Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à France Info le 29 janvier 2020, sur les créations d'emploi, la réforme des retraites, le Brexit et le démarchage téléphonique.

Texte intégral

SAMUEL ETIENNE
Je vous le disais, l'actualité de ce mercredi, eh bien on l'évoque avec notre invitée, "L'invité de 07h50", la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, Agnès PANNIER-RUNACHER. Bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

SAMUEL ETIENNE
Merci d'être avec nous ce matin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci.

SAMUEL ETIENNE
Les chiffres de l'emploi, un mot pour commencer, parce qu'une baisse de 3,3% du nombre de demandeurs d'emploi en 2019, c'est un très bon chiffre, c'est un des meilleurs millésimes, même, de la décennie écoulée…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

SAMUEL ETIENNE
Et pourtant on a peu entendu les ministres du gouvernement peu entendu les membres de la majorité s'en féliciter. Pourquoi cette discrétion ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah non, je ne crois pas.

SAMUEL ETIENNE
Non ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
540 000 emplois…

SAMUEL ETIENNE
A une autre époque, on aurait reçu le Premier ministre au 20h00 d'une grande chaîne de télévision pour en parler. Ça ne s'est pas produit, il n'y a pas eu cette publicité autour de ces bons chiffres.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, je crois qu'il faut faire la publicité de ce bon chiffre, parce qu'il témoigne de la réussite de notre politique économique. 540 000 emplois ont été créés depuis 2017. On recrée de l'emploi dans l'industrie, ça ne s'était pas vu depuis 16 ans. Ça, ce sont des éléments factuels qui montrent que la politique économique que nous menons, porte ses fruits. Donc effectivement, vous avez raison, il faut savoir célébrer ces victoires, voir à quel point nous avons progressé depuis deux ans...

SAMUEL ETIENNE
Mais justement, vous n'avez pas eu le sentiment que la majorité et le gouvernement ont été timides dans leur célébration... ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on a été plutôt, comment dire, effectivement impactant, on a essayé de prendre la parole. Après, le débat sur les retraites occupe beaucoup de gens dans la majorité, puisque nous avons commencé les débats parlementaires, comme vous le savez, les auditions ont démarré…

SAMUEL ETIENNE
Tout à fait.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc chacun est au travail aujourd'hui. Mais vous avez raison de le souligner, nous avons un bilan économique qui est excellent, ça se poursuit, et je pense qu'il faut le porter très clairement au crédit du gouvernement.

SAMUEL ETIENNE
Demain jeudi, effectivement, sera lancée, aujourd'hui une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites, mais demain, moment important aussi, le lancement de la Conférence de financement de cette réforme des retraites. Il s'agit de trouver, donc je le rappelle, avant avril, les moyens de garantir l'équilibre de notre système de retraite, c'est important, et la pression est très forte sur les syndicats qui doivent trouver des solutions de financement, sinon le gouvernement imposera, c'est ça, le fameux âge pivot. On est d'accord.

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout état de cause, le régime il est déséquilibré aujourd'hui. Le régime ancien, on ne parle pas du régime nouveau, le régime ancien est déséquilibré. Et nous, nous avons proposé une mesure qui permettrait de le rééquilibrer. Cette mesure elle ne recueille pas l'assentiment des organisations syndicales.

SAMUEL ETIENNE
C'est l'âge pivot.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On remet la balle dans le camp des organisations syndicales et des organisations professionnelles, en disant : très bien, donnez-nous des pistes pour améliorer l'équilibre des retraites. Il y en a trois possibles…

SAMUEL ETIENNE
C'est l'objet de cette conférence.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est : comment... est-ce qu'il faut diminuer les pensions ? Je ne crois pas que ça soit un sujet.

