Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France info TV le 16 septembre 2020, sur le déploiement de la 5G et les relocalisations.

Texte intégral

JEAN-PAUL CHAPEL
Bonjour à tous. "#deuxpointsleco" avec Agnès PANNIER-RUNACHER, qui est ministre déléguée chargée de l'Industrie. Avec elle, nous allons parler évidemment des relocalisations, mais, d'abord, le lancement de la 5G. Le coup d'envoi, c'est aujourd'hui, puisque vous lancez un appel à projets pour justement développer les usages de la 5G ; de quoi s'agit-il concrètement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il s'agit des usages industriels, et justement de répondre à la préoccupation de souveraineté technologique sur cette technologie, les usages industriels, c'est tout ce qui fait qu'on peut faire fonctionner un port, fonctionner un aéroport, fonctionner une usine, fonctionner même une exploitation agricole, avec des objets connectés et de la 5G. Et c'est ça…

JEAN-PAUL CHAPEL
A distance donc ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A distance, de manière protégés, et en ayant le maximum d'informations pour piloter et prendre le plus tôt possible en compte, soit des difficultés, soit des malfaçons, soit pour utiliser toutes les données et les remettre pour améliorer le processus. La 5G, c'est industriel avant tout.

JEAN-PAUL CHAPEL
Oui, est-ce que c'est un progrès pour nous, consommateurs, utilisateurs de téléphone, pas tellement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est différent, c'est-à-dire que la 4G permet déjà de faire beaucoup de choses, et c'est pour ça que nous avons massivement augmenté le déploiement de la 4G, je rappelle que ce gouvernement a triplé, triplé, le déploiement de la 4G depuis 3 ans pour lutter contre les zones blanches, et on a pu voir dans le confinement que c'était quand même très important.

JEAN-PAUL CHAPEL
Mais là, il y a 70 élus, dont 11 maires de grandes villes, qui réclament un moratoire. Le président de la République, bon, il les a un peu moqués, il les a traités d'amish, il ne veut pas qu'on revienne à la lampe à huile, c'est un argument un peu léger ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En fait, ça fait 2 ans qu'on travaille sur la 5G, le plan de déploiement de la 5G, on y travaille depuis juillet 2018, il y a une feuille de route, on a mobilisé toutes les agences indépendantes sur les aspects environnementaux, sur les aspects sanitaires, et vous avez des élus qui arrivent aujourd'hui, 3 semaines avant le lancement des enchères, qui se réveillent et qui expliquent que ce serait un problème, j'aimerais qu'ils m'expliquent pourquoi la Suède, pourquoi la Finlande, pourquoi une vingtaine de pays parmi les plus développés dans le monde seraient en train de mettre en danger leur population et leur environnement, alors que pour certains d'entre eux, ceux que j'ai cités, ils ont des degrés d'exigence extrêmement élevés

JEAN-PAUL CHAPEL
On a un recul suffisant sur les questions sanitaires, sur les risques que ça peut provoquer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les ondes de la 5G, c'est les mêmes que celles de la 4G ou de la 3G, donc ceux qui vous disent : il faut plus de 4G et moins de 5G, c'est un peu comme dire : il faut plus d'électricité et moins d'électrons, moi, ça me fait sourire.

JEAN-PAUL CHAPEL
Oui, et sur le fait qu'on consomme de plus en plus d'électronique, et donc d'Internet, donc, qu'il y a un impact environnemental qui est déjà notable, là…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, c'est un vrai sujet, moi, lorsque je suivais ces sujets sur les réseaux de télécommunications, je m'étais engagée – et Cédric O est en train de prendre la suite – à construire un plan pour que notre consommation d'énergie liée au réseau téléphonique en très haut débit, en 2020, soit la même qu'en 2025, comment on fait ça, d'abord, les technologies anciennes 2G, 3G, 4G sont plus consommatrices d'énergie, ensuite, il faut piloter les usages, puisque plus la technologie est rapide, plus on va avoir envie d'utiliser de la donnée, c'est ça le risque…

JEAN-PAUL CHAPEL
Oui, c'est ça le problème, ça va pousser tout le monde à utiliser tout le temps une connexion Internet.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et c'est double d'intérêt de mieux maîtriser les usages, je vous donne un exemple, lorsque vous bloquez sur votre téléphone le lancement d'une vidéo automatique sur Twitter, vous économisez beaucoup d'énergie.

