Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, sur l'apprentissage, à Paris le 12 février 2020.

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Circonstance : Cérémonie de remise des récompenses du concours "Un des Meilleurs Apprentis de France",

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Texte intégral

Bonjour à tous,


Je veux remercier le Recteur de Paris, Gilles Pécout, de nous accueillir dans ce lieu extrêmement prestigieux. Je veux remercier le président de la Société nationale des Meilleurs Ouvriers de France, Jean-François Girardin, remercier le président des Chambres des Métiers et de l'Artisanat de France, Bernard Stalter, que vous reconnaîtrez facilement à sa toute petite moustache.


Mesdames et Messieurs,
Chers apprentis,

Une fois encore, un immense bravo à chacun d'entre vous. Bravo aux restaurateurs, bravo aux cordonniers, bravo aux coiffeurs, bravo aux spécialistes de la maintenance automobile, bravo aux marins pêcheurs, bravo aux tapissiers, bravo aux jardiniers, bravo à vous tous, qui avez fait ce choix de l'apprentissage et qui allez être reconnus aujourd'hui pour vos talents.

J'espère avoir l'occasion, dans les années qui viennent, de vous rencontrer tous, que ce soit dans un restaurant, dans un salon de coiffure, dans un hôtel, parce que ça voudra dire que je suis allé dans de bons endroits, tenus par des personnes de compétences et de talents.

Je voudrais aussi que vous réserviez un accueil triomphal à tous vos tuteurs, qui sont venus, pour certains, de très loin pour participer à cette cérémonie. Je veux saluer vos tuteurs et je vous propose de les applaudir pour les remercier de ce qu'ils ont fait. Car sans les tuteurs, il n'y a pas de transmission, et sans transmission d'un savoir-faire et d'un métier, il n'y a pas de compétences.

Dieu sait que dans les métiers que vous exercez, le tour de main, le conseil, l'expérience, le regard très singulier du tuteur qui a rencontré les clients, qui a rencontré un nombre de personnes immense tout au long de sa vie professionnelle, est extraordinairement précieux. Ce sera votre rôle aussi, à tous ceux qui vont être distingués aujourd'hui, de transmettre, le moment venu, vos compétences, votre savoir-faire, à ceux qui viendront après. Je crois beaucoup à l'importance de cette chaîne de transmission dans notre économie et dans l'apprentissage.

Je voudrais également remercier les Chambres des Métiers et puisque vous avez applaudi les tuteurs, je voudrais vous demander d'applaudir le président, Bernard Stalter, qui est totalement engagé pour l'apprentissage depuis des années.

Je suis heureux de vous voir ici, dans cet amphithéâtre de La Sorbonne, parce qu'on a l'habitude de saluer les connaissances académiques, et dans le fond, depuis plusieurs décennies, on a voulu séparer les connaissances académiques, l'excellence académique de l'apprentissage. Nous avons oublié une chose simple dont vous témoignez aujourd'hui, c'est que l'apprentissage est un lieu d'excellence, que cela demande aussi des connaissances académiques, que cela demande aussi un savoir-faire, une intelligence aiguë, dont vous témoignez tous.

Je pense que ça a été un gigantesque gâchis, au cours des années passées, de séparer d'un côté le bac général, la licence, le master, les Grandes Ecoles, et de l'autre l'apprentissage, en faisant deux voies différentes, alors que c'est une seule et même voie que nous devrions construire et que nous voulons construire aujourd'hui, avec le président de la République : celle de l'excellence à la française.

L'excellence à la française ne sépare pas l'intelligence de la main, de l'intelligence de l'esprit. L'excellence à la française ne met pas les gens dans des cases. L'excellence à la française ne vous oblige pas à choisir un parcours à l'âge de 14 ou 15 ans en vous disant : "c'est comme ça pour toute votre vie et vous ne serez pas capable de passer d'une discipline à une autre". Au contraire, l'excellence à la française, fait preuve d'imagination. Elle sait croiser des intelligences, elle sait mêler les savoirs. Elle permet à un jeune de choisir un parcours, de revenir dans ce parcours à un moment donné, de s'engager dans un apprentissage et après quelques années, de revenir faire des études académiques parce qu'il aura besoin de nouvelles compétences et de nouveaux talents.

Je crois profondément qu'en rassemblant aujourd'hui ces deux formes d'excellence, celle des savoirs généraux et celle de l'apprentissage, autour d'une seule et même ambition qui est celle de l'excellence à la française, nous allons rebâtir une économie française plus solide et rebâtir une vraie ambition française. Nous allons mettre fin à ce qui est probablement l'un des scandales les plus inacceptables de notre République, depuis des décennies, un chômage des jeunes à plus de 20%, parce que nous n'avons pas été capable de reconnaître toutes les intelligences et que nous avons voulu mettre les jeunes dans des cases et dans des boîtes, au lieu de reconnaître leurs talents, leurs envies et leurs intelligences. C'est aussi ça que je suis venu saluer aujourd'hui.

