Interview de M. Cédric O, secrétaire d'État à la transition numérique et aux communications électroniques, à Europe 1 le 29 septembre 2020, sur la 5G, Huawei et StopCovid.

Prononcé le

Intervenant(s) :

  • Cédric O - Secrétaire d'État à la transition numérique et aux communications électroniques

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue à vous et bonjour Cédric O.

CEDRIC O
Bonjour.

SONIA MABROUK
Ce jour marque donc le lancement des enchères pour l'attribution des premières fréquences de la 5G. Est-ce que c'est un pas important pour la France aujourd'hui ?

CEDRIC O
Oui, c'est un pas important. On voit par exemple qu'il y a déjà 12 pays européens qui ont déployé la 5G, qu'il y a 100 millions de Chinois qui sont déjà connectés à la 5G, que les Américains déploient massivement la 5G et que tout le monde estime que pour la reprise économique, pour la réindustrialisation, pour l'avenir de l'industrie c'est extrêmement important. Et donc c'est important que la France soit dans cette dynamique, notamment dans cette période de crise.

SONIA MABROUK
Vous dites 100 millions de Chinois, 100 millions de Chinois et nous, et nous, et nous. Est-ce qu'on a pris du retard en France ? Quand on regarde la carte, c'est assez impressionnant : il ne reste plus que la France.

CEDRIC O
On a un tout petit peu de retard. Disons qu'on n'a pas de retard rédhibitoire mais, voilà, c'est le dernier wagon et il faut le prendre maintenant.

SONIA MABROUK
Pas de retard rédhibitoire mais pas de débat non plus, Cédric O. Est-ce que malgré tout, même si vous êtes convaincu évidemment de la 5G, est-ce que vous le regrettez ?

CEDRIC O
Il y a quand même un débat qui dure depuis plusieurs mois. Je rappelle que la présentation de la stratégie nationale sur la 5G, elle a été faite par Mounir MAHJOUBI en décembre 2018, que les premiers courriers qui ont été adressés aux maires, par exemple Eric PIOLLE maire de Grenoble, sur la 5G pour le prévenir de l'arrivée de la 5G, c'est en mars 2018, donc il y a eu des débats. Il y a même eu des discussions au Parlement.

SONIA MABROUK
Je parle d'un vrai grand débat démocratique avec une vraie émulation.

CEDRIC O
Alors il y a des questions qui peuvent se poser et il faut y répondre, et je pense qu'il est même du devoir du gouvernement d'y répondre. Maintenant on pourra rentrer peut-être dans les sujets sanitaires et les sujets environnementaux dès lors que ces sujets nous semblent maîtrisés. Nous, on assume dans cette crise d'aller très vite parce que, voilà, il y a une bataille pour les usines. On voit qu'il y a des usines qui ferment en France et il y a une concurrence mondiale pour l'avenir de l'industrie, pour la réimplantation des emplois, et nous on assume d'aller très vite, parce qu'attendre c'est laisser les usines s'implanter ailleurs.

SONIA MABROUK
La 5G serait un outil puissant selon vous d'industrialisation, de réindustrialisation ?

CEDRIC O
Ah mais bien sûr. C'est vraiment un outil de l'industrie de demain qui est absolument essentiel. On voit qu'il y a une expérimentation entre ORANGE et SCHNEIDER en France. Les Chinois, les Américains connectent toutes leurs usines ; et pour pouvoir implanter des usines, pour pouvoir développer l'industrie en France, on a besoin de la 5G.

SONIA MABROUK
Alors Cédric O, Monsieur le ministre, est-ce que vous pouvez nous garantir ce matin à ceux qui nous écoutent que le risque sanitaire est inexistant ?

CEDRIC O
Alors sur ce point-là, les études académiques ou scientifiques qui sont menées depuis 50 ans, elles sont très claires. Il y a eu 28 000 études qui se sont penchées sur cette question des ondes électromagnétiques, aucune n'a jamais mis en évidence un quelconque effet sanitaire en dessous des seuils limites d'exposition. Et sur ces seuils limites d'exposition, je rappelle que la France est l'un des pays qui a le cadre le plus contraignant. En moyenne les Français dans la rue sont exposés à des valeurs d'exposition aux ondes qui sont 200 à 300 fois inférieures aux normes limites internationales.

SONIA MABROUK
Donc pas d'inquiétude à avoir. Vous êtes clair sur ce sujet ?

