Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à BFMTV le 30 juin 2020, sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat et la politique de l'environnement.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin Bruno LE MAIRE, Ministre de l'Economie et des finances. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Première question, elle est d'actualité. Il y aura une nouvelle manifestation, des rassemblements plutôt, de personnels soignants aujourd'hui. Le gouvernement a déjà promis 6 milliards 300 millions d'euros. Est-ce que vous allez faire plus ?

BRUNO LE MAIRE
On fera ce qu'il faudra pour les personnels soignants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus ?

BRUNO LE MAIRE
C'est la responsabilité d'Olivier VERAN, c'est lui qui négocie donc je le laisse négocier avec les personnels soignants. Nous ferons ce qu'il faudra pour les personnels soignants qui nous ont accompagnés, aidés pendant toute cette période de la crise du Covid et qui méritent la reconnaissance de la Nation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
300 euros par mois ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne peux pas vous le dire. Ce n'est pas moi qui négocie. Je ne suis pas à la table des négociations. Olivier VERAN le fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gouvernement est prêt à faire encore des efforts si nécessaire ?

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis juste que le gouvernement sera au rendez-vous. Il l'a été, je crois, sur tous les sujets depuis plusieurs semaines, tous les sujets économiques et sociaux en apportant des réponses très concrètes. Il va de soi que pour les soignants, nous serons aussi au rendez-vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
S'il y a un effort supplémentaire à faire, vous êtes prêt à le faire.

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, moi je ne suis que le banquier dans cette affaire-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous êtes banquier mais le banquier, c'est important.

BRUNO LE MAIRE
Donc j'apporte les moyens et je sais simplement qu'aujourd'hui, nous avons des personnels soignants qui sont inquiets, qui ont beaucoup donné pendant la crise et qui méritent la reconnaissance de la Nation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Bruno LE MAIRE, écologie. Emmanuel MACRON s'est engagé à transmettre au gouvernement, au Parlement et à soumettre à référendum 146 des 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Alors nous n'allons pas éplucher les 146 propositions…

BRUNO LE MAIRE
Ça pourrait prendre du temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça pourrait prendre un peu de temps. Je les ai, je les ai sur mon bureau mais trois propositions rejetées : 110 kilomètres/heure. La polémique autour des 110 kilomètres/heure pourrait polluer le débat, c'est ça ?

BRUNO LE MAIRE
Oui. Je pense que c'est sage d'avoir écarté les propositions qui pourraient faire polémique. Pourquoi ? Parce que la transition écologique doit être un facteur de rassemblement des Français. Ça doit être un grand projet collectif qui nous engage tous, pas un facteur de division. Et je pense que le président de la République a vu juste en évitant la polémique très accessoire sur les 110 kilomètres/heure. Personnellement je n'y étais pas favorable mais je pense qu'en plus, on ouvre des polémiques qui sont d'un intérêt médiocre face à un sujet qui, lui, est d'un intérêt stratégique pour la France. Réussir la transition écologique, décarboner notre économie, en particulier notre industrie, et faire de la question environnementale non seulement une question de société mais une vraie question économique. Montrer aux Français que nous allons pouvoir rester une grande puissance économique grâce à la transition écologique qui va nous amener à innover, investir dans des nouvelles technologies comme l'hydrogène, à changer nos bâtiments, à avoir des usines qui soient plus performantes, qui émettent moins de CO2. Donc tout ça, ça peut être une magnifique ambition collective.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Il y a une autre proposition rejetée qui, elle, ne faisait pas débat parce que les Français étaient plutôt favorables. Taxe de 4 % sur les dividendes distribués par les entreprises qui distribuent plus de 10 millions d'euros de dividendes annuels, pour la préservation de notre environnement. Pourquoi pas ?

