Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France Info le 6 octobre 2020, sur la relance économique, le projet de fusion entre Suez et Veolia, la publicité, la lutte contre la pauvreté et la 5G.

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Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Il y a un mois vous présentiez un plan de relance à 100 milliards d'euros pour « réveiller » l'économie française, est-ce que la reprise est là aujourd'hui ou est-ce qu'elle est encore plombée par la crise sanitaire ?

BRUNO LE MAIRE
Non, la reprise est là, il n'y a pas de crise sanitaire qui plombe… ça plombe le moral, ça oui, on est tous affectés par cette crise sanitaire, mais l'économie a bien redémarré, en juillet, en août, la consommation a été importante. Vous avez des secteurs qui redémarrent très bien, je pense au bâtiment, je pense aux travaux publics, je pense à l'industrie agroalimentaire, donc oui la reprise est là, et le plan de relance vise à accélérer cette reprise et à faire en sorte que nous sortions, d'ici 2022, avec le même niveau de croissance que celui que nous avions avant la crise. Donc, je ne veux pas que les discours pessimistes, obscurs, l'emportent sur la réalité de l'économie française, elle redresse la tête, nous sommes dans la bonne direction et nous tiendrons notre engagement, retrouver en 2022 le même niveau de croissance qu'en 2019.

MARC FAUVELLE
On tourne à plein régime en ce moment ou on est à, quoi, 80, 90% ?

BRUNO LE MAIRE
Non, on ne tourne pas à plein régime, et puis il y a des secteurs qui sont très durement touchés, évidemment, je pense à l'hôtellerie, à la restauration, à tous les secteurs…

MARC FAUVELLE
On va en parler.

BRUNO LE MAIRE
On va évidemment en parler ; je pense à un secteur qui me préoccupe beaucoup, qui est le secteur de l'aéronautique, quand je m'oppose à ce qu'on mette de nouvelles taxes sur le transport aérien c'est tout simplement parce qu'aujourd'hui le secteur aéronautique prend la crise de plein fouet. Il y a très peu de vols, il n'y a quasiment pas de commandes d'avions, j'ai eu hier le président d'AIRBUS au téléphone, on cherche à trouver un accord, et je sais qu'il travaille beaucoup pour qu'il y ait un accord avec les salariés d'AIRBUS et qu'il n'y ait pas de départs contraints, je le remercie de tout le travail qu'il fait, mais on a devant nous des perspectives de transport aérien qui sont très sombres, donc tout un secteur, avec les PME qui sont à Toulouse, en Normandie et ailleurs, qui sont très durement touchées, nous les accompagnons, nous sommes à leurs côtés, donc il y a des secteurs qui sont très durement touchés, mais, au total, l'économie française commence à se redresser.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a des secteurs qui vont mal Bruno LE MAIRE, est-ce que votre plan de relance, alors, est toujours suffisant, ou alors il faut l'ajuster avec la situation qui évolue ?

BRUNO LE MAIRE
Ce serait un peu bizarre d'ajuster un plan avant même de l'avoir totalement développé. On a commencé à mettre en oeuvre, immédiatement, un certain nombre de mesures. Toutes les mesures, qui sont pour l'emploi des jeunes, pour l'emploi des apprentis, elles sont déjà disponibles, un chef d'entreprise qui nous écoute aujourd'hui, je lui dis « voilà, vous embauchez un jeune jusqu'à 26 ans en CDI, vous avez 4000 euros de prime », « vous embauchez un apprenti, vous avez également une prime. » Donc, toute une série de mesures, par exemple sur le soutien au secteur automobile, sont déjà en vigueur. D'autres vont rentrer en vigueur, je pense à MaPrimeRénov' pour la rénovation énergétique des bâtiments, je pense à la rénovation énergétique des bâtiments publics, donc vague par vague nous soutenons l'économie française, avec une fois encore cet objectif de retrouver le même niveau de croissance. Donc, on ne va pas commencer, alors que nous sommes en train de déployer le plan, à immédiatement le changer. Il faut arrêter avec cette manie française, où tous les quatre matins on change d'avis, je pense que la France a besoin de stratégie, de constance et de détermination.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, il y a un secteur qui est durement touché en ce moment, vous en avez parlé, début, depuis ce matin les bars sont fermés dans quatre départements en région parisienne, et à Marseille aussi, les restaurants peuvent rester ouverts, mais sous condition de respecter un protocole sanitaire renforcé. Est-ce que vous comprenez le désarroi des professionnels de la restauration de ce secteur-là, qui disent « on prend pour tout le monde » ?

