Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à RFI le 5 juin 2020, sur la question des violences policières et la relance économique.

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Le gouvernement redoute-t-il une montée des tensions autour de la question des violences policières ?

JULIEN DENORMANDIE
Ecoutez, en tout cas le gouvernement appelle à l'apaisement, je crois que c'est très important, à l'apaisement parce que, aujourd'hui, dans notre pays, il y a une justice, c'est cette justice qui est saisie de différents dossiers, et c'est cette justice qui doit rendre son avis, ses conclusions, moi en tant que ministre, évidemment, et je crois que vous ne comprenez bien, je ne peux m'exprimer sur les affaires judiciaires en cours, mais je crois que c'est à cette justice de s'exprimer, et c'est à cette justice dans laquelle nous devons faire confiance.

FREDERIC RIVIERE
Mardi soir, après la manifestation qui a rassemblé environ 20.000 personnes à la porte de Clichy, le ministre de l'Intérieur, Christophe CASTANER, a dit ceci, « la violence n'a pas sa place en démocratie, rien ne justifie les débordements survenus ce soir à Paris, alors que les rassemblements de voie publique sont interdits pour protéger la santé de tous, je félicite les forces de sécurité pour leur maîtrise et leur sang-froid », et le lendemain matin, le ministre de l'Agriculture, Didier GUILLAUME, a lui salué, je cite à nouveau, « un incroyable rassemblement » qu'il comprend. Il n'y a donc pas de position commune, le gouvernement est divisé sur le sujet.

JULIEN DENORMANDIE
Non, et puis il ne faut surtout pas chercher la division, vous savez…

FREDERIC RIVIERE
C'est assez clair tout de même là !

JULIEN DENORMANDIE
Non, non… vous savez, déjà, si on parle de la mort d'Adama TRAORE, c'est d'abord un drame, évidemment, quand quelqu'un meurt c'est d'abord un drame, je crois qu'il faut le dire, le redire, et c'est très important. Ensuite, il y a une enquête judiciaire, je le disais, il y a une enquête judiciaire qui est en cours, cette enquête judiciaire elle doit aller au bout, c'est très important, et je crois que c'est très important que tous les Français aient confiance dans leur justice. Et puis enfin, et je crois que le ministère de l'Intérieur a été très clair là-dessus, quand il y a des fautes commises par les forces de l'ordre, là je parle de manière générale, je ne me prononce pas sur tel ou tel dossier, mais quand il y a des fautes commises par les forces de l'ordre, des enquêtes ont lieu, et des sanctions sont prises lorsque les fautes sont avérées, et ça le ministre de l'Intérieur a aussi été très clair là-dessus, et moi je crois qu'il ne faut surtout pas chercher des divisions ici ou là, au contraire, il faut chercher…

FREDERIC RIVIERE
Il n'y a pas besoin de les chercher, on les trouve tout seul.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais parce qu'on reprend…

FREDERIC RIVIERE
Un ministre qui condamne, l'autre qui salue, convenez tout de même que ça ne manifeste pas une grande unité.

JULIEN DENORMANDIE
Vous voyez bien mes propos. Moi j'ai d'abord des propos d'empathie, c'est un drame à chaque fois qu'il y a la mort d'un enfant de la République, ensuite, évidemment, quand il y a des actes de violence, ici ou là, qui plus est dans une manifestation qui n'était pas autorisée, cela amène des propos du ministre de l'Intérieur, évidemment. Mais surtout, ce que je dis, et ce que je dis de manière très solennelle, c'est que nous avons, dans notre pays, cette justice qui est indépendante, et c'est très important cette indépendance de la justice, et que c'est cette justice qui fait en sorte que des comportements individuels, le collectif puisse y remédier, et comment le collectif y remédie, justement par la justice, et je crois qu'il faut toujours garder cette confiance dans la justice parce que c'est ça le socle de notre République et le socle de la démocratie.