BRUNO LE MAIRE
Oui mais Jean-Jacques BOURDIN, j'ai passé six mois au début du quinquennat à corriger l'erreur de la taxe sur les dividendes qui avait été mise en place par le précédent président de la République, taxe qui avait été condamnée. Donc du coup, il avait fallu rembourser, lever une taxe exceptionnelle pour rembourser la taxe sur les dividendes. Enfin, on ne va pas revenir dans ce schmilblick.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Honnêtement, on peut s'épargner là aussi ces difficultés-là. Ça ne vole pas, notamment du point de vue du droit européen, ça nous oblige ensuite à corriger nos erreurs et on perd beaucoup de temps. Or beaucoup de gens le disent, et ils ont raison : on n'a pas de temps à perdre pour lutter contre le réchauffement climatique et accélérer la transition écologique de la France. Donc ne perdons pas de temps sur des mauvais sujets ou des mauvaises polémiques et allons tout droit à l'essentiel : la réduction des émissions de CO2.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne dis pas que ce sont de mauvaises polémiques, Bruno LE MAIRE, mais ce sont des taxes qui rapportent beaucoup d'argent.

BRUNO LE MAIRE
Non. Parce qu'une taxe sur les dividendes, comme c'est contraire au droit européen…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux milliards d'euros.

BRUNO LE MAIRE
D'accord mais ensuite, il faut la rembourser. Une fois encore, j'ai passé six mois à obtenir le remboursement de cette taxe en créant une autre taxe. Honnêtement, tout ça n'est pas forcément très cohérent et pas très efficace.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Modification de la Constitution peut être, peut-être. Quoique pas de réécriture du préambule de la Constitution. C'est ce qu'a dit Emmanuel MACRON. On ne réécrit pas.

BRUNO LE MAIRE
Pas de réécriture. Là aussi, je pense que c'est une décision sage du président de la République. Pas de recrudescence du crime d'écocide. Je pense que derrière il est question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de référendum sur le crime d'écocide ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je ne suis pas favorable à ça. Pourquoi ? Parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y en aura pas donc.

BRUNO LE MAIRE
Derrière il y a une question philosophique majeure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Pourquoi est-ce que nous protégeons notre planète ? Nous protégeons notre planète pour protéger les hommes et les femmes qui l'habitent et c'est l'humanité que nous défendons en priorité. Quand on commence à mettre la nature au-dessus de l'humanité, en règle générale ça conduit à des désastres historiques. Il ne faut jamais oublier pourquoi est-ce que nous menons cette bataille pour la planète, pourquoi est-ce que nous menons cette bataille pour l'environnement. C'est pour que les hommes et les femmes qui habitent cette planète puissent vivre dignement, vivre bien, vivre dans de bonnes conditions. Mais c'est pour l'homme que nous faisons ça. D'abord pour l'homme plutôt que pour la nature elle-même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas de réunion du Parlement, nécessaire si l'on veut modifier la Constitution, on le sait. Il n'y en aura pas.

BRUNO LE MAIRE
Ce sera au président de la République de décider. Mais je dis simplement que sur des questions aussi majeures et qui nous engagent pour les générations qui viennent, il faut bien comprendre le sens de ce que nous faisons. Oui, la lutte contre le réchauffement climatique est une priorité absolue, mais nous le faisons pour les hommes et les femmes qui habitent cette planète.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Référendum : il y aura référendum en 2000 ? Vous y êtes favorable ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je suis Gaulliste, donc moi j'ai toujours été favorable à la consultation directe du peuple français, notamment sur des questions importantes comme celle de l'environnement, mais c'est une décision qui n'appartient qu'au président de la République. Je me réjouis simplement qu'il ait laissé la porte ouverte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord. Moratoire sur l'accord commercial entre l'Union européenne et le Canada, le fameux CETA. Oui ? Non ? Le président de la République dit : nous continuerons à évaluer. Ça veut dire quoi ? Jusqu'à quand ? On va évaluer jusqu'à quand ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire que nous regarderons si la condition qui a été fixée sur tous les accords commerciaux, c'est-à-dire le respect des accords de Paris, est bien respectée dans l'application du CETA. Je rappelle que le président de la République s'est opposé à la signature de l'accord sur le Mercosur. Pourquoi ? Parce qu'il y avait la déforestation amazonienne, des puits de carbone qu'étaient détruits et accessoirement un président du Brésil qui visiblement se contrefiche comme d'une guigne de l'accord de Paris. Donc c'était une décision courageuse et nécessaire. Ça ne doit pas bloquer le développement du commerce dans le monde. Je continue à penser que le commerce est ce qui fait la prospérité des Nations, mais un commerce qui est encadré par les accords de Paris et donc par le respect de l'environnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Je vais reprendre quelques mesures quand même. Vous allez me dire ce que vous en pensez et ce que vous allez faire. Dans dix ans, plus de chaudière au fioul ou à charbon dans les bâtiments neufs ou rénovés. C'est bien, ça.

