Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur les relations franco-israéliennes et la lutte contre l'antisémitisme, à Jérusalem le 23 janvier 2020.

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Circonstance : Voyage officiel en Israël les 22 et 23 janvier ; rencontre avec la communauté française

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Texte intégral

Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires et élus,
Mesdames, Messieurs les Présidents d'association et de fondation,
Mesdames, Messieurs les responsables des cultes,
Mesdames, Messieurs, chers amis,


Je suis très heureux d'être parmi vous, très heureux. On m'a écrit un très long discours, il est très sérieux, je vais vous parler avec le coeur.

D'abord, je suis très heureux parce que ça fait trop longtemps que je n'étais pas revenu et ne m'étais pas retrouvé parmi vous. J'ai eu des reproches amicaux, il y a un instant. Alors, je voulais commencer d'abord ces quelques mots, en vous souhaitant une bonne année et en vous présentant tous mes voeux. Et par votre truchement, si vous m'y autorisez, à souhaiter aussi une bonne année à tous nos concitoyens qui vivent à l'étranger. Il y en a environ deux millions, vous entre autres, mais j'élargis et je fais le grand angle, mais c'est environ deux millions de nos concitoyens qui, en effet, vivent à l'étranger et vous en faites partie et au-delà de vous, ce sont des femmes et des hommes qui, par amour, pour leur entreprise, par choix familiaux, par nécessité, pour des raisons diverses et variées, sont loin de la France, de l'Hexagone ou des territoires ultramarins, pour passer un moment de la vie, peut-être toute leur vie. Alors, je voulais vous dire à toutes et tous cette bonne année, vous dire que la République ne vous oublie pas et qu'elle compte aussi sur vous.

Elle ne vous oublie pas parce qu'il y a beaucoup de choses qui ont été engagées, on va continuer. Le vote par Internet, qui est un engagement que j'avais pris, sera possible dès la prochaine élection consulaire de 2020 dans des conditions de sécurité, de sincérité et de secret du vote parfaitement garanties. C'est quelque chose, je sais, qui est très attendu et j'en profite pour remercier tous les conseillers consulaires et toutes celles et ceux qui s'engagent, parce que c'est très important. On va continuer aussi à simplifier les procédures, à faire beaucoup de choses qui sont, je le sais, extrêmement attendues, que ce soit les démarches consulaires, les visas, les centres d'appel, toutes les procédures. On va continuer, évidemment, à accompagner nos ressortissants, partout dans le monde, pour, là aussi, les protéger lorsqu'ils sont menacés par des catastrophes naturelles ou des risques politiques. C'est le devoir de la République et nous continuerons de le faire. Et puis, nous continuerons d'avancer aussi pour que nos enfants aient une bonne éducation et j'y tiens beaucoup.

C'est aussi pour ça qu'on a lancé avec les ministres des affaires étrangères et de l'éducation nationale une réforme en profondeur de l'AEFE, parce qu'on veut former de plus en plus d'enfants et aussi faire rayonner le français. Alors, je ne vais pas ici être très long, mais il y a tout un projet que j'ai exposé en mars 2018 qui a commencé en cette rentrée et on va le faire de plus en plus. Et d'ici 2022, 500 filières d'éducation bilingue francophone seront labellisées. Et cette réforme de l'éducation française, on va aussi la doubler d'initiatives, en particulier, dans la région, il y en a plusieurs qui me tiennent à coeur. Ce qu'on a décidé de faire, c'est un fonds pour financer toutes les écoles, justement, des chrétiens d'Orient. Il y a 400.000 enfants qui dans la région apprennent le français ou sont formés au français par les écoles des chrétiens d'Orient. Et donc, on va, avec un fonds, les aider à faire encore davantage. Il y a ce qui est fait par les écoles et les lycées, dont toutes celles et ceux qui sont ici présents, j'en remercie leurs enseignants, et celles et ceux qui les dirigent, ainsi que leurs élèves, bravo. Et puis, il y a le pôle d'excellence qu'on a décidé aussi à Tel Aviv, en particulier, avec l'école Marc Chagall et le lycée franco-israélien Mikvé Israël qui sera un point important et va permettre de diffuser cela. Et donc, je ne suis pas exhaustif, mais il y a tout ce travail qui est porté par vos conseillers consulaires, par vos élus de la République, vos représentants, je salue votre député, par, également, les groupes d'amitié qui sont ici présents, à l'Assemblée et au Sénat, et qui y travaillent beaucoup. Et nous allons continuer.

