Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à Public Sénat le 6 février 2020, notamment sur l'affaire du congé parental pour deuil d'enfant et le calendrier parlementaire de la réforme des retraites.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invitée politique ce matin, c'est Sibeth NDIAYE. Bonjour.

SIBETH NDIAYE
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes porte-parole du gouvernement. On est ensemble pendant un peu plus de 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, représentée ce matin par Patrice MOYON, de Ouest-France. Bonjour Patrice.

PATRICE MOYON
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Et on va commencer, Sibeth NDIAYE, avec cette affaire GAILHAGUET, le président de la Fédération française de patinage, qui refuse de démissionner après les révélations de violences sexuelles dans le patinage. Roxana MARACINEANU, la ministre des Sports, lui a demandé de démissionner. Vous avez dit hier que le gouvernement soutenait cette demande. Et lui, il répond que Roxana MARACINEANU est une ministre moralisatrice. Qu'est-ce que vous dites ce matin ?

SIBETH NDIAYE
Je dis que je suis évidemment d'abord déçue par l'homme, il s'honorerait à reconnaître qu'il y a eu des dysfonctionnements importants dans cette fédération, quand vous avez des femmes qui ont porté les témoignages qu'on a pu entendre ou lire, de toute évidence, il y a quelque chose qui ne va pas dans cette fédération, quelque chose qui n'a pas été vu par ses dirigeants, quelque chose qui n'a pas permis d'accompagner des jeunes femmes alors qu'elles étaient agressées sexuellement, et peut-être même violées. L'enquête de justice qui s'est ouverte nous dira ce qu'il en est exactement. Mais je crois que monsieur GAILHAGUET s'honorerait à tirer les conclusions de l'état de sa fédération, de son passé, de son histoire, pour lui permettre de rebondir et de se tourner vers l'avenir.

ORIANE MANCINI
Donc vous redites clairement ce matin : il doit démissionner, il doit partir ?

SIBETH NDIAYE
Bien sûr, c'est notre conviction. Je crois que c'est à la fois un besoin moral, un besoin d'assumer ses responsabilités quand on est un dirigeant, y compris un dirigeant sportif.

ORIANE MANCINI
Et sur ses propos envers la ministre des Sports ?

SIBETH NDIAYE
Ecoutez, je ne vais pas rentrer dans ce type de polémique. Ce sont des propos, moi, que je qualifierai à la limite de l'injure, parce que je considère que quand on dit d'une femme, d'une ministre, qu'elle est moralisatrice parce qu'elle considère qu'il y a des faits d'agressions sexuelles, de viols que l'on soupçonne, et qui sont inacceptables, je pense vraiment que ce monsieur est tombé bien bas…

ORIANE MANCINI
On va passer à un autre sujet.

PATRICE MOYON
Oui, un mot sur ce couac avec le congé pour deuil, quand une famille, quand un salarié perd un enfant, c'était une belle proposition d'un député UDI, et puis, on a vu ce vote des députés LREM contre, on a du mal à comprendre ce qui s'est passé.

SIBETH NDIAYE
Alors, en fait, d'abord, je veux évidemment dire à l'ensemble de ceux qui nous écoutent qu'il n'y a pas de volonté ou de positionnement inhumain de la part des députés de La République En Marche, et évidemment pas plus de la part de l'exécutif, c'est évidemment… je suis mère de 3 enfants, je ne peux qu'imaginer ce que ça représente de perdre un enfant et la douleur que cela implique. Au fond, ce n'est pas tellement le temps pendant lequel vous avez un congé, vous, que ce soit 2 jours, 3 jours, 5 jours, 10 jours, 1 mois, je doute que dans ce temps-là imparti, vous puissiez faire votre deuil et réparer, au fond, la douleur qui vous est causée par la perte d'un enfant. En revanche, la question qu'on doit se poser quand on est parlementaire, quand on est dans l'exécutif, c'est l'efficacité des mesures que l'on prend, on peut avoir des propositions de lois qui sont belles sur le papier et qui, au fond, dans leur application, ne rencontrent pas la réalité de la vie de tous les jours, typiquement, dans cette proposition de loi, on ne proposait pas d'étendre le dispositif aux fonctionnaires, on ne proposait pas d'étendre le dispositif aux professions indépendantes, donc ça, c'est des questions qu'on aurait dû pouvoir approfondir…

PATRICE MOYON
Alors, pourquoi ne pas avoir dit dès le départ : c'est une très belle idée, et on va l'enrichir, et on voit…

SIBETH NDIAYE
Mais je vous invite à écouter les débats qui ont eu lieu au moment où cette proposition de loi…

