Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à Radio Classique le 8 juin 2020, sur la police accusée de racisme et l'agriculture face à l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

GUILLAUME DURAND
Didier GUILLAUME, bonjour. Est-ce que c'est une gaffe de Gilles LE GENDRE, est-ce que c'est une fuite qui a cherché à le déstabiliser, est-ce que cette note était fondamentalement utile ?

DIDIER GUILLAUME
Bonjour Guillaume DURAND, je ne sais pas…

GUILLAUME DURAND
Je vous sens lointain, est-ce que vous pouvez vous approcher de votre téléphone, merci !

DIDIER GUILLAUME
Eh bien, j'y suis très près. Merci pour votre question, Guillaume DURAND, et pour votre invitation. Moi, je ne sais pas ce qu'il en est exactement, je n'ai pas vu cette note. Gilles LE GENDRE dit qu'on lui a piraté, dont acte, moi, je ne veux pas commenter ce qui se passe, ce que je sais, c'est que nous sommes dans une crise mondiale sans précédent, que l'exécutif est tout à sa tâche et que l'ensemble des parlementaires doivent se concentrer sur la relance, doivent se concentrer sur comment combattre ce virus et doivent se concentrer sur comment on refait démarrer l'économie, quand l'économie était à l'arrêt total, quand on sait qu'il va y avoir une crise économique terrible, une crise sociale avec des Françaises et des Français, nos concitoyens qui ont beaucoup souffert et qui vont souffrir encore, je pense que c'est ça notre objectif, et pas commenter ce qui se passe à côté.

GUILLAUME DURAND
Mais ça veut dire – vous avez fait une longue carrière avant de rejoindre La République En Marche au Parti socialiste, vous avez été sénateur, etc – ça veut dire que ce sont quand même, pour reprendre une expression célèbre, des amateurs, vous avez vu qu'il y a une scission à l'Assemblée nationale avec de nouveaux groupes, des notes qui sortent, des gens qui considèrent qu'Edouard PHILIPPE doit déménagé de Matignon, on ne sait pas très bien de quelle manière le président de la République pourrait rebondir, on attend peut-être, il a demandé Edouard PHILIPPE, qui décidément fait tout, de lui faire des propositions pour lutter contre le racisme ; donc il y a quand même, pardonnez-moi l'expression, parce qu'elle est un peu vulgaire, une certaine forme de désordre, voire, certaine forme de chienlit ou de bordel…

DIDIER GUILLAUME
Non, mais, non, non, je ne crois pas qu'on puisse dire ça, l'heure est grave, la situation est très grave, au moment où… vous vous rendez compte dans ce pays, dans cette République, où l'on dit que la police est raciste, qu'il y a un racisme d'Etat, mais c'est absolument honteux. Aujourd'hui, la police, elle est républicaine, il n'y a pas de racisme d'Etat, au moment où certains policiers d'ailleurs ont du mal à rentrer dans certains quartiers, la société, elle est violente, elle est hystérisée, il y a de la violence dans la société. Et le rôle du président de la République, c'est justement de mettre en oeuvre, en face ce pacte républicain, et en aucun cas, en aucun cas, on est là pour commenter, nous sommes là pour agir, il faut apaiser, et puis, il faut penser à faire en sorte que demain, nos concitoyens puissent continuer à travailler, que les jeunes puissent être formés en apprentissage, en alternance, il ne peut pas y avoir de génération sacrifiée, il ne peut y avoir de secteurs sacrifiés.

GUILLAUME DURAND
Mais dans ces cas-là, vous parlez d'apaisement, mais comment se fait-il que vous ayez sur Sud Radio, une radio donc concurrente, mais néanmoins amie, considéré que la manifestation de l'autre jour était justifiée alors que Christophe CASTANER, a considéré que cette manifestation non seulement était illégale mais totalement inappropriée.

