Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur la Pharmacie centrale des Armées, à Chanteau le 31 janvier 2020.

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Circonstance : Allocution à la Pharmacie centrale des Armées

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Texte intégral

Monsieur le préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le commandant de la Pharmacie centrale des Armées,
Monsieur le président de Fab'entech,
Mesdames et messieurs,
Chers amis de la Pharmacie centrale des Armées,


Etant aujourd'hui au sein de la Pharmacie centrale des Armées, je ne peux commencer à m'exprimer sans adresser mes remerciements à tous les militaires impliqués dans l'opération de rapatriement de nos concitoyens depuis Wuhan. A la demande du gouvernement, nous avons en effet mis un avion de l'armée de l'Air, ainsi que des personnels du service de santé des armées. Le gouvernement est pleinement mobilisé pour la protection de tous les Français et je me joins à la parole du Président de la République, l'heure est à la vigilance extrême et tous les services de l'Etat sont mobilisés.

Mais ce matin, j'aimerais aussi que vous pensiez à une trousse à pharmacie. Une trousse de premiers soins. C'est un objet que nous avons tous, que connaissons tous, on en manipule en vacances, en famille, parfois sur le lieu de travail.

Au ministère des Armées, le lieu « de travail », et j'aimerais utiliser ici de grands guillemets, c'est parfois le désert, la montagne ou encore la forêt tropicale. Ce sont des théâtres d'opérations extérieures, des zones de guerre, de risques et de grands dangers.

Partout, sur chacun de ces théâtres, il y a des milliers de trousses de premiers soins. Des trousses à pharmacie de combattant. Cette trousse du combattant, c'est un équipement vital pour nos militaires : de la dosette de morphine au kit de perfusion permettant la prise en charge de blessés, on est évidemment très loin du Mercurochrome, au plus près des soins adaptés aux risques que prend tout militaire en opération.

Au même titre qu'un casque, un gilet pare-balles ou un treillis ignifugé, la trousse individuelle du combattant est essentielle à la protection du soldat et à son efficacité opérationnelle. C'est une trousse qui sauve des vies, qui permet de gagner de précieuses minutes pour les blessés, qui permet aussi de se relever.

Et cela, c'est grâce à vous. Je suis donc ravie d'être ici aujourd'hui, sur le site de la pharmacie centrale des armées.

Le service de santé des armées est une belle maison, une maison dont nous sommes fiers et dont vous êtes un des piliers : vous avez la tâche immense de mettre à disposition les produits de santé et les médicaments nécessaires et adaptés aux besoins des forces armées, quel que soit l'endroit du monde et quelles que soient les conditions où elles sont déployées. Vous assurez aussi le ravitaillement des hôpitaux militaires, des centres médicaux et des avions médicalisés.

Vous avez une expertise reconnue et unique : fabriquer des antidotes du risque chimique, bactériologique et nucléaire. Développer et produire des médicaments qui n'existent pas sur le marché. Votre travail dépasse largement le champ des forces armées. Il est d'utilité publique. Il implique une technicité et une rigueur exceptionnelles pour pouvoir réaliser ces produits de santé.

Être ensemble aujourd'hui, c'est aussi l'occasion de mettre en lumière une PME stratégique qui fait, elle aussi, un travail d'utilité publique. Fab'entech a ses bureaux à Lyon mais nous fait l'honneur de sa présence ici, et il y a une très bonne raison à tout cela. Car Fab'entech et le ministère des Armées, cela fait partie de nos belles histoires.

C'est d'abord une belle histoire de soutien à l'innovation, de la naissance d'une idée à sa réalisation, du premier stade d'innovation jusqu'à l'industrialisation.

Notre histoire débute en 2016 lorsque Fab'entech frappe à la porte du ministère des Armées avec un projet innovant qui retient immédiatement notre attention : le développement d'un antidote à certains agents biologiques.

Si les armées s'intéressent à des agents biologiques, au demeurant toxiques, ce n'est pas pour faire un remake de Breaking Bad, mais pour des enjeux de souveraineté nationale. Le risque biologique n'est pas le premier auquel on pense lorsqu'on parle d'attentat et je ne tiens pas ici à développer un discours anxiogène, mais nous ne négligeons aucun risque. Nous ne négligeons aucun scénario. Nous devons toujours être prêts.

C'est pourquoi en 2016, le projet de Fab'entech a été subventionné par le ministère des Armées à hauteur de 600 000 euros grâce à RAPID. RAPID, c'est un acronyme qui signifie « Régime d'appui à l'innovation duale », lancé par la direction générale de l'armement et qui finance des projets d'innovation duale portés par des PME. Il soutient des projets de recherche industrielle ou de développement expérimental à fort potentiel technologique, utiles au monde militaire mais aussi aux marchés civils.

Fab'entech, dont l'antidote à un agent biologique toxique entre tant dans le champ des applications militaires que civiles, a ainsi rejoint notre écosystème. Il a d'ailleurs suscité un intérêt marqué du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale notamment en vue de disposer d'un produit opérationnel.

Après plusieurs essais comparatifs entre des solutions existantes et le savoir-faire de Fab'entech, c'est la solution de cette PME lyonnaise qui s'est avérée la plus efficace, la plus rapide et la moins couteuse à développer. Le contrat portant sur son développement s'est conclu l'année dernière avec un financement par la direction générale de l'armement, à hauteur de 5 millions d'euros, et une contribution d'1 million d'euros du SGDSN.

Alors, si je peux m'exprimer un peu trivialement, Fab'entech, plus rien ne vous arrête. J'ai d'ailleurs le plaisir d'annoncer la nouvelle levée de fonds d'un montant de 8,5 millions d'euros que vous avez bouclée hier, et je vous en félicite très chaleureusement.

Je devrais d'ailleurs dire "je nous en félicite", car c'est une réussite collective de plus, une étape de plus dans cette histoire qui nous lie puisque cette levée de fonds a été élaborée via Definvest, le fonds du ministère des Armées géré par Bpifrance. Aux côtés du ministère des Armées, plusieurs actionnaires se sont ralliés à ce beau projet dont notamment l'Institut Mérieux, représenté aujourd'hui.

Et cette belle aventure devrait, je l'espère, s'étendre hors du territoire national puisque les équipes de la direction générale de l'armement étudient la possibilité de soutenir un consortium rassemblant le CEA et Fabentech pour répondre à un appel d'offres européen sur les contre-mesures médicales.

Alors je vous parle de belles histoires, Fab'entech et le ministère des Armées, c'est enfin un partenariat qui va bien au-delà d'un soutien financier à une innovation. Ce partenariat c'est celui de Fab'entech et de la Pharmacie centrale des Armées dans la conduite d'opérations de bioproductions, c'est-à-dire la fabrication de produit pharmaceutique à partir de produits biologiques et non plus chimiques. Cette nouvelle compétence, dont vous vous dotez est stratégique car à l'avenir de nombreux produits de santé seront réalisés par bioproduction.

La Pharmarcie centrale des Armées connaîtra une autre transformation d'ampleur puisqu'elle se dotera prochainement d'une nouvelle chaîne de production moderne, répondant aux plus hauts standards pharmaceutiques.

Nous investissons donc pour assurer la pérennité d'un outil stratégique pour le Ministère et pour l'Etat.
Et je sais que vous saurez en profiter pleinement. Je le disais tout à l'heure, votre travail est d'utilité publique et vous méritez le meilleur pour le mener à bien.

Continuez de veiller sur nos armées, continuez toujours de veiller sur les Français.

Mon dernier mot sera simple : Merci. Merci de faire de nos vies votre combat.


Vive la République ! Vive la France !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 6 février 2020