PATRICE MOYON
Mais, et on entend Muriel PENICAUD dire : ce n'est pas aux entreprises d'assumer, alors que le MEDEF, le lendemain, dit : nous, on est prêts à le financer…

SIBETH NDIAYE
Mais je pense effectivement que cette solidarité-là, que l'on doit aux parents, qui sont des parents endeuillés, qui vivent quelque chose de très difficile, c'est une solidarité nationale, donc il faut regarder, et c'était le sens des paroles de Muriel PENICAUD, peut-être qu'elles ont été maladroites, je le reconnais bien volontiers. Il y a sans doute eu aussi, et nous l'avons très largement reconnu, une erreur d'appréciation politique de ce moment-là, mais ce que je veux dire aussi, pour essayer de faire comprendre la position qui a été la nôtre. C'est qu'il n'était pas question de dire que les parents ne méritaient pas de pouvoir faire leur deuil à travers un congé plus long, bien au contraire, il faut qu'on puisse les accompagner, mais ça, cet accompagnement, on doit le réaliser dans le cadre de la solidarité nationale, donc pour tous les parents de ce pays, ça doit être la même chose. Et je pense même, si vous voulez mon avis, que : que votre enfant, il ait 17 ans et 6 mois ou que votre enfant, il ait 18 ans et 6 mois, donc qu'il soit majeur ou mineur, la douleur, elle est la même, et on devrait – et j'espère que ce sera fait dans le cadre des concertations qui ont été ouvertes par Adrien TAQUET et Muriel PENICAUD – on devrait regarder au fond ce qui compte, c'est le fait que vous avez perdu la chair de votre chair, que vous avez perdu votre enfant. Et c'est ce lien de filiation-là qui provoque la douleur. Donc on doit, je crois, regarder, que l'enfant soit mineur ou pas, on doit aussi évidemment regarder la question de la durée, mais prendre en compte les choses par la solidarité nationale.

ORIANE MANCINI
Est-ce que cette erreur d'appréciation, comme vous la qualifiez, elle n'est pas révélatrice d'un manque d'expérience politique des députés de La République En Marche ?

SIBETH NDIAYE
Alors, vous savez, on nous dit ça depuis le début, mais les députés de La République En Marche, vous savez quoi, ils sont en train d'examiner une réforme des retraites alors qu'il y a des gens qui font de l'obstruction parlementaire. Les députés de La République En Marche, ce sont des députés qui ont permis d'adopter un certain nombre de réformes, de transformations très profondes dans notre pays, qui, aujourd'hui produisent des résultats. En France aujourd'hui, on peut dire ce qu'on veut, il y a moins de chômeurs, en France, aujourd'hui il y a plus de pouvoir d'achat, en France aujourd'hui, ça va un peu mieux que ça n'allait en 2017, je ne dis pas qu'il ne faut pas continuer, qu'il n'y a pas encore beaucoup de choses à réaliser, bien entendu, mais, moi, quand je regarde les députés de La République En marche, je vois des gens qui ont eu le courage, vraiment le courage, parfois de quitter des partis politiques auxquels ils appartenaient, parfois, de s'engager en politique, qui, concrètement, sur le terrain, se font parfois insulter, bousculer, qui ont leurs permanences qui sont perturbées, je vois des hommes et des femmes qui sont dignes et je suis extrêmement fière de cette majorité.

ORIANE MANCINI
Et vous voyez aussi des hommes et des femmes chez qui la tension commence à monter, comme on l'a vu mardi à la réunion de groupe à l'Assemblée nationale, est-ce que vous nous confirmez qu'Emmanuel MACRON va recevoir les députés la semaine prochaine ?

SIBETH NDIAYE
Oui, tout à fait. Le président de la République a à cœur, quand il y a des incompréhensions, et manifestement, il y a une incompréhension autour de ce terme d'humanité le propos du président de la République n'est évidemment pas de dire que les députés de sa propre majorité ou que les ministres de son propre gouvernement, des ministres qu'il a choisis, étaient des personnes inhumaines et qui ne prenaient pas en compte la vie des gens, bien au contraire, ce qu'il souhaitait dire, c'était qu'il fallait chercher un chemin d'humanité dans la résolution de cette crise-là, et dans la réponse, dans la réparation de l'erreur que nous avions commise…

ORIANE MANCINI
Mais il reconnaît, lui, qu'il faut réparer cette phrase, qu'il n'aurait pas dû prononcer, prononcer comme ça en tout cas ?

SIBETH NDIAYE
Alors, moi, je ne vais pas parler à la place du président de la République, d'autant plus qu'il parlera, et qu'il a aura un échange avec les parlementaires de la majorité, donc je me garderai bien de dire…

ORIANE MANCINI
Ce sera quand, mardi ? Mardi prochain?