BRUNO LE MAIRE
Ah, mais je ne le comprends pas, ce n'est pas que je le comprends, c'est que je le partage, je le partage, j'ai beaucoup d'amis restaurateurs, je discute avec eux…

SALHIA BRAKHLIA
Ils prennent pour tout le monde ?

BRUNO LE MAIRE
Ils ne prennent pas pour tout le monde, mais ils prennent très cher, et c'est très douloureux humainement, parce qu'un restaurateur qui a pris la première crise, qui s'est adapté, qui a acheté des vitres en plexiglas, qui a modifié sa carte, qui a acheté du gel, qui a acheté des masques, qui a formé ses salariés, et qui se reprend cette deuxième vague, il y a quelque chose de désespérant, je pense qu'il faut comprendre au plus profond de soi-même le désarroi, voire le désespoir d'un certain nombre de restaurateurs. Quand vous avez fait beaucoup d'efforts et qu'il faut faire à nouveau des efforts, c'est très dur. Mais d'abord je veux saluer l'esprit de responsabilité des restaurateurs, qui ont adopté une nouvelle charte, avec des nouvelles règles sanitaires, qui vont leur permettre de rester ouverts, et je veux leur dire, ensuite, nous continuerons à être à vos côtés.

SALHIA BRAKHLIA
Comment ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a un fonds de solidarité, on voit le renforcer. Je vois bien, aujourd'hui il est limité aux entreprises jusqu'à 20 salariés, il faut voir si on ne peut pas augmenter ce seuil, on y réfléchit avec…

MARC FAUVELLE
C'est une de leurs revendications, en disant pourquoi à 21 on n'a plus rien, alors qu'à 20 on touche les aides ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est une juste revendication, et en règle générale ce gouvernement a l'habitude de répondre positivement aux justes revendications…

MARC FAUVELLE
Ça il est possible que ça change ?

BRUNO LE MAIRE
J'y travaille avec Jean CASTEX, et avec le Premier ministre, dès la semaine prochaine, nous allons présenter un nouveau seuil, et nous verrons quelle sera ce seuil. Deuxième chose, on me dit « on ne peut avoir accès à ce fonds de solidarité que si on est fermé », c'est normal, ou que "si on a perdu 80% de son chiffre d'affaire, c'est trop 80, essayez de baisser ce seuil." Je proposerai aussi, au Premier ministre, que nous baissions ce seuil, je pense que là aussi c'est une question de justice.

SALHIA BRAKHLIA
A combien ?

BRUNO LE MAIRE
On va en discuter avec Jean CASTEX, tout ça doit se faire de manière collective, en écoutant chacun. J'aurai l'occasion dès cet après-midi de revoir à nouveau les responsables du secteur pour en discuter avec eux, faire des propositions au Premier ministre, et dès la semaine prochaine, au moment du comité interministériel sur le tourisme, le Premier ministre présentera les dernières décisions. Enfin, il y a un autre point qui est très important, c'est qu'il y a d'autres secteurs qui sont ceux dont on parle moins, parce qu'ils sont à côté de la crise, mais pourtant ils la prennent de plein fouet, je pense à tout le secteur de l'événementiel, je pense aux fleuristes, aujourd'hui vous commandez moins de fleurs, je pense aux graphistes, il n'y a plus de cartons pour inviter à un mariage, ils prennent la crise de plein fouet, je pense aux photographes, aujourd'hui les fêtes où on invite des photographes il n'y en n'a plus beaucoup. Moi je souhaite que nous puissions inclure toutes ces professions dans le fonds de solidarité, aujourd'hui elles ne sont pas dedans, je pense qu'il serait juste qu'elles soient dans ce fonds de solidarité et qu'elles puissent en bénéficier.