Mais je voulais aussi vous dire que toutes et tous ici, quels que soient les choix de vie, quelles que soient les histoires familiales, si vous êtes là depuis des générations ou que vous veniez d'arriver ou de faire votre alya, vous continuez d'être des ambassadeurs de la France, ici, et c'est extrêmement important à mes yeux. C'est-à-dire que vous portez nos valeurs, notre histoire, nos ambitions, notre voix, et c'est aussi pour cela que je compte beaucoup sur vous.

Alors, vous le savez, je suis ici avant tout pour la mémoire, l'Histoire, et le Forum international de l'Holocauste, qui s'est tenu sous la présidence du président Rivlin depuis hier, et la cérémonie que, juste après vous avoir vu, j'irai rejoindre à Yad Vashem. Et en effet c'est au sceau de ce souvenir, de cette mémoire que s'inscrit d'abord et avant tout ce premier voyage que j'effectue parmi vous. Nous étions à l'instant à Roglit avec Serge et Beate Klarsfeld. À l'Association des fils et des filles de déportés juifs de France, à qui nous devons ce lieu de mémoire, je veux dire merci, et à vous deux merci infiniment. C'était extraordinairement émouvant, pour celles et ceux qui étaient là, d'abord de voir ce lieu qui est, je dirais, notre lieu par essence parce que c'est celui de ces enfants, de ces adultes françaises, français qui sont tombés. Et avoir ce mur des noms ici, avant même que le mur des noms n'ait été érigé à Paris, est, je trouve, un symbole extrêmement fort. Et il l'a été par votre travail patient, par d'abord un devoir de justice, puis un devoir de mémoire. Et avoir ces 80.000 noms, ces 80.000 arbres, ces 80.000 vies qui défient, en quelque sorte, le crime absolu, c'est je crois une conquête que vous avez réussie avec quelques autres absolument formidable. C'était le 18 juin 1981. Et je crois que c'est le formidable symbole de ce que, collectivement, nous voulons porter, qui est aussi cet esprit de résistance. Et m'accompagnent d'ailleurs dans ce voyage, et je veux leur rendre hommage, plusieurs élus qui ici portent le nom de leur village, les destins de leur village ou de leur ville et qui du Chambon-sur-Lignon à Izieu aussi, en passant par le camp des Milles, Lyon ou autres, ce sont ces villes, ces villages qui ont aussi porté l'esprit de résistance français, la parole des Justes, ces traces de courage qui sont aussi célébrées à Yad Vashem. Et je crois que, voilà, vous avoir tous ici et être tous ensemble, c'est à la fois savoir la part tragique de notre histoire et sa dimension indépassable et le travail de mémoire que nous continuons de faire, que fait la Fondation pour la mémoire de la Shoah, que fait le Mémorial, que font toutes nos écoles, et j'y reviendrai. Mais, c'est aussi savoir reconnaître la place des Justes, du courage, dans notre République, et je sais combien vous y tenez toutes et tous ici. Parmi nous ce matin il y avait des orphelins, des enfants cachés avec les survivants - cher Raphaël Esrail - et plusieurs autres qui étaient avec nous. Et des jeunes enfants, des élèves de terminale qui nous accompagnaient, Ali, David, Herman, Yasmine et j'en oublie. Avec leur formidable enseignante, je dois dire qui - on était avec le ministre de l'éducation nationale - était extrêmement inspirante et qui, depuis la seconde, travaille pour comprendre, connaître, et maintenant, ils m'ont dit, transmettre et porter. Il n'y a rien dans leur histoire familiale qui a été traversé par la Shoah, mais ils seront des ambassadeurs de cette mémoire et de ce combat au quotidien, par le travail qui a été fait par l'école, par l'éducation, et je veux saluer ici le travail des enseignants, leur engagement, des différentes fondations impliquées et puis, le travail de Jacques Fredj, dont je veux saluer, vraiment, l'exceptionnel engagement.

