Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à Radio Classique le 19 octobre 2020, sur la lutte contre le terrorisme, le couvre-feu et sur l'avenir de l'usine Bridgestone à Béthune.

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Texte intégral

FABRICE LUNDY
J'accueille Agnès PANNIER-RUNACHER. Bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Fabrice LUNDY.

FABRICE LUNDY
Ministre déléguée chargée de l'Industrie. Avant d'aborder avec vous les dossiers économiques, BRIDGESTONE, bien sûr, le Covid, le Brexit aussi, retour évidemment sur ce week-end d'horreur, la décapitation par un islamiste de Samuel PATY, ce professeur d'histoire-géo, dans l'exercice de ses fonctions après un cours sur la liberté d'expression. "La peur va changer de camp", disait hier soir le chef de l'Etat en Conseil de défense à propos de ces fascistes. Quelle sera la porte de Bercy dans la lutte ? Qu'est-ce que vous allez faire, j'allais dire, "enfiné, contre ce totalitarisme ? On sait que le mal y contamine déjà depuis longtemps des entreprises, Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
« La peur doit changer de camp », effectivement, et Bercy est d'abord mobilisé dans la lutte contre le financement du terrorisme. C'est tous les flux dont on ne connaît pas l'origine et qui vont finir par permettre de financer un certain nombre d'actions ou d'équipement des terroristes sur le territoire français. Et l'action Bercy elle est continue, elle n'est pas évidemment exposée au grand public, c'est du service économique, du service du renseignement économique, mais elle est particulièrement active et elle se développe de plus en plus. La deuxième chose, c'est ce que disait Bruno LE MAIRE hier, c'est qu'il faut aller sur de nouvelles technologies, il mentionnait les cryptomonnaies, et nous allons nous emparer à pleines mains de ce sujet, pour éviter que ce soit un support du financement du terrorisme.

FABRICE LUNDY
Et dans les entreprises où rôde ce terreau, ce fondamentalisme islamiste, on sait qu'il y a certains salariés qui disent « Ah non, je ne veux pas avoir des ordres de ma contremaître, de "ma" contremaître. Je ne veux pas passer derrière « une » chauffeur de bus », par exemple.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ça c'est un travail qui est fait avec le ministère du Travail…

FABRICE LUNDY
Bien sûr, madame BORNE.

AGNES PANNIER-RUNACHER
… puisque tout ce qui relève du droit du travail, relève de leur fait. Evidemment les entreprises posent des questions, elles ont besoin d'être accompagnées, elles veulent savoir ce qu'elles ont le droit de faire, ne pas donner le sentiment de discriminer certains salariés, mais il y a des lois dans ce pays, il faut les appliquer, et nous les appliquerons.

FABRICE LUNDY
Dans l'actualité, le couvre-feu qui étrangle un peu plus les restaurateurs, les professionnels du spectacle, de l'évènementiel. Les tests antigéniques qui vont être expérimentés dans les aéroports français, est-ce qu'ils pourraient être étendus, autorisés à l'entrée d'enceintes sportives, de palais des congrès, de salle de spectacle, en les confiant en quelque sorte aux organisateurs, aux entreprises elles-mêmes ? C'est ce que souhaite le président du MEDEF, Geoffroy ROUX de BEZIEUX. Ce serait une respiration quelque part, Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que l'enjeu, c'est de savoir utiliser les tests à bon escient. Il faut avoir en tête que le test PCR aujourd'hui, est le test qui est le plus précis, et les tests antigéniques, les tests salivaires, sont des tests qui permettent de repérer les gens qui portent une forte charge virale, mais pas tout le monde, et donc il faut les utiliser sur un nombre important de personnes, pas dans l'idée de les rassurer, mais dans l'idée qu'au moins on rattrape le plus grand nombre de personnes qui peuvent être potentiellement contaminant. Donc, lorsqu'on a imposé ça, je crois qu'il n'y aura pas de difficultés ensuite pour mettre en place des protocoles. Mais faisons-le dans l'ordre. Faisons-le dans l'ordre en ayant une bonne compréhension du fonctionnement de ces tests, et en risquant pas de faire croire aux gens qu'ils ne sont pas contaminants, qu'ils n'ont pas le virus, alors qu'ils l'ont, parce que le test est un peu imprécis.

FABRICE LUNDY
Donc, pas tout de suite, c'est ce que vous voulez dire, on attend des tests.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est en train de se développer, les tests arrivent sur le marché dans les prochains jours.

FABRICE LUNDY
Est-ce qu'on peut espérer un assouplissement pour les travailleurs, pour les entreprises dans l'application du couvre-feu ? Est-ce que la réponse uniforme c'est la bonne, systématiquement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je vais être très claire : les gens qui travaillent peuvent circuler pendant le couvre-feu. C'est une règle qui est intangible, et donc je veux rassurer ici les chefs d'entreprise, il n'est pas question d'empêcher les gens de travailler. A fortiori, les gens qui travaillent pendant la période du couvre-feu, ce sont des gens qui sont sur des fonctions essentielles. Je rappelle que les soignants travaillent pendant le couvre-feu. Je rappelle que tout ce qui est déchets, c'est du travail pendant la période du couvre-feu. Moi j'ai réuni vendredi les 18 filières industrielles, les 18 patrons de filière industrielle française, je vais être très clair : aucun n'a mentionné de difficultés dans la mise en oeuvre du couvre-feu, parce que dans l'industrie et dans les services industriels, on a cette habitude de devoir appliquer des protocoles sanitaires, d'avoir des équipements de sécurité. Et donc pour eux, il faut continuer à travailler et continuer à travailler en protégeant un maximum les professionnels, et ils y arrivent puisque le nombre de cas, et essentiellement auxquels ils font face, est essentiellement importé de l'extérieur.