MARC FAUVELLE
Et donc qu'elles puissent toucher jusque 10.000 euros… cessation d'activité…

BRUNO LE MAIRE
Qu'elles puissent toucher, je rappelle, jusqu'à 10.000 euros par mois, et ce sont des sommes qui sont immédiatement disponibles, elles sont gérées par la Direction générale des finances publiques, vous avez uniquement à vous inscrire sur le site, c'est purement déclaratoire, il n' a aucune autre formalité, donc l'Etat a toujours été au rendez-vous pour soutenir les indépendants, les entrepreneurs, les très petites entreprises, les restaurateurs, les bars, il sera toujours au rendez-vous, c'est l'engagement que je prends ce matin, il sera toujours au rendez.

MARC FAUVELLE
Pour toutes ces professions vous venez de citer Bruno LE MAIRE, et qui s'inquiètent pour leur avenir, les annonces c'est quand ?

BRUNO LE MAIRE
Dès la semaine prochaine…

MARC FAUVELLE
Dès la semaine prochaine ?

BRUNO LE MAIRE
Enfin, vous voyez que nous, on aborde ça de manière très ouverte, comme ministre de l'Economie j'aborde ça de manière très ouverte avec un souci de justice et de protection, et les annonces précises, dans les directions que j'ai indiquées, seront faites par le Premier ministre en début de semaine prochaine.

MARC FAUVELLE
Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie, avec nous jusqu'à 9h00 sur France Info, on va parler dans quelques instant, si vous voulez bien, de la bataille qui oppose depuis plusieurs semaines deux grands groupes français, SUEZ et VEOLIA, les Français ont parfois du mal à comprendre les enjeux exacts de ce qui se passe entre ces groupes, vous nous direz ce que vous pouvez faire, si on peut empêcher ce mariage, s'il est bon pour ces entreprises, et puis tout simplement, pour les Français, qui payent chaque mois également une facture d'eau et qui sont peut-être un tout petit peu concernés par ce qui se passe en ce moment.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie. Avant d'évoquer la bataille SUEZ/ VEOLIA, un mot sur les PME, on n'en n'a pas parlé Bruno LE MAIRE, et c'est important, elles sont très nombreuses à se demander si elles vont pouvoir tout simplement tenir le coup, amortir le choc de la crise. Là aussi, est-ce que tout est sur la table pour elles, ou est-ce qu'elles peuvent attendre de nouvelles mesures ?

BRUNO LE MAIRE
Elles auront de nouvelles mesures dans le projet de loi de finances. Le plan de relance est un plan pour les PME, en priorité, c'est elles qui sont le plus touchées, donc nous voulons compléter le plan de relance avec des nouvelles mesures pour les PME, elles ont été proposées par le rapporteur général Laurent SAINT-MARTIN, c'est d'excellentes propositions. La première c'est de dire l'impôt sur les sociétés à taux réduit, 15 %, aujourd'hui il est réservé aux PME jusqu'à 7,6 millions d'euros de chiffre d'affaires, on nous propose, Laurent SAINT-MARTIN et un certain nombre de députés, de relever ce plafond à 10 millions d'euros, c'est oui. Deuxième proposition, l'impôt sur le revenu, vous pouvez le réduire jusqu'à 10.000 euros quand vous investissez dans les PME, ce dispositif, qui est très efficace, il s'arrête le 31 décembre 2020, les parlementaires, dont Laurent SAINT-MARTIN, nous proposent de prolonger cette mesure, hier PME, jusqu'au 31 décembre 2021, la réponse est une nouvelle fois oui. Tout ce qui permet de soutenir les PME nous le soutiendrons, donc l'impôt sur les sociétés à taux réduit sera élargi à un plus grand nombre de PME, et le dispositif de réduction de l'impôt sur le revenu, quand on investit dans les PME, sera prolongé au minimum jusqu'au 31 décembre 2021.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, depuis un mois VEOLIA et SUEZ, les deux plus grandes entreprises dans le domaine du traitement des eaux et des déchets, se déchirent sur la place publique, VEOLIA veut racheter SUEZ, qui refuse de se laisser faire. Est-ce qu'on peut marier, de force, deux entreprises dont l'une dit non, tout simplement ?

