Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur le Service de santé des armées, à Lyon-Bron le 3 octobre 2020.

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Circonstance : Baptême de la promotion Médecin-colonel Guy Charmot et présentation de l'ambition SSA 2030

Texte intégral

Monsieur le préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de Terre,
Madame la directrice centrale,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang et personnels civils de la défense,
Mesdames et messieurs,


Elèves-officiers médecins et pharmaciens de la promotion Guy Charmot,

Qu'est-ce qu'une vocation ?

Une vocation, c'est un désir ardent qui brûle au fond de vous. C'est un rêve d'enfant que vous avez eu le courage d'avoir écouté, un rêve auquel vous vous êtes accrochés, jusqu'au succès. Le chemin est encore long, mais ce soir, nous célébrons votre vocation et le sens que vous avez choisi de donner à votre vie : servir. Et le faire doublement.

Servir la France, servir les autres. Sauver vos frères et soeurs d'armes, sauver l'allié ou l'ennemi. Soigner les corps, soigner les maux de l'âme.

Je ressens beaucoup de fierté et une pointe d'émotion à vous appeler et à vous entendre être nommés "promotion Guy Charmot."  Sa vie, qui nous a été rappelée ce soir, c'est peut-être la plus belle définition de la vocation. C'est l'incarnation du mot  "servir"et de la recherche constante du sens de l'engagement, tout au long d'une vie.

Je vous souhaite de connaître cette même recherche. Que sa curiosité, son courage, et sa passion vous inspirent. Et humblement comme Guy Charmot, rappelez-vous toujours que « vous irez là où on vous dira d'aller ». Vous irez là, où les Français ont besoin de vous. Vous irez là, où vos compétences seront utiles. Vous irez là, où nos armées ne peuvent combattre sans vous.

Je souhaite aussi saluer vos frères d'armes, élèves infirmiers de l'école du personnel paramédical des armées. Vous êtes indissociables pour garantir la santé de nos militaires.

Car votre mission est essentielle et vitale pour nos armées. Il n'y a pas les armées d'un côté, le service de santé des armées de l'autre. Si le coeur de nos armées bat, c'est grâce à vous. Si les corps et les esprits de nos soldats sont prêts à partir et à repartir au combat, c'est grâce à vous. Si leur courage ne faiblit pas en opération, c'est parce qu'ils savent que vous êtes là. Tout près d'eux. Pour veiller sur eux, pour les protéger, et s'il le faut pour les sauver.

Vous faites partie de ces 14 700 femmes et hommes, civils ou militaires qui sont là au quotidien pour préparer la force, soutenir la force, conseiller le commandement : de la préparation opérationnelle du combattant jusqu'à la réinsertion du militaire blessé, vous êtes les acteurs d'une chaîne de santé opérationnelle de bout en bout.

Et parce que votre mission est essentielle, j'ai pris la décision dès mon arrivée en 2017 de mettre un terme à la réduction des effectifs du Service de Santé des Armées. C'est une décision qui a pris corps dans la loi de programmation militaire avec la ferme intention et l'objectif de toujours préserver la capacité des armées françaises à entrer en premier sur les théâtres d'opérations et d'assurer la sécurité de ces forces engagées en opérations.

Car c'est la raison d'être première de ce service. Et en cela, vous êtes parmi les garants de l'autonomie stratégique de la France : c'est grâce à votre excellence que nos forces peuvent entrer en premier sur un théâtre d'opération, grâce à votre capacité à prodiguer des soins de très haute technicité sur toutes les mers, sous toutes les mers, au milieu du désert, évidemment dans les airs… et même sur un parking d'hôpital dans l'Est de la France.

Cette excellence, elle est le fruit de 300 ans d'histoire, d'un modèle de médecine militaire forgé sous Louis XIV. Et depuis le XVIIIème siècle, vous avez été de toutes les batailles de France, de tous les combats, sur notre sol ou au loin.

Lorsque j'ai pris la tête de ce ministère, je suis allé à la rencontre de vos camarades du Service de Santé des Armées, dans les unités, dans les hôpitaux, sur les théâtres d'opération. J'ai vu leur grande valeur, leur engagement. J'ai compris leurs craintes et leurs aspirations. J'ai surtout vu et écouté ceux qui, touchés dans leur chair ou dans leur esprit, se sont relevés grâce à vous.

