Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à France Info le 27 janvier 2020, sur l'épidémie du coronavirus et le rapatriement de ressortissants français vivant dans la région de Wuhan en Chine.

Texte intégral

Q - Bonsoir, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

R - Bonsoir.

Q - Où en sont, Jean-Baptiste Lemoyne, ce soir, les préparatifs en vue du rapatriement par avion des ressortissants français recensés dans la région de Wuhan, ce foyer de l'épidémie du coronavirus en Chine ?

R - Ce sont des préparatifs qui sont entrés dans une phase très active. Le Premier ministre, à l'issue de la réunion interministérielle hier, a souhaité que ce rapatriement soit organisé. Je rappelle que notre communauté française résidant à Wuhan, c'est cinq cents Français enregistrés sur la liste consulaire, sûrement le double en réalité.

Q - On parle de huit cents généralement. Donc, c'est entre cinq cents et mille, vous diriez ?

R - Oui, tout à fait, la présence française, parce que Wuhan est une ville qui entretient de grosses relations avec des industries françaises - PSA, Renault -, il y a également une grosse communauté d'étudiants français.

Depuis la semaine dernière, le centre de crise et de soutien du Quai d'Orsay est totalement mobilisé ; j'ai rendu visite à leurs équipes cet après-midi pour faire un point. Et je voudrais vraiment saluer ce travail qui est un travail H24 pour pouvoir répondre au téléphone aux inquiétudes, orienter les familles, les Français qui résident là-bas, afin d'apporter des réponses. Je profite de votre antenne peut-être pour donner ce numéro de téléphone, parce que ce soir je veux rassurer les familles françaises qui ont des proches en Chine : le 01.53.59.11.00 est le numéro du centre de crise et de soutien qui est là pour orienter nos compatriotes et leurs proches.

Q - Pour bien comprendre, il y a des ressortissants qui demandent de rester sur place en Chine dans le foyer du virus. Que leur dites-vous ce soir ? Il faut rentrer ? Il faut rentrer au pays, c'est plus sûr ?

R - Il n'y a pas une situation identique à une autre. Il y a aussi certains de nos ressortissants qui sont mariés à des Chinois ou des Chinoises et ont également une partie de leur famille là-bas. Donc, c'est à chacun d'apprécier. En tous les cas, c'est sur la base du volontariat. Mais nous, nous tenons à faire en sorte que les Français établis là-bas qui souhaitent rentrer puissent le faire dans de bonnes conditions. Donc, avec Agnès Buzyn, le ministère des solidarités et de la santé, le ministère de l'intérieur et le ministère des armées...

Q - ...Oui, qui a la haute main sur la crise sanitaire ?

R - Tout à fait. Agnès Buzyn est très mobilisée, tout comme Jean-Yves Le Drian qui s'est entretenu avec son homologue chinois. Parce que c'est une opération quand même complexe. L'aéroport de Wuhan est très sollicité pour acheminer des matériels, etc. Mais, donc, nous sommes dans cette phase maintenant qui va nous conduire à ces premiers rapatriements de façon effective.

Q - Les ressortissants français, lorsqu'ils arrivent ici sur notre sol, il y a une quarantaine, enfin elle dure en réalité... C'est une quarantaine ?

R - C'est une quarantaine. La procédure commence dès l'aéroport de Wuhan, où il va y avoir tout un circuit médical déjà, où nos concitoyens qui souhaitent rentrer vont être examinés, vont avoir un certain nombre de tests pour s'assurer de leur santé. Ils prennent également l'engagement, ils signent un document les engageant à respecter cette contrainte de confinement pendant quatorze jours, parce qu'il est important également et avant toute chose de veiller aussi à la santé publique en France. Nous avons donc des équipes médicales qui partiront avec ces avions. Des équipes de la sécurité civile, des équipes du service de santé des armées. Et donc, tout sera fait dans les règles de l'art, avec un certain nombre de protocoles médicaux, pour s'assurer que cela se passe dans les meilleures conditions.

Q - Vous diriez aujourd'hui que la Chine, le gouvernement, le pouvoir chinois collaborent très ouvertement avec les autorités étrangères, donc la France ?

R - Oui, tout à fait.

Q - Parce qu'il y a eu un début de flottement. On a eu l'impression qu'il y a eu un petit retard d'allumage au départ.

R - Jean-Yves Le Drian pourra en attester, il s'est entretenu avec son homologue M. Wang Yi, le ministre des affaires étrangères chinois, nous avons eu tout à fait une écoute attentive sur nos préoccupations pour pouvoir faciliter ces évacuations.

Je dois dire que la force du Quai d'Orsay, de ce ministère de l'Europe et des affaires étrangères, au-delà de ses relations avec les homologues, c'est le maillage de nos réseaux d'ambassades et de consulats dans le monde. Vous savez, c'est le deuxième réseau au monde - cent soixante ambassades, près d'une centaine de consulats et de consulats généraux - qui font que les Français, qu'ils soient établis hors de France - c'est une communauté de trois millions de personnes - ou qu'ils soient touristes, ont la capacité à pouvoir s'adresser, se retourner vers quelqu'un...

Q - Vous voulez rassurant ce soir ? C'est ça l'idée ?

R - En tous les cas, nous sommes mobilisés, je vous le confirme. Ce que je veux dire, c'est que la force de ce réseau, c'est que les Européens aussi se tournent vers la France. Parce qu'à Wuhan, nous avons été le premier consulat général européen ouvert. Et donc nous oeuvrons aussi pour faciliter le retour d'un certain nombre de ressortissants européens avec ces avions.

Q - Un dernier mot avec vous, Jean-Baptiste Lemoyne, avant de rappeler ce numéro d'appel que vous nous avez révélé tout à l'heure (...)

R - Franchement, je suis ce soir, dans ces fonctions de secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, totalement mobilisé sur cette situation, qui est une situation qui requiert l'engagement, l'investissement de nombreux ministres, parce que ce qui compte, c'est la santé publique sur le plan national comme celle de nos compatriotes établis hors de France.

(...)

Je voulais vraiment redire combien nous sommes avant tout mobilisés dans la gestion d'un certain nombre de crises dans le monde. Aujourd'hui, vous avez également dans quelques jours ce Brexit qui va advenir en Europe, ce n'est pas une petite affaire, et notre engagement, avec Jean-Yves Le Drian et Amélie de Montchalin, c'est de faire en sort que, là aussi, les Français établis au Royaume-Uni puissent être défendus et voir leur situation prise en compte, c'est notre engagement au quotidien et qui justifie ma présence ce soir.

(...)

Encore une fois, mobilisés, sur le pont, et à la disposition des Françaises et des Français établis hors de France. Qu'ils n'hésitent pas à nous joindre, à joindre le centre de crise et de soutien. Là aussi, encore une fois, la diplomatie est au service des Français, c'est le sens du service public.

Q - (...) on rappelle ce numéro d'appel, ce numéro d'urgence de la cellule de crise.

R - 01.53.59.11.00.

Q - Ce soir, vous vous voulez définitivement rassurant, mais tout en disant les choses, quand même ?

R - Mobilisé, tout en sachant que nous suivons la situation d'heure en heure. Il y a des points très réguliers avec notre ambassade toutes les trois heures en visioconférence. Il est très important d'être mobilisé H24 sur cette situation, avec l'ensemble du gouvernement.

Q - Merci, en tous les cas, à vous, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, d'avoir été l'invité ce soir de France Info.

R - Merci à vous.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 janvier 2020

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