Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Info le 9 juillet 2020, sur la transition écologique et le plan de relance, la Convention citoyenne pour le climat et le développement de la 5G.

Prononcé le

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Avec Jean-François ACHILLI et notre invitée, bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Si vous êtes passée devant Notre-Dame de Paris, vous n'avez pas pu rater cette banderole déployée par des militants de Greenpeace, climat aux actes.

BARBARA POMPILI
Oui alors avant tout à chaque fois que je vois une action spectaculaire de Greenpeace, je pense à tous ceux qui auraient envie de les imiter. Alors ce sont des professionnels, ils savent faire, ils ont des mesures de sécurité, donc ne les imitez pas surtout.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais ce sont vos amis.

BARBARA POMPILI
Mais c'est toujours, c'est toujours des gens que j'apprécie et que je respecte, ce sont des lanceurs d'alerte et ils sont là. Moi je prends ça comme un petit cadeau de bienvenue, un petit message d'encouragement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Chiche.

BARBARA POMPILI
Chiche exactement.

NICOLAS TEILLARD
Quel ministre de la Transition écologique, de l'Écologie, de l'Environnement, bref quel ministre vous voulez-vous être ?

BARBARA POMPILI
Moi je veux être une ministre de l'action. Je veux être une ministre des résultats, les grands mots, je crois qu'on les a eu, les grands objectifs, on les a aussi, il y a eu les accords de Paris, il y a eu des grandes stratégies qui ont été mises en place, maintenant je crois que ce que les Français attendent que ça se concrétise dans les actes et que on voit dans notre vie quotidienne comment l'écologie peut améliorer notre vie, peut créer des emplois, peut bref devenir notre quotidien.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, mais est-ce que vous aurez les coudées franches, c'est la question que tout le monde se pose ce matin ?

BARBARA POMPILI
Oui mais là, les coudées franches, non seulement il faut les avoir par la confiance qu'on nous témoigne et je crois que le président et le Premier ministre quand ils sont venus me voir pour me dire il faut que tu viennes dans ce gouvernement, c'était justement pour incarner cette volonté d'avancer et d'aller plus vite.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Quelles assurances vous ont-ils donné ?

BARBARA POMPILI
Des grosses assurances et notamment sur le plan de relance, on va avoir des moyens pour enfin pousser l'écologie dans l'économie parce que cette crise qui arrive et qui est une crise terrible, permet paradoxalement d'ouvrir des portes pour transformer l'économie.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous avez signé une page blanche, combien en fait, quand vous dites nous allons avoir les moyens, combien ?

BARBARA POMPILI
Il y a déjà des annonces qui ont été faites, monsieur ACHILLI, 15 milliards d'euros qui vont être mis sur ce plan de relance et je peux vous dire…

NICOLAS TEILLARD
Il y a eu 15 milliards d'euros aussi pour le secteur automobile, ce n'est pas très vert.

BARBARA POMPILI
Non le secteur automobile, on est dans des secteurs qui sont des secteurs effectivement qui peuvent avoir des effets sur le climat, c'est le moment d'aider ces secteurs mais en leur disant okay maintenant il faut se réorienter, il faut avoir des trajectoires claires de baisse d'émissions de gaz à effet de serre et il faut que nous, nous, on se donne les moyens de pouvoir regarder si c'est fait effectivement et ça je vais m'y employer.

NICOLAS TEILLARD
Barbara POMPILI, tous ceux qui ont eu votre poste depuis des années et disons depuis l'arrivée d'Emmanuel MACRON au pouvoir avaient la même ambition, des résultats, aller de l'avant, passer au vert, le premier d'entre eux Nicolas HULOT, souvenez-vous il y a pratiquement 2 ans maintenant, il annonçait sa démission et juste avant il disait ça.

NICOLAS HULOT
Nous poursuivons des objectifs qui sont totalement contradictoires et incompatibles, la vérité elle est celle-là. Alors nous faisons des petits pas et la France en fait beaucoup plus que d'autres pays. Mais est-ce que les petits pas suffisent à endiguer, inverser et même à s'adapter parce que nous avons basculé dans la tragédie climatique, eh bien la réponse, elle est non.

NICOLAS TEILLARD
Barbara POMPILI, qu'est-ce qui fait que vous allez réussir là où Nicolas HULOT a échoué, qu'est ce qui fait que vous allez sortir des petits pas ?