Et depuis 2017, avec la Ministre déléguée, Geneviève Darrieussecq, nous avons le souci constant de redonner au service de santé des armées les moyens de ses missions. Nous avons mis fin à la déflation des effectifs et nous avons pris une série de mesures pour revaloriser la solde des praticiens et du personnel paramédical. Nous y avons consacré plus de 31 millions d'euros entre 2017 et 2020, c'est un effort conséquent.

J'ai conscience que depuis 10 ans, vous êtes engagés dans une transformation permanente. Vous avez fourni des efforts considérables au cours de ces dernières années, vous avez consenti à des changements majeurs, et vous n'avez pas été les seuls. Le service de santé des armées change, nos armées changent, car notre société change, car notre hôpital change.

La crise sanitaire a souligné les forces du service de santé des armées, sa capacité à réagir rapidement et à s'adapter à une situation inédite. Les Français vous ont vu à l'oeuvre à Mulhouse, et dans le grand Est, en Corse, à Mayotte, en Guyane, en Guadeloupe, et dans nos hôpitaux. Beaucoup vous doivent leur vie. Mais vous avez aussi été présents chaque jour dans les unités, sur les théâtres d'opérations, pour protéger la santé de nos militaires.

Il fallait beaucoup de ténacité et des reins solides pour tenir la barre du Service de santé des armées dans ces conditions, alors que vous avez tous été sollicités pour venir en aide aux Français, dans une ampleur qui n'avait jamais eu de précédent. Alors je voudrais saluer le courage de la directrice centrale, non seulement au cours de cette crise, mais aussi pour son travail lors de ces trois dernières années. Madame la Directrice, merci pour votre engagement et votre constance, vous avez accompli votre mission avec beaucoup de coeur, et je ne doute pas que vous continuerez à servir avec vigueur, à mes côtés, en tant que conseillère du gouvernement pour la défense, pour apporter votre expertise si précieuse.

Nous arrivons désormais au terme du plan de transformation « SSA 2020 » qui avait été conçu dans un contexte très différent de celui que nous connaissons aujourd'hui, beaucoup plus contraint, caractérisé par des réductions d'effectifs et par la rationalisation de notre outil de santé. C'est aujourd'hui derrière nous.

Ce que nous devons faire maintenant, c'est en tirer les enseignements pour aborder les dix prochaines années en s'alignant avec l'ambition 2030 de nos armées portées par la loi de programmation militaire, et rester attentifs aux prochaines évolutions de la santé publique, notamment en ce qui concerne la réforme des études médicales.

Toute la force de votre service, c'est d'être entièrement tourné vers sa finalité opérationnelle. C'est ce qui fonde votre excellence : être toujours prêts à intervenir, dans l'urgence, dans des conditions de guerre, pour des blessures de guerre, et au plus près des forces.

Je sais aussi qu'au quotidien, les équipes médicales du SSA engagées et projetées au sein des unités de combat partagent la même vie que les soldats, marins et aviateurs. Ils compteront sur vous comme vous pourrez compter sur eux. Vous affronterez ensemble les dangers d'un théâtre de guerre.

Et je souhaiterais avoir ici une pensée pour le médecin principal Marc Laycuras, mort pour la France au Mali en 2019 et pour l'infirmier en soins généraux Quentin Le Dillau mort en service aérien commandé le 30 avril dernier.

Vous n'êtes pas des praticiens et des infirmiers comme les autres. Vous êtes militaires. Médecins et infirmiers avant tout, mais militaires aussi, et surtout.

Alors ayez bien conscience que vous êtes ici pour faire de la médecine militaire et non pas de la médecine dans les armées. Soyez en fiers.

Vous vous préparez à vivre des situations exceptionnelles, à affronter des missions difficiles, à devoir exercer parfois dans des conditions très éloignées d'un bloc opératoire tout confort d'une clinique privée ou d'un hôpital public. Les exigences du métier de militaire seront premières. Comme vos frères et soeurs d'armes, vous connaîtrez les grandeurs et les servitudes du plus bel engagement, celui au service de la France. Une France qui engage ses armées mais qui n'abandonnera jamais un soldat blessé au combat.