SIBETH NDIAYE
Ce sera mardi prochain, effectivement.

ORIANE MANCINI
Est-ce que, Emmanuel MACRON en a parlé hier au Conseil des ministres de cet épisode, on imagine que oui. Est-ce qu'il en a plutôt parlé sur le ton du recadrage ou sur le ton du mea culpa en disant effectivement qu'il n'aurait pas dû employer ces mots-là ?

SIBETH NDIAYE
Alors, ni l'un ni l'autre, Madame, il a tout simplement dit qu'il fallait avoir beaucoup d'attention, beaucoup de professionnalisme et aussi convenir, lorsque beaucoup de voix s'élevaient pour considérer que nous avions fait une erreur, que la position que nous avions prise était une position qui n'était pas comprise par nos concitoyens, on n'a jamais raison, il a eu cette phrase : on n'a pas raison seul contre tous. Donc je crois que c'est une phrase qui est très forte, qui témoigne du fait qu'il faut prendre en considération le fait qu'on n'a pas été compris dans ce qu'on a voulu faire, ni dans la position du gouvernement ni dans celle des parlementaires, donc à nous de réparer les choses, à nous peut-être d'aller même plus loin, de profiter de ce moment-là, qui est un moment évidemment douloureux pour la majorité, pour pousser la réflexion avec les associations et les partenaires sociaux et faire mieux et très vite.

ORIANE MANCINI
Et on n'a pas raison seul contre tous, est-ce que ça témoigne aussi du fait qu'il y a un manque d'écoute des parlementaires, plus largement, au-delà de ce sujet, de la part de la majorité ?

SIBETH NDIAYE
Non, je crois, moi, que les parlementaires sont écoutés, on peut évidemment renforcer les choses, il y a parfois le sentiment que leur avis n'est pas assez pris en considération, mais je vais vous donner un exemple, quand on a eu en octobre un débat sur l'immigration, sur l'intégration, sur l'asile, les parlementaires de la majorité ont été très étroitement associés à la réflexion du gouvernement, reçus à de nombreuses reprises…

ORIANE MANCINI
Ceux de la majorité, oui, mais les autres, est-ce que vous avez l'impression de les écouter, on le voit notamment sur cette réforme des retraites, est-ce que vous écoutez les oppositions au Parlement ?

SIBETH NDIAYE
Alors, les oppositions, par nature, d'abord, elles s'opposent, elles ne sont pas d'accord avec le gouvernement, c'est même le principe…

ORIANE MANCINI
Et c'est pour ça qu'il ne faut pas les écouter…

SIBETH NDIAYE
Non, mais, on peut écouter non seulement avec politesse, mais aussi avec considération des oppositions, mais en fait, je ne vais pas appliquer le programme de La France Insoumise, moi, je n'ai pas été nommée ministre du gouvernement, et les parlementaires de La République En Marche, qui sont plus de 300, n'ont pas été élus pour prendre le programme de La France Insoumise où ils sont 17, sinon, ce n'est plus la démocratie…

ORIANE MANCINI
Alors, sans parler de La France Insoumise, on va parler de la droite sénatoriale, de Gérard LARCHER, par exemple, qui demande au gouvernement de laisser plus de temps au Parlement pour débattre sur cette réforme des retraites, est-ce que vous fermez la porte à une levée de la procédure accélérée, vous dites : ça sera une procédure accélérée et pas autrement ?

SIBETH NDIAYE
Alors, vous êtes, ici, sur Public-Sénat, je crois que vous savez aussi bien que moi que la procédure accélérée, je crois qu'elle doit concerner plus des trois quarts des textes qui sont examinés de manière générale, même 90 %, par le Parlement, que ce soit à l'Assemblée nationale ou le Sénat, donc ce n'est pas…

ORIANE MANCINI
Mais elles ne les concernent pas tous, on l'a vu sur la loi bioéthique par exemple, où vous n'avez pas employé la procédure accélérée…

SIBETH NDIAYE
Alors la loi bioéthique, elle touche à l'intime des individus, et on a souhaité, non seulement avoir un très long débat avec le Comité national consultatif d'éthique, mais aussi avoir un débat qui soit le plus serein possible, parce qu'on voit bien, dès qu'on touche à des choses de l'intime, on l'a vu sur le congé pour deuil, que les choses étaient plus complexes, qu'il y avait des mécaniques qui n'étaient pas que politiques ou purement politicienne qui se mettaient à l'oeuvre. Là, en l'occurrence, on a une réforme qui a été très largement discutée très en amont depuis deux ans, on a encore d'ailleurs des discussions pour laisser la place, toute sa place, à la démocratie sociale, et vous savez quoi, moi, je ne voudrais pas qu'à mi-temps de ce quinquennat, on soit dans une situation où on se dise : on pose le stylo parce que c'est plus compliqué que ça, parce qu'en fait, on n'a pas tellement envie d'affronter, ni des manifestations, ni des oppositions, et on n'a pas envie de faire comme ceux qui nous ont précédés – à droite comme à gauche – ont fait : arrêter de réformer dès lors qu'ils étaient dans la perspective de la prochaine élection.

