Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France Info le 22 septembre 2020 sur l'usine Bridgestone à Béthune, Airbus, la 5G, les aides aux entreprises et l'épidémie de Covid-19.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Vous étiez hier à Béthune dans le Pas-de-Calais pour tenter de sauver l'usine BRIDGESTONE et ses 850 emplois, à peine la réunion était-elle terminée que la direction du groupe faisait savoir qu'elle ne reviendrait pas sur sa décision de la fermer. Est-ce que c'est une réunion pour rien ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas une réunion pour rien parce qu'en réunion nous avons acté que nous allions revoir et rouvrir les scénarios, et vous avez pu constater que BRIDGESTONE a corrigé sa communication depuis, mais effectivement il y a une conviction forte…

MARC FAUVELLE
C'était un mauvais communiqué qui a été envoyé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, ils ont changé leur communiqué.

MARC FAUVELLE
Ah, pardon, ça m'avait échappé. Il n'est plus question de fermer l'usine ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils disent qu'ils sont prêts à rouvrir des scénarios alternatifs pour remettre de l'activité dans l'usine, donc ça c'est très clairement établi, ce qui n'empêche pas qu'ils ont une conviction sur le fait qu'ils ne sont pas capables de produire des pneus dans cette usine, dans les conditions actuelles du marché du pneu en Europe, c'est-à-dire 5 millions de surcapacité pour eux, et que tout l'enjeu de la décision que nous avons prise hier, ensemble, avec les élus locaux, avec BRIDGESTONE, c'est de contre-expertiser leur propre analyse, de la contre-expertiser à l'aune des aides éventuelles que nous pourrions apporter pour investir dans l'usine. Ce qu'il faut savoir dans ce dossier c'est que nous ne découvrons pas que l'usine était en difficulté, c'était même…

MARC FAUVELLE
Vous le saviez depuis quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est un sujet que nous suivons depuis plusieurs années. Vous savez que l'année dernière il y a eu un accord de performance et de compétitivité qui n'a pas pu être…

MARC FAUVELLE
Qui a été rejeté par les salariés.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Adopté, et qui justement était fondé sur ce problème de compétitivité, qui était un diagnostic partagé, que ce soit par les salariés ou par la direction. Là ce qui n'est pas…

SALHIA BRAKHLIA
Et pourquoi personne n'a agi avant ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce qui n'est pas partagé c'est la solution, c'est combien on investit , comment on investit, et sur quels produits on investit, et c'est très exactement ce sujet que nous remontons sur la table pour dire quel est l'avenir de cette usine, dont tout le monde sait, les élus, les salariés, et la direction, qu'elle est en perte de vitesse, et comment lui donner un avenir, et nous avons mandaté un expert, ACCENTURE, pour regarder les données de BRIDGESTONE et regarder quelles sont les options possibles pour cette usine.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, pourquoi on n'a pas agi avant puisque vous étiez au courant de la situation de l'entreprise ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais nous avons agi avant.

SALHIA BRAKHLIA
Pourquoi il n'y a pas eu une sonnette d'alarme avant ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi ça fait plus de 2 ans, que tous les 2 mois, 3 mois, je leur demande quel est le plan, quel est le plan, quel est le plan ?

SALHIA BRAKHLIA
Et, pas de réponse, pas de réponse, pas de réponse ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On réfléchit, on réfléchit, on réfléchit, et donc cette situation, qui a quand même permet aux salariés de continuer à travailler dans l'usine, soyons très clairs, vous avez 863 salariés qui continuent à travailler dans l'usine, et nous, nous pressons BRIDGESTONE de nous donner des orientations stratégiques pour qu'on puisse travailler avec eux, à donner un avenir à cette usine, ils arrivent aujourd'hui au terme de leur conclusion, nous pensons que cette conclusion n'est probablement pas la meilleure, en tout cas on veut la contre-expertiser, et surtout, ce qui nous importe, c'est d'avoir de l'emploi industriel à Béthune pour ces salariés-là.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que l'Etat va mettre de l'argent sur la table ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'important c'est déjà d'avoir un projet industriel, avant de mettre de l'argent sur la table. Le sujet c'est qu'on a une usine en perte de vitesse. Je vous donne un exemple. A 20 minutes de là nous accompagnons une nouvelle usine de batteries électriques, 2400 emplois nouveaux, la première pierre de l'usine est posée l'année prochaine.