Et pour la défense des Français, vous devrez toujours tourner l'ensemble de vos efforts et de votre pratique vers la capacité opérationnelle de nos armées. Car le service de santé des armées, c'est la clé de voûte d'un modèle d'armée complet.

Au cours de ces dernières années, vous vous êtes ouverts vers la santé publique : c'est important. Mais ça ne doit pas faire disparaître votre identité de militaire, au contraire, embrassez-la pleinement. C'est quelque chose que nous devons rendre encore plus visible y compris dans nos hôpitaux.

Nous devons faire évoluer l'offre de soins militaires et le service dans son ensemble. Cette évolution suivra une feuille de route et pourrait se résumer à trois principes que les armées connaissent bien.

Le premier de ces principes, c'est la liberté d'action.

Et par liberté d'action, je veux dire que nous devons redéfinir les relations du service de santé des armées avec la santé publique. Et cela, tout en étant lucides : si la santé publique peut faire sans nous, sauf peut-être en cas de crise comme nous l'avons récemment vu, nous ne pouvons pas faire sans la santé publique.

En tant que médecins, pharmaciens, infirmiers militaires, vous êtes et vous devez être des militaires à part entière, mais vous êtes aussi des médecins pharmaciens et infirmiers à part entière. Vous concourez pleinement au système de santé publique.

Cependant, le SSA, s'il est complémentaire, ne peut se substituer à la santé publique. Les conditions de notre collaboration doivent être plus équilibrées et plus transparentes. C'est pourquoi nous examinerons une refonte du protocole Santé-Défense de 2017, à la lumière de ce qui a été entrepris depuis 3 ans et au cours de la crise sanitaire.

La liberté d'action, cela signifie aussi garantir notre autonomie d'appréciation, notamment en développant notre coopération avec les partenaires européens, ainsi que l'autonomie logistique de nos armées en matière sanitaire. Nous devons réinvestir des domaines qui ont été laissés de côté ou qui n'ont pas suffisamment été investis : je pense au ravitaillement sanitaire, que nous allons bientôt entièrement numériser et qui recevra des moyens nouveaux. Je pense aussi à la composante recherche du service qui doit être consolidée, notamment s'agissant du risque biologique, élément essentiel de cette autonomie.

La liberté d'action c'est la garantie d'une adaptabilité salvatrice où un petit nombre peut faire la différence. Identifier un problème, trouver une solution sous contrainte de temps et de moyens : c'est tout l'esprit militaire !

Le deuxième principe de cette feuille de route, c'est la concentration des efforts.

Nous avons des pôles d'excellence au sein des hôpitaux d'instruction des armées, c'est tout le bénéfice de la médecine militaire, nous disposons de savoir-faire uniques et difficilement partageables, que ce soit dans le domaine infectieux, ou des grands brûlés. Ce sont des spécialisations qui représentent la plus-value que peut apporter le SSA aux territoires de santé.

C'est pourquoi je confirme le choix de disposer de deux plateformes hospitalières de haut niveau, au Nord avec nos deux hôpitaux militaires de Percy et de Bégin, et au Sud avec Sainte-Anne et Laveran. J'ai demandé au chef d'état-major des armées de tirer les conséquences de cette orientation en matière d'investissement. L'expérience de la crise sanitaire nous a montré que la coopération entre hôpitaux apporte une démultiplication de forces.

S'agissant des projets d'ensemble hospitalier civilo-militaire, je me suis entretenue avec le ministre de la santé et chacun des projets présente des caractéristiques propres. A Brest, nous souhaitons consolider l'hôpital Clermont-Tonnerre et nous le renforcerons, car il constitue une pièce indispensable de notre force de dissuasion.

A Lyon et à Metz, nous reprendrons les discussions très ouvertes avec les territoires de santé pour que la situation délicate dans laquelle les HIA se trouvent évolue favorablement. A Bordeaux, le projet d'insertion de l'hôpital Robert Picqué dans l'ensemble BAHIA sera suivi avec attention afin notamment de préserver le caractère militaire de nos équipes et la satisfaction du besoin de nos armées.