SAMUEL ETIENNE
Ça, le gouvernement a dit non.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, on dit non, parce que c'est inacceptable pour les Français. Deuxième piste, augmenter les cotisations, nous, nous disons non également…

SAMUEL ETIENNE
Non aussi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
... parce que le sujet d'augmenter les cotisations c'est de remettre du chômage. On le sait, il y a une corrélation quasi immédiate…

SAMUEL ETIENNE
Ça augmente le coût du travail.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, donc corrélation quasi immédiate, vous augmentez les cotisations, vous baissez... vous augmentez le chômage, et du coup finalement vous perdez votre équilibre.

SAMUEL ETIENNE
Troisième possibilité, comment on arrive à cotiser plus. Donc travailler plus. Travailler plus, j'écoutais tout à l'heure Laurent BERGER, c'est la question du travail des seniors, il a raison, c'est un très bon point, si les seniors travaillent plus, au-delà de 55 ans, on aura plus de cotisations et moins de retraites à payer, et moins de chômage à payer aussi.

SAMUEL ETIENNE
Mais ça, ça ne se décrète pas, ça.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça se travaille.

SAMUEL ETIENNE
Ça fait des années qu'en France on dénonce le problème du travail des seniors, donc ça ne se décrète pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça ne se décrète pas, mais ça se travaille. Je reprends la situation du chômage que vous évoquiez, ça fait des années en France qu'on dit qu'on ne sait pas lutter contre l'augmentation du chômage, le fait est qu'aujourd'hui le chômage baisse, le fait est qu'aujourd'hui le travail des jeunes augmente, donc oui on doit s'attaquer au sujet des seniors, et c'est très bien, parce que les organisations syndicales sont dans la pièce, les organisations représentant les entreprises également. C'est un bon sujet. Mais en tout état de cause, comment travailler plus et plus longtemps, est un sujet qui est évidemment dans la pièce.

SAMUEL ETIENNE
On était en direct tout à l'heure avec le syndicat Force ouvrière dans notre journal, certains syndicats disent que pour cette discussion les dés sont pipés, parce qu'il ne leur reste plus beaucoup de solutions à part celle que vous venez d'évoquer. Par exemple, certains syndicats aimeraient mettre en avant une hausse des cotisations, et vous, vous dites non, et en fait ils nous disent : "On nous refait le coup de la réforme de l'assurance chômage, on nous dit la balle est dans votre camp, et au final c'est le gouvernement qui décide".

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais parce qu'ils ne prennent pas leurs responsabilités. Ils savent aussi bien que moi que l'augmentation des cotisations c'est moins de pouvoir d'achat pour les Français et c'est plus de chômage. Alors on fait quoi ? Et effectivement, le jeu de contraintes est important, on leur remet la responsabilité dans la pièce, mais on ne va pas trouver avec un coup de baguette magique, quelque chose qui augmente les pensions, permet de travailler moins longtemps, tout en payant moins de cotisations. Ça ce n'est pas possible et c'est parfois ce que proposent un certain nombre de syndicats.

SAMUEL ETIENNE
Agnès PANNIER-RUNACHER, j'aimerais aussi évoquer avec vous cette actualité. Vendredi, ça y est, on y est : la Grande-Bretagne sort de l'Union européenne. Le Brexit il se fait. 3 ans et demi quand même après le référendum sur le Brexit. Votre réaction : enfin débarrassés ou tout le monde va y perdre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense que c'est un jeu perdant/perdant, on le sait tous. C'est un jeu perdant pour les Britanniques, puisqu'ils ont déjà perdu beaucoup de valeur d'actifs, la Bourse a baissé, la valeur de la livre, la monnaie britannique a baissé…

SAMUEL ETIENNE
Boris JOHNSON fait le pari qu'à l'avenir ça va être l'inverse, bien sûr.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Peut-être, mais ce n'est pas ce que disent les économistes, en Angleterre, et d'autre part c'est perdant pour l'Europe, parce qu'effectivement nous perdons un partenaire important de notre commerce, et un partenaire important général. Maintenant, il faut se projeter dans l'avenir. L'avenir c'est la négociation de la relation future. Il faut faire en sorte que cette relation future soit équilibrée, c'est-à-dire que les Britanniques ne poussent pas à avoir une situation où ils auraient les avantages de l'Union européenne, sans en avoir les contraintes.