MARC FAUVELLE
Donc vous dites aux gens qui font des pneus aujourd'hui, «allez vous reconvertir pour faire de la batterie électrique» ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je ne dis pas ça, je dis qu'on est capable de créer de l'emploi industriel en France et que l'Etat accompagnera, systématiquement, tous les développements porteurs dans l'emploi industriel, comme nous le faisons depuis 3 ans maintenant. C'est ce gouvernement, ce gouvernement, qui a recréé de l'emploi industriel depuis 3 ans, ce n'était pas arrivé entre 2000 et 2016, je tiens à le redire, c'est important.

MARC FAUVELLE
Sur ce dossier BRIDGESTONE, écoutez ce que disait hier Marine LE PEN chez nos confrères de BFM.

MARINE LE PEN, PRESIDENTE DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Moi, ce que je ferai c'est de demander à cette entreprise de rembourser immédiatement l'intégralité des sommes qu'ils ont touchées, parce que, on ne peut pas admettre qu'on continue, parce qu'on continue, dans le plan de relance on continue, à donner des milliards à des entreprises sans aucune sollicitation de contrepartie en termes de maintien ou de création de l'emploi. Il faut arrêter avec ça.

SALHIA BRAKHLIA
Vous leur avez dit hier, aux dirigeants, de rembourser l'argent qu'ils ont perçu, l'argent public ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais quelles aides ?

SALHIA BRAKHLIA
Le CICE par exemple, en 2018.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le CICE ça s'applique à…

SALHIA BRAKHLIA
1,8 million d'euros.

AGNES PANNIER-RUNACHER
2017, et c'est une baisse de charges sociales qui permet, au niveau où sont rémunérés les salariés de BRIDGESTONE, 3300 euros en moyenne, d'avoir un niveau de charges sociales qui est seulement de 10 % plus cher que les Allemands. Donc, en fait, ce n'est pas une aide…

SALHIA BRAKHLIA
Entre les aides de l'Etat, des régions, des collectivités territoriales, BRIDGESTONE a perçu 4,3 millions d'aides publiques.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, moi je ne peux pas vous parler des aides des collectivités territoriales, je crois qu'elles sont conditionnées, je serais très surprise du contraire, s'agissant des aides de l'Etat, vous mentionnez le CICE, nous avons supprimé le CICE, et c'est une aide qui se rapporte à 2017…

MARC FAUVELLE
Vous l'avez transformé en baisse des charges pérenne, le CICE…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, baisse des charges pérenne…

MARC FAUVELLE
Il n'a pas été supprimé.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui nous met au-dessus de tous les autres pays d'Europe, mais un peu moins au-dessus que ça ne l'était avant, par contre, le chômage partiel, que nous avons payé, c'est du chômage partiel qui est conditionné, pour les salariés, qui a permis de maintenir l'emploi, je rappelle qu'un salarié du privé sur deux, un salarié du privé sur deux, a bénéficié du chômage partiel pendant la période du confinement, et je crois que c'est très important de le redire.

MARC FAUVELLE
Il y en a eu chez BRIDGESTONE ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien sûr qu'il y en a eu, l'usine s'est arrêtée le 16 mars, elle a repris le 12 mai, et les gens, dans l'usine, et je peux vous dire, j'en ai discuté avec les salariés, souhaitaient être mis à l'abri pendant cette période-là, et nous l'avons fait, et nous l'avons fait en confiance, en conscience, et on l'assume totalement.

