Interview de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre chargée de la mémoire et des anciens combattants, à Sud Radio le 25 septembre 2020, sur l'épidémie de Covid-19, les harkis et les valeurs de la République.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Geneviève DARRIEUSSECQ.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Bonjour.

PATRICK ROGER
Aujourd'hui vous allez présider une cérémonie d'hommage à l'occasion de la Journée nationale d'hommage aux harkis, on va en parler dans un instant, avant cela il y a tout de même toute l'actualité autour des nouvelles restrictions au Covid-19 qui suscitent la polémique, je rappelle aussi que vous êtes – pour les auditeurs – que vous êtes allergologue, et que pendant le confinement vous étiez retournée à l'hôpital, c'était à Clamart, vous n'aviez pas pu retourner évidemment chez vous à Mont-de-Marsan. Est-ce que vous comprenez la colère des patrons de bar, restos, salles de sport ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je comprends l'inquiétude de chacun, nous avons passé une phase de confinement où tout s'est arrêté, les réouvertures ont été progressives, tout le monde souhaitait reprendre une vie, normale vais-je dire, et je comprends que ces nouvelles restrictions les perturbent, dans leur économie, mais aussi dans leur amour de leur métier. Mais ceci dit, c'est aussi la sagesse, nous serons là pour les aider, nous serons là bien sûr pour les aider économiquement, mais la sagesse veut que nous soyons prudents, et veut que nous puissions éviter les rassemblements trop importants. Il faut que nous vivions normalement, mais que…

PATRICK ROGER
Eh ben non, on ne vit plus normalement là justement, et certains disent on est en train de… à force effectivement de vouloir cette prudence, on est en train de créer une société beaucoup trop anxiogène.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Franchement, je ne crois pas. Moi je crois que nous demandons des efforts individuels et des efforts collectifs, et que dans cette situation sanitaire il faut que nous prenions conscience qu'il faudra que nous fassions des efforts, pendant un temps qui est d'ailleurs indéfini, c'est ça qui est un peu perturbant, c'est que l'on ne peut pas donner de date et d'objectif, et Dieu sait qu'aujourd'hui tout le monde cherche des limites, inférieures et supérieures, pour pouvoir se projeter, donc on ne peut pas se projeter forcément dans le temps, mais il faut que nous fassions ces efforts collectifs. Ce sont des efforts de protection sanitaire, moi je redoute vraiment de revoir les images que nous avons vues dans l'Est de la France au mois de mars, qui, elles, pour le coup, étaient particulièrement anxiogènes. Donc je crois que nous devons vivre, nous pouvons travailler, nous pouvons envoyer nos enfants à l'école, nous pouvons avoir une vie sociale modérée, et qu'il me semble que cela, si on intègre bien ces notions, eh bien cela peut être tout de même des périodes aussi bonnes pour notre société.

PATRICK ROGER
Mais sur les salles de sport, les clubs, les associations sportives, on dit aussi que le sport justement c'est quand même capital pour renforcer son immunité dans cette période, il n'y a pas de clusters dans les clubs de sport, et on en vient à fermer effectivement ces salles de sport.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
L'idée générale est que toute activité physique faite dans un endroit clos, où de nombreuses personnes sont présentes dans un même temps, représente une possibilité de transmission virale, donc de là vient le sujet de la fermeture des salles de sport. Effectivement, quand on fait du sport, on exhale de l'air de façon plus rapide, plus fréquente, et on peut tousser, ce qui est tout à fait normal, et envoyer des postillons dans l'air, voilà un petit peu les raisons. Je crois qu'on peut faire du sport, on peut faire du sport à l'extérieur, et puis moi j'engage tout le monde à faire de l'exercice physique, c'est-à-dire tous les jours marcher, faire du vélo, courir si on aime courir, de façon quotidienne.

PATRICK ROGER
Tant qu'on peut, parce que pendant le confinement on ne pouvait plus, on ne pouvait plus beaucoup sortir.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oh, écoutez quand même !

PATRICK ROGER
Ah ben attendez…

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Il y avait quand même des possibilités pour aller faire du footing, c'était le gros sujet, "puis-je aller faire du footing ?", et pour marcher, je pense que ce sont des exercices tout à fait sains, qui pourront toujours être pratiqués.