J'ai tenu, je le disais, à être ici, à Jérusalem, à l'invitation du président Rivlin, pour répondre à l'appel de Yad Vashem, à l'injonction du "plus jamais ça". Je serai le 27 janvier avec les survivants, avec les fils et filles de déportés, avec les jeunes engagés, dans l'indispensable travail de mémoire au Mémorial de la Shoah pour le 75e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau. Le Premier ministre sera en Pologne, quant à lui, et nous serons, avec plusieurs d'entre vous qui êtes là aujourd'hui, à un moment aussi important, avec le dévoilement de ce nouveau mur des noms.

Ce que nous allons vivre cet après-midi, et j'aurai l'occasion de le dire, est un moment extrêmement important parce que c'est l'engagement collectif de la communauté internationale de ne pas oublier. Essayons d'imaginer ce que celles et ceux qui sont tombés, ce que celles et ceux qui se sont échappés et ce que nos amis qui sont encore parmi nous et qui sont rescapés, peuvent ressentir à l'idée de voir autant de dirigeants du monde être là, à Jérusalem, à Yad Vashem, pour porter cette mémoire et cet engagement. Et ça, c'est un trésor des dernières décennies qui est le fruit, je dirais, d'un travail évidemment d'historiens, de juristes, mais de militants de la vérité exceptionnels et de combattants de chaque jour, parce que le relativisme et le mensonge n'ont pas quitté ce monde. Et je voulais dire combien nous devons à ceux et celles qui se sont battus pour cela, je vous ai cités, Serge et Beate, mais vous avez été ces prophètes de vérité à proprement parler avec beaucoup de courage. Mais tous ceux qui vous ont accompagnés, suivis dans ce combat et tous ceux qui vont prendre la relève, je vois beaucoup de jeunes ici, c'est un combat qui n'est jamais gagné. C'est ça que nous allons porter cet après-midi à Yad Vashem. Et ce que je tenais à vous dire ici, c'est que ma détermination à agir en la matière est totale.

Nous avons évoqué la situation dans notre pays, il y a quelques jours, avec Haïm Korsia, Francis Kalifat, Joël Mergui, Ariel Goldmann, David et Eric de Rothschild. Et je veux les remercier pour leur engagement, leur force de conviction et leur travail au quotidien.

Et nous faisons tous le même constat. Et ce constat n'est pas valable que pour la France. L'antisémitisme revient, pas ces derniers mois, non, vous le savez bien, ces dernières années. Il est là, son cortège d'intolérance, de haine et je sais combien ici toutes et tous vous êtes déterminés à mes côtés, mais je vais vous le dire très clairement, la France n'aura pas ce visage. Elle aura tous ceux de cette foule si nombreuse, si émue, qui s'est rassemblée tout le long de la rue Soufflot pour accompagner Simone Veil, chère famille, dans sa dernière demeure. La France, ce sont les visages marqués par la peine profonde de cette disparition et de quelques autres. Ce sont ces mémoriaux, c'est l'enseignement de la Shoah, c'est notre engagement, à tous et toutes. Mais je vais vous le dire très clairement, l'antisémitisme est là, il est là en France, il est là en Europe. Il est dans la région où vous vivez, et l'antisémitisme, j'ai eu, là aussi, l'occasion de le dire à plusieurs reprises, ça ne doit pas être uniquement ni même d'abord le problème des Juifs. L'antisémitisme en France, c'est d'abord et avant tout le problème de la République.