MARC FAUVELLE
Cette direction, Agnès PANNIER-RUNACHER, qui de votre propre aveu vous a en quelque sorte menés en bateau pendant des années, puisque vous nous avez dit on l'a alerté plusieurs fois, on n'a pas eu de nouvelles…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle ne nous a pas menés en bateau…

MARC FAUVELLE
Vous lui faites confiance aujourd'hui pour négocier ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle n'a pas voulu remettre un dossier.

MARC FAUVELLE
C'est la même direction, vous lui faites confiance aujourd'hui pour négocier l'avenir du site ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que le propos ne se pose pas là, moi je suis là….

MARC FAUVELLE
Un peu quand même !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, mais ce n'est pas une question de confiance, c'est une question de résultats, je n'ai pas à avoir confiance ou pas confiance en la direction, c'est une question de résultats. Aujourd'hui, nous avons obtenu, vendredi, un accord de méthode en deux jours, cet accord de méthode il reprend toutes les demandes des organisations syndicales, très simplement. Moi je ne suis pas dans l'invective, je ne suis pas dans les solutions toutes faites, ce type de dossiers, ils prennent du temps, ils sont extrêmement difficiles, et pourtant je peux vous dire que sur, d'autres dossiers, comme ARC, 5000 emplois, comme ASCOVAL, où on nous avait dit vous ne trouverez jamais de solution, nous en avons trouvée. Alors, oui, ça va être difficile, oui c'est une bataille, non je ne suis pas mariée avec BRIDGESTONE, mais mon boulot, ma responsabilité, c'est d'essayer de trouver un avenir aux salariés du site, et le plus durable possible.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de l'Industrie, avec nous jusqu'à 9h00 sur France Info.

(…)

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, on apprend ce matin que le groupe AIRBUS, qui a bénéficié d'argent public sous forme du prêt garanti par l'Etat, pourrait avoir recours à des licenciements secs. Est-ce que c'est normal ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je veux rappeler la situation d'AIRBUS, là encore, AIRBUS, c'est 50% de perte de son carnet de commandes, 50 %. C'est juste gigantesque. Une entreprise, il faut quand même qu'elle ait un carnet de commandes et il faut qu'elle ait des clients, c'est la base du métier, après, on peut tourner autour du sujet, mais c'est le point essentiel. Donc effectivement, ils ont annoncé un plan social de réduction d'emplois en juin, et ils sont en train de le mener. Moi, j'en appelle à la responsabilité…

SALHIA BRAKHLIA
C'était des plans de départs volontaires à la base ? C'était des plans de départs volontaires, et là, maintenant, ça va être des licenciements secs.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C‘était un plan de réduction d'emplois. Et la négociation est en train de se mener…

MARC FAUVELLE
15.000 suppressions de postes dont un tiers en France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
15.000 suppressions de postes, 5.000 en France, nous avons déjà diminué la facture, entre guillemets, de 1.500 postes en France, 1.500. Pour vous donner un équivalent, BOEING, c'est deux fois plus, c'est à peu près la même entreprise, c'est deux fois plus de suppressions d'emplois. Donc ce que nous faisons, c'est que nous réduisons l'impact d'une crise économique qui est la crise la plus importante de ce siècle, enfin, même en 100 ans, c'est ça qu'il faut quand même avoir en tête.

MARC FAUVELLE
Vous ne reviendrez pas sur ce principe de non-conditionnalité des aides, l'argent donné par l'Etat, il est sans conditions, aucune ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, petite précision, petite précision, les PGE sont conditionnés…

MARC FAUVELLE
Là, c'est un prêt, il faudra le rembourser évidemment, mais…

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord, 1°) : c'est un prêt, il faut le rembourser, donc ce n'est pas une aide, ce n'est pas une subvention…

MARC FAUVELLE
Mais il n'y a pas de conditions…

AGNES PANNIER-RUNACHER
2°) : il y a une condition, si, si…

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas de conditions dans le contrat…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a des conditions dans les contrats, je le rappelle aussi, il y a évidemment des conditions dans les contrats, il y a notamment des conditions de décarbonation, c'est quand même important de l'avoir en tête…