DIDIER GUILLAUME
Je n'ai pas du tout justifié, il y a eu un emballement, j'ai dit que cette manifestation était incroyable, avoir 20.000 personnes comme ça qui se rassemblent, il fallait le prendre en compte, mais cette manifestation était interdite, et moi, je me bats…

GUILLAUME DURAND
Enfin, pardonnez-moi, Didier GUILLAUME, mais c'est quand même une manifestation où l'Etat a été insulté, où la porte-parole du gouvernement a été insultée, et au fond, y compris d'ailleurs des policiers qui étaient des policiers noirs, qui étaient là, étaient considérés par les manifestants comme des traîtres.

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr, mais c'est ce que je vous dis, moi, je me bats contre le communautarisme, cette société, et la République Française ne peut pas être communautariste, il n'y a pas de police raciste, il peut y avoir des actes qui ne vont pas, mais comme il y a des actes contre les policiers, et cette manifestation, je ne l'ai absolument pas soutenue, je peux comprendre qu'ils veuillent se manifester… les manifestations sont interdites et il n'est pas question de dire l'inverse, j'ai juste dit que je trouvais qu'il y avait eu du monde, et on doit prendre cela en compte, il faut que nous apportions des réponses, et les réponses, elles sont claires, elles sont à mon sens de deux ordres, 1°) : la France est une République une et indivisible, la France n'est pas une République où il y a des communautés, nous ne sommes pas aux Etats-Unis, nous ne sommes pas au Royaume-Uni, et ça, il faut bien l'entendre, et que les militants, qui sont des militants communautaristes, entendent cela, la France ne fléchira pas, et la France ne sera pas fébrile et elle fera toujours entendre la voix de la République. Et deuxièmement, il faut aussi comprendre qu'il peut y avoir des jeunes qui peuvent se sentir parfois stigmatisés, mais il ne faut pas qu'eux-mêmes stigmatisent, moi, je sais que dans certains endroits, dans certains quartiers de notre pays, dans certaines grandes villes, les policiers ou les pompiers, les services de secours, lorsqu'ils rentrent dans un quartier sont caillassés, c'est inacceptable. La règle, le droit doit être présent partout, dans chaque centimètre carré de la République, et en même temps, il faut, et le président de la République l'a demandé à Christophe CASTANER, au ministre de l'Intérieur, il faut regarder la doctrine de maintien de l'ordre, comment est-elle… Moi, ce n'est pas mon sujet, donc je ne peux pas en parler, mais je crois que c'est cela, il faut que chacun comprenne qu'il n'y a pas de racisme dans la police, que la République et la France n'est pas un Etat raciste comme je l'entends, et j'ai honte d'entendre cela par certains de nos concitoyens, il n'y a pas des noirs, des blancs ou des arabes, il y a des Français, et ces Français doivent vivre ensemble.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais c'est exactement le contraire de ce qui a été dit par les leaders de la manifestation de l'autre jour qui ont considéré que…

DIDIER GUILLAUME
Evidemment, c'est pour ça que je combats, moi, ce communautarisme, c'est pour ça que tous les jours, depuis que je suis militant, depuis que je suis engagé en politique, je me bats contre le communautarisme, le communautarisme, c'est le détricotage, c'est le délitement de la République.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous irez à la manifestation de SOS Racisme qui s'annonce ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne savais pas qu'il y avait une manifestation de SOS Racisme qui s'annonce, moi, je me bats contre tous les racismes, je me bats contre la xénophobie, je me bats, vous savez, la haine des juifs, on sait ce qu'elle a donné, je pense encore à l'assassinat de madame KNOLL, donc attention à cela, la société, elle peut être déstructurée, la France est en fragilité parce que les gens sont en fragilité. Et au moment où il y a eu ce virus, ce Covid, nous étions en train de gagner la partie économique, la dette avait baissé, les impôts avaient baissé, la prime d'activité pour les plus fragiles avait augmenté. Nous avons supprimé la taxe d'habitation, l'économie repartait, c'est la première fois qu'il y avait autant de jeunes en apprentissage et en formation, donc le combat économique et social, nous étions en train de le gagner au moment où nous avons été fauchés en plein vol par cette crise. Eh bien, il faudra repartir, et en même temps, en repartant dans le plan de relance que veut le président de la République, dans cette nouvelle phase du quinquennat, il faudra tenir compte de tout cela, tenir compte de la fragilité de notre pays, de certains de nos concitoyens, et mieux les prendre en compte.