CEDRIC O
A ce stade, il n'y a pas d'inquiétude à avoir mais ce que nous souhaitons, c'est faire en sorte de rassurer les Français et donc je présenterai dans les semaines qui viennent un plan de contrôle spécifique dédié à la 5G, à la fois pour mesurer l'exposition aux ondes dans la rue ou dans les écoles, mais également au niveau des téléphones. Ce qui nous importe, c'est de faire en sorte que si vous êtes un maire, si vous êtes une association environnementale, une association dédiée à la santé, vous puissiez demander un contrôle et que l'Agence nationale des fréquences radio qui fait ces contrôles, c'est-à-dire qui vient avec les camionnettes pour mesurer dans la rue ou dans les écoles…

SONIA MABROUK
Monsieur O, très bien ce plan de contrôle, mais vous savez qu'il y a déjà des maires - je pense à Bordeaux, à Lyon, à Besançon - certains maires écologistes qui vont et qui pourraient s'opposer très concrètement à l'implantation des pylônes de la 5G. Qui aura le dernier mot à la fin ?

CEDRIC O
Alors je rappelle que le Conseil d'Etat a été très clair il y a quelques années : ce n'est pas aux maires de décider si la 5G ou la 4G d'ailleurs doit être déployée chez eux. Je rappelle quand même que ces maires doivent quand même assumer une décision : c'est que d'ici deux ans, les réseaux 4G vont saturer. C'est-à-dire qu'on ne pourra plus dans les grandes villes correctement utiliser son téléphone portable. Dans ces conditions, il y a trois options. Soit on laisse saturer et ce n'est pas notre souhait évidemment ; soit on remet des antennes 4G ; soit on met des antennes 5G. Sauf que pour une seule antenne 5G pour faire le même travail qu'une antenne 5G, il faut une vingtaine d'antennes 4G.

SONIA MABROUK
Mais vous faites ce matin peser sur ces maires là, la responsabilité d'un mauvais réseau, d'une absence aussi de réseau puisque vous dites que les réseaux 4G seront saturés dans certaines grandes villes peut-être à horizon de deux ans, je crois.

CEDRIC O
Ça, c'est la décision d'un responsable politique au quotidien. C'est : on peut se placer dans un monde idéal sauf que la consommation de données elle augmente et que donc d'ici un an, il va falloir prendre cette décision. On laisse saturer ou on met des antennes 5G qui consomment vingt fois moins d'électricité et d'énergie que les antennes 4G.

SONIA MABROUK
C'est prouvé ?

CEDRIC O
Oui. Ça, c'est prouvé, oui.

SONIA MABROUK
Est-ce qu'il faudra payer plus cher son forfait 5G ? Question très concrète pour ceux qui nous écoutent.

CEDRIC O
A ce stade, c'est difficile de dire ce que vaudront les forfaits 5G. Il est probable que dans la période commerciale il n'y ait pas une augmentation significative des offres. Ensuite, on verra comment le marché s'organisera. Nous, on veille…

SONIA MABROUK
Mais vous pouvez garantir, en tout cas vous souhaitez qu'il n'y ait pas quand même d'explosion du forfait des 5G.

CEDRIC O
Evidemment qu'on souhaite qu'il n'y ait pas d'explosion. Nous, on veille à ce qu'il y ait une grande intensité concurrentielle, c'est-à-dire que chaque opérateur ait des bornes 5G…

SONIA MABROUK
Ils sont quatre, oui.

CEDRIC O
C'est pour ça on a fait en sorte que les quatre opérateurs aient des fréquences 5G, c'est que ça permet de faire vivre la concurrence et de tirer les prix vers le bas.

SONIA MABROUK
D'ailleurs le pactole, j'allais dire, le montant des enchères - on entend parler de 3,5 milliards voire même 5 milliards pour les opérateurs mis sur la table - vous confirmez cette fourchette ?

CEDRIC O
Je ne confirme aucune fourchette. On verra.

SONIA MABROUK
Vous espérez en tous les cas une somme de ce niveau-là.

CEDRIC O
On a fait en sorte d'abord qu'on puisse avoir le juste prix mais surtout qu'on puisse avoir un déploiement de la 5G qui se fasse vite et qui se fasse à la fois dans les villes mais également dans la campagne, puisque nous avons mis une condition…

SONIA MABROUK
C'est important, oui.

CEDRIC O
Nous avons une condition qui est que d'ici 2023, un quart des antennes qui seront déployées doivent l'être dans des zones peu denses, c'est-à-dire dans la ruralité. On a vu avec la 4G qu'il y a eu ce problème-là, donc aujourd'hui déployer la 4G, déployer la fibre c'est notre première priorité, mais on ne veut pas réitérer ce problème-là avec la 5G donc on a fait en sorte qu'un quart…

SONIA MABROUK
Là vous répondez à ceux qui vous disent : mais Monsieur le ministre, il y a déjà des zones blanches et vous nous parlez de la 5G. On est très loin de ce débat.