La concentration des efforts passe aussi par un dialogue renouvelé entre les états-majors d'armée, l'état-major des armées et la direction centrale du service. Je souhaite une réorganisation de celle-ci pour qu'elle soit plus ouverte sur le reste du ministère et transforme en profondeur la gestion des ressources humaines des praticiens et infirmiers, ressources rares et expertes, dont chacun connait le prix.

Je souhaite également que le partenariat entre le service de santé des armées la Direction Générale de l'Armement et l'Agence de l'Innovation de Défense, soit approfondi comme cela a été le cas pendant la crise.

Toutes les armées, directions et services, seront en appui du Service de Santé des Armées, pour le soutenir, le renforcer et l'accompagner dans sa transformation. J'y veillerai personnellement.

Et enfin, le troisième principe militaire c'est celui de l'économie des moyens. Il faut engager dans la bataille les moyens suffisants au regard des enjeux et, s'agissant du service de santé des armées, il s'agit bien de les renforcer.

S'agissant des effectifs, 100 emplois de plus que ce que prévoit la LPM seront ouverts pour le service, notamment pour accroître de 15% le nombre d'élèves praticiens. Nous examinerons dans le cadre de l'actualisation de la LPM s'il faut aller au-delà, mais le service doit avant tout s'attacher à accentuer ses efforts en matière de recrutement et de fidélisation pour pourvoir les postes ouverts.

Sur la période de la LPM, j'ai également décidé de renforcer les moyens pour les investissements du service de santé des armées à hauteur de 160 millions d'euros,

Ils viendront s'ajouter à l'effort considérable que nous faisons, par exemple en matière d'infrastructure comme c'est le cas ici, à Bron avec 40 millions d'euros pour rénover en profondeur l'école.

Mais il faut aussi démultiplier les effets de nos ressources en innovant.

L'innovation et la transformation numérique doivent ainsi être les outils de cette démultiplication des effets. Durant le confinement du printemps, vous avez mis en place les toutes premières téléconsultations du service.

Et bientôt, Axone, le dossier médical partagé du militaire permettra une prise en charge du patient beaucoup plus efficace et surtout sans rupture dans le parcours de soins, de son unité au théâtre d'opération. Ce sera une petite révolution du SSA, et on ne peut que saluer et encourager ces innovations qui changent le quotidien du praticien et la prise en charge du patient, et ce, pour le meilleur. C'est pourquoi l'économie des moyens nécessite aussi la libération des idées, une culture du partage de la pensée et l'acceptation parfois de la disruption.

Enfin, il est essentiel d'oeuvrer à un rapprochement de l'hôpital et de la médecine des forces. La mission des hôpitaux est le soutien des forces, comme nous avons pu le vérifier pendant la crise du printemps, les HIA doivent se questionner sur le "comment faire toujours mieux" au profit des militaires. Cela passera par des organisations à repenser, au profit peut-être de centres de consultations spécialisés au plus proche des forces par exemple, et sans doute par des dogmes à effacer. Je sais que la composante hospitalière peut s'appuyer sur l'expérience de la médecine des forces en matière de proximité, d'intégration, d'intérêt commun avec les forces soutenues.


Elèves-officiers médecins et pharmaciens de la promotion Guy Charmot,

Nous sommes sur le point d'écrire une nouvelle page de la riche et belle histoire du service de santé des armées. Nos armées ont besoin de vous. Et je sais que vous les servirez avec passion, là où on vous dira d'aller.

La vie devant vous est longue… les études aussi. Mais surtout cette vie est passionnante, riche, enthousiasmante. Elle vous aidera à vous dépasser, à toujours trouver du sens. Elle fera de vous des épaules pour soutenir vos camarades blessés, des têtes pour écouter, comprendre et conseiller le commandement et des coeurs pour soigner.

Vous avez répondu à l'appel de votre vocation de médecin, de pharmacien ou d'infirmier, vous avez aussi répondu à l'appel de la France. Alors, soyez fiers du bleu de votre uniforme comme du blanc de votre blouse. Soyez fiers de votre service comme j'en suis moi-même très fière.

Et n'oubliez jamais que vous êtes une des clés du succès des armes de la France.


Vive le service de santé des armées !
Vive la République !
Vive la France !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 16 octobre 2020