PATRICE MOYON
Alors justement, il y a une nouvelle journée de mobilisation, quel message est-ce que vous adressez aux manifestants, parce que même si la mobilisation s'affaiblit, elle est toujours dans la rue ?

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr. Alors, vous savez, nous, on a poussé parce qu'aujourd'hui ceux qui se mobilisent, on a encore beaucoup de cheminots notamment, donc on a poussé à ce que dans les entreprises, il y ait des discussions qui permettent d'avancer dans le dialogue social, ces discussions, elles ont toujours lieu, moi, j'invite vraiment les organisations syndicales à y participer, et on voit aujourd'hui qu'il y a des organisations syndicales, celles qu'on qualifie de réformistes, moi, je n'aime pas tellement leur accoler ce vocable, parce que ça isole les uns et les autres, parce que je crois que tout le monde a envie de faire avancer le dialogue social, tout du moins, je l'espère, sinon, il n'y a pas de dialogue social si personne ne veut avancer, faire des concessions et des compromis, et donc, moi, je crois vraiment qu'il faut continuer ces discussions dans les entreprises. Il y a d'autres catégories socioprofessionnelles qui sont inquiètes, je pense en particulier aux avocats, ils ont – pour parler d'eux par exemple – ils ont déjà été reçus à deux reprises, on a des propositions qui sont, je crois, intéressantes qui ont été posées sur la table, moi, je crois beaucoup, de manière générale, dans le dialogue social, je ne crois pas du tout qu'en fait, quelqu'un gagne quoi que ce soit à être arc-bouté sur ses positions et à ne pas faire un pas, et je veux dire une dernière chose, entre le projet qui était celui du gouvernement, il y a 6 mois, quand on a présenté le rapport de Jean-Paul DELEVOYE, et le projet du gouvernement aujourd'hui, il y a eu déjà énormément de choses qui ont changé, le gouvernement a été capable d'avancer, a été capable de proposer un compromis, mais le dialogue, qu'il soit social ou parlementaire, il ne peut pas uniquement être tout ou rien.

ORIANE MANCINI
Donc clairement, vous dites ce matin la CGT : nous, on a fait des concessions, nous, on a fait des compromis, à vous d'en faire autant ?

SIBETH NDIAYE
Bien sûr, mais, je crois que, malheureusement, la CGT a comme but ultime de ne pas faire de réforme sur les retraites, s'ils se contentent de la situation actuelle dans laquelle il y a de très profondes inégalités, en particulier pour les retraités les plus modestes, si ça leur va, je ne partage pas cette opinion.

ORIANE MANCINI
Alors, en attendant, on le disait, le Parlement examine ce texte, la commission spéciale de l'Assemblée nationale, pour être plus précise, vous l'avez dit, 22 000 amendements, dont 19 000 de La France Insoumise, du coup, le débat a du mal à avancer, est-ce que ce matin, vous dites, le gouvernement est conscient que la commission ne pourra pas aller au bout de son travail ?

SIBETH NDIAYE
Alors, il faut laisser la commission avancer, mais, moi, je lance quand même un appel aux parlementaires de La France Insoumise, je leur demande si ceux qui se réclament en permanence de la démocratie, ceux qui, peut-être, parfois, dans la bouche de certains de leurs dirigeants, disent qu'on est dans un régime autoritaire, est-ce que la démocratie s'honore à discuter d'amendements qui sont différents à une virgule près ? Je ne crois pas que ce soit le cas.

PATRICE MOYON
Alors, Edouard PHILIPPE n'y est pas favorable, mais est-ce qu'à un moment ou un autre, le gouvernement ne va pas être obligé de recourir au 49.3 ?