JEAN-PAUL CHAPEL
Les relocalisations, on en a beaucoup parlé, quand est-ce qu'elles vont vraiment avoir lieu en France, quand est-ce qu'on va produire plus en France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Déjà, depuis quelques années, on observe des relocalisations, c'est-à-dire des entrepreneurs qui estiment qu'ils préfèrent produire en France que très loin, pour plusieurs raisons, ils ne se font pas prendre leur propriété intellectuelle, produire à l'autre bout du monde, ce n'est pas si simple, on a parfois de très mauvaises surprises, et puis, en fait l'Europe et la marque made in France est valorisée à l'international. Et nous, nous nous engageons, nous approfondissons ce sillon en accompagnant des industriels qui auraient des projets de production en France par rapport à des productions à l'étranger, soit qu'ils abandonnent un sous-traitant et qu'ils décident de faire eux-mêmes, de fabriquer eux-mêmes, soit que pour un nouveau produit, ils se disent : je vais plutôt produire en France qu'à l'étranger.

JEAN-PAUL CHAPEL
Oui, et vous mettez un milliard d'euros de subventions sur la table.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et nous allons accompagner l'investissement, c'est-à-dire qu'un entrepreneur qui arrive avec un projet, il y en a dans l'agroalimentaire, dans la santé, par exemple, on va l'aider à monter son usine et ses équipements, pour la suite, c'est à lui de trouver un modèle qui soit équilibré et qui lui permette d'avoir des clients en France et dans le monde entier.

JEAN-PAUL CHAPEL
Alors justement, dans la santé, on s'est rendu compte que 80% du Paracétamol, en tout cas, des principes actifs, comme on dit, étaient produits en Asie, quand est-ce qu'on va les produire en France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous, on s'est donné 3 ans pour produire, synthétiser le Paracétamol en France, comment on fait ça, on a un laboratoire qui s'appelle SEQENS, qui est en train de regarder à quelles conditions il peut re-synthétiser cette molécule et contractualiser avec les laboratoires qui font tout le reste du médicament, ce qu'il faut avoir en tête, c'est que dans un…

JEAN-PAUL CHAPEL
Ça coûte plus cher de le fabriquer en France…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Dans un comprimé de Paracétamol, le principe actif, c'est 5% du comprimé, donc c'est tout petit, donc oui, ça coûte plus cher, ça coûte 20% plus cher, c'est beaucoup, mais en fait, comme le principe actif est tout petit, c'est 1% plus cher.

JEAN-PAUL CHAPEL
Sur le comprimé de Paracétamol…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur le comprimé final. Et du coup, c'est comme une assurance, vous payez une assurance pour ne pas avoir de mauvaises surprises, eh bien, là, on paye une assurance pour avoir du Paracétamol en France quelle que soit la situation.

JEAN-PAUL CHAPEL
Et donc le 1 % plus cher, c'est qui qui va le porter, qui va le payer en plus ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et le 1 % plus cher, en fait, c'est une moindre diminution des prix du médicament, puisque vous savez que la France est le pays qui a la politique de médicaments la plus stricte en termes de prix, et c'est pour ça que les Français payent le prix le plus bas.

JEAN-PAUL CHAPEL
Donc vous baisserez moins le prix des médicaments dans les années à venir.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

JEAN-PAUL CHAPEL
On se quitte en chanson, vous avez choisi « Mesdames » de Grand Corps Malade.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est récent, j'aime beaucoup Grand Corps Malade, et surtout, c'est une façon de faire un clin d'oeil à toutes ces femmes qui ont été en première ligne et en deuxième ligne, les soignantes, les caissières, et qu'on a tendance à oublier maintenant dans cette phase de crise, puisque, comme par hasard, ce sont les femmes qui sont les premières victimes de la crise, les plus au chômage partiel, les plus concernées par les plans sociaux. Donc sachons être à la hauteur aussi de cette crise, elles ne doivent pas être la variable d'ajustement.

JEAN-PAUL CHAPEL
Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Très, très bonne journée à vous tous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 septembre 2020