BARBARA POMPILI
Nicolas HULOT, là il dit deux choses. Il dit, on fait des choses sur la lutte contre le réchauffement climatique et effectivement il y a un bilan déjà de ce gouvernement là-dessus, mais on n'y va pas assez vite. Ça tombe bien c'est exactement ce que je disais moi il y a quelques mois au moment justement de la naissance de la crise, pour dire regardez cette crise elle a aussi une origine environnementale et elle montre que nous sommes dans un système qui est à bout de souffle. Et je crois que cette prise de conscience elle n'existait pas suffisamment quand Nicolas HULOT a parlé il y a 2 ans cette crise, ouvre une opportunité.

NICOLAS TEILLARD
Emmanuel MACRON disait l'inverse en nommant Nicolas HULOT, on a compris, "Make our planete great again".

BARBARA POMPILI
Oui mais il voulait faire des choses et encore une fois il a fait des choses, la question, c'est la question du rythme, ça n'allait pas assez vite, il fallait aller plus loin, plus vite, plus fort, c'est pour ça que je suis là et je peux vous dire que je vais m'en donner les moyens et que je vais associer sur tout le gouvernement puisque c'est la feuille de route que nous avons tous le gouvernement doit avoir cette feuille de route.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Barbara POMPILI, tout le gouvernement doit avoir sa feuille de route, à ce sujet vous nous avez dit il y a une semaine, j'ai noté ici même sur France à cette place-là, l'écologie est un enjeu, je vous cite, transversale or elle est cantonnée à un ministère, tous les ministères y compris Bercy doivent avoir une feuille de route verte, ce sera le cas ?

BARBARA POMPILI
Oui on est en train de s'y employer figurez-vous, des feuilles de route sont en train de terminer d'être rédigées, pour être envoyées à chaque ministère, pour que chaque ministère puisse prendre sa part dans la transition écologique.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Un exemple.

BARBARA POMPILI
Un exemple sur la relance, c'est l'exemple le plus facile. Mais par exemple sur la santé, la question de la santé environnementale est un sujet crucial aujourd'hui qui va pouvoir être pris en main par Olivier VERAN.

NICOLAS TEILLARD
Qu'est-ce que ça veut dire la santé environnementale ?

BARBARA POMPILI
Aujourd'hui on voit que notre environnement a des conséquences sur notre santé, notre politique de santé est une politique traditionnellement de soin, c'est-à-dire quand on est malade, on est soigné. Là il faut anticiper, de toute façon l'écologie c'est anticiper et essayer de faire en sorte que les gens ne tombent pas malade. Donc il y avait un travail qui existait sur par exemple le tabac ou sur l'alcool, maintenant il faut que ça soit beaucoup plus large et que tout ce qui nous expose à des risques soit pris en compte et l'environnement est un facteur important, quand on vit dans un environnement sain, on est moins malade, quand on mange bien, on est moins malade, quand on fait du sport, on est moins malade, eh bien tout ça, ça doit être porté par le ministre de la Santé mais je sais qu'il va le faire.

NICOLAS TEILLARD
Ça va marcher comment, un tuteur vers dans chaque ministère parce que tout le monde n'a pas la fibre non plus depuis des années. Vous êtes une militante de longue date de l'écologie, ce n'est pas le cas de tout le monde au gouvernement.

BARBARA POMPILI
Je me vois, c'est ça dans ce gouvernement vous savez, on est une équipe comme une équipe de foot, moi je me vois un peu comme le coach si vous voulez qui va travailler avec les autres et qui va dire aux autres, attention il faut qu'on aille plus dans cette direction. Mais je serai aussi l'attaquante et je serai aussi dans les buts pour parer les coups.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et Jean CASTEX ?

BARBARA POMPILI
Et Jean CASTEX…

NICOLAS TEILLARD
Il est coach…

BARBARA POMPILI
Jean CASTEX a cette formidable confiance en nous et il nous a dit, il me l'a dit à moi mais je crois qu'il l'a dit aux autres, je vais vous aider, il est là pour nous aider, pour qu'on y arrive.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous êtes consciente que vous allez énerver tout le monde parce que vous allez, vous risquez de heurter certaines logiques dans chaque ministère notamment au sein de l'agriculture ou ne serait-ce qu'au ministère de la Relance, on va y venir tout à l'heure, mais vous risquez de vous heurter à des logiques qui sont contradictoires.