GUILLAUME DURAND
Les agriculteurs nous ont nourris pendant la période du confinement, les magasins, il n'y a jamais eu de pénurie, les agriculteurs vous reprochent un peu d'avoir dit qu'il fallait que leurs prix se rapprochent des prix du marché, alors que vous savez très bien qu'une grande partie de la revendication des agriculteurs, c'est que les consommateurs payent au fond le coût exact de ce qui est produit, alors il y a deux versions, est-ce que c'est celle de Didier GUILLAUME qui est la bonne version, à savoir s'aligner sur le marché mondial, ou celle des agriculteurs qui veulent absolument qu'on paye en France le coût de revient de ce qui a été produit dans les champs ou dans l'élevage…

DIDIER GUILLAUME
Mais il n'y a pas la version de Didier GUILLAUME ou je ne sais trop quoi, moi, je me bats depuis les états généraux de l'alimentation pour faire en sorte qu'il y ait une juste rémunération pour les agriculteurs, or, aujourd'hui, ce n'est pas, il y a des agriculteurs qui crèvent parce qu'ils ne gagnent pas assez leur vie, donc il faut absolument que les prix soient rémunérateurs, en même temps, nous ne concurrencerons jamais les produits qui viennent de loin, qui sont faits avec des méthodes qui sont condamnables, mo, ce que je souhaite, c'est que l'agro-écologie soit la règle de notre agriculture, que nous ayons des produits agricoles qui soient les meilleurs possibles, comme c'est le cas aujourd'hui, l'agriculture française est une des meilleures du monde, une des plus saines, une des plus durable, donc ça, il n'y a pas de sujet, et pendant la crise, nous nous sommes aperçus que les Français ont redécouvert cette agriculture, ont redécouvert les bons produits, et c'est pour ça que j'ai lancé un appel au patriotisme alimentaire, au patriotisme agricole, il faut acheter français, produire français et manger français ; nous ne pouvons pas le faire à 100% évidemment, mais il faut avancer vers cette direction…

GUILLAUME DURAND
Pardonnez-moi de vous interrompre, vous savez, c'est très compliqué quand on converse au téléphone, parce que ça donne l'impression effectivement d'une certaine forme d'agressivité, mais c'est la loi du téléphone, madame LAMBERT, il y a quelques instants, disait : il faut absolument subventionner l'horticulture, la bière, et un certain nombre de secteurs qui ont été extraordinairement touchés, est-ce qu'elle a raison de vous réclamer des sous, est-ce que vous pouvez lui donner pour certains secteurs, pas tous, des sous, ce sera ma question finale ?

DIDIER GUILLAUME
Non, mais je travaille depuis 3 mois avec l'ensemble des filières économiques, j'ai encore cet après-midi des visioconférences, vous avez raison, ce n'est pas simple, des visioconférences avec la filière, bière, la filière pomme-de-terre, la filière cidre, enfin, je travaille avec évidemment tout le monde, j'ai fait une réunion avec les horticulteurs, oui, nous mettons des réponses à toutes ces filières, il faut que ce soit des réponses mesurées, d'abord, toutes les entreprises agricoles ont bénéficié des mesures horizontales, après, nous travaillons sur des exonérations de charges, nous travaillons sur des aides, évidemment, moi, j'y suis tous les jours, tous les jours, matin midi et soir, 7 jours sur 7, depuis plus de 2 mois à aider des filières à s'en sortir. Mais ce n'est pas simplement aider les filières, c'est permettre aux filières de nourrir nos concitoyens, c'est ça qui est le plus important.

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup, nous étions en direct avec Didier GUILLAUME, l'invité politique de la matinale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juin 2020