Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à RFI le 20 juillet 2020, sur le plan de relance européen et la politique industrielle.

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Le plan de soutien aux économies européennes, défendu par Emmanuel MACRON et Angela MERKEL, n'a toujours pas été adopté, à l'heure où nous parlons, par les 27, après 3 jours de discussions lors du sommet qui se tient à Bruxelles depuis vendredi. Les négociations vont se poursuivre aujourd'hui, rendez-vous est pris en début d'après-midi. Les Etats qu'on dit frugaux, ou parfois radins même, les Pays-Bas en tête, s'opposent à ce qu'ils considèrent comme des largesses, en quelque sorte, accordées à des pays un peu dispendieux. Avant d'évoquer les conséquences économiques de cet éventuel échec, ou en tout cas d'une révision à la baisse de ce plan, qu'est-ce que cette situation-là nous révèle sur l'état de l'Union européenne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on est en train de négocier un accord qui est historique, et donc on passe d'un état de l'Union européenne où au fond c'était chaque pays qui était contributeur et qui agissait, mais à un niveau national, à un niveau où l'Union européenne devient l'acteur, et celui qui émet la dette et organise les programmes. Et c'est très nouveau, et c'est normal…

FREDERIC RIVIERE
Et c'est toute la difficulté.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et c'est toute la difficulté. Et c'est normal qu'il y ait cette difficulté, parce que ça veut dire qu'on est en train de construire quelque chose d'extrêmement ambitieux pour l'Union européenne, qui va beaucoup plus loin que ce qu'a été l'Union européenne jusqu'ici, et donc il y a de la résistance, il y a aussi un petit peu d'inquiétude de la part de certains pays, de perdre peut-être de la souveraineté ou de la capacité d'action. Mais moi ce que je veux dire ici, c'est que grâce au président de la République et à Angela MERKEL, et on retrouve ce couple franco-allemand qui a été à la manoeuvre dans toutes les grandes avancées de l'Union européenne, et on le retrouve extrêmement aligné, extrêmement puissant, extrêmement déterminé, et c'est ça aussi qui est intéressant dans ce qui est en train de se passer. Moi je suis confiante sur la capacité à atteindre un accord, et il faut transformer l'essai, c'est indispensable pour l'économie européenne.

FREDERIC RIVIERE
Ma question au fond, c'est : est-ce que c'est un moment de vérité pour l'Europe ce sommet et ce plan ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un rendez-vous devant l'histoire. C'est un rendez-vous devant l'histoire, pour montrer la capacité de l'Union européenne, à porter un projet commun dans une crise qui est inédite. Et par rapport à deux pays qui sont quasiment des pays continents, les Etats-Unis et la Chine, qui n'ont pas cette complexité d'organisation, que sont nos 27 pays, mus par des gouvernements élus démocratiquement.

FREDERIC RIVIERE
Alors, il apparaît d'ores et déjà certain que le montant des subventions qui devait représenter 500 milliards sur les 750 du plan, sera revu à la baisse, on parle désormais de 390 millions, voire 350, donc une réduction qui pourrait être autour d'un tiers. Ça aura forcément du coup un effet sur la portée du plan.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas nécessairement, parce qu'encore une fois, je crois que le niveau d'ambition qui a été posé par le président de la République et la chancelière allemande, est encore inédit. Donc, 350 milliards de subventions, c'était un niveau qui est considérable pour accompagner en particulier les économies du Sud, qui sont les plus touchées. Ce qui est important, c'est d'arriver à faire, à avoir ce mouvement qui montre que des pays comme les Pays-Bas, ont intérêt à ce plan. C'est-à-dire que dans un monde où le commerce international est en train de se replier, la porte de sortie économique c'est l'Union européenne et c'est les pays qui redémarrent au même rythme, et c'est ça que nous voulons aussi cranter comme idée, c'est que nous avons un destin commun qui est politique et qui est économique.

FREDERIC RIVIERE
Dans quelle mesure, ou peut-être même dans quelle proportion, la relance de l'économie française dépend-elle de ce plan européen ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, nous sommes le principal contributeur du plan, donc d'une certaine manière il y a un équilibre, je dirais. Après, dans le plan de relance sur lequel nous travaillons, c'est un plan de relance de l'ordre de 100 milliards d'euros, c'est un plan de relance qui comprend, qui s'étend sur deux ans…

FREDERIC RIVIERE
Et la France espérait toucher une trentaine de milliards d'euros de ce plan.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, C'est un plan qui s'étale sur 2 ans. Donc nous avons évidemment la capacité à absorber, je dirais des plus et des moins par rapport au niveau européen. Ça n'enlève rien au fait que pour nous, il est essentiel d'aboutir à cette négociation, parce que nous devons avoir une Union européenne beaucoup plus intégrée, beaucoup plus à la manoeuvre économiquement, par rapport à d'autres continents ou d'autres pays qui aujourd'hui agissent, je pense à la Chine, la Chine investit massivement, la Chine est en train de repartir massivement, parce que et c'est un pays qui a bien compris le piège que constitue la crise. A l'Europe de prendre son destin en main et effectivement de sortir par le haut de cette crise.