BARBARA POMPILI
Oui je le sais, je sais, je connais très bien ces ministères.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais vous êtes mandatée pour aller…

BARBARA POMPILI
Je suis mandatée pour qu'on ait des résultats.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Par Emmanuel MACRON.

BARBARA POMPILI
Je suis mandaté pour qu'on ait une cohérence, pour que justement on arrête de faire des politiques qui sont un petit peu déconnectées les unes des autres, je suis mandaté pour qu'on travaille tous ensemble dans la même direction. Voilà le gouvernement de combat, c'est aussi un combat pour l'écologie et pour moi-même avant tout un combat pour l'écologie parce que l'écologie c'est tout le reste.

NICOLAS TEILLARD
Poil-a-gratter permanente finalement dans ce gouvernement.

BARBARA POMPILI
Poil-a-gratter non, non, c'est plutôt une impulsion positive.

NICOLAS TEILLARD
Impulsions positives, on continue d'en parler après un passage par le fil info.

NICOLAS TEILLARD
La ministre de la Transition écologique Barbara POMPILI toujours avec nous. Jean-François ACHILLI.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui. Il y a toujours urgence, Barbara POMPILI, vous le disiez tout à l'heure. Regardez cette alerte de l'organisation météorologique mondiale sur la montée de la température moyenne sur le globe. La France est loin de tenir ses objectifs de lutte contre le réchauffement, c'est cette mise en garde du Haut Conseil pour le climat dans son rapport annuel. Sa présidente Corinne LE QUERE hier sur Franceinfo.

CORINNE LE QUERE, PRESIDENTE DU HAUT CONSEIL POUR LE CLIMAT
Quand on regarde ce qui s'est fait dans la dernière année, on n'a pas avancé. Donc avec moins 2% de baisse des émissions, c'est pareil que ce qu'on avait dans la période précédente. Il faut vraiment regarder et piloter dans l'ensemble, regarder tout ce qu'on fait, à commencer par le plan de reprise de l'automne pour que ça nous aide à faire baisser les émissions à long terme. Il faut du vert partout, il faut que ça soit piloté par le Premier ministre, appuyé par le président et tous les ministères.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
"Il faut du vert partout" explique Corinne LE QUERE. Vous validez ce qu'elle vient de dire ?

BARBARA POMPILI
Complètement, complètement. Le Haut conseil pour le climat, il a été mis en place pour quelque part nous regarder, nous surveiller, nous alerter. C'est ce qu'ils font. Ils vont me remettre leur rapport qui a été publié déjà hier. On va en discuter. Mais ils sont là pour être notre vigie et donc on doit leur répondre. Et la réponse, elle est déjà dans ce qu'elle a dit : c'est-à-dire dans le plan de relance et dans le fait qu'on doit maintenant être efficace. J'insiste beaucoup sur l'efficacité. On a trop mis en place de lois qui, derrière, n'étaient pas suivies d'effet. Moi je suis la Ministre de l'efficacité parce que c'est vraiment comme ça qu'on va y arriver.

NICOLAS TEILLARD
Un exemple ?

BARBARA POMPILI
Par exemple sur la rénovation thermique ou écologique des logements, aujourd'hui il y a énormément d'argent qui est investi. Il y a beaucoup d'aides mais elles sont trop dispersées, elles ne sont pas suffisamment ciblées, et puis les personnes ne savent pas trop comment s'y retrouver. Donc il faut qu'on ait un système d'aides qui soit plus clair et qui soit plus efficace. Les rénovations complètes des logements, il faut qu'on arrête de changer une fenêtre par-ci ou…

NICOLAS TEILLARD
Mais comment on fait, ça, pour être plus efficace ?

BARBARA POMPILI
Eh bien il faut mettre en place un service public qui soit un service public un peu de guichet unique.

NICOLAS TEILLARD
Vous allez faire un service public de la rénovation thermique ?

BARBARA POMPILI
Il y en a déjà. Il y a Ma Prime Rénov qui a été mise en place par Julien DENORMANDIE mais aujourd'hui on doit se concentrer sur ce qu'on appelle les rénovations complètes et performantes, c'est-à-dire pour sauter de niveau de la classe énergétique du logement. Vous savez, quand vous achetez un logement, il est classé E, F, etc. Les F et G, ce sont les passoires thermiques. Il faut en terminer avec les passoires thermiques mais pour ça, si vous changez une fenêtre ou si vous isolez votre toit, ce n'est pas suffisant. Il faut faire ça de manière globale et aujourd'hui…

NICOLAS TEILLARD
Des aides en plus ou juste une nouvelle organisation ?

