Interview de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, à RFI le 7 septembre 2020, sur les exportations françaises.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Temps de lecture 7 minutes

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Frédéric RIVIERE.

FREDERIC RIVIERE
Le Premier ministre a présenté jeudi les grandes lignes du plan de relance pour faire face à la crise provoquée par le coronavirus. Vous êtes en charge donc du Commerce extérieur et de l'Attractivité de la France, on en reviendra d'ailleurs sur ce point précis. Quel va être votre rôle dans ce vaste dispositif du plan de relance de 100 milliards d'euros ?

FRANCK RIESTER
Eh bien faire en sorte que notre économie continue à se projeter à l'international. Dans ce plan de relance voulu par le Premier ministre, à la demande du président de la République, beaucoup a été prévu pour faire en sorte que notre économie soit plus compétitive, c'est par exemple les 20 milliards de baisse d'imposition sur la production. Mais c'est, et c'est le message que je vais faire passer régulièrement ici sur votre micro, et partout en France, et partout à l'étranger, c'est que notre économie a besoin, certes d'être plus compétitive, certes de relocaliser un certain nombre de filières industrielles qui sont des filières industrielles qui sont nécessaires pour garantir notre souveraineté, mais doit continuer aussi de se projeter international. 30 % de notre économie dépend des échanges internationaux. Nous devons faire en sorte que les entreprises exportent, nous devons faire en sorte qu'elles se déploient à l'international, et pour se faire, dans le plan de relance, il y a une partie export, de 250 millions d'euros, pour renforcer, compléter et amplifier les outils préexistants d'accompagnement des entreprises à l'export.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce qu'on peut déjà aujourd'hui mesurer les effets de la crise sur le niveau des exportations françaises ?

FRANCK RIESTER
Oui, il y a eu une baisse relativement importante des exportations françaises, plus de 20% au premier semestre, due évidemment à la contraction de la demande internationale, due aux difficultés logistiques liées à la crise sanitaire. Liée au fait que nous avons des filières emblématiques de la France à l'export, qui sont particulièrement touchées par la crise sanitaire, je pense par exemple à l'aéronautique, et donc oui effectivement, nous sommes touchés relativement durement en termes d'exportation, et donc ça a un impact aussi sur notre balance commerciale, 34 milliards au premier semestre 2020 contre 29 milliards au premier semestre 2019. Mais pour autant, nous avons avec toutes ces entreprises, tous ces salariés qui sont tournés vers l'export, la volonté de relever ces défis, en dotant ces entreprises d'outils complémentaires à ceux qu'ils disposaient. J'étais avec Jean CASTEX vendredi à Châlons-en-Champagne, dans la Marne, pour présenter ce plan de relance, dans une entreprise qui fait 50 % de son chiffre d'affaires à l'export, pour faire des silos en métal galvanisé, pour les grains secs, notamment pour l'Afrique. Eh bien cette entreprise, on va consolider ses moyens pour qu'elle continue d'aller à l'export et qu'elle continue d'augmenter son volume d'affaires à l'export.

FREDERIC RIVIERE
Alors, précisément, quelles sont les mesures spécifiques qui sont mises en oeuvre pour aider les entreprises qui sont aujourd'hui en difficultés dans leurs exportations ?

FRANCK RIESTER
Alors, d'abord, de l'information. Bien connaître l'évolution des marchés. Avec cette crise, il y a une évolution très importante de la réalité des marchés, nous devons informer les entreprises pour se faire.

FREDERIC RIVIERE
Vous mettez quoi, un bureau d'études à leur service ?