BRUNO LE MAIRE
Les mariages de force, je vous le dis, je n'y crois pas, je pense que ça ne marche pas, ça ne marche pas dans la vie et ça ne marche pas non plus dans la vie des affaires, donc la position de l'Etat elle a été constante, il faut un accord amiable entre SUEZ et VEOLIA. Je pense qu'un accord amiable était possible, nous y avons travaillé, depuis des jours, avec l'ensemble des responsables, de SUEZ, de VEOLIA, d'ENGIE qui cédait sa participation, je pense que nous étions à quelques centimètres d'un accord. Nous nous sommes heurtés à l'intransigeance des uns et à la précipitation des autres, je le regrette. Et ma position reste la même, et la position de l'Etat reste la même, cette opération ne fonctionnera pas s'il n'y a pas d'accord amiable entre SUEZ et VEOLIA. Donc je souhaite, et d'ailleurs le président de VEOLIA l'a déjà indiqué, je souhaite que les discussions reprennent tout de suite, entre SUEZ et VEOLIA, pour trouver un accord amiable…

MARC FAUVELLE
Vous êtes prêt à les organiser ces discussions, aujourd'hui, entre ces deux patrons et ces deux entreprises, qui s'insultent même parfois à coups de communiqués de presse ou de campagnes de publicité dans la presse ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat n'a pas ménagé ses efforts pour essayer de bâtir cet accord amiable, et, je le redis, nous y avons passé tout le week-end, nous étions à quelques centimètres de cet accord, c'est d'autant plus regrettable qu'on ait cédé à la précipitation, ça ne coûtait rien de se donner un peu plus de temps. C'est très regrettable, aussi, que du côté de SUEZ il y ait eu beaucoup d'intransigeance dans les positions. Donc l'intransigeance des uns, la précipitation des autres, a donné ce résultat, qui est regrettable, l'Etat, lui, a été cohérent de bout en bout. Les entreprises défendent l'intérêt privé, nous défendons l'intérêt général. Et l'intérêt général des Français, l'intérêt général des salariés, l'intérêt général de l'industrie, c'est que deux champions de cette taille-là, de cette réputation-là, qui ont cette histoire en France, SUEZ et VEOLIA, s'entendent et trouvent un accord amiable. Je ne relâcherai jamais la pression pour que nous parvenions à cet accord amiable.

MARC FAUVELLE
Si SUEZ et VEOLIA se marient, enfin ou s'il l'un rachète l'autre, le nouveau groupe sera en situation de quasi-monopole sur le marché de l'eau en France, il contrôlera 60 % de l'eau, est-ce que les Français doivent s'attendre à ce que leur facture augmente à partir du moment où il n'y aura plus de concurrence ?

BRUNO LE MAIRE
Mais l'intérêt général c'est quoi, et l'intérêt de la nation française, qui est celui que nous défendons, nous Etat, c'est quoi ? C'est qu'il y ait deux champions industriels, pas un monopole, deux, parce qu'il y aura concurrence et donc il y aura des meilleurs prix. Le deuxième intérêt, pour la nation française, c'est qu'il y ait effectivement un champion de classe internationale, dans le domaine du traitement des déchets et des eaux, qui peut être VEOLIA. Enfin, le troisième intérêt, surtout en période de crise actuelle, Marc FAUVELLE, c'est que l'emploi soit préservé, c'est qu'il n'y ait pas un emploi supprimé dans cette opération, voilà ce que j'ai toujours défendu depuis le premier jour, voilà pourquoi l'Etat a voté « non », hier, au conseil d'administration d'ENGIE, parce que la cohérence et la stabilité de l'Etat c'est de tenir sa position d'intérêt général…

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors c'est un camouflet pour l'Etat ce qui s'est passé hier soir.