SAMUEL ETIENNE
Ils l'aimeraient bien.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On imagine que ça peut être une ligne de négociations. C'est inacceptable. Et la deuxième chose c'est qu'il faut néanmoins un accord de libre-échange qui soit suffisamment construit et puissant pour qu'on ait des relations fluides avec les Britanniques.

SAMUEL ETIENNE
Juste un mot, puisque vous êtes en charge de l'accompagnement de l'aide à des entreprises françaises, justement, dans ce Brexit, est-ce que les entreprises françaises aujourd'hui sont prêtes à se Brexit qui est en train de se faire là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'avantage c'est que maintenant on a de la visibilité sur le calendrier, donc beaucoup d'entreprises françaises avaient préparé le Brexit, mais sans savoir exactement quelles seront ses modalités…

SAMUEL ETIENNE
Le cadre, oui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Là on sait la date, on sait que ça arrive, donc c'est beaucoup plus facile de s'y préparer. Et puis on le fera dans un cadre organisé qui est cette fameuse relation future, qui permettra notamment, sur toute la question des taux de douane et du franchissement des marchandises aux frontières, d'organiser les choses. Donc je pense que c'est plus apaisé. Ça ne veut pas dire que les entreprises ne doivent pas s'y préparer, parce qu'il y aura quand même des points de frottement. Il y a un avant et un après le Brexit.

SAMUEL ETIENNE
Il nous reste une toute petite minute, un mot de cette plaie qu'est démarchage téléphonique, je pense que ça va parler à beaucoup de gens qui nous regardent ce matin. Les plaintes ont augmenté de 20 % entre 2018 et 2019, vous avez bien…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur la rénovation thermique, spécifiquement.

SAMUEL ETIENNE
Oui, vous avez raison. Vous allez bientôt proposer au Parlement un projet de loi sur cette question, avec des solutions efficaces ou pas ? Parce qu'on a l'impression que les pouvoirs publics, ce n'est pas la première fois qu'on s'y attaque, sont un peu impuissants sur cette question du démarchage téléphonique, là.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, c'est une proposition de loi qui vient d'un député, qui n'est pas de la majorité d'ailleurs…

SAMUEL ETIENNE
Ce n'est pas un projet de loi, c'est une proposition de loi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas un projet de loi, c'est ça qui est intéressant, on en est quasiment à la fin de la lecture de ce projet de loi, et on va le renforcer pour interdire le démarchage téléphonique pour la rénovation thermique, parce que c'est là, comme vous l'avez mentionné, où on a une explosion du harcèlement téléphonique…

SAMUEL ETIENNE
Il y a des abus incroyables.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On va encadrer les horaires, ce qui est nouveau, et on prend nos responsabilités avec les professionnels…

SAMUEL ETIENNE
C'est-à-dire que ça sera interdit par exemple le soir à partir d'une certaine heure, c'est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, de façon à ce que chacun puisse avoir une vie normale, et surtout, que lorsque vous recevez l'appel, vous puissiez vous sentir tout à fait libéré pour raccrocher au nez…

SAMUEL ETIENNE
Ça, c'est très bien ça.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà... de la personne qui le fait, vous ne serez pas impoli, puisque lui-même enfreint la loi. Et puis la dernière chose c'est qu'on va augmenter massivement les sanctions. Autrefois vous étiez à 3 000 € pour un démarchage téléphonique lorsque vous étiez une personne physique, 15 000 € en étant une entreprise, là on va passer à 75 000 € pour une personne physique, 375 000 € pour une personne morale. Je peux vous dire, ça va changer les choses.

SAMUEL ETIENNE
Des mesures donc bientôt contre le démarchage téléphonique dans notre pays. Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, d'avoir été notre invitée ce matin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.

SAMUEL ETIENNE
Bonne journée à vous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 janvier 2020