BARBARA POMPILI
Il faut que ce soit mieux organisé et puis on va avoir des sous en plus, donc c'est très bien. On va avoir plus d'argent et on va mieux organiser. C'est exactement ça qu'il faut faire, c'est-à-dire tout réorganiser pour que ce soit plus efficace et pour que les gens qui veulent pouvoir isoler leur logement aient les moyens de le faire, sachent à qui s'adresser et sachent trouver des artisans compétents.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Quand vous disiez la semaine dernière qu'on pouvait imaginer également un ministère du Budget vert ; bon, ça ne sera pas le cas. Pour chaque décision vous serez soutenue par Matignon, par l'Elysée ? Il y aura des arbitrages ? Vous aurez une sorte de rôle quasiment de vice-Premier ministre vert ? C'est ça l'idée pour que ça marche ?

BARBARA POMPILI
Pour que pour que ça marche, il faut que tout le monde ait la même ambition. Ça a été annoncé par le président de la République, le Premier ministre est sur cette idée-là. Il faut qu'on ait cette ambition que la relance nous aide à réorienter notre économie vers une économie soutenable ; et soutenable, c'est-à-dire qui soit en phase avec les objectifs climat et biodiversité. Pour ça, on a déjà des outils. Le budget vert, moi j'aurais aimé qu'il y ait un ministre du Budget vert qui ne se consacre qu'à ça mais de toute façon, le budget vert là il va être mis en place. Il devait déjà être mis en place à partir de l'année dernière. Là, il est en train d'être mis en place.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Un budget vert ?

BARBARA POMPILI
Un budget vert c'est-à-dire qu'on regarde à chaque fois si nos actions sont bien en accord avec les objectifs. C'est tout bête mais ça permet d'éviter de partir dans le mauvais chemin.

NICOLAS TEILLARD
Celui qui a les clés de l'économie, il s'appelle Bruno LE MAIRE. Je reviens à ce que disait Nicolas HULOT au moment de sa démission, deux problèmes pour faire avancer l'écologie : les lobbies et Bercy. Est-ce que vous avez la conviction, vous, de pouvoir dire Bruno LE MAIRE : ça, on y va parce que c'est ça le sens de l'Histoire ?

BARBARA POMPILI
Bien sûr qu'il y a des lobbies. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Pour faire face aux lobbies, il faut de la volonté politique. Il faut savoir où on va et vouloir le faire. A partir de ce moment-là, on peut tout faire. Je pense et je crois et je suis sûre que Bruno LE MAIRE a la même volonté que moi et donc on va avancer ensemble.

NICOLAS TEILLARD
Il y a du chemin à faire parce qu'il y a un état d'esprit, en tout cas, ou des logiciels comme disait Nicolas HULOT d'ailleurs à faire évoluer. Écoutez ce que disait Bruno LE MAIRE il y a quelques mois.

BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L'ÉcoNOMIE, DES FINANCES ET DE LA RELANCE – 02/12/2019
J'aime la voiture, j'adore la voiture. Et donc je ne fais pas partie de tous ceux qui réclament la fin de la voiture, la disparition de la voiture. La voiture c'est la liberté, et puis la voiture c'est la France. La voiture c'est une puissance économique considérable. C'est des centaines de milliers d'emplois partout sur le territoire et il n'est pas question de laisser tomber une puissance économique aussi importante.

NICOLAS TEILLARD
"Il n'est pas question de laisser tomber la voiture", l'aéronautique non plus. Il y a eu des plans de relance qui ont été annoncés. Le Haut conseil pour le climat, on entendait sa présidente il y a quelques minutes, dit qu'il n'y a pas assez de contreparties, pas assez de contraintes à ces aides.