MARC FAUVELLE
Pas sur l'emploi en tout cas…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et sur l'emploi en revanche, lorsqu'il s'agit d'une entreprise qui perd 50% de son carnet de commandes, et pas juste dans les 3 mois qui viennent, mais probablement dans les 2 ou 3 ans qui viennent, à un moment, il faut être réaliste, soit, on paye du chômage partiel pendant des années, soit, on paye le rebond professionnel de ces gens, et je peux vous assurer que nous sommes avec AIRBUS dans des discussions très exigeantes, très serrées justement pour minimiser le nombre d'emplois, de suppressions sèches, et notre objectif, et c'est ce que nous avait dit Guillaume FAURY, qu'il ferait son possible pour avoir un maximum de départs volontaires et zéro licenciement sec. Donc moi, je reste sur cette ligne-là, et je l'interpelle pour qu'effectivement, on aille dans cette direction-là.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, les enchères pour l'attribution de la 5G doivent s'ouvrir dans une semaine, c'est un passage en force ce que vous allez faire, là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah, pas du tout, ça fait deux ans qu'on le prépare, ça fait deux ans qu'on en parle, ça fait deux ans que nous avons fait des rapports sur l'impact sanitaire de la 5G, sur l'impact environnemental, que nous avons…

SALHIA BRAKHLIA
Ça ne convainc pas, ça ne convainc pas, vous avez lu, comme nous, la tribune d'une soixantaine d'élus et de personnalités de gauche qui demandent un moratoire, donc c'est non au moratoire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, c'est-à-dire que, moi, je prends bonne note de ce réveil tardif, mais il y a eu des débats à l'Assemblée nationale, que ne se sont-ils manifestés ? Il y a eu des consultations publiques depuis plusieurs mois…

MARC FAUVELLE
Oui, mais il y a eu une Convention citoyenne, qui a réclamé un moratoire et dont Emmanuel MACRON nous a dit qu'il allait reprendre l'intégralité des mesures, à part les trois qu'il avait exclues…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, non, relisez la Convention citoyenne…

MARC FAUVELLE
Ah, elle ne dit pas moratoire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle dit : moratoire le temps d'avoir une analyse de l'impact environnemental…

MARC FAUVELLE
Et l'analyse, on ne l'a pas, puisque l'ANSES n'a pas rendu ses conclusions…

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'ANSES a rendu son premier niveau de conclusion, l'IGAS a rendu ses conclusions…

MARC FAUVELLE
L'ANSES doit rendre son rapport final en mars prochain.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui…

MARC FAUVELLE
L'ouverture des fréquences, c'est dans une semaine.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, non l'ouverture des fréquences, ce n'est pas…

MARC FAUVELLE
L'attribution, pardon, l'appel d'offres…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, mais vous voyez, vous voyez la façon dont on gonfle les choses, en réalité, les premières fréquences, elles vont être déployées au moment où l'ANSES rendra son deuxième rapport, l'ANSES rend un rapport par an, depuis vingt ans, c'est les ondes dans lesquelles vous baignez et nous baignons depuis des années, c'est les ondes de la télévision avant qu'elles passent sur la TNT, c'est les ondes… c'est exactement la fréquence…

SALHIA BRAKHLIA
Donc ça ne sera pas trop tard, on pourra tout arrêter…

AGNES PANNIER-RUNACHER
De radios…

SALHIA BRAKHLIA
Quand l'ANSES va rendre son…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pardon, je vous arrête, on a 28.000 études, 28.000 études qui montrent qu'il n'y a pas d'impact sur la santé dans le monde entier.