Parce que l'antisémitisme, c'est la quintessence, le visage premier de la haine de l'autre. À chaque fois que les démocraties se sont affaiblies, à chaque fois que des grandes crises ont bousculé la confiance et ont ravivé les divisions, le premier signal, ce fut l'antisémitisme et ce qui semblait enfoui, tu, qui peut-être existait malheureusement encore mais n'osait remonter, remonte à ce moment de plein fouet. Notre pays, toutes les démocraties occidentales, traversent une crise très profonde. Elle est économique et sociale, elle est morale, civilisationnelle. C'est un doute sur nous-mêmes, sur notre avenir, sur notre capacité à nous projeter. Face à ce doute, notre responsabilité est de construire un projet commun, un futur possible. Mais il est évident que jouer sur les peurs est plus aisé. Et aujourd'hui, nombreux sont ceux qui jouent dans notre pays, dans nos pays, sur les peurs, les confusions, le relativisme. Et la première peur, c'est celle de l'autre. C'est pour ça que l'antisémitisme revient. Alors, il nous faut le combattre avec force, avec force, d'abord en luttant contre toutes les violences et tous les amalgames. Les profanations de cimetières, de mémoriaux, les croix gammées sur les portraits, les insultes antisémites assénées par des foules aveugles, les violences sous toutes leurs formes. Lutter contre les confusions aussi quand, de manière honteuse, on détourne des signes et des traces de l'histoire sur d'autres causes en la déformant et en la reconvoquant. Je veux ici dénoncer tous les discours et toutes les formes de compromission inacceptables lorsque ce genre de confusion advient ou lorsque le silence se fait. En France, ces violences ou ces profanations n'ont pas leur place. En France, l'utilisation de l'étoile jaune n'a pas à être faite dans un insupportable amalgame. En France, le combat contre l'antisémitisme est inséparable du combat contre le racisme parce que c'est aussi le combat contre ce qui mine la République et notre union.

Alors, dans ce moment que nous vivons, je veux le dire très clairement, chère Delphine Horvilleur, vous l'avez magnifiquement dit. Je ferai tout pour conjurer cette solitude des Juifs de France si bien décrite par vous. Il n'y a pas de solitude à avoir parce que ce combat, je le disais, c'est celui de la République, parce que la République a son histoire et cette part juive de l'âme française, c'est nous, c'est la France, c'est la République qui protège en son sein tous ses enfants. Alors, il y a les paroles, mais il doit y avoir les actes, oui, et les actes doivent suivre. J'ai pris des engagements il y a quelques mois, à l'occasion du dîner annuel du CRIF, et ces engagements sont mis en oeuvre. 868 lieux de culte juifs font l'objet d'une surveillance renforcée. Des associations qui appelaient à la haine et à l'action violente ont été non seulement dénoncées mais dissoutes, mises hors d'état de nuire et d'autres suivront au-delà de celles que j'avais d'ores et déjà citées. Des équipes spécialisées d'enquêteurs et de gendarmes construisent un réseau qui couvre tout le territoire en partenariat avec le camp des Milles. Une structure dédiée à la lutte contre les crimes de haine sera créée, comme j'en ai pris l'engagement il y a quelques mois, là aussi, devant les tombes profanées.

Pour agir sans délai contre les contenus haineux en ligne, une plateforme a été mise en place et dans ce combat contre la lâcheté anonyme qui est jumeau du combat contre la haine réelle, car elles sont devenues inséparables. La proposition de loi portée par la députée Laetitia Avia nous donnera des armes plus efficaces et nous évaluerons, et s'il faut aller plus loin, nous irons plus loin. Je sais là-dessus tous les débats qui existent et toutes les craintes. Je tiens comme chacun a la liberté d'expression. Mais la liberté d'expression, ça n'est pas la propagation de la haine. La liberté d'expression, ça n'est pas la résurgence des discours de haine ou des formes contemporaines de harcèlement protégé par l'anonymat en ligne.