BRUNO LE MAIRE
Il n'y avait aucune raison de se précipiter, on s'est précipité, l'Etat a donc exprimé sa position, les conditions n'étaient pas réunies pour que l'opération se fasse dans les meilleures conditions, la condition pour que ça se fasse dans de bonnes conditions, c'est un accord amiable.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, est-ce qu'il faut interdire les OPA en période de crise ? C'est une proposition de Pierre PERSON, député LREM.

BRUNO LE MAIRE
Je pense surtout que les OPA hostiles appartiennent à un capitalisme dépassé. Enfin, tout ce que nous essayons de construire, avec le président de la République, depuis maintenant près de 4 ans, c'est un autre capitalisme, et on voit bien qu'il se heurte parfois à des réserves, à des réticences, pour ne pas dire à de l'hostilité, dans lequel les entreprises arrivent à trouver des accords, dans lequel on préserve les intérêts des salariés, dans lequel on écoute davantage les salariés dans ce qu'ils ont à dire sur l'avenir de leur entreprise, les salariés de SUEZ ont exprimé des choses sur l'avenir de leur entreprise, il faut les écouter, il faut les respecter, donc c'est ça capitaliste que nous voulons construire, et dans ce capitalisme-là, les OPA hostiles n'ont de toute façon pas leur place.

MARC FAUVELLE
Et donc, pour conclure sur le dossier SUEZ/ VEOLIA, une fois que cet entretien est terminé, vous prenez votre téléphone, vous rappeler les deux patrons, vous leur demandez de se réunir dans la même pièce, vous les enfermez jusqu'à ce qu'il y ait une décision commune ?

BRUNO LE MAIRE
Non. Je vais vous dire, Marc FAUVELLE, je vous parle avec ma franchise habituelle, j'ai beaucoup donné, j'ai beaucoup donné dans cette affaire, mais je pense surtout aux 65 millions de Français qui s'inquiètent pour leur emploi, pour leur usine, pour leur café, pour leur restaurant, donc je vais m'occuper des Français.

MARC FAUVELLE
Et tant pis pour SUEZ et VEOLIA, en tout cas tant pis pour leurs patrons.

BRUNO LE MAIRE
Mais, SUEZ et VEOLIA doivent, maintenant, trouver un accord, et croyez-moi, quand je dis qu'un accord amiable était nécessaire pour le succès de cette opération, je vous le redis, il ne peut pas y avoir de succès, dans une opération industrielle de ce genre, sans entente entre les deux parties, maintenant c'est à elles de trouver la voie de l'entente.

MARC FAUVELLE
Il y a un débat en ce moment à l'Assemblée nationale, et dans les propres rangs de La République en marche, Bruno LE MAIRE, sur l'intérêt de limiter ou d'interdire certaines publicités, notamment des publicités qui vantent les produits les plus polluants, la question étant de savoir ce qu'on met derrière cette étiquette évidemment de produits polluants, c'est ce que prône notamment le WWF, dont la présidente Isabelle AUTISSIER, était ce matin sur France Info.

ISABELLE AUTISSIER, PRESIDENTE DU WWF
Je crois franchement que la publicité nous vend tellement ces voitures comme étant formidables et merveilleuses, qu'on peut facilement se laisser avoir. Sur l'alimentation, ou sur le vin, on a considéré qu'il fallait mettre un message pour dire aux gens "attention", eh bien là je pense que, a minima, il faudrait, a minima, mettre un message pour dire aux gens « attention. »

MARC FAUVELLE
On a une loi Evin pour interdire, ou en tout cas encadrer la vente d'alcool en France, il faut faire la même chose par exemple pour les SUV, les voitures les plus polluantes ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je suis tout à fait d'accord avec la position exprimée par Isabelle AUTISSIER, parce que c'est une position raisonnable, une position mesurée. Vous avez le choix entre interdire ou informer, et dans le fond c'est aussi le choix de l'écologie que nous voulons…

SALHIA BRAKHLIA
Elle dit aussi il faut limiter.