PATRICK ROGER
Un mot aussi sur le port du masque, parce que vous êtes allergologue, donc vous êtes spécialiste, vous connaissez bien effectivement cette question, vous ne l'avez peut-être pas étudiée en détail, mais tout de même, le port du masque, vous vous le recommandez donc dans les lieux confinés, pas dans la rue ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Moi, le port du masque que je le recommande au maximum. Le masque est une protection pour les autres, et si nous sommes infectés, eh bien nous évitons de transmettre aux autres, et je crois que pour que cette mesure soit la plus comprise possible, et surtout la plus respectée, et qu'elle devienne une habitude, eh bien je pense qu'il faut le mettre très régulièrement. Ici, à Paris, nous le mettons en permanence, moi je passe mes journées avec un masque, quand je sors de chez moi j'ai un masque, dans la rue j'ai un masque, dans mon bureau, sauf si je suis seule, j'ai un masque, toutes les réunions nous les faisons avec des masques, et franchement ce n'est pas la mer à boire.

PATRICK ROGER
Non, c'est vrai, et puis je précise que vous êtes rentrée dans ce studio avec le masque, et vous l'avez enlevé juste là, parce qu'il y a un peu plus d'1,50 mètre entre nous et la distance est respectée. Un mot quand même encore, vous l'ancienne élue, justement maire de Mont-de-Marsan, vous savez que la concertation c'est quand même particulièrement important, là beaucoup d'élus des territoires se disent déçus par Jean CASTEX qui n'a pas engagé suffisamment tôt de concertation peut-être avec les élus, par exemple de Marseille.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Moi je pense qu'ils se trompent. La concertation, ce que prône le Premier ministre depuis le premier jour, c'est qu'il y ait justement une différenciation des mesures en fonction de l'état sanitaire de chaque région, et donc c'est aux préfets, et aux maires localement, qui connaissent leur territoire, de juger quelles sont les mesures les plus appropriées. Il est évident que quand nous arrivons dans une alerte maximale, comme à Marseille, à Aix-Marseille, eh bien je crois que là l'Etat se doit de donner un cadre qui est un cadre plus strict. Mais, à Mont-de-Marsan, où il y a une circulation virale, dans les Landes, qui a été complètement épargné pendant la première, mais qui là est en circulation active du virus, eh bien il y a des mesures qui seront prises, et je peux vous assurer que la préfète du département travaille avec les élus pour les mettre en oeuvre.

PATRICK ROGER
Avec les élus, en concertation. Venons-en donc à cette journée nationale d'hommage aux harkis. La France avait une dette envers les harkis, est-ce qu'elle est réglée aujourd'hui ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
La dette, elle n'est pas réglée, elle n'est pas réglée, mais quand même, nous avons fait beaucoup de chemin. C'est vrai que les harkis sont ces Français qui sont arrivés sur le territoire dans des très mauvaises conditions d'accueil, parce que je pense que la France n'était pas préparée, parce qu'il n'y a pas eu une volonté d'intégration rapide des harkis et de leurs familles, et donc nous avons cette dette morale par rapport à eux, mais nous travaillons beaucoup, et j'ai beaucoup travaillé dans le sens de la reconnaissance, dans le sens de la réparation, et puis aussi dans le sens de la mémoire, afin de ne pas oublier cette Histoire et de faire en sorte qu'elle soit connue de chacun, et notamment des jeunes Français, parce que plus on s'éloigne des conflits et des dates de conflits, et moins on est conscient de ce qui s'est passé, et pourtant, voilà, les harkis font partie intégrante de la France, et d'ailleurs sont, pour la très grande majorité d'entre eux, des citoyens parfaitement bien dans notre pays et qui apportent toutes leurs valeurs personnelles à notre pays.

PATRICK ROGER
Geneviève DARRIEUSSECQ, puisque justement vous êtes en charge de la mémoire, est-ce que vous êtes inquiète par ce qui est en train de se passer en France, sur la remise en cause d'un certain nombre de choses les statues, une fracture autour des colonies, du passé colonial ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, je suis inquiète, je suis inquiète, pas que de ça d'ailleurs, je suis inquiète de la fracturation, d'abord des territoires français, et aussi de la fracturation de la société française. Moi je suis dans un domaine où justement la mémoire est pour moi un levier pour transmettre certaines valeurs, les valeurs républicaines, les valeurs de laïcité, certes, mais ça c'est plutôt Marlène SCHIAPPA, moi dans la mémoire combattante c'est les valeurs de notre devise républicaine, "Liberté, Egalité, Fraternité", les valeurs de notre démocratie, et j'essaie de, à partir de la mémoire combattante et de l'engagement des soldats pour libérer la France, pour faire en sorte que notre pays reste une démocratie, de porter ces valeurs-là. Et d'ailleurs j'ai des actions importantes, depuis 2 ans, sur la reconnaissance de tous les combattants africains, par exemple, qui sont venus au secours de la France, notamment lors du Débarquement de Provence, et qui ont permis de libérer notre pays, qui ont aussi combattu lors de la guerre de 14-18. Donc, tous ces combattants-là, eh bien nous leur devons une reconnaissance, ils se sont engagés pour la France, ils étaient effectivement dans des colonies, mais ils se sont engagés pour la France qui était, pour eux, je pense, un repère important.

