Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'aide de la France en faveur du Liban après l'explosion à Beyrouth, à Marseille le 25 août 2020.

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Circonstance : Opération "Un bateau pour le Liban"

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et Messieurs, cher Rodolphe, chère Tanya,
Messieurs les parlementaires,
Madame la Maire,
Madame la Présidente,
Monsieur le Président, cher Renaud,

Monsieur le Préfet, je vous cite particulièrement puisque c'est votre arrivée à Marseille, et j'en profite pour informer ceux qui nous écoutent que vous avez été préfet de la Région Bretagne, ce n'est pas obligatoirement un gage de compétence, mais en tout cas c'est un bon passeport pour venir ici et je suis très heureux d'être là pour votre première visite et votre premier déplacement à Marseille.

Mesdames et Messieurs,


On rappelle souvent, dans cette période, une phrase du général de Gaulle, lorsqu'il était à Beyrouth en juillet 1941 : le coeur du peuple libanais a toujours battu au rythme du coeur de la France.

Et si je peux me permettre de paraphraser, je pourrais dire aujourd'hui que le coeur de Marseille bat au rythme du coeur des Libanais et du peuple libanais. Grâce à votre initiative, chère Tanya, initiative de la fondation CMA-CGM, grâce aussi à votre détermination, cher Rodolphe, et puis, surtout, Mesdames et Messieurs, grâce à votre coopération, j'ai entendu Mme Vassal le dire tout à l'heure, avec justesse, vaste coopération entre les élus, coopération entre les élus et les ONG, coopération entre les élus, les ONG et les entreprises, pour apporter ce soutien physique, matériel, identifiable, au peuple libanais. Je dis bien " au peuple libanais ", parce que nous avons le souci, vous avez le souci, et nous l'avons en particulier, et nous serons extrêmement vigilants que ces dons, ces biens, qui vont arriver bientôt à Beyrouth, soient effectivement attribués à ceux qui ont le plus besoin et les services de l'ambassade de France à Beyrouth ont la charge de veiller à ce que ces biens arrivent bien là où ils doivent arriver.

J'en profite d'ailleurs pour, au-delà de la Méditerranée, saluer toutes les équipes du Quai d'Orsay qui sont là-bas et qui se sont beaucoup dévouées, et saluer aussi, Monsieur le Directeur, l'action du centre de crise qui a été très efficace pendant cette période. Vous voyez, le fait de venir à Marseille me permet aussi de féliciter mes propres collaborateurs mais les occasions sont utiles.

Nous avons été, cher Rodolphe, avec le président de la République, à Beyrouth il y a quelques jours. Le président de la République a l'intention d'y retourner dans peu de temps. Et nous avons pu constater l'ampleur de la détresse, 186 morts, 6000 blessés, des hôpitaux détruits, une population hébétée, des gens ne sachant plus par quel bout prendre les reconstructions indispensables. Et aussi beaucoup d'attentes et d'espoir à l'égard de la France. Et la France se doit d'être au rendez-vous parce qu'elle a toujours été au rendez-vous du Liban, singulièrement dans les moments les plus difficiles. Et aujourd'hui, il y a une urgence humanitaire majeure qui se décline d'ailleurs en quatre types d'urgences complémentaires.

Il y a d'abord une urgence sanitaire immédiate et le convoi et le bateau qui va partir y remédiera en partie. Urgence sanitaire immédiate en raison des blessés que j'ai évoqués. Et aussi en raison de la pandémie qui est en train de se développer à vitesse considérable sur ce territoire fragile, à tel point que le Liban est maintenant reconfiné. Vous imaginez, l'explosion plus le reconfinement. Et donc, c'est un soutien moral, aussi, qu'il nous faut apporter, que ce bateau livrera.

Il y a une urgence alimentaire. Et les dons qui ont été effectués par certains d'entre vous, certains acteurs ici présents, certaines entreprises ici présentes, permettront d'y remédier en partie.

Il y a une urgence éducative, même si ce n'est pas l'objectif d'un bateau pour le Liban, il n'empêche que nous avons pu sentir l'ampleur du sujet. Figurez-vous, mais je pense que vous le savez déjà, tant la communauté libanaise est présente ici à Marseille et Mme la Maire de Marseille a rappelé l'histoire des relations que Marseille a avec Beyrouth, mais figurez-vous que près de 20% des élèves dans le monde, dans les écoles françaises dans le monde, sont au Liban. Et le Liban est un élément considérable de la francophonie et le renouveau éducatif est indispensable et nous avons attribué à cet égard des financements nécessaires d'urgence pour permettre aux écoles de reprendre. Tout simplement, parce que quand les écoles reprennent, c'est l'espoir qui renaît.

Et puis, une urgence de reconstruction. Quand on voit l'état du port, quand on voit l'état des maisons, des constructions environnantes, quand on voit l'état du siège de CMA-CGM à proximité du port, on voit bien l'effort, l'ampleur que cela va représenter.

Donc, une urgence humanitaire globale qui se décline dans une urgence sanitaire, dans une urgence alimentaire, dans une urgence éducative et une urgence de reconstruction. C'est l'enjeu de la France. Et votre contribution est essentielle dans cette affaire. Et c'est pour cette raison que le président de la République a souhaité, en partenariat avec les Nations unies, organiser, au début du mois d'août, au retour de Beyrouth, une conférence internationale des donateurs qui a permis de mobiliser 250 millions d'euros pour permettre la reconstruction. C'est l'urgence humanitaire.

Mais, au-delà de cela, il y a aussi une urgence politique. Je le dis ici, mais au-delà d'ici, Madame la Consule, aux Libanais. Il ne faudrait pas, malgré sa gravité, que l'urgence humanitaire occulte l'urgence politique et que l'on se dise "on va reconstruire, on va faire tout ça, mais le reste, on oublie." Non ! Et la France est soucieuse de la gravité de cette crise politique, sociale, économique, - la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté -, il y a un manque de liquidités, il y a une crise énergétique, il y a des interrogations sur la manière dont le pays peut être gouverné demain. Donc, c'est un pays qui, avant l'explosion, était au bord de la détresse. Et il ne faudrait pas oublier, après l'explosion, malgré l'effort de la communauté internationale, que ce rendez-vous-là était déjà, à ce moment-là, sur la table, et qu'il faudra honorer cette difficulté pour permettre la constitution d'un gouvernement de mission qui, on l'espère, permettra aux Libanais d'être à nouveau au rendez-vous de leur histoire.

Voilà les deux points que je voulais souligner, en me réjouissant à la fois de la mobilisation marseillaise, de la solidarité qui s'est manifestée, de ce bateau que j'aurai sans doute l'occasion de voir à Beyrouth dans quelques jours, en accompagnant à nouveau le président de la République. Et puis, de voir apparaître le temps de l'espoir, Mme la Maire le disait il y a un instant, que ce bateau soit le signe du temps de l'espoir, je le souhaite aussi. Et je dis au président de la Région Sud que j'honorerai, évidemment, comme tous les ans, le rendez-vous sur la Méditerranée, auquel il me convie et qui aura un parfum libanais, à la fois de solidarité, mais aussi d'espoir, cette année.


Merci beaucoup.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 août 2020

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