SIBETH NDIAYE
Nous, on ne se place pas du tout dans cette perspective-là aujourd'hui parce que justement, on croit très profondément à la démocratie parlementaire, au fond, à quoi ça sert un débat parlementaire, au-delà de voter une loi, ça sert à éclairer nos concitoyens sur les positions respectives de la majorité et de ses oppositions, ça permet aussi de voir là où il y a eu des avancées, parce que, parfois, évidemment, la majorité, elle prend des amendements… pardon, le gouvernement qui présente une loi prend des amendements de sa majorité, c'est bien normal, c'est légitime, parce qu'on enrichit le texte, parfois, on peut même prendre des amendements des oppositions, et donc le débat parlementaire, il éclaire le débat citoyen. Est-ce que c'est éclairant pour le débat citoyen que vous ayez une succession de gens qui vont défendre des amendements qui sont différents à une virgule près ! Mais c'est un dévoiement de la démocratie, je le regrette très profondément. Donc aujourd'hui, on se place dans la perspective, dans l'espoir, que tout le monde revienne à la raison et qu'on puisse offrir un spectacle, entre guillemets, qui soit digne à l'ensemble de nos concitoyens.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que quelque part, ça ne fait pas aussi un peu aussi le jeu du gouvernement cette obstruction de La France Insoumise, puisque, finalement, si la commission n'arrive pas au bout, c'est le texte du gouvernement qui sera examiné en séance, est-ce que ça ne vous arrange pas ?

SIBETH NDIAYE
Non, pas du tout, parce que, d'abord, moi, j'ai – contrairement manifestement à certains autres partis politiques – moi, j'ai vraiment la conviction que quand on est dans une institution, quand on représente les institutions, et c'est le cas d'un parlementaire, c'est le cas d'un ministre du gouvernement, on doit offrir une certaine forme de dignité, parce qu'on est aussi des protecteurs de la démocratie à travers notre comportement, et quand on a un comportement qui est dysfonctionnel, c'est le cas de ceux qui font de l'obstruction parlementaire aujourd'hui, en fait, on n'offre pas, on ne donne pas envie aux gens de croire dans la démocratie.

ORIANE MANCINI
Juste dernier mot là-dessus, vous dites que quoi qu'il arrive, l'examen en séance débutera le 17 février ?

SIBETH NDIAYE
Tout à fait.

ORIANE MANCINI
Pas de décalage du calendrier même si la commission n'arrive pas au bout ?

SIBETH NDIAYE
Non. Eh bien, ça, on verra, on espère vraiment que la commission puisse arriver au bout…

ORIANE MANCINI
Mais ça démarrera le 17 février quoi qu'il arrive…

SIBETH NDIAYE
Ça démarrera le 17 février…

ORIANE MANCINI
Autre sujet, quoique lié, puisque le Sénat a voté cette semaine la proposition de loi de Bruno RETAILLEAU sur le service minimum réel garanti dans les transports, pour qu'il y ait un service minimum aux heures de pointe, quitte à réquisitionner des grévistes, est-ce que le gouvernement pourrait soutenir ce texte ?

SIBETH NDIAYE
Alors, Jean-Baptiste DJEBBARI a eu l'occasion de le dire au moment de la discussion de cette proposition de loi de monsieur RETAILLEAU, nous sommes évidemment conscients qu'il faut pouvoir améliorer le dispositif existant, parce qu'il n'est pas complètement satisfaisant, et on a bien vu, en particulier pour les Franciliens, qu'ils avaient dû vivre des semaines et des semaines de galères, mais de galères très importantes. Et donc, il faut qu'on puisse regarder les choses avec sérénité, moi, je ne crois honnêtement pas qu'il faille jeter de l'huile sur le feu et avoir, au fond, cette espèce d'instrumentalisation politique qui consiste à dire : c'est maintenant qu'il faut le faire à tout prix, la proposition…

ORIANE MANCINI
Et pour vous, Bruno RETAILLEAU, il fait de l'instrumentalisation politique ?

SIBETH NDIAYE
Evidemment, il fait de l'instrumentalisation politique, évidemment, il ne faut pas être dupe, du moment auquel cette proposition de loi a été déposée, alors que sa propre famille politique, par le passé, a déjà tenté de faire des choses similaires, il y a, au fond, un service minimum qui, aujourd'hui, je le reconnais, n'est pas satisfaisant, qui était déjà une avancée par rapport à la situation antérieure. La proposition de loi de monsieur RETAILLEAU, telle qu'elle est aujourd'hui, n'est pas tout à fait constitutionnelle, tout du moins, c'est ce que nous pensons…

ORIANE MANCINI
Mais vous dites quand même que le gouvernement va revoir la loi sur le service minimum…

SIBETH NDIAYE
Jean-Baptiste DJEBBARI a indiqué qu'il fallait avoir une mission qui permette de regarder de manière assez précise la manière dont on pouvait améliorer le service qui est rendu aux usagers en cas de grève.

ORIANE MANCINI
Autre proposition de loi, constitutionnelle, cette fois-ci, déposée au Sénat, c'est celle de Philippe BAS, soutenue par encore Bruno RETAILLEAU et Hervé MARSEILLE, sur le fait de mieux armer la Constitution face au communautarisme et de réaffirmer la prééminence des lois de la République, est-ce que, là encore, c'est une loi que vous pourriez soutenir ?

