour tous les Français, aller montrer aux catégories populaires, aux ouvriers, aux employés, à ceux qui ont les salaires les plus modestes : nous ne vous laisserons pas tomber, nous savons que c'est dur. Nous savons que c'est dur de boucler les fins de mois avec un salaire au niveau du SMIC. On va se battre pour vous, et tout ce que nous faisons c'est pour vous et pour que la France retrouve son unité. C'est pour moi l'un des enjeux principaux de la fin du quinquennat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il reste à convaincre. La fameuse réconciliation qu'avait promis…

BRUNO LE MAIRE
Elle ne viendra que par des résultats, par des décisions et aussi par la capacité à écouter, à entendre à prendre considération chacun.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ça ralentit le calendrier des réformes. Il faut réformer, il faut continuer à réformer mais différemment, c'est ce que vous dites.

BRUNO LE MAIRE
Mais ce qui est difficile, c'est que si nous n'avions pas réformé, si par exemple nous n'avions pas allégé la fiscalité sur le capital qui est tellement critiquée, jamais nous ne serions redevenus le pays le plus attractif pour les investissements industriels. Moi c'est ce que je veux faire comprendre aux Français. Les résultats viennent de décisions. Alléger la fiscalité sur le capital, c'est permettre à l'industrie qui consomme beaucoup de capital - parce que ça coûte très cher l'industrie - d'investir plus, d'innover et de redevenir une grande nation industrielle. Donc il faut continuer à réformer peut-être en expliquant plus, peut-être en faisant davantage attention à chacun et avec ce souci constant de garantir l'unité de la nation française.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez aimé être surnommé Che GUEVARA par les ministres de la majorité ?

BRUNO LE MAIRE
Franchement, je vais vous dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Des députés, qui avaient entendu justement vos encouragements aux entreprises à augmenter les salaires.

BRUNO LE MAIRE
Très sincèrement, non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah bon ?

BRUNO LE MAIRE
Non, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Quoi, ce n'est pas votre figure idéale ?

BRUNO LE MAIRE
... les propos que j'ai eus, étaient des propos qui étaient raisonnables. Je dis simplement aux entreprises : on doit tous faire un effort pour que chacun vive mieux de son salaire et ait une vie digne avec son salaire. Et par ailleurs, je n'ai pas du tout l'admiration romantique béate pour Che GUEVARA…

ELIZABETH MARTICHOUX
Personnelle. Ah oui.

BRUNO LE MAIRE
Lisez attentivement la biographie de Che GUEVARA, je ne trouve pas que ce soit un personnage très sympathique.

ELIZABETH MARTICHOUX
On vous prête régulièrement l'ambition d'aller au Quai d'Orsay, à Matignon. Vous allez la bougeotte Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Je n'ai pas du tout la bougeotte, au contraire, je suis quelqu'un de stable ; qui aime bien la stabilité et qui est ; qui a placé ses voeux sous le signe de la constance. La constance ça vaut aussi pour les ministres. Pour être un bon ministre, je veux dire un ministre efficace au service des Français, il faut durer. Parce que connaître bien ses dossiers, connaître les enjeux, connaître les aspects techniques de tous les sujets économiques et financiers, ça prend du temps. Et une fois que vous avez acquis une certaine maîtrise, il vaut mieux rester au même poste, parce que c'est là où vous êtes le plus utile. Et moi, ma seule volonté, c'est d'être utile pour les Français. C'est tout.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc de rester à Bercy, dans votre ministère jusqu'à la fin du quinquennat ?

BRUNO LE MAIRE
Et donc de rester ministre de l'Economie et des Finances. Il se trouve que c'est le Premier ministre, Edouard PHILIPPE et le président de la République Emmanuel MACRON qui en décideront, mais moi mon souhait c'est effectivement de passer un quinquennat au ministère de l'Economie et des Finances, c'est dans les mains du président de la République et c'est lui seul qui en décidera, mais comme ma volonté c'est d'être utile aux Français, je pense que c'est en restant au même poste, avec l'expérience nécessaire qu'on est le plus utile et le plus efficace.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous seriez utile, pour finir, Bruno LE MAIRE, mercredi à Davos vous allez rencontrer votre homologue américain, le nom MNUCHIN…

BRUNO LE MAIRE
MNUCHIN.

BRUNO LE MAIRE
MNUCHIN, en tout cas l'enjeu est important, parce que si ça rate, si ça casse, ça ne passe pas, TRUMP va décider d'une taxe très importante sur le vin français, en particulier, en représailles de la taxe GAFA que le gouvernement a pris récemment,  %.

BRUNO LE MAIRE
Tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un enjeu important…

BRUNO LE MAIRE
L'enjeu est majeur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mercredi se sera décisif.

BRUNO LE MAIRE
Mercredi, c'est la dernière date où nous pouvons trouver un accord, parce qu'après la procédure est épuisée et donc le président TRUMP pourra décider des sanctions, mais je vais vous dire, là aussi avec beaucoup de sincérité, il faudra être plus qu'utile, il faudra être efficace, parce que l'enjeu c'est effectivement 2,4 milliards d'euros de sanctions sur la viticulture française. Donc ce serait un coup terrible pour la viticulture française, chacun connaît mon goût pour la viticulture et ma reconnaissance pour les viticulteurs, je me bats, j'ai passé quasiment tout le week-end à essayer de négocier, j'aurais ce soir au téléphone à nouveau mon homologue américain, je veux juste faire comprendre aux Américains…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais La Tribune écrit ce matin que vous seriez prêt à caner, pardon, en tout cas à céder et à faire en sorte que la taxe finalement sur les GAFA soit réduite à presque rien.

BRUNO LE MAIRE
Mais certainement pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce serait une espèce de compromis, que…

BRUNO LE MAIRE
Certainement pas, ce que j'essaie de faire comprendre à nos amis américains, c'est que le combat n'est pas entre la France et les Etats-Unis, ou entre l'Europe et les Etats-Unis, le combat il est pour mettre en place une fiscalité juste, sur les activités digitales. Personne ne peut comprendre que les entreprises qui font le plus de profits, uniquement parce qu'elles n'ont pas de présence physique, mais vous utilisez tous les entreprises numériques, que ces entreprises qui font le plus de profits sont aussi celles qui paient le moins de taxes. Je pense que c'est compréhensible d'apporter une réponse à cet enjeu-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous ne céderez pas là-dessus et TRUMP, qui est en campagne électorale, a peut-être intérêt lui à se montrer aussi assez ferme avec l'Europe et avec vous.

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il a intérêt comme nous tous à ce qu'il y ait une juste taxation des activités numériques, c'est ce que nous lui proposons. Nous sommes prêts à faire des pas en direction des Etats-Unis, nous en avons proposé un certain nombre, j'espère que nous aurons un accord mercredi. Je ne vous le cache pas, c'est très difficile, c'est une des négociations les plus difficiles que j'ai jamais conduites.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas gagné.

BRUNO LE MAIRE
C'est loin d'être gagné, je vais être très clair avec vous, c'est loin d'être gagné, mais jusqu'à mercredi, avec le soutien d'ailleurs de la Commission européenne, d'Ursula VON DER LEYEN, de Thierry BRETON, de Phil OGAN, nous allons mettre tous nos efforts, faire tous les efforts et mettre toutes nos chances de côté, pour essayer de convaincre nos amis américains. Mais ne nous le cachons pas, c'est difficile.

ELIZABETH MARTICHOUX
On le saura mercredi soir.

BRUNO LE MAIRE
On le saura mercredi soir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Elizabeth MARTICHOUX.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 janvier 2020