CEDRIC O
Alors sur ce sujet-là, il faut être très clair : il n'y a pas de concurrence entre 4G et 5G. Il n'y a pas un pays en Europe qui déploie plus vite des pylônes et de la fibre que la France. Juste un chiffre : dans les quinze ans qui ont précédé 2018, il y a seulement 600 pylônes qui ont été allumés dans les zones blanches. Nous dans les deux ans qui viennent, on en fait 2 000. C'est vous dire l'accélération. On passe de 600 en 15 ans à 2 000 en deux ans. Et au total, on en fera 12 000 en huit ans. Donc on fait un effort historique sur la réduction des zones blanches.

SONIA MABROUK
Vous pouvez nous garantir ce matin, Cédric O, vous qui êtes en charge de ce sujet du numérique, à ceux qui nous écoutent, que HUAWEI ne partagera pas nos données personnelles avec le gouvernement chinois ?

CEDRIC O
Je pense qu'il faut être très clair sur ce sujet. Il n'y a pas de risque pour les données personnelles des Français dans le cadre du déploiement des équipements 5G les risques.

SONIA MABROUK
Comment vous le savez ?

CEDRIC O
Les risques qui sont liés au déploiement des équipements 5G, et je ne vise aucun opérateur, aucun équipementier en particulier, peuvent être des risques d'espionnage industriel. Et donc dans ce cadre-là, nous avons fait voter une loi du député Eric BOTHOREL il y a deux ans, un an et demi, qui nous permet et qui fait que l'ANSSI accorde des autorisations en fonction de l'équipement et de la localisation de l'équipement. Et c'est dans ce cadre-là qu'on peut assurer à l'industrie française, à la France, que nos intérêts stratégiques sont protégés.

SONIA MABROUK
Cédric O, vous êtes concret, vous nous parlez d'une loi. Mais là je vous parle d'espionnage à un niveau j'allais dire international. D'ailleurs je dis HUAWEI le Chinois, mais je pourrais dire aussi les Etats-Unis qui font pression par rapport à HUAWEI. Mais comment vous pouvez garantir qu'il n'y aura pas de transmission de ces données au-delà d'une loi ?

CEDRIC O
Mais à chaque fois qu'un équipement s'installe quelque part, l'ANSSI, en fonction de l'équipement donne une autorisation ou pas. Donc on est extrêmement vigilant sur chaque implantation…

SONIA MABROUK
Ça doit nous rassurer ça ?

CEDRIC O
Oui, je pense que vous pouvez être assurés. On est extrêmement vigilant sur chaque implantation pour faire en sorte qu'on protège les intérêts.

SONIA MABROUK
Mais pas d'obstacle à HUAWEI donc.

CEDRIC O
Je ne rentre pas dans les débats individuels.

SONIA MABROUK
Mais pourquoi vous ne voulez pas ? Ici même, le patron d'ORANGE Stéphane RICHARD a affirmé sur Europe 1 il y a quelques jours qu'il y avait un vrai problème de gouvernance de HUAWEI. Est-ce qu'il dit vrai ça ? C'est un vrai sujet quand même.

CEDRIC O
Mais ça, c'est le problème des entreprises privées. Ce que je peux vous dire, c'est que nous avons donné des autorisations à tous les équipementiers. Parfois dans certains cas, on a dit : à tel endroit, pour tel équipement, on préfère que ce ne soit pas tel équipementier. On défend nos intérêts stratégiques et on continuera à le faire.

SONIA MABROUK
Alors je vais poser la question peut-être plus concrètement. HUAWEI voudrait ouvrir une grande usine à Strasbourg dont la maire est écologiste, une arrivée qui provoque des crispations. Est-ce que vous, vous dites oui ou non pour l'implantation de cette usine HUAWEI ?

CEDRIC O
En règle générale, on est plutôt favorable à l'implantation d'usines étrangères.

SONIA MABROUK
Donc c'est oui.

CEDRIC O
Il faut voir de quoi il retourne exactement. Je ne sais pas vous répondre sur le sujet.

SONIA MABROUK
Pourquoi c'est si sensible de parler de HUAWEI ?

CEDRIC O
Mais il n'y a pas de problème pour parler de HUAWEI.

SONIA MABROUK
A vous entendre, je n'ai pas l'impression.

CEDRIC O
La preuve, c'est qu'on a donné des autorisations à tous les équipementiers, donc il y aura des équipements HUAWEI en France. A certains endroits, on préfère certains équipementiers à d'autres pour des raisons stratégiques.

CEDRIC O
Oui. Cédric O, avec la 5G est-ce qu'on pourra télécharger plus rapidement l'application StopCovid ?

CEDRIC O
Alors certainement.

SONIA MABROUK
Ça vous fait sourire.