SIBETH NDIAYE
Moi, je crois que la Constitution n'a pas besoin d'être modifiée, parce que personne n'ignore ce qu'est le principe de laïcité, qu'il y ait des gens, parce qu'ils ont une idéologie qui, de mon point de vue, est nauséabonde, celle d'un islam politique, qui vise au séparatisme dans la République, qu'on puisse le dénoncer, qu'on puisse le combattre politiquement, qu'on puisse le combattre juridiquement avec des armes qui sont à notre disposition, et même, peut-être avec plus, puisque vous le savez, nous réfléchissons actuellement à une stratégie de lutte contre le communautarisme, mais aussi de lutte contre les discriminations, dont sont victimes les habitants d'un certain nombre de quartiers. C'est une évidence, c'est une nécessité. Le président de la République, le gouvernement, nous avons toujours été clairs sur ce qu'était le principe de laïcité, ce qui était son application, et je crois qu'il n'y a pas besoin de tripoter la Constitution pour le réaffirmer dans la République…

PATRICE MOYON
Est-ce qu'Emmanuel MACRON est mal à l'aise sur ce sujet ?

SIBETH NDIAYE
Mais écoutez, c'est incroyable, Emmanuel MACRON, il a fait, je sais combien de discours parlant de la laïcité, il en a fait un devant les catholiques, il en a fait un devant les musulmans, il en a fait un devant les juifs, donc le président…

ORIANE MANCINI
Mais il ne fait pas son discours sur la laïcité et sur le communautarisme, il était annoncé, il ne vient pas…

SIBETH NDIAYE
Mais qu'est-ce que c'est qu'un discours…

ORIANE MANCINI
C'est lui qui a dit qu'il allait faire un discours avant les municipales…

SIBETH NDIAYE
Alors, il n'a pas dit qu'il allait faire un discours sur la laïcité, il a dit qu'il allait…

ORIANE MANCINI
Sur le communautarisme…

SIBETH NDIAYE
Il a dit qu'il allait intervenir sur les sujets de communautarisme et de séparatisme dans la République. C'est deux choses…

ORIANE MANCINI
Et ça, c'est pour quand ce discours ?

SIBETH NDIAYE
Je ne suis pas au cabinet du président de la République, donc je ne peux pas vous donner son calendrier…

ORIANE MANCINI
On parle de fin février, c'est une date…

SIBETH NDIAYE
Je pense que ce sera avant les municipales. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que le président de la République a toujours été dans toutes ses interventions d'une clarté parfaite sur les questions, sur la question de la laïcité. Le principe de laïcité, c'est la liberté en France de croire ou de ne pas croire, dans la limite des lois de la République, et je vais même vous citer une phrase du président de la République qui considère qu'on ne peut pas avoir une foi qui soit modérée, quand on croit, on a une croyance qui est profonde, qui est absolue, et c'est tout à l'honneur de ceux qui sont croyants, cette croyance-là, elle doit pouvoir s'exercer dans le cadre des lois de la République et lorsque ça n'est pas le cas, lorsqu'il y a une remise en cause d'un certain nombre de principes, l'égalité entre les hommes et les femmes, par exemple cela doit être sanctionné, et nous avons des lois pour le faire.

ORIANE MANCINI
Un mot sur cette lettre ouverte de Christian JACOB, le patron des Républicains sur la laïcité, il appelle à une prise de conscience sur la laïcité, valeur constamment foulée aux pieds dans notre pays dit-il, il appelle à restaurer l'autorité de l'État, à refonder l'esprit de laïcité, qu'est-ce que vous lui répondez ?

SIBETH NDIAYE
Mais l'autorité de l'État, elle n'a pas fui, sauf dans les quartiers où il y a des gens qui ont fait reculer les services publics, parce que…

ORIANE MANCINI
« Des gens », c'est qui ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien, aujourd'hui il y a un certain nombre de choix politiques qui ont été faits par des majorités qui nous ont précédés, et qui ont conduit à une atrophie des services publics dans des quartiers fragiles, parce que, aujourd'hui, disons les choses telles qu'elles sont. Là où on a des difficultés de communautarisme, là où on a des gens qui se replient sur eux-mêmes, c'est dans les quartiers politiques de la ville, c'est précisément dans ces quartiers-là qu'on a enlevé des services publics, ce n'est pas mon gouvernement qui a enlevé des services publics, c'est ceux qui ont fait la RGPP, ceux qui n'ont pas remplacé un fonctionnaire sur deux de manière aveugle…

ORIANE MANCINI
La Révision Générale des Politiques Publiques…

SIBETH NDIAYE
Sans distinction…

ORIANE MANCINI
Donc le gouvernement SARKOZY.