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est très bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça vous va.

BRUNO LE MAIRE
Ça me va très bien. D'ailleurs, on a déjà fait beaucoup.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, oui.

BRUNO LE MAIRE
Pour permettre aux ménages de s'équiper en chaudières qui ne soient pas au fuel et l'un des défis par exemple, ça va être de prendre les grands sites industriels français. Ça, ça fait partie des jeux sur lesquelles nous travaillons pour le plan de relance. De se dire : voilà, on prend les dix sites industriels français qui émettent le plus de CO2 et on regarde comment est-ce qu'on modifie leur énergie de façon à ce qu'ils émettent moins de CO2 avec un calendrier, un contrôle des émissions et du coup des ambitions de décarbonation plus fortes qu'avant le plan de relance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moratoire sur les zones commerciales là aussi. Moratoire ça veut dire quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Moratoire, ça veut dire qu'on suspend.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire qu'on fige ? On fige tout ?

BRUNO LE MAIRE
On suspend. Vous savez, j'ai un passé politique. J'ai été Ministre de l'Agriculture pendant trois ans. Je suis le premier ministre de l'Agriculture à avoir mis en place des mesures contre l'artificialisation des terres agricoles, avec notamment une taxe lorsqu'on artificialise des terres agricoles, un contrôle par le préfet et par les élus locaux de cette artificialisation. On perd environ un département de terres agricoles tous les dix ans à cause d'un modèle de développement qui est dépassé. C'est-à-dire l'extension à l'infini des villes et des communes, des grands centres commerciaux ou des grandes zones commerciales au mépris de ces terres agricoles. A un moment donné, il faut dire stop.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on fige.

BRUNO LE MAIRE
Le moratoire, c'est stop. On regarde est-ce qu'il n'y a pas d'alternative ? Est-ce qu'on ne peut pas prendre plutôt des friches industrielles plutôt que des terres agricoles qu'on artificialise ? Est-ce qu'il ne vaut pas mieux densifier un bourg ou une commune plutôt que de l'étendre ? Et là aussi, je pense qu'il faut prendre le sujet en regardant sur le long terme notre objectif. Comme je vous disais sur l'environnement, la priorité c'est évidemment l'homme et pas la nature. Eh bien sur le modèle de développement économique, la priorité c'est de respecter notre espace naturel, c'est de trouver des solutions alternatives à un mode de développement économique qui aujourd'hui est dépassé et qui, honnêtement, abîme notre environnement et n'est pas forcément le plus rentable économiquement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre mesure préconisée par les citoyens de la Convention : interdire la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Là je pense aux SUV. Interdire la publicité pour les SUV ?

BRUNO LE MAIRE
On a déjà proposé - j'ai déjà proposé - que lorsqu'il y a une publicité pour le SUV, on indique très clairement les émissions de CO2 de manière un peu plus lisible que c'est le cas actuellement. Est-ce qu'il faut aller encore plus loin, jusqu'à l'interdiction de publicité sur tout produit polluant ? Eh bien ouvrons le débat sur le sujet. En tout cas ce à quoi je suis favorable, c'est une transparence totale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites oui alors.

BRUNO LE MAIRE
Je suis plus réservé là-dessus. Mais en revanche qu'on informe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République a dit oui.

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis que je suis favorable à ce qu'on informe le consommateur, à ce qu'il y ait une transparence totale. Ce n'est pas forcément l'interdiction de la publicité, c'est l'information du consommateur parce que je fais confiance à l'intelligence collective des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réduire la TVA sur les billets de train, ça aussi vous êtes favorable ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas favorable à ce qu'on touche les taux de TVA.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dites-moi alors, toutes ces propositions.

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis les choses très simplement et très directement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Non mais vous, vous avez le mérite de dire ce que vous pensez.

