Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-espagnoles, à Paris le 9 juillet 2020.

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Circonstance : Conférence de presse conjointe avec Mme Arancha Gonzalez Laya, ministre des affaires étrangères, de l'Union européenne et de la coopération du Royaume d'Espagne

Prononcé le

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Texte intégral

Chère Arancha,


Je suis très heureux de te retrouver aujourd'hui à Paris, après ces longs mois de confinement.

Cette épreuve, nos deux pays y ont fait face ensemble. Nous avons multiplié les échanges, intensifié notre coopération et fait vivre, jour après jour, parfois contre vents et marées, cet esprit de solidarité concrète qui a toujours fait la force de l'Europe et qui a aussi fait la force de notre relation historique.

J'ai grand plaisir à ce que ce soit pour toi le premier déplacement post-COVID que tu effectues. Que tu aies choisi la France me va droit au coeur et j'ai vraiment grand plaisir à te retrouver ici à Paris.

Entre la France et l'Espagne, il y a d'abord des liens historiques très forts, inscrits jusqu'au coeur de notre capitale, libérée en août 1944 avec le concours des Républicains espagnols de la Nueve, cette compagnie de volontaires versée à la 2e DB du Général Leclerc, dont le dernier survivant s'est éteint il y a peu, à Strasbourg. Il s'appelait Rafael Gomez Nieto et, comme n'a pas manqué de le faire le président de la République en apprenant la triste nouvelle, je tiens à mon tour à lui rendre hommage devant toi, ainsi qu'à l'ensemble de ses frères d'armes, qui étaient aussi des frères de courage et de liberté pour leurs compagnons de la France combattante. Et nous ne les avons pas oubliés.

Derrière les heures héroïques de la grande Histoire, il y a aussi ces journées ordinaires dont sont tissées toutes les histoires familiales et personnelles de ceux qui, parmi nos concitoyens, ont des attaches de part et d'autre des Pyrénées.

Ces histoires franco-espagnoles sont l'un des piliers de la relation très étroite qui unit nos deux nations. Elles sont nombreuses, elles sont diverses, elles sont souvent belles. Et je suis bien placé pour dire quels bonheurs elles nous apportent. Mon épouse est ici présente parmi nous.

Ces relations, Mesdames et Messieurs, méritaient d'être pleinement reconnues par le droit, et je me réjouis que nos ministères de la justice aient finalisé un projet d'accord relatif à la nationalité qui nous permettra désormais de le faire. En même temps qu'une avancée très concrète pour un nombre non négligeable de nos concitoyens, en même temps qu'un symbole très fort, c'est une marque de confiance à laquelle nous sommes d'autant plus sensibles que l'Espagne n'autorise la double nationalité qu'avec un nombre restreint de partenaires.

Cet accord pourra être signé lors du prochain Sommet bilatéral franco-espagnol. Un sommet qui, je l'espère, nous donnera très vite, ma chère Arancha, l'occasion de commencer à écrire une page nouvelle dans cette relation particulièrement riche et particulièrement dense, dont nous venons d'évoquer ensemble quelques aspects importants. Au nom du passé qui nous rassemble bien sûr, mais surtout en vue de notre avenir commun.

Ce que nous avons en partage, c'est aussi un certain regard sur l'Europe et sur le monde, une sensibilité, des valeurs communes qui nous permettent de travailler ensemble sur tous les grands dossiers du moment, et nous allons évidemment les aborder encore tout à l'heure, nous avons eu une réunion de travail déjà fructueuse. Ces dossiers qui ont une grande diversité et qui ont ceci de commun qu'ils engagent le quotidien et l'avenir des Français, des Espagnols et des Européens.

Je pense d'abord à nos convergences sur les urgences européennes, à la nécessité et au souhait d'un accord politique sur le plan de relance ambitieux et solidaire qui a été mis sur la table et qui doit, je l'espère, aboutir lors du Conseil européen des 17 et 18 juillet prochains.

Je pense à la nécessaire unité dont nous devons faire preuve lors de la discussion avec nos amis Britanniques pour la mise en oeuvre du Brexit, dans la solidité des positions européennes. Nous avons en plus des volontés communes de faire en sorte que la pêche ne soit pas, dans cette affaire, la variable d'ajustement et que ce soit une partie d'un tout de négociations que nous voulons voir aboutir le mieux possible.

Nous avons aussi ensemble l'impératif de coordination sur les questions migratoires, le renforcement du volet Sud de la politique de voisinage de l'Union, et aussi l'affirmation, dans tous les domaines, d'une véritable souveraineté européenne.

Je voulais aussi faire référence à notre mobilisation conjointe au Sahel, qui est une mobilisation et une action communes exemplaires. En témoigne d'ailleurs ta participation, le 30 juin dernier, au Sommet du G5 Sahel à Nouakchott, aux côtés de Pedro Sanchez.