FREDERIC RIVIERE
Julien DENORMANDIE, le gouvernement travaille à la relance de l'économie, le gouvernement a reçu hier les partenaires sociaux pour faire le point sur la situation, est-ce que le redémarrage de l'économie est compatible avec les contraintes sanitaires qui sont maintenues ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, je le crois, en tout cas dans les champs d'activité qui sont les miens, dont j'ai la responsabilité, je prends par exemple le bâtiment, on observe aujourd'hui une véritable reprise, il y a quelques jours on était déjà à près de 85% des chantiers qui avaient repris, aujourd'hui on est, on n'a pas les derniers chiffres, mais on est encore plus haut que ce 85 %. Alors certes, et vous avez raison, c'est plus compliqué, parce que vous avez des normes sanitaires, ce qui fait que quand vous avez un chantier, vous avez des règles qui ont changé, vous avez parfois des surcoûts, vous avez parfois des chantiers qui ont repris mais qui ne sont pas à 100 % de leur propre activité, donc c'est plus compliqué, évidemment. Mais ce que moi je constate, et pour avoir été sur beaucoup de chantiers depuis la fin du confinement, c'est que cette envie de reprise elle est là et elle est partagée par tous, elle est partagée par les entrepreneurs, les chefs d'entreprise, par les salariés, et évidemment par les Français. Donc oui, l'activité économique elle peut reprendre, elle doit reprendre, c'est d'ailleurs une impérieuse nécessité, et cette envie de reprise elle est là, et c'est ça qui va nous permettre de faire en sorte que l'activité reparte très fort.

FREDERIC RIVIERE
Les jeunes sont particulièrement victimes de la crise en matière d'emploi, les chiffres sont éloquents, le nombre de demandeurs d'emploi de moins de 25 ans inscrits à Pôle emploi a augmenté de près de 30 %, 29,4 % précisément, qu'est-ce que le gouvernement prévoit de faire en direction des jeunes ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est une mobilisation générale contre le chômage, pour l'emploi, et notamment l'emploi des jeunes, je crois qu'il faut tous qu'on ait en tête que, on sort, on est encore dedans en réalité, d'une crise sanitaire, qui s'est couplé à une crise économique, et aujourd'hui l'enjeu c'est qu'on n'ait pas une crise sociale. Et la crise sociale ce serait quoi ? eh bien ce serait que la génération qui sort d'études, soit une génération de jeunes sacrifiés par le Covid-19, ce serait que le taux de chômage augmente très fort chez les jeunes, et donc la mobilisation elle est totale, elle est totale de la part du gouvernement, mais elle est partagée par les partenaires sociaux et le patronat, qui étaient réunis hier autour du président de la République. Très concrètement, il y a une mesure très forte qui a été annoncée hier, c'est un soutien pour toutes les entreprises qui embauchent des apprentis, l'apprentissage est…

FREDERIC RIVIERE
C'est un secteur où il y a beaucoup de tensions aujourd'hui, en effet, l'apprentissage.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, alors que l'apprentissage est un formidable vecteur pour l'embauche des jeunes, formidable. Les chiffres étaient très encourageants avant le début du confinement, et évidemment, aujourd'hui, les entreprises, qui rencontrent des difficultés, ont besoin d'un coup de pouce, donc hier le président de la République, le gouvernement, ont annoncé une aide exceptionnelle, toute entreprise qui embauche un jeune en apprentissage, de plus de 18 ans, aura une aide de 8000 euros, ce qui fait qu'en fait la première année d'apprentissage c'est comme si l'entreprise ne payait rien. Donc, vous voyez, c'est une incitation très forte, c'est un appel aux entreprises aussi, très clair, en disant « l'Etat vous a aidées, l'Etat continue à vous aider, il faut absolument que collégialement on fasse bloc pour lutter contre le chômage et notamment embaucher les jeunes », c'est quelque chose d'essentiel.

FREDERIC RIVIERE
Vous attendez de cette mesure un redémarrage rapide des embauches d'apprentis ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui. Juste avant le début du confinement on avait les derniers chiffres qui montraient qu'on était à +16 % d'apprentis dans notre pays, c'était du jamais vu, et donc je crois que beaucoup d'entreprises aujourd'hui sont convaincues par l'utilité de l'apprentissage, en revanche, vous pouvez être convaincu de l'utilité, si vous avez des difficultés financières, eh bien vous avez beau être convaincu, c'est quand même compliqué. Et donc, face à ça, on met en face cette aide pour faire en sorte que, non seulement les entreprises soient convaincues, mais qu'en plus elles en aient la capacité financière pour que ça reparte, et que ça reparte très fort.

FREDERIC RIVIERE
Merci Julien DENORMANDIE, merci, bonne journée.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juin 2020