MARC FAUVELLE
Mais la question de Salhia est justifiée, si le rapport de l'ANSES en mars prochain nous dit : non, finalement, ce n'est pas bon, on rend l'argent des fréquences, on annule l'attribution et l'argent qui aura été versé à l'Etat ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais ce n'est pas le sujet, le rapport de l'ANSES, il revient chaque année, il est fait chaque année…

SALHIA BRAKHLIA
En mars…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il est rendu chaque année en mars, et depuis quinze ans, et il fait le point sur les nouvelles informations. Donc à ce stade, ce qu'on sait sur la base de 28.000 études, sur la base d'un déploiement dans 22 pays, dont des pays qui ont à coeur la santé de leurs concitoyens, les pays scandinaves, le Japon, pour prendre ces exemples qui sont cités souvent comme des modèles, c'est qu'il n'y a pas d'impact sur la santé des ondes, c'est ce qu'ils écrivent, moi, je ne suis pas médecin, je lis ces 28.000 études. Ça, c'est le premier point, l'environnement…

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas que la santé qui inquiète les détracteurs, il y a également la consommation, l'augmentation de la consommation d'énergie…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, sur l'environnement, c'est une très bonne question, puisque nous, nous avons un plan d'action pour réduire l'impact des réseaux numériques sur l'environnement, c'est-à-dire que l'engagement que j'avais pris quand j'étais en charge de ce sujet, et j'ai passé le témoin à Cédric O, mais bien sûr, il continue, c'était que nos émissions de CO2 en 2025 soient au même niveau que 2020, et comment on fait ça, en fait, chaque technologie améliore, est plus frugale d'un point de vue énergétique, donc vous avez une diminution à chaque vague…

MARC FAUVELLE
Sauf que parfois, les usages changent, quand ça va plus vite, on peut être tenté de télécharger davantage…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, et donc, vous avez complètement raison, et à chaque changement de génération, la quantité de data échangée augmente, et c'est la balance entre les deux, quantité que multiplie moindre consommation énergétique, qui vous donne l'empreinte énergique. Et nous, nous sommes confiants sur notre capacité, en changeant un certain nombre de technologies, parce que vous avez encore le cuivre qui est extrêmement consommateur par exemple de CO2, d'arriver en 2025 à une empreinte des réseaux qui soit équivalente à 2020. Il y a le sujet de l'usage et le sujet de ce petit appareil…

SALHIA BRAKHLIA
Qu'il va falloir changer, renouveler…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui lui est particulièrement consommateur…

MARC FAUVELLE
Petit appareil, je précise pour les auditeurs de France Info, c'est un téléphone, un Smartphone, que vous avez posé devant vous, il est éteint évidemment.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un téléphone. Evidemment. Ce petit appareil-là, c'est la question de l'obsolescence qu'il va falloir travailler, je rappelle que la France…

SALHIA BRAKHLIA
Les Français vont devoir renouveler leur téléphone portable pour qu'ils puissent avoir accès à la 5G, donc là aussi, ça aussi, ça compte.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien sûr, ça compte, mais la 5G, c'est avant tout une technologie qui va changer les choses dans le monde industriel, et là, on ne change pas son téléphone portable, on crée de l'emploi, ça n'a pas grand-chose à voir. En revanche, le vrai combat qu'il faut mener, c'est celui de l'obsolescence programmée, c'est ce gouvernement qui a, je le rappelle, fait la première amende à l'encontre d'APPLE, pas sur un sujet d'obsolescence programmée, d'un pur point de vue juridique, mais qui n'en était pas très éloigné.

