Déclaration de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, sur le rôle du protestantisme en France, à Paris le 21 janvier 2020.

Intervenant(s) :

Circonstance : Voeux de la Fédération Protestante de France

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le premier ministre,
Madame et monsieur le ministre,
Monsieur le président du Sénat,
Monsieur le président de la Fédération protestante de France, cher François Clavairoly,
Mesdames et messieurs les représentants des cultes,
Mesdames et messieurs,


2019 a été une année riche de contraste.

Nous avons vu à la fois l'expression d'une violence forte contre l'autorité, contre les Institutions et les Français capables de se rassembler autour de leur avenir lors du Grand débat national.

Nous avons vu des actes de haine contre les religions, des actes antisémites, antimusulmans, antichrétiens et dans le même temps, nous avons montré notre capacité d'union, de concorde, en passant l'appel de Beauvau et en nous réunissant, quelle que soit notre foi ou notre absence de foi, place de la République pour dire non à la haine. Vous y étiez.

Cette année, la France a montré des fractures, des craintes. Elle a montré des espoirs, une envie de s'unir.

Cette année, la France a montré combien les réflexions de ceux qui cherchent la concorde sont décisives.

Le protestantisme est une religion de réflexion et du quotidien. C'est une religion de respect, de souci des autres, de dialogue avec tous les cultes et d'acceptation des lois de notre République. A cet égard, permettez-moi de saluer parmi nous le nouveau président du CFCM. Sa présence témoigne de la tradition du dialogue interreligieux, pierre angulaire du protestantisme.

Le protestantisme, c'est la religion de l'étude. L'étude du texte, bien sûr, mais d'une étude ancrée dans le présent. D'une étude qui regarde la société, ses évolutions et ses mouvements.

Je voulais donc commencer par saluer cet ancrage dans le monde actuel, un ancrage dont vous avez encore fait montre dans les derniers mois.

Les protestants de France sont des citoyens actifs, impliqués, vigilants. Ils ont par leur pratique du culte, par ce dialogue personnel et cette réflexion constante avec les textes religieux, un rôle particulier à jouer.

Ils doivent profiter de cette liberté de penser, pour donner leur éclairage sur chacun des grands débats de notre temps et pour s'engager dans des causes utiles à tous.

Les protestants de France doivent être des vigies, aussi, pour nos libertés publiques, pour la dignité avec laquelle nous traitons chacun, pour notre capacité à nous engager.

Je pense à la protection de la planète et de l'environnement.

A l'heure de l'urgence climatique, où les catastrophes naturelles se multiplient et les équilibres pourraient être bouleversés par le réchauffement de la planète : les protestants de France ont pris la question en main et en ont fait un sujet de travail et de mobilisation.

Pour la planète, nous avons besoin de l'engagement de chacun. Alors, je veux saluer, cher François Clavairoly, votre engagement en la matière. Saluer la force et la passion que vous avez mis dans le lien entre la foi protestante et le respect de l'environnement.

Le protestantisme, c'est aussi ce soin tout particulier donné à la personne humaine.

Placer la personne avant toute chose. Essayer de comprendre plutôt que de rejeter : voilà les fondements du protestantisme en France. Voilà ce qui rend l'humanisme indissociable de la foi protestante.

Cet humanisme est essentiel dans notre société et notre débat public. Il doit être le prisme par lequel aborder chaque débat de société.

Plusieurs sujets ont pu récemment vous interpeller tout particulièrement.


Je pense au projet de loi bioéthique, actuellement examiné au Parlement.
Nous ne serons pas d'accord sur tout mais nous voulions entendre les avis et les préventions de chacun. C'est pourquoi je voulais saluer votre contribution aux Etats généraux de la bioéthique, qui ont été au fondement du projet de loi.

Je sais toute l'importance que vous accordez à la question du droit d'asile et aux conditions d'accueil de nos réfugiés.

L'année 2019 a été l'occasion pour les Français de se saisir du thème de notre politique migratoire et pour les parlementaires de débattre de notre action.

Pour ma part, ma position a toujours été très claire : chaque personne qui arrive en France et y demande l'asile doit être traitée avec la plus grande dignité. Chaque personne que nous décidons d'accueillir sur notre territoire doit avoir toutes ces chances pour une intégration réussie.