BARBARA POMPILI
Oui. Alors la voiture, on va arrêter de faire un faux débat. Ça, c'est souvent le problème sur l'écologie : c'est qu'on rentre dans des débats où on essaie d'opposer les gens les uns aux autres. Moi je n'ai jamais dit que la voiture individuelle ne devait plus exister ou n'existerait plus. Simplement il faut des voitures qui soient moins polluantes et donc on travaille là-dessus, et notamment sur toute l'énergie électrique pour les voitures, donc encore une fois, il y aura toujours des voitures individuelles. Arrêtons de faire peur aux gens s'il vous plaît. Il y aura toujours des voitures individuelles et l'industrie automobile française sera d'autant plus forte que si elle s'inscrit dans l'avenir. Et donc l'avenir, ce ne sont plus des automobiles au diesel, ce ne sont plus des automobiles polluantes. Donc si l'industrie française de l'automobile veut être forte, veut être performante, il faut qu'elle s'adapte aux enjeux. C'est simplement ça et là-dessus, on peut complètement se retrouver avec Bruno LE MAIRE.

NICOLAS TEILLARD
Donc quand la Convention citoyenne pour le climat propose d'arrêter les publicités pour les grands modèles de voitures comme les SUV et que Bruno LE MAIRE dit non, qu'est-ce que vous répondez ?

BARBARA POMPILI
Moi je crois qu'il faut qu'on regarde de plus près cette histoire de publicité. La publicité pour inciter à des modes de consommation qui ne vont pas, c'est un problème. Maintenant il faut qu'on fasse attention parce que… Moi j'étais pour, pour être très franche, j'étais pour. Maintenant il faudrait aussi dans ces cas-là qu'on interdise les publicités pour les confiseries, enfin, vous voyez, il faut qu'on fasse attention.

NICOLAS TEILLARD
Ça a été proposé par Olivier VERAN.

BARBARA POMPILI
Sur les confiseries, c'était ne plus les mettre dans des pages où les enfants étaient un peu seuls devant la télé, parce que ce sont des publics influençables et fragiles.

NICOLAS TEILLARD
Là on est typiquement dans le cas d'une proposition. Il y a la Convention sur le climat qui l'a faite, vous la soutenez, Bruno LE MAIRE est contre. Qui va gagner ?

BARBARA POMPILI
On va essayer de faire en sorte de trouver un point d'atterrissage. Enfin, c'est pareil. Moi je ne veux pas qu'il y ait des gagnants ou des perdants. Je ne veux pas qu'il y ait des gagnants ou des perdants. L'écologie a trop souffert des oppositions. Les agriculteurs contre les écologistes, les chasseurs contre les écologistes, arrêtons ça ! Bon sang, on est sur la même planète, il faut qu'on vive ensemble et il faut qu'on trouve des solutions ensemble. S'il vous plaît, arrêtons de nous opposer.

NICOLAS TEILLARD
Et quand les intérêts divergent, comment on fait ?

BARBARA POMPILI
Eh bien quand les avis divergent, on se met autour de la table et on avance et on trouve des solutions. C'est comme ça qu'on va avancer. La démocratie aujourd'hui, ce ne sont plus des positions d'en haut. C'est on travaille ensemble, on parle ensemble, on se réunit et on essaie de créer de l'intelligence collective.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Très bien, mais…

BARBARA POMPILI
C'est ce qu'a fait la Convention citoyenne pour le climat par exemple. On avait des gens d'univers complètement différents et ils ont réussi à converger des propositions. Faisons pareil, soyons intelligents s'il vous plaît.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors soyons intelligents. Barbara POMPILI, la filière automobile, les aides de l'État c'est à peu près 8 milliards, 15 milliards pour l'aéronautique, sans conditionnalité ferme en ce qui concerne leur révolution vers les objectifs climatiques. Est-ce que c'est un oubli, une faute ? Est-ce qu'il ne fallait pas être plus exigeant ?

BARBARA POMPILI
Alors sur ces 20 milliards pour l'aéronautique et pour la voiture, j'ai proposé et j'ai été soutenue par le groupe quand j'étais encore députée de faire une conditionnalité de ces aides. Donc on a un amendement qui j'espère va passer, qui va permettre de lancer la machine. Après, on n'est pas encore assez loin mais…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
On soutient mais vous allez vers la conversion climatique.