L'apprentissage est une voie d'excellence pour l'imagination des jeunes, pour tous ceux qui veulent prendre leur destin en main et qui se disent qu'ils vont construire leur propre entreprise et leur propre avenir. L'apprentissage est une voie d'excellence pour l'emploi. Je rappelle que 8 jeunes sur 10 en contrat d'apprentissage sont employés dans les semaines qui suivent leur formation. Il y a des niveaux de rémunération qui sont souvent bien supérieurs à d'autres jeunes qui suivent des voies plus diplômantes mais dans le fond, moins attendues par notre économie et moins espérées par nos compatriotes.

L'apprentissage c'est une voie d'excellence pour la passion que vous mettez dans votre métier. Et croyez-moi, je peux en témoigner. Il n'y a qu'une seule chose qui fait la différence, entre ceux qui réussissent et ceux qui ne réussissent pas, c'est la passion que vous mettrez dans votre métier, peu importe le métier que vous choisissez. Si vous voulez réussir en politique, mettez-y de la passion. Si vous voulez réussir en cuisine, mettez-y de la passion. Si vous voulez réussir dans le domaine de la coiffure, mettez-y de la passion. Si vous voulez réussir dans le domaine de la peinture, de la mécanique, mettez-y de la passion.

Allez là où passion vous guide. Ne vous laissez pas dicter votre conduite et vos choix professionnels par les autres. Écoutez la petite voix intérieure qui vous dit :"moi, je suis fait pour ça" et peu importe qu'on vous dise : "va plutôt vers ceci ", "va plutôt vers cela", si vous avez envie d'être cuisinier, restaurateur, hôtelier, mécanicien, coiffeur et que vous sentez que c'est ça la passion qui vous guide, allez-y, foncez et vous verrez, vous réussirez très bien.

Avec Muriel Pénicaud, nous avons voulu engager une réforme en profondeur de l'apprentissage en France, en levant tous les freins : les freins administratifs, les freins financiers, les freins réglementaires et surtout les plus importants de tous, les freins culturels qui empêchaient le développement de l'apprentissage en France et qui font désormais de l'apprentissage, une voie royale pour les jeunes.

Nous avons simplifié le système. Nous avons offert une prime de 500 euros pour passer le permis. Je viens de payer le permis de mon fils aîné. Je peux vous dire qu'effectivement, c'est bienvenu de soutenir le passage du permis pour les apprentis par une prime de 500 euros.

Nous avons permis aux jeunes de bénéficier d'un contrat apprentissage jusqu'à 29 ans au lieu de 26. Et nous allons continuer à valoriser l'apprentissage dans les mois et dans les années qui viennent.

Avec Jean-Michel Blanquer, nous avons aussi, développé l'apprentissage en milieu scolaire, ce qui me paraît absolument indispensable, car c'est ce qui permet aussi de prendre goût à l'apprentissage le plus vite possible. Les résultats sont là : 50 000 jeunes ont signé un contrat d'apprentissage. C'est un record dans l'histoire économique de notre pays. 500 nouveaux centres de formation sont en projet, 200 ont déjà vu le jour depuis la promulgation de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel en 2018. Tout cela montre que nous sommes en train de gagner ce pari : l'apprentissage et la valorisation de cette voie.

Nous allons continuer dans cette voie et nous avons un objectif que vous connaissez tous et que Muriel Pénicaud vous a rappelé ce matin : 500 000 apprentis en France pour montrer que l'apprentissage, c'est désormais l'une des voies royales pour bâtir son avenir et pour réaliser son destin dans notre pays.

Vous voyez, je pense que la reconnaissance qui va être attribuée à chacun de vous aujourd'hui, elle va récompenser, évidemment, un engagement personnel, elle va récompenser les talents particuliers, elle va récompenser des savoir-faire et la transmission d'une tradition qui a été faite par vos tuteurs.

Mais je pense que la cérémonie d'aujourd'hui va beaucoup plus loin. Elle est en train de lever une espèce de blocage, de verrou qu'il y avait dans notre société et qui a empêché la société française de réaliser tous les talents et tout le destin qu'elle peut arriver à réaliser. La société française a voulu à chaque fois figer les gens avec des étiquettes, leur tracer les parcours à l'avance, choisir la rente plutôt que les choix courageux que vous faites aujourd'hui, de vous lancer dans un métier et de réussir avec votre talent et votre passion. C'est tout ça que vous êtes, vous ici, en train de faire exploser.

Je pense que c'est fondamentalement ce dont la société française a besoin, en finir avec les rentes, en finir avec les étiquettes, en finir avec les titres qu'on garde à vie et qui vous servent à réussir, même si vous n'êtes pas franchement bon dans ce que vous faites, pour valoriser au contraire le talent, la passion, le savoir-faire, la réussite personnelle, l'engagement au service des autres, la transmission du savoir et tout simplement l'amour du métier bien fait.

Je suis très heureux aujourd'hui de participer à cette cérémonie. Le seul conseil que j'aurai à vous donner pour l'avenir : vivez vos rêves et faites-en sorte de toujours bien faire le métier que vous avez choisi.


Merci à tous.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 24 février 2020