Nous avons mis des siècles à bâtir une civilité républicaine, la capacité à nous aimer en société et à vivre ensemble dans nos différences. Cette civilité, nous sommes en train de la laisser miner par une prétendue liberté qui est simplement une divulgation contemporaine de la haine. Nous devons, là aussi, nous équiper, bâtir un droit nouveau, poursuivre et sanctionner.

L'Assemblée nationale a adopté une résolution qui reprend la définition de l'antisémitisme donnée par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, non pas pour remettre en cause la liberté d'expression, là non plus, non pas pour museler la critique de la politique conduite par un pays, je l'ai dit d'ailleurs très clairement hier avec le président Rivlin. Mais pour raffermir notre combat contre ceux qui cachent derrière la négation même de l'Etat d'Israël, l'antisémitisme le plus primaire.

Et puis, nous agissons sur l'éducation qui est, je le disais tout à l'heure en parlant de Roglit, notre plus grand espoir, notre plus grand levier, parce que la crise actuelle que nous vivons aussi, c'est notre échec. Ce sont nos échecs passés de n'avoir pas su former suffisamment les consciences, de n'avoir pas su apprendre suffisamment à nos jeunesses ce qui était advenu et le fait que cette morsure de l'Histoire pouvait revenir. Et donc, nous avons à apprendre, mais aussi à faire revivre, à faire toucher du doigt ce qu'est l'histoire de la République, de notre pays et l'histoire de l'humanité.

Et donc, pour cela, l'éducation joue un rôle essentiel. Le ministre de l'éducation nationale qui m'accompagne ici y est pleinement engagé et cela passe par une mobilisation évidemment de tous les enseignants, je saluais tout à l'heure l'enseignante qui était avec nous, formidable et exemplaire, mais aussi les chefs d'établissement, les équipes pédagogiques qui seront mieux formés, mieux accompagnés, pour réagir de façon efficace et appropriée, d'abord en matière de formation, mais aussi pour mieux réagir face aux actes et à toutes les formes de provocation antisémite.

Le soutien de l'Etat au travail de mémoire et d'éducation a été renforcé. Dix mille élèves de plus pourront visiter cette année le Mémorial de la Shoah, ce sont autant de chances supplémentaires de faire reculer la haine. Et nous poursuivrons. Et ce qui a été fait en France, les inaugurations que nous avons menées encore ces derniers temps, l'engagement sur les sujets culturels, éducatifs, dans lesquels beaucoup d'entre vous êtes engagés en France, est essentiel à cet égard.

Nous continuerons le combat et c'est un combat de chaque jour et il n'est pas terminé. Nous traquerons, une à une, les atteintes antisémites, comme toutes les formes de discrimination ou de racisme. Les enquêtes seront menées, les auteurs retrouvés et la justice sera rendue. Ilan, Sarah, Jonathan, Gabriel, Harry, Myriam, François-Michel, Yoav, Philippe, Yohann, nous pensons à vous, ici, aujourd'hui. Nous nous battrons pour vous. Et je ne cite que quelques-uns des prénoms, ceux parmi lesquels vous étiez, il y a un instant, à quelques-uns, à Givat Shaul.

Je veux remercier le ministre de l'intérieur qui m'accompagne parce qu'il tenait à être parmi vous pour la cérémonie qui s'est tenue, tout à l'heure, en leur hommage. Je pense à vos enfants et vos familles et je veux vous dire que tout le gouvernement est ici mobilisé et continuera de l'être pour que cela n'advienne plus. Alors, je sais combien, dans ce contexte, l'émotion est encore forte après la décision rendue par la Cour d'appel de Paris sur l'assassinat de Sarah Halimi. De là où je vous parle, je ne peux vous parler avec le coeur, parce que je suis le garant de l'indépendance de la justice, des principes cardinaux de notre code pénal et je dois respecter ces principes de la République. Le président de la République n'a pas à commenter une décision de justice ni à prétendre la remettre en cause.