BRUNO LE MAIRE
Est-ce qu'on interdit toute publicité, ou est-ce qu'on informe le consommateur ? Moi comme je crois à l'intelligence des Français, je pense qu'il faut informer le consommateur, lui dire « voilà, vous voulez acheter un SUV, voilà le niveau de pollution », et j'ai proposé que l'on indique très clairement le niveau de pollution de certains véhicules, et je suis convaincu que si on informe très clairement les Français sur les dommages que causent à l'environnement certains véhicules très polluants, ils changeront leurs habitudes de consommation. Il y a une autre voie, à laquelle je suis totalement opposé, chacun le sait, c'est la voie de l'interdiction systématique, où on interdit aux Français de faire ceci, on interdit aux Français de faire cela, je ne pense pas que dans une démocratie responsable et mature, comme la démocratie française, ce soit la meilleure façon de faire progresser l'écologie, parce que je connais suffisamment le caractère de nos compatriotes pour savoir que si vous leur interdisait, « faites pas ci, faites pas ça », eh bien nos compatriotes vont dire, "ah, vous me dites de ne pas faire ceci ou de ne pas faire cela, eh bien je vais le faire."

MARC FAUVELLE
Le Gaulois est réfractaire à la publicité.

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas une question de Gaulois réfractaire, ce n'est pas mes mots, je dis simplement que le peuple français est suffisamment adulte pour que sur la base de l'information, il le fait avec ses applications quand il va commencer dans les magasins…

SALHIA BRAKHLIA
Après les Français savent que les SUV sont polluants, est-ce qu'il y a un besoin d'un message ?

BRUNO LE MAIRE
Un message beaucoup plus clair, oui, sur les émissions de CO2, pour dire voilà tel véhicule c'est 160, 180, 200 grammes d'émissions de CO2, et voilà en quoi ça abîme la planète.

SALHIA BRAKHLIA
Il faut être plus précis.

BRUNO LE MAIRE
…des informations plus claires peuvent être extrêmement utiles pour garantir qu'on lutte plus rapidement contre le réchauffement climatique.

MARC FAUVELLE
Si on le fait pour les voitures, on le fait également pour les autres produits qui polluent ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'y a aucune raison qu'on ne le fasse que pour les voitures. Pourquoi est-ce qu'on stigmatiserait…

MARC FAUVELLE
Les voyages en avion, l'Office de tourisme de la Martinique qui communique, on dit "attention, c'est beaucoup de CO2 pour aller là-bas" ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que ça peut être une des voies très intéressantes que d'informer davantage sur les émissions de CO2 des actes de consommation que chacun nous produisons tous les jours. D'ailleurs, dans le projet de loi de finances, dans les discussions que nous avons avec les parlementaires, il y a ce qu'on demandera aux entreprises en matière d'émissions de CO2, qu'elles soient plus transparentes sur leurs émissions de CO2, l'information plutôt que la contrainte, le pari de l'intelligence plutôt que le pari de l'obligation, voilà ma conception de l'écologie.