CEDRIC O
La 5G, pour expliquer quel est le bénéfice aux gens, je pense que c'est important, en gros c'est comme si vous aviez la fibre sur votre mobile. Donc on comprend la différence entre une 4G qui marche bien et la fibre en termes de débit et de stabilité.

SONIA MABROUK
Si je vous pose la question : est-ce que vous saviez que le Premier ministre n'avait pas téléchargé votre application ou l'application StopCovid ?

CEDRIC O
Non, je ne le savais pas.

SONIA MABROUK
Vous l'avez découvert en direct.

CEDRIC O
Oui, je l'ai découvert.

SONIA MABROUK
Depuis des mois, Cédric O, vous faites la promotion d'une application pour laquelle même le chef de votre gouvernement n'est pas convaincu ?

CEDRIC O
Ecoutez, je pense que Jean CASTEX a été très clair.

SONIA MABROUK
Ça, c'est sûr.

CEDRIC O
StopCovid, c'est très utile. C'est utile notamment dans le métro, dans les restaurants, dans les bars, quand il y a ces rassemblements, qu'on ne porte parfois pas le masque et qu'on ne sait pas qui il y a autour de nous.

SONIA MABROUK
Mais un ministre ne va pas dans les restaurants, ne prend pas le métro, ne va pas dans les bars ?

CEDRIC O
Je vais souvent au bureau en métro mais en l'espèce, je pense que le Premier ministre ne le fait pas. Et donc on a besoin, je le redis ici parce qu'on voit que l'application anglaise marche bien, StopCovid c'est utile, ça peut être très utile pour éviter la résurgence de l'épidémie et éviter de fermer les bars par exemple.

SONIA MABROUK
Est-ce que le Premier ministre sera…

CEDRIC O
Et donc on invite tous les Français et les Françaises à la télécharger.

SONIA MABROUK
Est-ce qu'il l'a téléchargée depuis, le Premier ministre ?

CEDRIC O
Je ne sais pas, je ne lui ai pas posé la question.

SONIA MABROUK
Mais quand même, vous êtes en charge de cette application. Vous dites matin midi et soir qu'il faut que les Français la téléchargent, vous ne savez pas si, j'allais dire le premier d'entre eux, le chef du gouvernement l'a téléchargée.

CEDRIC O
Non mais je ne me suis pas le DSI du Premier ministre. Je sais que par exemple le président, lui, l'a téléchargée mais après c'est à Jean CASTEX de faire ses choix.

SONIA MABROUK
Vous avez parlé du Royaume-Uni : 12 millions, Cédric O, de téléchargements pour StopCovid mais en quelques jours après son lancement. Comment vous expliquez un tel succès ?

CEDRIC O
Je ne me l'explique pas totalement pour être totalement honnête et je pense que cela nous dit quelque chose : c'est qu'il y a la place pour ce genre d'application en Europe et qu'on doit retravailler, on doit reconvaincre pour faire en sorte que les gens la téléchargent, parce que ça va nous aider à éviter le reconfinement, ça va nous aider à lutter contre la propagation de l'épidémie.

SONIA MABROUK
Pour conclure, en fonction de quoi au gouvernement sont prises les mesures de restriction ? Ecoutez la réponse hier de votre collègue ici même, la ministre des Sports Roxana MARACINEANU.

ROXANA MARACINEANU, MINISTRE DES SPORTS
Les décisions aujourd'hui ne sont pas prises en fonction d'une réalité qui serait celle de la circulation du virus puisqu'on ne sait pas comment le virus se transmet. Les décisions qui ont été prises, c'est pour dire dans votre vie personnelle et de loisirs, il faut continuer à être discipliné comme vous l'êtes.

SONIA MABROUK
C'est le cas ? Les décisions ne sont pas prises en fonction de la circulation du virus ?

CEDRIC O
Il y a des indicateurs extrêmement précis sur l'état d'engorgement des urgences, sur la rapidité de diffusion du virus par région et par ville et que dans ce cadre-là, il y a des décisions qui sont prises pour protéger les Français.

SONIA MABROUK
Tout est fait pour éviter un reconfinement ?

CEDRIC O
Tout est fait pour éviter un reconfinement.

SONIA MABROUK
Mais vous ne l'excluez pas.

CEDRIC O
Tout est fait pour éviter un reconfinement.

SONIA MABROUK
Ce n'est pas un mot tabou ?

CEDRIC O
Ce n'est pas un mot tabou mais notre logique et notre état d'esprit, j'étais avec Olivier VERAN hier soir, c'est de tout faire pour éviter un reconfinement.

SONIA MABROUK
Merci Cédric O d'avoir répondu à nos questions. Bonne journée à vous ainsi qu'à nos auditeurs bien sûr.

CEDRIC O
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2020