BRUNO LE MAIRE
J'ai le mérite de dire ce que je pense et j'ai le mérite d'expliquer pourquoi je le pense. Je dis simplement que sur la TVA, je suis Ministre des Finances, nous avons un taux de TVA qui est un des plus réduits globalement de tous les pays européens. Baisser la TVA, c'est des dépenses fiscales qui sont très lourdes pour l'Etat. Je suis plus favorable, pour tout vous dire, à ce qu'on développe massivement les lignes ferroviaires, à ce qu'on développe le fret ferroviaire, et je serai très favorable à ce que dans le plan de relance qui sera présenté vers la fin du mois d'août, le début du mois de septembre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fin août, début septembre le plan de relance.

BRUNO LE MAIRE
Pour l'examen du plan, ce sera fin août-début du mois de septembre, nous ayons des dispositions très fortes pour la relance du fret ferroviaire et du transport ferroviaire. Je crois au train. Je crois au train comme alternative à l'avion, notamment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plutôt qu'à l'avion.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr. Surtout dans un territoire comme la France, c'est un mode de développement. Et nous avons échoué à développer le fret ferroviaire depuis des années, eh bien reprenons notre copie et faisons du fret ferroviaire un moyen de transport des marchandises, propre et moins coûteux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas d'extension des aéroports existants, on est bien d'accord.

BRUNO LE MAIRE
Je vois la question que vous allez me poser derrière, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh oui, derrière ! Mais oui, vous la voyez arriver.

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il faut regarder sur chaque plateforme aéroportuaire - ça vaut évidemment pour Charles de Gaulle - les projets qui sont en cours ; il y a un quatrième terminal qui est en cours et qu'on refasse le bilan coûts/avantages de ce terminal 4 de Charles de Gaulle, au regard de nouvelles exigences environnementales et de la réalité du trafic aérien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les propositions citoyennes : « oui d'accord, mais… » C'est ce que vous dites ce matin.

BRUNO LE MAIRE
Le rôle du responsable politique, c'est prendre les propositions qui sont faites par la Convention citoyenne telles que les a définies le président de la République. 146 sur 149. Et ensuite de regarder dans le détail la mise en oeuvre, les conséquences, les coûts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n'appliquera pas les 146 mesures.

BRUNO LE MAIRE
Mais on appliquera les 146 mesures mais il faut les appliquer de la manière qui soit la plus responsable et la plus efficace pour le pays. Je reprends l'exemple de la baisse de la TVA sur les titres de transport ferroviaire, sur les billets de train. Il faut que nous regardions le coût global et qu'on se pose la question : est-ce qu'on préfère baisser la TVA pour inciter les gens à prendre le train ou est-ce qu'on emploie cet argent à développer les lignes ferroviaires et développer le fret ferroviaire ? C'est la question que je pose avec le même objectif partagé par la Convention citoyenne et par les responsables politiques. Il faut développer encore plus le train dans notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La vente d'ADP. Alors où est-ce qu'on en est ?

BRUNO LE MAIRE
Elle n'est pas d'actualité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais elle va reprendre ?

BRUNO LE MAIRE
Elle n'est pas d'actualité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, aujourd'hui. Mais dans les mois qui viennent, elle risque de revenir dans l'actualité, non ?

BRUNO LE MAIRE
Elle ne va pas revenir dans l'actualité immédiate pour des raisons qui sont très simples.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Immédiatement non.

BRUNO LE MAIRE
Mais d'abord parce que je suis occupé à autre chose, c'est-à-dire la relance, la relance, la relance et encore la relance de notre économie. Je me lève le matin, je pense relance ; à midi je pense relance et le soir en me couchant je pense relance de l'économie française. C'est une première raison. La deuxième, c'est que quand on voit l'activité aujourd'hui du transport aérien, honnêtement aller céder un actif au moment où il est bas parce qu'il y a moins de transport aérien et que le redressement du transport aérien prendra au moins deux ans, ça ne serait pas responsable vis-à-vis de l'argent des Français puisque c'est de l'argent des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de vente d'ADP avant 2022.

BRUNO LE MAIRE
C'est probable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de vente d'ADP avant 2022.