MARC FAUVELLE
Il y a une autre proposition de la Convention citoyenne pour le climat, Agnès PANNIER-RUNACHER, qui serait de taxer les compagnies aériennes avec une écotaxe qui serait d'un montant allant de 30 euros pour les vols les plus courts jusqu'à 400 euros pour la classe affaires ; est-ce que vous y êtes favorable ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, je m'inscris complètement dans la position exprimée par Bruno LE MAIRE, qui est le ministre de l'Economie, des finances et de la relance…

MARC FAUVELLE
Donc contre la Convention citoyenne…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui une telle taxe mettrait par terre toute l'aviation française sans corriger le problème au niveau européen. Et donc…

MARC FAUVELLE
Alors, est-ce que vous allez me dire qu'on a mal lu les conclusions de la Convention citoyenne sur le climat sur ce point, ou est-ce que vous nous dites très clairement que cette mesure-là, elle fait partie de celles qui désormais sont exclues par le gouvernement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, cette mesure-là…

MARC FAUVELLE
Donc on a mal lu encore les résultats de la Convention, ce qui est une autre hypothèse…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ce n'est pas le sujet. Cette mesure-là, nous, notre conviction, c'est qu'il faut porter ces combats au niveau européen, il faut porter ces combats au niveau européen.

MARC FAUVELLE
Quand on dit ça, généralement, c'est qu'on ne va pas le faire tout de suite.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah, ça, ce n'est pas vrai, je prends le plastique, en 18 mois, on a sorti une directive plastique, ça n'était jamais arrivé. Vous avez beaucoup de détracteurs qui n'ont pas fait grand-chose quand ils étaient fonction…

SALHIA BRAKHLIA
Alors pourquoi avoir dit oui à la Convention citoyenne…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et le plastique, et un certain nombre d'autres avancées majeures en matière environnementale a été fait par ce gouvernement au niveau national et au niveau européen.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, pourquoi avoir dit oui à la Convention citoyenne, le président a dit oui : je vais tenir mes promesses, et là, depuis tout à l'heure, vous nous dites l'inverse sur deux sujets différents.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Peut-être aussi qu'il y a beaucoup de propositions sur lesquelles on est parfaitement d'accord, et je rappelle que la Convention citoyenne, ce sont des propositions qui font ensuite l'objet d'une discussion, sur laquelle on peut proposer…

SALHIA BRAKHLIA
Le président avait dit oui…

AGNES PANNIER-RUNACHER
On peut proposer des alternatives. C'est-à-dire, dire : attendez, sur le trafic aérien, oui, vous avez raison, c'est polluant, mais nous, on vous fait une contre-proposition, ça s'appelle le débat public. Et je pense que c'est très bienvenu sur ces sujets-là…

SALHIA BRAKHLIA
Donc ce n'était pas un oui ferme.

MARC FAUVELLE
C'était un oui sous conditions.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est oui d'efficacité. C'est : prenons les sujets…

MARC FAUVELLE
Mais plus tard, un oui, mais plus tard.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, pas plus tard, parce que c'est maintenant, il y a un projet de loi qui est en cours de préparation sur lequel travaille Barbara POMPILI, simplement, de dire : vous avez tel objectif, vous nous faites telle proposition, nous avons une contre-proposition pour atteindre votre objectif sans perdre de l'emploi et sans être les seuls en Europe à le faire avec d'autres qui vont continuer à polluer, je pense que c'est la bonne démarche, je vous donne un chiffre, si vous me permettez, en vingt ans, la France a diminué ses émissions de carbone de 20%, elle a augmenté son empreinte carbone de 11%. Pourquoi, parce qu'elle a diminué la part de ce qu'elle fabriquait en France, elle a augmenté les exportations de pays qui sont beaucoup plus émetteurs de carbone, est-ce que ça, c'est gagnant-gagnant ? Je ne le crois pas. L'enjeu aujourd'hui, c'est de faire mieux en France plutôt que de faire venir et d'être ouvert à la concurrence de produits qui sont moins disant environnementalement.

(…)

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, sur les 50.000 contrôles effectués suite aux mesures décidées par le gouvernement, on a découvert que les fraudes au chômage partiel dépassaient les 200 millions d'euros, 225 millions, c'est le chiffre définitif, ou il y a eu d'autres contrôles depuis ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, les contrôles vont se poursuivre, et par construction des contrôles ramènent de nouvelles informations.