BARBARA POMPILI
Voilà. On vous soutient parce que vous avez besoin d'être soutenus et on doit être derrière vous. Par contre, il faut qu'il y ait un peu de contreparties et même pas qu'un peu. Il faut que vous vous engagiez dans une réduction de vos émissions de gaz à effet de serre et donc que vous publiiez vos engagements. Cette publication est obligatoire, enfin elle sera obligatoire si l'amendement est voté mais je pense qu'il le sera, et sanctionnés si ça n'est pas fait. C'est déjà très important parce que ça permet à tout le monde de se mettre sur le chemin. Et après il faut qu'on travaille tous ensemble avec les entreprises pour vérifier que les trajectoires sont bien suivies. Si tout le monde joue le jeu, il n'y a pas de problème. S'il y en a qui vraiment ne jouent pas le jeu, il doit y avoir des sanctions.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous nous dites ce matin que cet amendement sur la conditionnalité concernant ces grands groupes que l'État aide sera voté vraisemblablement.

BARBARA POMPILI
En tout cas, il est soutenu par le groupe En Marche, il est soutenu par la majorité et donc j'ai bon espoir qu'il soit voté.

NICOLAS TEILLARD
On continue la discussion dans un instant, Barbara POMPILI.

NICOLAS TEILLARD
Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique avec nous. La région Ile-de-France met la pression sur l'État, sa présidente Valérie PECRESSE intime à l'État de payer, de compenser les pertes de la RATP de la SNCF dues à la crise du coronavirus, on parle là de 2,6 milliards d'euros, est-ce que l'État va payer ?

BARBARA POMPILI
En tout cas l'État ne laissera pas tomber tous ceux qui font du transport en commun et qui est quand même la base aussi de la transition écologique. Donc oui on va les soutenir, oui on va faire un grand plan de relance pour le ferroviaire, oui on va aider tous ceux qui prennent les transports en commun et on va faire en sorte qu'ils n'aient pas à payer les conséquences.

NICOLAS TEILLARD
Il y aura des métros, des RER à la rentrée ?

BARBARA POMPILI
J'espère bien qu'il y aura des métros et des RER à la rentrée, Jean-Baptiste DJEBBARI qui est donc ministre délégué dans mon ministère aux Transports est en train de travailler dessus, mais bien évidemment on va continuer à soutenir ces transports du quotidien qui sont essentiels.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Regardez Barbara POMPILI, l'abandon du projet de Center Parcs à Roybon par le groupe Pierre et Vacances, des centaines d'emplois, on va dire à la casse, est-ce que nous sommes toujours dans ce processus de l'écologie versus contre la croissance et l'emploi ? Vous regrettez cette décision d'ailleurs au fait au passage ?

BARBARA POMPILI
Non moi j'étais de longue date opposante à ce projet. Pourquoi, parce que c'est un projet qui est un projet un peu de l'ancien, de l'ancienne période où on ne s'occupait pas de ce qu'on faisait à la nature, quand on faisait ce type de projet.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça c'est fini ce type de projet, celui-ci qui était près de Grenoble, c'est terminé ?

BARBARA POMPILI
Ce qui se passe là montre que l'on est passé à autre chose, que beaucoup veulent profiter des vacances, veulent profiter de la nature mais dans des contextes où on fait attention. Et ce projet de Center Parcs, c'est un projet qui avait été pensé avec énormément de déboisement, on était sur une zone humide, les zones humides se réduisent énormément alors qu'elles rendent d'énormes services, ça n'avait pas été pensé. Ce qui est fou quand même c'est que, c'est que c'est supposé des vacances proches de la nature et en fait ça n'avait pas du tout été pensé pour protéger la nature, on a une absurdité et en plus on avait eu clairement un manque de concertation en amont et on ne peut plus aujourd'hui faire des projets comme cela sans associer ceux qui vivent tout près et associer d'une manière générale les citoyens. Les citoyens veulent être associés aux décisions et ça aussi c'est un travail qu'on doit faire, la Convention citoyenne pour le climat est un bon exemple de ce début de concertation, mais on doit travailler cette question de la démocratie.

NICOLAS TEILLARD
Roybon, c'est en Isère, à Paris, il y a aussi un autre exemple, celui de la gare du Nord, des commerces, du béton là aussi au lieu d'avoir d'autres projets ?

BARBARA POMPILI
Alors on n'est pas du tout sur le même sujet, la gare du Nord est dans un endroit qui est déjà complètement bétonné, donc là, c'est une question de réorganisation de la gare, j'ai vu qu'il y avait beaucoup d'opposants, pour être très franche, il faudrait que je me penche un peu plus sur ce projet, parce que pour le coup, la gare du Nord, j'y passe très souvent, puisque je vais à Amiens, chez moi régulièrement, je ne vois pas pourquoi il y a autant d'opposition sur ce projet, donc je vais regarder de plus près, mais là, on n'est pas du tout sur une question de déforestation de zones humides, ça n'a rien à voir.