(…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie. De nouvelles mesures de lutte contre la pauvreté doivent être annoncées, « l'Etat ne laissera personne au bord du chemin », c'est ce qu'a dit Jean CASTEX en fin de semaine dernière. Quels gestes sont prévus pour les plus précaires ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord je veux rappeler que nous avons fait un certain nombre de gestes pour les plus précaires, qui sont indispensables, j'en donne juste quelques-uns. L'augmentation de l'allocation de rentrée scolaire, qui coûte un demi-milliard d'euros à l'ensemble de la collectivité, c'est un geste fort pour les plus modestes, la réduction du ticket universitaire de, un peu plus de 3 euros à 1 euro, c'est une façon aussi de soutenir les étudiants, qui prennent de plein fouet, aussi, cette crise économique, donc ça a toujours été la ligne du gouvernement. Nous allons travailler sur des dispositifs complémentaires, je ne vais pas dire lesquels pour le moment, je veux simplement dire que, ma responsabilité de ministre de l'Economie et des Finances, c'est d'abord l'emploi. Vous parlez de pauvreté, le taux de pauvreté en France il reste évidemment trop élevé dans un pays aussi riche que le nôtre, près de 14%, et il est probable que la crise augmente le taux de pauvreté dans notre pays, d'où la nécessité de nouvelles mesures, je veux simplement rappeler que le taux de pauvreté des chômeurs il est de 37%, et que donc la meilleure façon de lutter contre la pauvreté, et celle pour laquelle je me bats matin, midi et soir, c'est qu'il y ait des emplois pour tous les Français. Si vous voulez mettre fin à la pauvreté en France, il faut effectivement des dispositifs spécifiques, j'y suis favorable, et nous allons y travailler, mais la meilleure réponse c'est d'emploi, c'est le travail, c'est l'activité.

SALHIA BRAKHLIA
Les nouvelles mesures on les apprendra plus tard donc ?

BRUNO LE MAIRE
On les apprendra plus tard, on y travaille avec les autres ministres qui sont concernés, mais moi mon combat pour l'emploi, pour que chacun ait un travail, pour qu'on amortisse la crise et qu'on ne se retrouve pas à un niveau de chômage qui soit trop élevé, pour moi c'est mon combat contre la pauvreté, mon combat contre le chômage est un combat contre la pauvreté.

MARC FAUVELLE
Les enchères, Bruno LE MAIRE, pour l'attribution des fréquences de la 5G ont rapporté un peu moins de 2,8 milliards d'euros aux finances publiques, à l'Etat, à nous, donc collectivement on est un peu plus riches que la semaine dernière…

BRUNO LE MAIRE
C'est toujours bon à prendre.

MARC FAUVELLE
Mais si jamais l'ANSES, l'agence sanitaire, qui doit se pencher dans quelques mois, en mars prochain, sur les éventuels dangers de la 5G sur notre santé, si jamais l'ANSES ce jour-là dit « effectivement il y a un doute, effectivement peut-être que ces fréquences sont dangereuses », vous rendrez l'argent aux opérateurs téléphoniques ?

BRUNO LE MAIRE
Nous n'en sommes pas là, on n'a pas l'avis de l'ANSES, et moi je pense qu'il est utile, voire indispensable pour la France, de rester à la pointe du développement technologique, parce que sinon demain nous serons dépendants de technologies qui sont produites aux Etats-Unis, en Chine, ou dans les autres pays européens, et pas chez nous. Ensuite qu'on regarde l'impact sur la santé, parce qu'il y a des préoccupations, c'est parfaitement légitime, je rappelle juste, mais je crois que chacun l'a compris, que la 5G, qui va être déployée d'ici quelques mois, n'est pas encore la 5G avec les nouvelles bandes MHz, beaucoup plus puissantes, qui seront la véritable 5G…

MARC FAUVELLE
C'est celle ressemble, pour l'instant, davantage au Wifi…

BRUNO LE MAIRE
Voilà, exactement.

MARC FAUVELLE
Je parle des fréquences…

BRUNO LE MAIRE
Donc ça nous laisse le temps d'avoir un débat qui soit un débat serein, où on pose les choses en regardant si effectivement il y a des risques sanitaires…