BRUNO LE MAIRE
C'est probable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Dites-moi, est-ce que la victoire écologiste de dimanche aux municipales n'est pas une victoire en trompe-l'oeil ? Franchement ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il faut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Victoire dans les grandes villes, des grandes villes riches et moins de vote, avec une très forte abstention, et moins de vote dans les campagnes et dans les petites villes.

BRUNO LE MAIRE
Il y a eu, Jean-Jacques BOURDIN, beaucoup d'interprétation de ces élections municipales. Je vous donne la mienne, elle vaut ce qu'elle vaut et pas plus que celle des autres. La première chose, ç'a été dit par tout le monde mais je veux quand même le redire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'abstention.

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas une crise démocratique, ce n'est pas le bon mot : c'est l'indifférence qui me préoccupe dans notre démocratie. Moi je peux être d'accord, pas d'accord, il peut y avoir débat. Ça c'est formidable, c'est la démocratie telle que je l'aime. Les gens qui prennent position avec des convictions, une histoire. La démocratie qui m'inquiète, c'est celle de l'indifférence ou, dans le fond, on s'en fiche, on s'en moque, ce n'est pas intéressant. On tombe dans le sarcasme, dans l'indifférence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi voter ? A quoi ça sert d'aller voter ?

BRUNO LE MAIRE
A quoi ça sert. Alors que c'est un droit, c'est un pouvoir et que chaque citoyen a la capacité de changer la France et le monde. Il l'a entre les mains par son droit de vote. Donc cette indifférence, c'est la première chose qui me préoccupe. La deuxième, c'est qu'on n'oublie pas que les grandes métropoles ont voté effectivement et ont beaucoup voté pour les partis liés à l'environnement. Il y a les campagnes aussi. Je suis élu d'un territoire rural, je n'ai pas vu beaucoup de vote écologique dans ces territoires et dans mes communes. Faisons attention à ce que l'environnement reste un facteur d'union nationale et non pas de division. Quand je vois le débat sur Fessenheim, je ne vous cache pas ma préoccupation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'allais vous en parler.

BRUNO LE MAIRE
Parce que moi je pense aux ouvriers de Fessenheim qui ont vu leur outil de production fermer. Je pense au maire de Fessenheim que je connais bien. Je pense aux habitants de Fessenheim qui se disent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce qu'on peut dire que le nucléaire préserve l'environnement ? Est-ce que vous pouvez dire cela ? Est-ce que le nucléaire préserve l'environnement ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais y revenir tout de suite, je termine juste sur les élections municipales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, terminez.

BRUNO LE MAIRE
Donc un, attention à cette indifférence démocratique. Deux, attention à bien préserver l'unité de la Nation en considérant les votes de tous. Et puis trois, n'oublions pas que la pertinence de ce que nous avons construit avec le président de la République, le dépassement de la droite et de la gauche reste toujours aussi juste aujourd'hui. Et tous ceux qui veulent nous remettre dans les cases de la droite a gagné, la gauche a repris des positions, nous notre ligne de conduite doit rester le dépassement du clivage de la droite et de la gauche. C'est pour cela que je me suis engagé et c'est pour ça que je continuerai à me battre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Justement le nucléaire. Est-ce que le nucléaire préserve notre environnement ?

BRUNO LE MAIRE
Oui. Oui, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes un défenseur du nucléaire, je le sais.

BRUNO LE MAIRE
Je suis un défenseur du nucléaire, comme beaucoup de scientifiques beaucoup plus chevronnés que moi le sont, parce que le nucléaire n'émet pas de CO2 et qu'aujourd'hui, nous avons l'énergie nucléaire qui a deux avantages. Elle nous permet d'être l'un des pays qui émet le moins de CO2 pour sa production d'électricité, et ça nous garantit quelque chose dont tout le monde parle matin, midi et soir : ça nous garantit notre indépendance. Et comme Français, rien n'est plus important que notre indépendance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi réduire la production d'électricité par le nucléaire ?

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'il ne serait pas raisonnable, Jean-Jacques BOURDIN, de continuer à dépendre à 75% de l'énergie nucléaire dans notre production d'électricité. Donc on va le faire évoluer et on va passer de 75% à 50% de production de l'électricité par le nucléaire d'ici 2035. Donc on va équilibrer les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et construire de nouveaux EPR ?