Je veux vous dire simplement des choses très simples. La première c'est qu'un pourvoi en cassation a été formé et constitue une voie possible par le droit. Mais j'ai reçu tant de lettres, entendu tant d'émoi, vu tant de rage, de colère à l'idée qu'au fond la justice ne soit jamais faite et ne puisse passer. Alors, je veux vous dire d'abord que la justice française a reconnu le caractère antisémite de ce crime. Il est reconnu et ce caractère antisémite, personne ne peut le remettre en cause. Ensuite, la justice doit avoir un lieu et je sais la demande de procès qui doit se tenir. Alors, il y a des rapports d'experts et c'est la voie que la cassation suit. La question de la responsabilité pénale est l'affaire des juges, la question de l'antisémitisme est celle de la République. Mais ce que nous apprend ce qui vient de se passer, c'est que même si à la fin, le juge devait décider que la responsabilité pénale n'est pas là, le besoin de procès, lui, est là. Le besoin que toutes les voix s'expriment, se disent, et que l'on comprenne ce qui s'est passé, pour que ce que tout un procès comporte, de réparation, par ce qu'il est lui-même, puisse se tenir. Nous en avons besoin dans la République.

Voilà les quelques mots que je voulais vous dire sur ce sujet qui, je le sais, vous tient à coeur et a suscité tant d'émoi, de colère, d'attentes. Les prochains mois seront importants à cet égard, mais pour autant, ne pensez pas une seule seconde que l'obscurité gagnera, que la violence gagnera. Je peux vous le dire et je m'en porte garant, ce combat, ensemble, nous le mènerons et je ne laisserai jamais la banalisation l'emporter, l'habitude prendre place, la violence prendre le dessus. Voilà ce que je voulais vous dire sur ce sujet, en étant parmi vous.

Alors, évidemment, c'est sur tous ces sujets, si essentiels et existentiels, ce pour quoi je suis aujourd'hui à vos côtés. Je pourrais vous dire beaucoup d'autres choses, malheureusement, le temps presse et Yad Vashem m'attend avec un horaire, mais je voulais vous dire, quand même, quelques convictions de ce que vous faites ici et de ce que nous portons dans la région.

Aussi vrai que la France, la République, porte ce combat contre l'oubli, la bêtise, la violence, l'antisémitisme, nous portons aussi, par notre politique internationale, le rôle que nous avons dans la région, ce qu'une puissance d'équilibre, de médiation doit faire. Tout le travail qui est le nôtre, et j'aurai l'occasion d'y revenir dans les prochains mois, c'est celui qui consiste à assurer la sécurité et la protection de ceux qui sont nos amis, et vous savez combien je suis attaché, à cet égard, à la sécurité d'Israël, mais, dans le même temps, à n'avoir jamais une politique d'alignement peut-être sur la voie la plus extrême, mais de vigilance sur les équilibres qui doivent se tenir.

Nous luttons avec vigueur contre la nucléarisation du régime iranien, mais je suis attaché, en la matière aussi, au droit international et à la lutte contre toute forme d'escalade. Je suis ici parmi vous, attaché à la sécurité d'Israël, mais de la même manière attaché au respect du droit international, du respect de l'autre et des équilibres qui, dans la région, seront d'ailleurs les seuls garants d'une paix durable. Et donc, c'est la voix que la France porte dans le processus de paix, dont presque plus personne n'ose parler en considérant qu'il ne se terminera pas. Il aura une fin. Elle doit être heureuse. Cette fin ne peut pas être la victoire de l'un sur l'autre. C'est impossible. Cette fin ne se fera que dans le respect de l'un avec l'autre et la capacité à vivre ensemble.