La dignité pour tous et une politique d'intégration ambitieuse, ce sont deux aspects centraux de notre politique migratoire, deux aspects sur lesquels nous ne transigerons jamais.

C'est la raison pour laquelle ce Gouvernement s'est engagé, fortement, pour l'intégration des réfugiés. Le nombre d'heures de formation de Français et d'instruction civique a été doublé. Nous avons renforcé les programmes en faveur de l'insertion professionnelle et les moyens budgétaires pour notre politique d'intégration ont été portés à des niveaux sans précédent.

Je veux dire aussi que 7500 places d'accueil pour les demandeurs d'asile et 5000 pour les réfugiés ont été créées depuis le début du mandat. C'est un effort concret. C'est notre engagement à offrir à chacun la dignité.

Evidemment, nous pouvons, nous devons aller plus loin. C'est un axe fort de mon action. Je veux saluer ici, le travail mené par les associations, et notamment des associations protestantes, pour aider à l'accueil des réfugiés.

Je veux vous remercier aussi, tous, collectivement, de jouer toujours ce rôle déterminant, d'aiguillon pour nous rappeler à nos devoirs en matière d'accueil et d'insertion.


Mesdames et messieurs,

En m'adressant à vous aujourd'hui, je n'oublie pas, les débats qui ont animé cette année encore la France autour de la question de la laïcité.

Je vous vous rappeler à ce sujet ma conviction. Une conviction, dont je sais qu'elle est partagée par les protestants Français.

La laïcité est au coeur de notre pacte républicain. Elle en est indissociable et notre Gouvernement ne transigera jamais dessus.

La laïcité est au croisement de différents principes. Elle est cet équilibre entre libertés individuelles, respect de l'ordre public, neutralité de l'Etat et des services publics.

Elle est la garantie de la séparation stricte des cultes et de l'État. La garantie qu'aucune religion, quelle qu'elle soit, ne sera privilégiée, favorisée ou au contraire visée, stigmatisée.

La laïcité c'est aussi une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, sans risque d'être inquiété. La liberté de vivre sa foi ou son absence de foi, sans crainte des moindres représailles.

La laïcité, enfin, c'est le respect. Le respect absolument essentiel, par chaque culte, des lois de la République. Et le respect, aussi, par la République, de chaque religion, pourvu qu'elle accepte ses principes.

C'est pourquoi la laïcité est partie intégrante de nos valeurs, partie intégrante de bloc de constitutionnalité.

Et quand je parle de laïcité, je n'ai qu'une seule feuille de route : la loi de 1905.

La loi de 1905 est importante parce qu'elle est un compromis subtil et pesé. Elle est à la fois une loi de protection et une loi de liberté.

Alors, je sais que des questions se posent autour d'une évolution de loi de 1905.

Il faut dire que le texte a déjà évolué plusieurs fois dans l'histoire et qu'il peut être amené à le faire à nouveau pour correspondre au plus juste aux mouvements de la société.

Mais si la loi est amenée à évoluer, ce n'est pas pour en remettre en cause les principes, au contraire, c'est pour les conforter. C'est pour trouver, en fonction des évolutions de la société, la manière d'appliquer au mieux l'esprit de la loi de 1905 : la séparation stricte des cultes et de l'Etat et la protection de la liberté de conscience.

Et je veux ajouter, comme vous le savez, comme vous le soutenez, que la liberté de conscience et la liberté s'inscrivent résolument dans les lois de la République.

Sur ce sujet clé, comme sur tous les autres, j'attends évidemment votre analyse, votre perception, votre regard.


Mesdames et messieurs,

2020 sera une année importante. De grands débats y seront abordés, et pour les protestants de France l'année devrait être marquée par l'avancée du projet d'Espace Martin Luther King à Créteil. Un lieu important, un lieu de rencontre et de dialogue, à la fois culturel et cultuel.

2020 sera aussi, je l'espère, une année d'apaisement pour la France et les Français.

C'est un voeu que je fais devant vous car je sais qu'il trouve ici un écho particulier. Soyons chacun des forces d'apaisement, des forces de fraternité.

Je vous souhaite à toutes et tous, une très belle année 2020.

Je vous remercie.


Source http://www.protestants.org, le 24 février 2020