MARC FAUVELLE
Vous trouvez qu'il est serein pour l'instant ce débat, quand Emmanuel MACRON dit « ceux qui sont contre sont des Amish », vous pensez que ça pose sereinement les termes du débat ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne cesserai de plaider pour que la démocratie française ait des débats sereins, que nous soyons capables de faire preuve de sens de la nuance, le sens de la nuance a totalement disparu du débat public, donc la 5G, on est pour, on est contre, c'est formidable, ou il faut oublier, je pense qu'on peut construire un chemin dans lequel la France reste une grande puissance technologique et répond également aux préoccupations sanitaires des Français.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, des députés de la majorité proposent un allongement à 14 semaines, au lieu de 12 actuellement, du délai légal pour recourir à un avortement, est-ce que vous êtes pour ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire, très sincèrement je ne me suis pas penché sur ce débat…

SALHIA BRAKHLIA
Sur le principe ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, je ne peux pas vous répondre en 5 secondes sur une question de vie ou de mort, parce que c'est bien de ça dont il s'agit, donc je ne peux pas vous répondre aussi rapidement sur un sujet dont je n'ai pas eu l'occasion de m'occuper au cours des semaines, qui ont été très remplies, comme vous pouvez l'imaginer, par les sujets économiques.

SALHIA BRAKHLIA
Monsieur le Ministre, vous avez eu le Covid, vous avez été testé positif, vous avez été malade pendant un petit moment, aujourd'hui Donald TRUMP, le président américain, est lui aussi positif au Covid, en revanche il n'en ressort pas comme vous, c'est-à-dire que vous, vous vous en êtes ressorti diminué, lui il fanfaronne. Comment vous réagissez quand vous le voyez ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne sais pas comment est-ce qu'il en est sorti, en tout cas je souhaite à Donald TRUMP un bon rétablissement, comme à tous ceux qui sont touchés par le Covid, la seule chose que je veux redire c'est que ce virus n'est pas un virus comme les autres, qu'il faut y faire attention, et que nous sommes tous responsables de la santé de nos proches et de la santé des personnes que nous aimons, donc faisons-y attention, je pense que c'est notre responsabilité collective.

MARC FAUVELLE
Vous avez peut-être vu l'image cette nuit de Donald TRUMP regagnant la Maison-Blanche, enlevant son masque, c'est le premier geste de son retour au travail en quelque sorte, et disant aux Américains "n'ayez pas peur de ce virus." Il a raison, il ne faut pas en avoir peur ?

BRUNO LE MAIRE
Il ne faut pas avoir peur, il ne faut jamais être habité par la peur, mais il faut être responsable et comprendre, une fois encore, que ce virus n'est pas un virus comme les autres. Les Français sont inquiets, et c'est légitime qu'ils aient ces inquiétudes, ils n'ont pas des inquiétudes pour eux-mêmes, ils ont des inquiétudes pour leurs proches, c'est exactement le sentiment que j'éprouve aujourd'hui, c'est être inquiet pour mes proches, mes parents, pour les amis que je connais, pour les personnes un peu plus âgées et un peu plus fragiles, et nous devons tous nous sentir responsables de la santé de nos proches, et ça n'interdit absolument pas, contrairement à ce que j'entends dire, de vivre de travailler, de poursuivre notre activité économique. Il faut juste comprendre que tout cela durera longtemps, et pour que ce soit donc supportable, puisque que ça va durer longtemps, il faut que nous adaptions nos comportements et que nous prenions aussi les décisions économiques nécessaires. J'ai écrit hier à l'ensemble des agents du ministère de l'Economie et des Finances pour leur dire « je vous recommande, dans toute la mesure du possible, le télétravail », parce que c'est une façon de continuer l'activité économique, vitale pour la nation, du ministère de l'Economie et des Finances, tout en protégeant notre santé, donc on peut parfaitement concilier les deux, mais retirons-nous l'idée de la tête que demain, après-demain, dans 48 heures, c'est fini.

MARC FAUVELLE
Ça je crois que tout le monde l'a bien compris, effectivement.

BRUNO LE MAIRE
Tout le monde l'a compris, et je pense qu'il faut le dire avec gravité et sens des responsabilités, ça nous oblige, chacun d'entre nous, à adapter nos comportements pour continuer à avoir une vie qui soit la plus normale et la plus acceptable possible.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Très bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2020