MARC FAUVELLE
Ça vous a surpris ce montant ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, parce que c'est très faible par rapport au montant qui a été distribué, qui est de plus d'une dizaine de milliards d'euros…

MARC FAUVELLE
Mais on est seulement sur 50.000 entreprises.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais on est sur du contrôle qui est ciblé, c'est-à-dire qu'un contrôleur c'est quelqu'un qui est expérimenté et qui va plutôt aller regarder là où il y a des indices de fraude possible, donc en règle générale un contrôle ramène plus que si vous le faisiez complètement au hasard. Moi, ce que je remarque, c'est qu'il y a une majorité d'entreprises, dans les contrôles que nous avons faits, qui respectent la loi, ça c'est la première chose. La deuxième chose c'est que les entreprises qui ne respectent la loi c'est absolument révoltant, révoltant parce qu'on est dans un moment, je l'ai déjà dit, de crise, qui est particulièrement marqué, on a tendance à l'oublier, puisqu'on est dans le cours des choses, mais la baisse du PIB que nous allons avoir, la richesse de notre pays, cette année, c'est de l'ordre de 10%, 10% ça ne s'est jamais vu depuis que l'Institut national de la statistique existe. Donc, il y a une responsabilité à avoir dans les entreprises. Les entreprises, celles qui fonctionnent, elles doivent jouer le jeu, c'est insupportable qu'elles ne le jouent pas.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, les 225 millions d'euros, vous les avez récupérés ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On en a récupéré pour le moment une moitié, et on continue à émettre les avis pour pouvoir récupérer le reste.

MARC FAUVELLE
Avec des intérêts ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous avez effectivement tout un système, lorsque vous êtes contrôlé, avec des intérêts qui sont définis légalement, de retard, etc., donc de ce point de vue là c'est assez bien fait en France.

MARC FAUVELLE
Un mot sur votre collègue de bureau, voisin à Bercy, Bruno LE MAIRE qui a été diagnostiqué positif au Covid, comment va-t-il ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, il va bien, un petit peu fatigué quand même, mais il continue à être très investi puisqu'il n'a remis en cause aucune de ses réunions hier, il les fait en visio, ou au téléphone, j'étais en réunion avec lui notamment sur les dossiers de restructuration hier.

MARC FAUVELLE
Vous avez pris des mesures particulières pour éviter que Bercy ne se transforme en cluster ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On a pris les mesures qu'on prend lorsqu'on a un Covid+, c'est-à-dire on a tracé les cas contacts, on a isolé les cas contacts…

MARC FAUVELLE
Vous êtes cas contact de Bruno LE MAIRE ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je ne le suis pas, je ne suis pas cas contact. J'ai été cas contact il y a trois semaines d'une personne…

MARC FAUVELLE
On ne peut pas être cas contact de tout le monde non plus !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Lors d'un déplacement, mais là je n'étais pas cas contact, je ne l'avais pas vu depuis le début de la semaine, donc effectivement je l'ai appris avec un peu de… j'étais vraiment embêtée pour lui, parce que c'est très désagréable, mais on a pris toutes les mesures nécessaires.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, Jean-Michel BLANQUER exige une tenue républicaine à l'école, c'est quoi une tenue républicaine ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors moi je fais partie de ces gens qui ont un attachement à l'école très important et qui estiment que quand on va à l'école il faut une tenue qui montre que c'est pas comme quand on va chez les copains, ou pas comme quand on va en soirée.