Je veux ici saluer aussi ce que la France porte dans la région à travers la protection qu'elle a à l'égard de beaucoup de communautés, en particulier religieuses. Nous étions ensemble, hier, et dans un face à face qui a pu parfois se jouer ici entre deux grands monothéismes, les chrétiens jouent un rôle très important du tiers médiateur, si je puis dire, une capacité peut-être à aider, à faire vivre, je crois, en tout cas, en cette présence, et c'est aussi pour cela qu'hier, j'ai souhaité visiter le Saint-Sépulcre, l'Esplanade des Mosquées, le Mur des Lamentations. Pas parce que la République n'aurait à voir, au fond, qu'une religion, au contraire, la laïcité, dans la République, c'est la capacité à vivre ensemble, quelle que soit sa religion, et que l'on croit ou que l'on ne croit pas. Et donc, reconnaître la place que chaque religion a, et la place que ces trois grandes religions ont, dans la région, et ont, en particulier, à Jérusalem.

La voix de la France, c'est celle qui permet de concilier ce palimpseste que nous a laissé l'histoire, et parfois, les conflits qu'il crée, et d'essayer de trouver cette voie d'équilibre, ce chemin sinueux. Je crois qu'il est possible. Et c'est avec, si je puis dire, cette conviction, cette exigence, que nous continuerons d'oeuvrer sur le plan international dans la région. Alors parfois, vous me demandez plus, de faire davantage. Croyez-moi, quand je vous dis que je ne le fais pas, je crois aussi le faire en pensant à votre bien. Quelle utilité aurait la voix de la France, si elle n'était à nouveau que celle qui s'aligne sur le plus grand dans un moment où une part de cette politique internationale joue beaucoup sur l'humiliation et le ressentiment. Nous devons garder des voies d'équilibre. Ce sont les seules qui permettront, à un moment donné, le chemin de passage.

Toute cette histoire que nous évoquions il y a un instant, c'est l'histoire folle de gens qui ont pensé que leur futur se construirait dans la négation d'un autre. Il n'y aura pas plus ici de futur qui se bâtira dans la négation de qui que ce soit. Le futur se fera dans la cohabitation de tous avec tous. Ce sera aussi notre rôle d'aider à le bâtir.

Et dans ce contexte, votre rôle est extrêmement important. Je reviendrai, je reviendrai prochainement dans le cadre d'un voyage bilatéral, sur beaucoup de sujets.

Mais, par votre présence, vous portez la part vibrante de ce lien d'amitié entre Israël et la France. La saison croisée France-Israël, en 2018, s'est ouverte avec la magnifique exposition "Lifetime" de Christian Boltanski.

Beaucoup d'événements ont pu ainsi voir le jour et cette année encore, la Semaine de la gastronomie française en février, le Festival du film français en mars, la Nuit de la philosophie en juin, et bien d'autres événements continueront de scander ce lien, cette amitié, cette meilleure compréhension.

Mais il y a surtout tout ce qu'au quotidien, vous portez. Par l'école, l'enseignement, avec d'ailleurs, grâce à notre modèle éducatif que je défendais tout à l'heure, la capacité à ce que nos enfants ici soient bien formés, mais à ce que beaucoup d'enfants, quelles que soient d'ailleurs leurs origines, leurs croyances, soient formés par la République et avec son aide, comme artistes, comme entrepreneurs, comme scientifiques, comme fonctionnaires. Ici, vous portez cette part de France qui construit cette amitié. Alors j'avais, il y a quelques années, beaucoup accompagné celles et ceux qui, dans le numérique ou l'entreprenariat, sont une part vibrante de cette relation bilatérale, et vous savez ô combien j'y suis attaché, et qu'il s'agisse des liens avec l'Institut polytechnique de Technion ou des liens entre les communautés justement numériques de la France et d'Israël, nous avons encore beaucoup à faire.

Mais je voulais vous dire combien ce que vous faites au quotidien, ce que vous représentez, est important pour la relation bilatérale, important pour la réussite ici de ce pays et pour notre réussite, car à chaque fois, ce sont des opportunités nouvelles qui sont déployées, car à chaque fois, ce sont des projets nouveaux qui sont construits, une capacité à mieux connaître, mais aussi à multiplier les échanges commerciaux, les investissements croisés, les échanges culturels, humains, académiques. La France continuera d'être un grand pays d'entreprenariat, d'économie et nous sommes en train d'y travailler pour que les choses aillent de mieux en mieux et nous continuerons, croyez-moi, de recherche aussi, de savoir, et donc tout ce que vous portez et représentez, nous continuerons de le défendre, de le faire vivre, de le rendre plus fort. Et donc, je l'ai dit, j'aurai l'occasion de revenir pour une visite bilatérale. Mais j'attends de vous que tout ce qui est aujourd'hui développé soit encore plus fort, à cette occasion, parce qu'on ne saurait se satisfaire de l'existant.