Au Sahel et au-delà, l'Espagne est le premier pays contributeur aux missions de la PSDC de l'Union européenne ; et c'est dire que votre engagement au service du renforcement de l'Europe de la défense est tout à fait déterminant.

Je voudrais dire aussi deux mots sur la Libye, où nous coordonnons nos efforts pour obtenir un cessez-le-feu, relancer le processus politique, mettre fin aux ingérences extérieures quelles qu'elles soient et mettre fin aux violations de l'embargo sur les armes.

Et nous aurons lundi un Conseil affaires étrangères de l'Union européenne où nous évoquerons d'ailleurs tout particulièrement la relation entre l'Union européenne et la Turquie dans sa globalité, à la lumière non seulement des dernières évolutions du dossier libyen mais aussi de la situation en Méditerranée orientale.

Je pense aussi à notre mobilisation pour aider nos amis d'Amérique latine, qui sont aujourd'hui très brutalement frappés, et les aider à faire face aux conséquences sanitaires et économiques de la crise pandémique.

Je pense, enfin, aux initiatives communes pour préserver et conforter le multilatéralisme et aussi pour conforter la diplomatie féministe, je sais que c'est un sujet auquel tu tiens particulièrement.

Voilà, Mesdames et Messieurs, nos travaux qui ont commencé ce matin, qui se poursuivront dans un instant et dans une relation à la fois de confiance, de travail, avec des échanges toujours fructueux, toujours profitables pour nos deux pays et dont je ne doute pas, dans cette période difficile, qu'ils seront aussi utiles et profitables pour l'ensemble de l'Union européenne.

En tout cas, merci à nouveau à Arancha de cette visite qui nous fait très plaisir puisque je considère que c'est un grand geste d'amitié que ce soit la première visite après le Covid que tu effectues en dehors de l'Espagne.


Q - Une question européenne. Monsieur le Ministre, est-il vrai que la France soutient la candidature de Mme Nadia Calvino pour l'Eurogroupe ? Pourquoi ce soutien ? M. Le Maire vient de le dire il y a quelques minutes ; je voulais savoir si vous confirmiez cela ? Pourquoi ce soutien ?

R - Ce vote doit avoir lieu cet après-midi, donc je suis toujours un peu prudent et j'attends que le vote ait lieu pour constater le succès. Mais Arancha connaît mes convictions et mes engagements, y compris sur les noms, parce que l'Eurogroupe est un outil essentiel dans la période que nous traversons, et en particulier dans la relance, donc il faut qu'il y ait une personnalité qui soit à même, non seulement de réunir les suffrages et d'imprimer la dynamique nécessaire.

C'est la raison pour laquelle la France se déterminera pour ce vote en fonction de ces paramètres que ma collègue Arancha connaît bien.

Q - Avez-vous évoqué la question d'éventuelles mesures contre Hong Kong ? Monsieur le Ministre, vous avez parlé hier de prochaines annonces de la France dans ce domaine et cela a suscité quelques réactions du côté de Pékin. Vous avez aussi annoncé des initiatives en Méditerranée orientale concernant les forages gaziers opérés par les Turcs. Pouvez-vous être un peu plus concret sur ces deux points, et l'Espagne va-t-elle se joindre éventuellement, ou se coordonner avec vous sur d'éventuelles initiatives communes ?

R - Je ne vais pas vous apporter des éléments supplémentaires par rapport aux références que vous faites à l'audition que j'ai effectuée hier devant le Sénat. C'était hier soir. Donc, entre hier soir et ce matin, il n'y pas eu d'avancée particulière. Donc je reprends ce que j'ai dit et je crois que c'est aussi partagé par Arancha.

D'abord sur la situation à Hong Kong, cet acte-là, cette loi sur la sécurité est un acte très grave qui remet en cause, de notre point de vue, à la fois la loi fondamentale de 1997 qui validait la forme d'autonomie de Hong Kong, sous la référence "un pays deux systèmes". À partir du moment où il y a cette remise en cause des fondamentaux de justice, nous considérons que ces principes-là sont aussi remis en cause et, par ailleurs, nos propres ressortissants peuvent eux-mêmes être victimes de ces nouvelles dispositions.

Nous aurons donc l'occasion de reparler de cette question au sein de l'Union européenne, lundi prochain, puisque nous nous retrouvons lundi prochain avec l'ensemble de nos collègues des affaires étrangères.

Cette réunion permettra aussi d'évoquer le deuxième sujet que vous avez indiqué il y a un instant concernant les forages en Méditerranée orientale. Nous avons un besoin de clarification avec la Turquie, sur beaucoup de sujets, en particulier celui-là, pour que le respect du droit maritime international soit acté, et qu'il n'y ait pas d'initiative unilatérale qui soit prise sans l'accord des pays où l'autorité sur l'espace maritime est pour nous essentielle. Ce sujet-là fera l'objet d'une discussion et éventuellement d'initiatives, comme je l'ai indiqué devant le Sénat hier, et qui doivent être partagées par nos collègues européens.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 juillet 2020

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