BRUNO LE MAIRE
Et l'équilibre et la modération sont quelque chose dont la Nation française a besoin, y compris dans son mix énergétique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on va construire de nouveaux EPR ?

BRUNO LE MAIRE
Ça, c'est une décision qui ne sera prise que lorsque la centrale de Flamanville, et uniquement lorsque la centrale de Flamanville entrera en activité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

BRUNO LE MAIRE
C'est prévu pour 2022. Je souhaite que les délais soient tenus et je regrette, Jean-Jacques BOURDIN, que les délais n'aient pas pu être tenus. Parce qu'à force de critiquer la filière nucléaire, on perd des compétences, on perd des soudeurs de haut niveau, on perd des ouvriers. Donc moi je veux bien qu'on me dise qu'il faut réindustrialiser le pays : je m'y engage totalement. Mais si on veut réindustrialiser la France, il ne faut pas fragiliser ceux qui sont nos atouts stratégiques dont le nucléaire. Et puis il faut qu'on pense un peu plus loin que le bout de son nez. Tout le monde me dit il faut développer l'hydrogène. J'y suis très favorable. Dans le plan de relance, il y aura aussi des éléments très forts pour développer la filière de l'hydrogène et nous le ferons en liaison avec l'Allemagne ; dans un partenariat avec l'Allemagne. Enfin l'hydrogène, ça suppose que l'on fasse une opération compliquée qui s'appelle l'électrolyse, la séparation la molécule d'hydrogène de la séparation de la molécule d'oxygène. Ça demande beaucoup d'électricité. Donc si on veut de l'hydrogène propre, de l'hydrogène vert, il faut beaucoup d'électricité. Où est-ce qu'on la produit cette électricité ? On la produit en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient, et puis ensuite on va rapatrier l'hydrogène en France et en Europe. Le bilan CO2 il ne va pas être très bon. Ou est-ce qu'on se bat pour faire notre propre hydrogène vert en France, en employant les centrales nucléaires ? Moi je pense que c'est une meilleure option. Donc si on réfléchit sur le long terme, le nucléaire garde sa pertinence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est une chance pour la France, le nucléaire. Et une pertinence.

BRUNO LE MAIRE
Ça garde toute sa pertinence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Vous êtes prêt pour le remaniement ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, quand j'étais scout, je disais : toujours prêt ! Donc voilà, toujours prêt.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Toujours prêt quel que soit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous attendez ce remaniement ?

BRUNO LE MAIRE
Mais j'attends avec toute la sérénité nécessaire. J'ai une mission qui, ça ne vous a pas échappé, m'enthousiasme, qui me passionne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez la garder.

BRUNO LE MAIRE
Qui est après avoir transformé le pays, obtenu des résultats qui sont de bons résultats économiques au début de l'année 2020 : 1.5 point de croissance, 0.9 point au-dessus de l'Allemagne. La France pays le plus attractif pour les investissements étrangers en Europe. Le chômage qui était baissé sous les 8% en métropole. Un effondrement économique. Eh bien moi, je mets toute mon énergie à être utile aux Français pour que nous réussissions cette relance économique et qu'on retrouve d'ici deux ans - d'ici deux ans - le même niveau de PIB qu'en 2019.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous dites à Emmanuel MACRON qui nous regarde peut-être : gardez-moi. Gardez-moi au ministère de l'Economie et des Finances.

BRUNO LE MAIRE
Vous me voyez dire ça au président de la République, Jean-Jacques BOURDIN, sérieusement ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je plaisante !

BRUNO LE MAIRE
Sérieusement ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voyez bien que je plaisante mais vous avez envie qu'il vous garde à ce poste. A ce poste.

BRUNO LE MAIRE
J'ai envie d'être utile aux Français et j'essaie de l'être au poste où je suis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Premier ministre, vous avez dit non.

BRUNO LE MAIRE
Vous savez que je ne suis pas intéressé par le poste de Premier ministre. Je préfère ne pas répéter cinquante fois les mêmes choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Bruno LE MAIRE d'être venu nous voir.

BRUNO LE MAIRE
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juillet 2020