FREDERIC RIVIERE
Alors, la reprise ou la relance de l'économie française ça passe aussi par des initiatives franco-françaises, et vous allez présenter aujourd'hui une soixantaine, 62 je crois, précisément…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, 72.

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais enfin, parce qu'il y en avait déjà eu quelques-unes…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait, 12 qui avaient été déjà présentées.

FREDERIC RIVIERE
Voilà, donc une soixantaine de sites industriels, dits clés en main, pour tenter d'attirer des investisseurs. Qu'est-ce que c'est qu'un site industriel clés en main ? Tout est prêt pour celui qui veut s'y installer, c'est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Un site industriel clés en main, c'est un site pour lequel un industriel peut compter sur un permis de construire, délivré en 3 mois, et une autorisation environnementale délivrée en 9 mois, c'est-à-dire une réduction, soit par 2 soit par 4, du temps normal d'instruction en France, de ce type d'autorisation. Pourquoi ? Parce qu'on a fait le travail en amont, parce qu'on est allé vérifier que d'un point de vue environnemental il n'y a pas de particularité du site qui fait que ça prendra beaucoup plus de temps. Parce qu'on a vérifié qu'en matière d'archéologie, le site n'est pas positionné sur un village gallois particulièrement marquant, et que du coup l'industriel ne pourra pas pousser ses fondations très profondes, ou ce genre de difficultés, parce qu'on est assuré que le site est équipé, équipé en électricité, en très haut débit, en différents accès, et qu'il est bien aussi accroché en termes de logistique à une autoroute, à une ligne de ferroviaire, éventuellement à un aéroport. Donc des sites clés en main, c'est des sites que l'on ouvre à des industriels qui sont souvent un peu réticents à s'installer en France, pas parce que le marché n'est pas intéressant, pas parce qu'on a des talents, mais parce qu'on dit : ah ben oui, mais quand on vit en France, c'est toujours plus long qu'ailleurs. Eh bien là, ça sera beaucoup plus court qu'ailleurs.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce que ce délai ne devrait pas devenir la norme ? Est-ce que c'est à ça que vous que vous tendez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On aimerait que ce délai devienne la norme. Après, il faut être réaliste, c'est-à-dire que vous avez des sites pour lesquels il y a des raisons…

FREDERIC RIVIERE
Oui, et puis il y a des sites sur lesquels ce n'est pas possible.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a des sites sur lesquels ce n'est pas possible, il y a des sites sur lesquels ce n'est pas possible, il y a des sites pour lesquels il faut investiguer, pour un permis environnemental, lorsque vous êtes près d'un fleuve, d'une rivière par exemple, qu'il y a des questions d'effluents d'une industrie chimique ou autre, où il faut instruire jusqu'au bout. Donc à nous aussi de prendre nos responsabilités, c'est-à-dire de gérer notre complexité administrative, et nos exigences environnementales, au niveau de l'Etat, au niveau des services publics avec les collectivités locales, et de faire en sorte de simplifier la vie des industriels, c'est ce que nous faisons, sans en rabattre du tout sur le droit environnemental et sur la culture.

FREDERIC RIVIERE
Rapidement, s'il vous plaît, puisqu'il nous reste moins d'une minute, 490 millions (sic) ont été votés ce week-end au Sénat…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Des milliards.

FREDERIC RIVIERE
Pardon ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
490 milliards.

FREDERIC RIVIERE
Oui, 490 milliards ont été votés au Sénat, pour une espèce de plan de relance, d'urgence...

AGNES PANNIER-RUNACHER
De l'industrie.

FREDERIC RIVIERE
A quoi va servir cet argent, en 30 secondes ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
490 milliards, c'est accompagner les PME pour se numériser dans leur chaîne de production, fabrication additive, machines à commande numérique. Décarboner les industries, leur permettre de s'équiper pour réduire leur empreinte environnementale, permettre les relocalisations, nous avons un budget spécifique pour accueillir des sites qui sont, aujourd'hui produisent en Chine et dans le monde entier. Et donc c'est ces transformations que nous voulons accompagner. Plus d'emploi, plus de sites industriels, plus d'extensions.

FREDERIC RIVIERE
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER. Bonne journée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.

JOURNALISTE
La ministre française déléguée auprès du ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, chargée de l'Industrie, Agnès PANNIER-RUNACHER, avec Frédéric RIVIERE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juillet 2020