NICOLAS TEILLARD
On est plus sur l'urbanité…

BARBARA POMPILI
Voilà, c'est de l'urbanisme effectivement…

NICOLAS TEILLARD
Et les villes qui ont besoin de respirer, c'est un thème qui vous est aussi cher qu'à la maire de Paris…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous évoquiez tout à l'heure santé et environnement, que dites-vous du projet d'accord dans le cadre du Ségur de la santé prévoyant une hausse minimum de rémunération, on parle de 180 euros mensuels nets pour les personnels hospitaliers du secteur public, hors médecins, les soignants applaudis pendant l'épidémie pensaient qu'ils méritaient au moins 300 euros par mois.

BARBARA POMPILI
Écoutez, j'ai appris cette annonce comme vous ce matin, je vois que, encore une fois, quand on se met autour de la table et qu'on essaie de trouver des solutions ensemble, on arrive à aboutir. De ce que j'entends des premières réactions, tout le monde considère ça quand même comme une belle avancée et un bon signal, ces soignants et toutes ces personnes qui contribuent au service public de la santé ont besoin d'être rÉconnus, et le message qui est envoyé, on est quand même sur 7,5 milliards, c'est un message important, montre que le gouvernement l'a entendu et veut les aider.

NICOLAS TEILLARD
La 5G, on en parle beaucoup ces derniers jours, la Convention sur le climat a demandé un moratoire, Agnès PANNIER-RUNACHER a dit qu'il fallait aller de l'avant.

BARBARA POMPILI
Oui, alors, c'est pareil, toujours ces histoires d'opposition, ne jamais opposé la science et l'écologie, au contraire, la science peut être un soutien très fort de l'écologie, par contre, il faut faire attention de ne pas vouloir toujours avoir une fuite en avant sans prendre le temps de regarder si tout va bien, notamment sur les questions d'impact sur la santé, etc…

NICOLAS TEILLARD
Regarder si tout va bien, c'est faire un moratoire ?

BARBARA POMPILI
Regarder si tout va bien, c'est lancer, comme l'a fait ma prédécesseur, Elisabeth BORNE, une expertise qui est en train d'être faite, pour vérifier que les implantations se font dans des conditions normales, et puis, je viens de quitter…

NICOLAS TEILLARD
De la concertation simplement, résultat de l'étude ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, elle est lancée, elle n'est pas finie, elle n'est pas finie…

NICOLAS TEILLARD
On aura les réponses quand ?

BARBARA POMPILI
Je pense à la fin de l'été ou début septembre, me semble-t-il…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et là, vous pourrez peser sur telle ou telle décision de votre notamment collègues du gouvernement, si d'aventure vous êtes opposée à ce développement de la 5G, vous pourriez aller dire : non, stop, on arrête ?

BARBARA POMPILI
Mais pourquoi voulez-vous que je buzze ! Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, non, moi, ce que je…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Peser…

BARBARA POMPILI
Ce que je veux, c'est qu'on soit toujours cohérent, d'abord, j'étais encore la semaine dernière présidente de la Commission d'aménagement… du développement durable et de l'aménagement du territoire à l'Assemblée, l'aménagement du territoire, c'est un point important, je sais que beaucoup veulent faire tout de suite la 5G etc, c'est le plus important, moi, le plus important, c'est d'abord qu'on fasse en sorte que tout le monde ait accès d'une manière équitable à Internet ; j'ai des zones chez moi, et je sais que ça existe beaucoup sur tout le territoire, où on n'a pas accès au numérique, quand on voit à quel point le numérique est important, et là, on l'a vu avec la crise du Covid, pour moi, la priorité, avant de lancer plein de nouvelles technologies, c'est aussi de faire en sorte que tous les citoyens puissent avoir accès au numérique, voilà aussi un point sur lequel on pourra discuter avec mes collègues.

NICOLAS TEILLARD
Merci Barbara POMPILI d'avoir choisi France Info ce matin.

BARBARA POMPILI
Merci.

NICOLAS TEILLARD
Ministre de la Transition écologique.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juillet 2020