Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre chargée de la mémoire et des anciens combattants, sur le 150éme anniversaire des combats de Saint-Privat/Gravelotte, à Gravelotte le 30 août 2020.

Intervenant(s) :

Circonstance : Cérémonie franco-allemande à l'occasion du 150éme anniversaire des combats de Saint-Privat/Gravelotte

Prononcé le

Texte intégral

Madame/Monsieur la/le ministre (en fonction) Monsieur le préfet,
Monsieur le maire,
Mesdames, messieurs les parlementaires, Monsieur le vice-président du conseil régional, Monsieur le vice-président du Landtag de la Sarre,
Monsieur le vice-président du conseil départemental, Monsieur le président de Metz-Métropole,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le gouverneur militaire de Metz, mon général,
Monsieur le directeur adjoint de la direction du patrimoine de la mémoire et des archives,
Monsieur le vice-président du VDK,
Madame la directrice générale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Chers porte-drapeaux, chers membres du monde combattant, Chers amis allemands et français,


C'était il y a 150 ans.

Après plusieurs heures d'affrontement , la bataille n'a pas encore rendu son verdict. Au son du clairon, charges et contre-attaques se succèdent. Au corps à corps, on se bat partout, on se bat dans les maisons, on s'affronte dans les jardins, on se tue dans le cimetière. Le brasier de l'église dévorée par les flammes éclaire cette soirée d'août .

A la nuit tombée, c'est une tuerie sans vainqueur. Allemands et Français comptent leurs morts et leurs disparus. Par milliers ! Les mitrailleuses, l'artillerie, la densité des tirs ont changé la face de la bataille. Avec la guerre franco-prussienne de 1870-1871, la guerre moderne a fait ses premiers pas en Moselle. Gravelotte est entrée dans l'histoire. Le pays messin n'en a pas fini de la guerre et de la violence.

Autour de cette église ravagée, dans ce cimetière dévastée, le curé de Saint-Privat, l'abbé Jean-Nicolas BAUZIN secourt les blessés, soigne ceux qui peuvent l'être, adresse les derniers sacrements. Il le fait pour les soldats des deux camps, pour des Français mourants, pour des Allemands agonisants. Parce qu'ils sont hommes avant tout, parce qu'ils sont ses semblables. Dans les pires heures, il y a souvent un flambeau d'espérance qui s'allume. L'abbé Jean-Nicolas BAUZIN en fut un.


De ce lieu symbole de nos divisions et de nos affrontements, nous avons fait un lieu d'union, un lieu de mémoire partagée. Ici dans ce cimetière militaire franco-allemand de Gravelotte reposent plusieurs milliers de nos soldats et quatre ossuaires lient pour l'éternité ceux qui, il y a 150 ans, se sont entre-tués.

Ici, nous mesurons avec gravité le poids de nos affrontements passés et nous estimons encore davantage l'amitié que se portent aujourd'hui nos deux nations. Nous nous réjouissons avec raison de la relation privilégiée que nos peuples entretiennent.

Et cette cérémonie, voulue par nos deux pays, avec des jeunes venus de chaque côté du Rhin dit plus que beaucoup de mots.


Ici même, la mémoire mosellane se souvient des cicatrices de nos guerres et de leurs conséquences. C'est aussi ce que nous dit le "Musée de la guerre et de l'annexion", il nous rappelle que cette part d'histoire européenne a fait basculer le continent dans un cycle guerrier qui ne s'acheva qu'en 1945.

La guerre franco-allemande de 1870 est une césure de l'histoire européenne, il y a un avant et un après. Les bouleversements qui en sont issus ont marqué les territoires et tout le XXème siècle. Les deux guerre mondiales en sont, en partie, le fruit. Rappelons-le car cette guerre est trop souvent oubliée, trop souvent passée sous silence.

La guerre de 1870-1871, cette "année tragique" selon Victor HUGO, eut de nombreuses répercussions et influença la géopolitique de l'ensemble de l'Europe et du monde. Elle précipite l'unité allemande et achève l'unité italienne, elle apporte la République mais affaiblit la France avec la perte de l'Alsace et de la Moselle, elle instilla les germes de la Revanche, elle est une des premières guerres modernes au bilan particulièrement lourd. La guerre de 1870 est une matrice du XXème siècle. Et, nous en sommes les héritiers.

La Moselle le sait dans son histoire et dans sa géographie.

Tant de fois, votre département a été le théâtre d'affrontements. La Moselle et sa voisine alsacienne ont, si souvent, été les incarnations de nos déchirements européens : la guerre de 1870, un demi-siècle d'annexion, les souffrances de 1914-1918, celles de 1940 et la douleur d'une nouvelle annexion, les âpres batailles de 1944. 75 années de conflits fratricides, c'est ce que raconte en écho de notre mémoire partagé ce lieu d'histoire singulier.

Mais, désormais, il nous raconte également l'amitié durable de nos deux nations, devenues les inspiratrices de la paix européenne. Depuis 75 ans, depuis 1945, l'Europe occidentale est en paix. Elle le doit à nos liens d'amitié indéfectibles, à la volonté commune de nos deux pays et à la construction européenne.

Le Président Emmanuel MACRON et la chancelière Angela MERKEL y sont résolument attachés. Nous vivons une période inédite dans notre histoire, celle d'une Europe qui se rassemble, qui sait résoudre ses querelles sans se détruire.

C'est ainsi que la Moselle est aujourd'hui une terre d'histoire et un territoire de patrimoine. Le champ de bataille de Saint-Privat/Gravelotte, à l'instar de Verdun ou encore de la clairière de Rethondes, est devenu un lieu de mémoire partagée et un symbole de la réconciliation entre nos nations.

Français et Allemands, n'oublions jamais ce que fut le désastre humain fruit de nos divergences. Pour cela, continuons inlassablement à transmettre et à enseigner.

Français et Allemands, soyons fiers de notre amitié. Ne cédons ni à la tentation du repli ni aux sirènes de l'égoïsme, même dans la crise sanitaire et économique que nous traversons. Les nations d'Europe partagent des valeurs communes : l'attachement à la dignité humaine, la protection des plus faibles, la tolérance et la liberté. Ces valeurs sont à l'essence même du combat pour l'Europe et pour la paix. Ce sont ces valeurs que nous portons aujourd'hui.

150 ans après Gravelotte, la France et l'Allemagne ont effacé leurs querelles territoriales et nationalistes pour se rapprocher toujours plus dans une même conscience européenne. Hier, sur ce champ de bataille, tonnait la fureur de nos querelles ; aujourd'hui, le fracas des armes a expiré.

Et, j'entends, avec plaisir, le murmure d'une jeunesse européenne qui se souvient, qui construit son présent en connaissant son passé. Une jeunesse qui est une leçon d'espérance et un message d'optimisme pour notre continent.


Vive l'amitié franco-allemande ! Vive l'amitié européenne !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 22 septembre 2020