FRANCK RIESTER
Nous mettons un site Internet avec des informations à la fois sectorielles et par pays, pour qu'elles puissent avoir toutes les informations de première fraîcheur, pour adapter leur stratégie selon les marchés, selon les pays. On va par exemple demander à nos ambassadeurs en Europe, de remonter toutes les spécificités des plans de relance de chaque pays européen, tel marché public, tel appel d'offres, tel appel à projets, pour que nos entreprises puissent se positionner. Deuxième type d'aides, l'accompagnement à la prospection et à l'export. Faire en sorte que les entreprises puissent être aidées financièrement pour se projeter à l'international, notamment avec ce que l'on appelle l'assurance prospection, qui permet de rembourser une partie des couts de prospection si jamais finalement les marchés ne sont pas au rendez-vous. C'est un chèque export pour permettre aux entreprises de baisser son coût d'exportation. Quand on veut aller à l'export, il faut par exemple faire un marché, une foire à l'international, il faut envoyer des équipes. Ça coûte cher en termes de logistique. Eh bien avec un chèque export, on va participer au coût pour l'entreprise et donc réduire le coût d'investissement à l'export pour l'entreprise.

FREDERIC RIVIERE
A hauteur de 50 %, c'est ça ?

FRANCK RIESTER
Exactement. 50 % du coût de prospection, parce que ça va dépendre un peu du type de prospection. Ensuite, troisième type d'aide, les financements, et notamment les assurances crédit, crédit export. Nous avons besoin d'accompagner les entreprises pour que si elles vendent à l'étranger, on puisse les garantir qu'elles seront payées. Quand il y a une incertitude économique, quand il y a une inquiétude parfois politique, plus importante que précédemment, nous devons renforcer les moyens pour que ces assurances crédit export soient renforcées. Quatrième type d'aide, les jeunes. On va mettre davantage d'argent dans les VIE, on va mettre plus de VIE, vous savez, ces jeunes qui passent 2 ans dans une entreprise, pour les aider à aller à l'exportation. On sait bien que dans le plan de relance général, il y a une grande partie pour les jeunes, pour que tous ces jeunes qui arrivent sur le marché du travail puissent avoir une solution, eh bien ils auront une solution à l'export. Et puis, dernière partie, qui est importante aussi, c'est mieux communiquer sur notre savoir-faire français, sur les spécificités françaises à l'export, la french-tech, la french-fab, test France, toutes ces marques qui signifient quelque chose à l'export et qui méritent d'être encore mieux connues par le grand public à l'étranger.

FREDERIC RIVIERE
L'objectif affiché par le Premier ministre, jeudi, lors de la présentation du plan de relance, c'est que la France retrouve son niveau de richesse de... enfin, d'avant la crise, dès 2022. Est-ce que sur le plan des exportations vous avez à peu près la même ambition qu'en 2022, les entreprises françaises aient retrouvé le même niveau qu'avant la crise ?

FRANCK RIESTER
Oui, nous voulons absolument retrouver la dynamique qui était celle que nous avions en 2019. La France avait augmenté ses exportations de plusieurs pourcentages, de 3 ou 4% par rapport à l'année précédente. Nous avions davantage d'entreprises exportatrices, 130 000 entreprises exportatrices en 2019, et parce que vous l'avez rappelé, dans mon portefeuille j'ai aussi l'attractivité, la France était la première destination en termes d'investissements d'entreprises étrangères, en Europe. C'est historique, et ça montre bien que toutes les dispositions qui ont été prises depuis 2017 par le président de la République, et le gouvernement, pour améliorer la compétitivité de notre pays, ont porté leurs fruits. Et donc nous voulons retrouver cette dynamique-là, et pour se faire il n'y a qu'une solution : c'est de travailler ensemble, les différents acteurs de l'export et de l'attractivité, l'Etat, la BPI, Business France, les chambre de commerce et d'industrie, les acteurs privés, les entreprises, le MEDEF, le MEDEF international, et bien évidemment tout le réseau de la France à l'étranger, puisqu'évidemment je suis rattaché, comme vous le savez, au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.

FREDERIC RIVIERE
Merci Franck RIESTER, bonne journée.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.

NATHALIE AMAR
Le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité, Franck RIESTER, avec Frédéric RIVIERE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2020