SIBETH NDIAYE
Donc ça a été des politiques qui ont été menées, et de droite et de gauche, qui ont visé, et ça, je ne le remets pas en cause, à diminuer le nombre de fonctionnaires, mais qui l'ont fait de manière aveugle, et on a au fond des colosses aux pieds d'argile dans les administrations, avec une tête qui est très, très grosse et des jambes qui sont très, très fines sur le terrain, c'est ce que nous avons voulu inverser. Et notre objectif est de faire revenir la République pleine et entière dans les quartiers qui en ont été dépossédés.

PATRICE MOYON
Pour rester sur ce sujet de la radicalisation, Eric CIOTTI, qui est président de la Commission d'enquête parlementaire sur l'attentat de la préfecture de Paris, a fait un point d'étape, hier, il parle de faillite collective, qu'est-ce que vous lui répondez ?

SIBETH NDIAYE
Je crois que si, d'un coup de baguette magique, on pouvait résoudre ces problèmes-là, il y aurait eu forcément quelqu'un qui, il y a bien longtemps, aurait trouvé la formule magique. Moi, je crois, au contraire, que ce que nous avons fait comme choix sur la politique de la ville, depuis le début du quinquennat, ce sont des choix qui sont assez courageux, parce qu'on a dit : arrêtons de nous concentrer exclusivement sur les murs, on a continué à le faire évidemment, avec la nouvelle étape de la rénovation urbaine, mais parlons aussi des gens, et faisons en sorte d'armer les individus au fur et à mesure de leur parcours de vie, donc c'est pour ça qu'on a dédoublé les classes, parce qu'on sait que c'est là que se nouent des inégalités qui sont importantes, c'est pour ça qu'on a permis qu'une partie du plan d'investissement dans les compétences soit concentrée sur les jeunes des quartiers qui sont au chômage depuis longtemps, parce que ça permet de les accompagner, quand la première étape de formation a été ratée, de leur donner un petit coup de boost pour réussir à raccrocher une formation professionnelle. C'est pour ça qu'on développe l'apprentissage, c'est aussi pour ça qu'on fait les emplois francs, la grande différence des emplois francs avec les zones franches, c'est qu'on ne dit plus aux entreprises : venez dans un quartier, on dit aux entreprises : sortez les gens des quartiers, embauchez-les quand ils ont une certaine adresse.

ORIANE MANCINI
Sur cette question de la radicalisation, 106 cas de policiers suspectés de radicalisation, c'est un chiffre confirmé par le ministre de l'Intérieur, Christophe CASTANER, est-ce que le gouvernement étudie de nouvelles mesures ?

SIBETH NDIAYE
Alors évidemment, nous avons, à la suite du drame qui s'est passé à la préfecture de police, entamé une réflexion pour regarder ce qui avait pu dysfonctionner, vous avez une mission parlementaire qui s'est penchée sur le sujet, c'est un travail qui se poursuit, quand vous avez eu un dysfonctionnement de cette nature-là, évidemment, il faut toujours examiner vos procédures, savoir ce qui fonctionne et ce que ne fonctionne pas, par ailleurs, vous le savez il y a un livre blanc qui se construit depuis près d'un an maintenant, je crois, qui va trouver son aboutissement dans les semaines ou dans les tout prochains mois, et ce sera l'occasion aussi de discuter notamment de ces sujets-là.

PATRICE MOYON
Une question liée au social, il y a une étude de l'OFCE sur le budget de 2020 qui prévoit, qui dit que le budget 2020 va avoir un impact négatif sur les 40 % des Français les plus modestes. Ce n'est pas un échec …

SIBETH NDIAYE
Alors je ne suis pas complètement d'accord. D'abord cette étude de l'OFCE, elle dit d'abord que les choix politiques qui ont été faits, c'est des choix de soutien du pouvoir d'achat par le travail et pour moi, c'est quand même très important de le noter. Ce que nous avons voulu faire, c'est faire en sorte que plus de Français aient du travail et que quand les gens sont au travail, ils gagnent mieux leur vie. Parce que les meilleurs gains de pouvoir d'achat qu'on peut avoir, c'est quand on bosse. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, l'étude de l'OFCE que vous citez elle ne prend pas en compte toute la politique qui est mise en place par le gouvernement. Elle ne prend pas notamment en compte les efforts qu'on fait en matière de formation, et ils vont notamment en direction des plus modestes. Elle ne prend pas en compte le relèvement de certains minima sociaux. On a augmenté le minimum vieillesse, on a augmenté l'allocation adulte handicapé et elle ne…

ORIANE MANCINI
Elle prend en compte, en tout cas pour les classes les plus pauvres je dirais, puisqu'elle dit que les 5 % les plus modestes vont voir leurs revenus diminuer de 45 euros par an en moyenne, puisque la baisse des allocations logement, la réforme de l'allocation chômage et la hausse du prix du tabac ne va pas compenser ce que vous dites : la suppression de la taxe d'habitation, la revalorisation du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé.