SALHIA BRAKHLIA
C'est-à-dire, on ne met pas de jupe, on ne met pas de short ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On pourrait dire une tenue sobre, décente, après ça peut être un jean et un tee-shirt, qui est l'uniforme des adolescents aujourd'hui, mais c'est juste de se dire que c'est ni troué, ni sale, ni revendicatif d'une manière ou d'une autre, parce qu'on est dans un lieu de…

SALHIA BRAKHLIA
Là ce qui pose problème c'est les tee-shirts où on voit les nombrils. Vous qui avez des ados, est-ce que vous leur dites, à vos filles par exemple, pas de crop top à l'école ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je n'en n'ai qu'une de fille, je me suis passé le film de l'année dernière, et je crains bien qu'elle soit allée à l'école avec un crop top…

MARC FAUVELLE
Ah ! Donc elle a désobéi à la consigne de Jean-Michel BLANQUER, qui n'était pas encore formulée à l'époque.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas que Jean-Michel BLANQUER ait fait très exactement une liste des vêtements qu'on peut porter ou pas porter. Franchement, il faut faire preuve de calme sur ce sujet-là, enfin de bon sens. Moi ce qui me gêne, le vrai truc qui me gêne là-dedans, c'est le fait que la consigne porte plus sur les filles que sur les garçons, parce que ça c'est, c'est totalement décalé, c'est-à-dire que, la tenue décente, ça vaut pour tout le monde, on sait très bien ce que c'est une tenue décente, c'est-à-dire quand on va voir tante ROBERTE, en règle générale, on ne s'habille pas de la même façon que quand on va aller fêter ses 16 ans avec ses copains, on le sait tous, et de se dire qu'on s'habille plus que quand on va voir tante Roberte, quand on va à l'école, que quand on va faire la fête avec ses copains, me paraît de bon sens. Ensuite, ça se fait à chaque…

MARC FAUVELLE
Et pourtant vous nous dites que même votre fille l'an dernier en a sans doute porté.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je pense que son crop top était très élégant, et très bien…

MARC FAUVELLE
Pour aller au lycée, ou au collège.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, elle a 18 ans ma fille…

MARC FAUVELLE
Donc au lycée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle était au lycée, elle était même déjà en université.

MARC FAUVELLE
Comme quoi ce n'est pas si évident que ça de leur expliquer.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle, elle n'est pas du tout d'accord avec moi, évidemment, évidemment.

MARC FAUVELLE
Oui, au final elle porte ce qu'elle veut.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Elle a 18 ans, donc elle est majeure, donc effectivement elle porte ce qu'elle veut aujourd'hui.

SALHIA BRAKHLIA
L'an dernier elle en avait 17.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et l'année dernière elle en avait 17, et effectivement quand elle allait à l'école, enfin en l'occurrence elle était à l'université l'année dernière, déjà, mais elle avait quand même une attitude respectueuse des institutions, au sens où elle ne s'habillait pas du tout de la même manière, je peux vous dire, pour aller en soirée et pour aller à l'école.

MARC FAUVELLE
Vous les entendez ces jeunes filles qui disent ce n'est pas notre façon d'habiller qu'il faut changer, mais c'est le regard qu'on porte sur nous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais bien sûr que je les entends, c'est ce que je viens de vous dire, c'est-à-dire ce qui est désagréable c'est qu'ensuite on juge les personnes sur la façon dont elles sont habillées, après, attention à se dire aussi que certaines personnes sont victimes de projections sociales, c'est-à-dire que lorsque vous êtes dans la course aux mini-shorts et aux mini-crop tops, vous êtes aussi sous une pression sociale, c'est la même pression sociale qui joue pour vous effacer en vous habillant un peu trop long et en cachant tout ce qui dépasse, que la pression sociale qui vous pousse à vous habiller au plus court et au plus visible, au plus…avec le plus d'impact. Le principe de l'école c'est, au fond, de se dire que les gens valent par leur esprit, ce qu'ils apportent et leur humanité, et pas par ce qu'ils portent sur leur dos, et je pense que c'est une approche qui me paraît très raisonnable, et j'accepte d'être un peu « vieux con » sur ce sujet-là.

MARC FAUVELLE
Ah ! Merci à vous, Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de l'Industrie, et favorable, donc, à la tenue républicaine, pour les garçons et les filles de ce pays.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Républicaine, ou sobre.

MARC FAUVELLE
Merci à vous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et pour les garçons.

MARC FAUVELLE
Et pour les garçons, on l'avait compris, merci, très bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2020