PATRICK ROGER
Mais certains aujourd'hui, des petits enfants d'immigrés ne se sentent plus vraiment Français, on le voit dans les écoles, on le voit un petit peu partout, est-ce qu'il faudrait… quelle est l'une des solutions pour essayer de raccrocher ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Il n'y en n'aura pas qu'une, certainement, mais moi je crois que l'éducation et l'école c'est la base, la base. L'intégration républicaine, le sens de la nation, le fait que nous devons être une nation unie et solidaire, unie ne veut pas dire que tout le monde pense la même chose, unie veut dire que, on vit sous le même drapeau, dans le même pays, et que l'on a cet amour de la France qui nous importe et que les lois de la République…

PATRICK ROGER
« Prêt à mourir pour la France », cette devise ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, que les lois de la République sont les mêmes…

PATRICK ROGER
Non, vous souriez, mais c'était ça pendant les périodes en fait de guerre, aujourd'hui vous croyez que tous les Français seraient prêts à mourir pour la France ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
On ne sait jamais ce qui se passe quand il y a… vous savez, il y a eu des, même pendant les guerres il y a eu des situations complexes, surtout la Deuxième Guerre mondiale.

PATRICK ROGER
Ça c'est vrai. Est-ce que vous êtes favorable à de nouvelles de lois mémorielles, est-ce qu'il faudrait songer à de nouvelles lois mémorielles ?
GENEVIEVE DARRIEUSSECQ

Je ne sais pas si les choses passent par la loi, je crois que les choses doivent passer par justement la transmission, la reconnaissance, l'Education nationale, et que le principe de citoyenneté, le principe de l'engagement personnel de chaque Français, au service de la nation, et au service de la société française, c'est quelque chose qui me paraît absolument essentiel.

PATRICK ROGER
A propos de service, Emmanuel MACRON demande aux ministres de s'engager pour les régionales, vous serez candidate vous, pour les régionales en Nouvelle Aquitaine, ou pas ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Eh bien, Emmanuel MACRON, et Monsieur le Premier ministre, nous ont demandé, ont demandé aux ministres de s'engager, je leur ai dit que j'étais à leur disposition et que cette région Nouvelle Aquitaine était dans mon coeur depuis toujours, que je la connaissais bien, et que donc, s'ils le jugeaient…

PATRICK ROGER
Vous êtes candidate quoi !

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je suis candidate à la candidature.

PATRICK ROGER
Voilà, c'est ça. Question avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Oui, je vais revenir sur l'appel de Nicolas BEDOS, l'acteur-réalisateur hier, qui a fait un appel de rébellion en disant qu'il fallait arrêter de porter des masques, arrêter le confinement, les gestes barrières, il dit "vivre quitte à en mourir", un message forcément auquel le ministre Olivier VERAN a répondu. Est-ce que c'est, selon vous, irresponsable, ou c'est porteur d'espoir, comme certains le pensent ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Pour moi c'est irresponsable, on n'a vu beaucoup de personnes disparaître à cause de ce virus, des personnes qui n'avaient pas forcément de pathologie particulière, j'ai vu des situations dans les hôpitaux qui étaient des situations assez dramatiques, qui ont engendré des situations familiales dramatiques fortes, je pense que, voilà, il faut raison garder. Alors, je sais que nous sommes dans un pays très gaulois, où tout le monde s'exprime, et où beaucoup sont toujours en contraction.

PATRICK ROGER
Remettent en question aussi la parole politique. Quand on voit que, par exemple Florence PARLY, vous êtes aux Armées, a menti sur les soldats français rapatriés de Wuhan, sur les tests.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Florence PARLY n'a pas menti, elle a dit une inexactitude, donc non, non…

PATRICK ROGER
C'est la même chose, non ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Non, parce qu'on ment quand on dit sciemment quelque chose que l'on sait faux, et je pense que ce n'était pas du tout le cas, donc elle a dit une inexactitude, ce qui est exact c'est que dans cette affaire-là tout a été fait comme il fallait le faire, dans cette période-là, en l'état des connaissances que nous avions, et que ces soldats, qui sont revenus de là-bas, n'ont pas été à l'origine de la moindre épidémie en France.

PATRICK ROGER
Merci Geneviève DARRIEUSSECQ, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, était l'invitée ce matin de Sud Radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 septembre 2020