Donc, sur tous les sujets que j'ai commencé à évoquer, nous devons, dans les prochains mois, réussir à faire encore davantage. Regardez les chiffres. On doit avoir beaucoup plus encore d'échanges académiques, de partenariats croisés. On doit faire beaucoup plus sur le plan économique et commercial entre nos deux pays. Les résultats ne sont pas au niveau de ce qu'on devrait attendre compte tenu de notre histoire et de notre force. Et donc, je compte sur vous pour y oeuvrer, déployer encore plus de projets. Je sais qu'il y a beaucoup d'engagés, juste devant moi, en la matière, mais nous devons avancer avec force. Et puis, au-delà de ça, vous portez, ici, une part symbolique aussi d'espoir. C'est ça, la France. Parfois, les temps sont durs, l'inquiétude est là et je vous sais au milieu d'une région qui est bousculée par toutes les craintes et ce qui se passe dans le voisinage. Mais notre voie est de continuer à garder cette forme d'universel et ce goût de l'optimisme, parce qu'on ne sait jamais ce qu'on sème à un moment et qui prospérera. Et je veux vous dire que vous pouvez clairement assumer ces identités multiples que vous portez ici.

C'est aussi ça, la République française, et c'est, je crois, la force de ce que vous toutes et tous portez ici avec vigueur, avec entrain, en Israël. N'oubliez jamais qu'ici, comme je le disais en commençant mon propos, maintenant que je dois l'achever, vous portez un peu de la France. Ça veut dire que vous portez un peu de son exigence, de ses valeurs et de ses principes, dont la région a tant besoin, mais que vous portez aussi de son formidable goût de l'avenir, une capacité à semer, à faire vivre. Je ne sais ce que donnera le monde, demain. Je sais que chacune et chacun d'entre vous peut, peut-être, semer quelque chose qui le rendra un peu meilleur.

Je finirai sur cette anecdote qui m'a beaucoup touché tout à l'heure. J'étais avec Shaoul qui était parmi les survivants. Il doit être là, avec nous, d'ailleurs, et qui est né en Pologne, qui était à Auschwitz et qui était à Roglit tout à l'heure. Il a allumé la flamme, à côté de nous, avec Serge. Il m'a dit : quand la guerre s'est terminée, c'est la France qui m'a accueilli, avant que je vienne en Israël, et la France m'a formidablement accueilli. Il m'a dit : je ne parlais presque pas français, mais j'avais quelques mots, parce que j'avais appris, chez moi, en Pologne, des traductions françaises de Rachi de Troyes, qui était rabbin. Se dire qu'un rabbin médiéval de la ville de Troyes, a pu, à un moment donné, semer quelque chose qui a permis à un enfant, juif polonais, de saisir une main tendue, alors qu'il n'avait plus rien, et de le dire, 70 ans après à un président de la République française, à Roglit, je me dis que la vie est formidablement inventive et pleine d'espoir. Je veux vous dire aussi que rien dans ce que vous faites, en particulier ici, n'est innocent. Et peut-être que vous serez, chacune et chacun, le Rachi de Troyes du Shaoul qui n'est pas né. Pensez-y à chaque fois, parce que vous vivez dans des lieux d'histoire et, sans doute, à un moment où on fait l'histoire. C'est ça aussi, un peu de votre place, ici. Alors, merci à toutes et tous. Je suis fier de vous et je compte sur vous.


Vive la République ! Vive la France ! Vive l'amitié entre Israël et la France !

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