SIBETH NDIAYE
Alors c'est là où nous avons un désaccord. Donc évidemment quand il y a des scientifiques qui posent un constat, peut-être d'autres scientifiques poseront un autre constat. Moi ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui on a des gains de pouvoir d'achat qui sont importants pour l'ensemble de nos compatriotes, qui sont beaucoup concentrés sur la classe moyenne laborieuse si j'ose dire, mais aussi en direction des plus modestes parce qu'il y a des efforts qui ont été réalisés en direction des plus modestes. La réforme des retraites que nous portons aujourd'hui, c'est une réforme de justice sociale notamment envers ceux qui auront les retraites les plus modestes. Parce que, et c'est indiqué dans l'étude d'impact, la différence entre les 10 % des retraités les plus riches et les plus pauvres aujourd'hui, c'est une échelle de un à sept. Demain avec la réforme que nous proposons, ce sera une échelle de un à cinq fin. On s'attache à réduire les inégalités.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur les municipales puisque le temps file. Est-ce que vous confirmez qu'en cas de défaite aux municipales, les ministres candidats pourront rester au gouvernement ?

SIBETH NDIAYE
Oui, tout à fait. En fait après, c'est le choix du président de la République qui est celui qui nomme sur proposition du Premier ministre. Mais le principe que nous avons édicté, que nous considérons, c'est que la Vème République ça n'est pas une République comme à l'anglo-saxonne, comme en Angleterre - au Royaume-Uni, pardon - où les ministres de la majorité sont issus du Parlement. C'est des choses qui sont décorrélées et la légitimité du ministre ne procède pas du fait qu'il soit élu parlementaire ou élu local. Donc on encourage ceux qui le souhaitent à être élu local parce que c'est une très belle fonction au service de nos concitoyens, mais le fait d'avoir été battu dans une élection locale ne présage pas de votre destin ministériel.

PATRICE MOYON
Est-ce que ça veut dire que la majorité a fait une croix sur les municipales ?

SIBETH NDIAYE
Non, je ne vois pas du tout le rapport parce que quand vous voyez l'engagement de nos candidats sur le terrain, très loin de là.

ORIANE MANCINI
Est-ce que d'accentuer sur le fait que c'est une élection locale et pas nationale, c'est une manière de dire : « Il ne faudra pas tirer de lecture nationale de ces élections » et ça ne remet en rien en cause la politique du gouvernement ?

SIBETH NDIAYE
Mais en fait, on n'est pas dans un système à l'américaine où vous avez des mid terms qui déterminent si oui ou non le gouvernement doit rester en place. Il y a des élections nationales qui sont les présidentielles et les législatives. Ensuite vous avez des élections locales. Evidemment je ne vais pas vous dire qu'elles se déroulent totalement hors contexte et que le contexte national n'influe pas sur les choix des électeurs. On verra ce que ça donnera. Vous savez au moment des élections européennes, on nous a aussi dit que c'était terrible, qu'après la crise des Gilets jaunes on ne s'en relèverait pas. Je constate qu'on a eu des résultats qui sont tout à fait honorables. Les élections municipales, c'est au fond autant de petites élections présidentielles parce que vous avez une relation particulière qui s'établit entre un homme ou une femme qui devient maire d'un côté, et de l'autre côté entre ses concitoyens. Nous, le choix qu'on a fait et qui est important pour nous, c'est un choix d'une implantation progressive dans les territoires et donc on souhaite avoir le maximum de conseillers municipaux possible pour porter la voix de la République en Marche dans les territoires.

ORIANE MANCINI
Et est-ce que les candidats de la République en Marche seront secours par Emmanuel MACRON ? Il s'engagera ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Dans la campagne ?

ORIANE MANCINI
Dans la campagne.

SIBETH NDIAYE
Est-ce qu'il ira faire campagne sur le terrain ? Ecoutez, je ne sais pas du tout. Je ne crois pas tout à fait que ce soit le rôle du président de la République en tout cas.

ORIANE MANCINI
Eh bien merci beaucoup.

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci Sibeth NDIAYE d'avoir été avec nous ce matin.

SIBETH NDIAYE
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2020