FABRICE LUNDY
Alors, c'est Emilie VALLES qui nous en parlait tout à l'heure sur Radio Classique, vous allez recevoir tout à l'heure à Bercy à 10h00, syndicats et élus locaux autour de l'avenir de BRIDGESTONE à Béthune. Franchement, est-ce que cette usine qui fabrique des pneus d'entrée de gamme, parce qu'on parle de 11 pouces, c'est un terme un peu technique, c'est un produit déclinant face à du 17 pouces, n avec des coûts élevés, on est en France, bon, ce qui la rend vulnérable, parce que le facteur prix est fondamental pour ce type d'articles, est-ce que cette usine a encore un avenir dans sa configuration actuelle, Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est exactement ce dont nous allons discuter cet après-midi. C'est un point d'étape, et je veux redire la séquence. Il y a 3 semaines, nous avons appris que BRIDGESTONE souhaitait fermer son usine. J'ai réuni avec Elisabeth BORNE, les acteurs du territoire et les organisations syndicales. Nous avons immédiatement lancé une contre-expertise pour faire le point sur les conditions économiques de cette usine. Il n'est pas question de soutenir un projet qui n'aurait pas de sens économique, ce n'est pas l'objectif, en revanche on est capable de travailler sur un certain nombre de scénarios. Ces scénarios peuvent être, soit de revoir ce qui a été fait, par exemple on cite souvent l'exemple italien d'améliorer la productivité de l'entreprise, de regarder à quelles conditions cette entreprise retrouve une capacité à fonctionner. Premier point…

FABRICE LUNDY
Les salariés avaient voté à 60% un passage à 35 heures. L'usine, ça reste cher à produire des pneus, donc, il faut la reconvertir ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, attendez, moi je suis assez basique, je regarde les faits et les chiffres, et c'est très exactement ce que nous allons faire. Et si un scénario se dessine dans le pneu, qui n'est pas nécessairement effectivement du pneu à faible valeur ajoutée, parce que je rappelle qu'il y a des usines en Europe occidentale qui tournent chez BRIDGESTONE, donc ce n'est pas inatteignable pour une usine française. Si un scénario existe autour du pneu, parce qu'il y a un certain nombre de fonctions, que ce soit de logistique, que ce soit de rechapage, de recyclage, qui tournent autour de la filière pneus, ou que ce soit des scénarios industriels qui permettent d'utiliser les compétences des personnes qui travaillent aujourd'hui dans l'usine, tous ces scénarios seront examinés, et s'il émerge, nous serons prêts à investir.

FABRICE LUNDY
Recyclage, logistique éventuellement. Mais comment ne pas transformer BRIDGESTONE en un nouveau WHIRLPOOL, comme à Amiens, avec des fausses bonnes solutions, coûteuses, éphémères ? On se souvient de ça, c'est spécialiste Arnaud MARION qui me le rappelait : WHIRLPOOL Amiens, c'est 12 millions flambés en un an pour 150 emplois créés, puis détruits en un an.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ce n'est pas tout à fait exact, puisque les 150 emplois ont trouvé, pour une grande partie d'entre eux, un nouvel employeur. Ça c'est le premier point. Et les 12 millions dont vous parlez, c'est de l'argent qui a été utilisé essentiellement pour rémunérer des salariés. Donc il faut toujours regarder l'alternative. Si l'alternative c'est d'avoir 850 personnes qui se retrouvent au chômage, et dont les familles se retrouvent en difficulté, je peux vous dire que pour le territoire et pour l'Etat il n'y a pas photo, ces personnes elles doivent être accompagnées, elles ont des compétences, l'industrie recrute, c'est notre travail de trouver des solutions pour ces familles.

FABRICE LUNDY
Vous avez raison, l'industrie recrute, elle est belle. Juste, un dernier mot sur le casse-tête du Brexit : discussions dans l'impasse, qu'est-ce que vous dites aux entreprises qui ne savent pas encore s'il y aura deal ou pas ? Voilà.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je leur dis que le 1er janvier va changer pour elles, leur rapport avec le Royaume-Uni, et que ce n'est pas parce qu'il y a un deal que ça ne…

FABRICE LUNDY
Ou pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais même, dans le cas d'un deal négocié, il y aura un changement, parce que le Royaume Uni ne sera plus dans le groupe de l'Union européenne. Il faut qu'ils se connectent à Brexit.gouv.fr, il faut qu'ils fassent leur propre taux de diagnostic, pour savoir très exactement à quel endroit il y aura des frottements, et notamment s'ils importent ou exportent des marchandises, que tout de suite ils se fassent enregistrer auprès des douanes pour pouvoir dématérialiser leurs procédures douanières.

FABRICE LUNDY
Merci, bonne journée Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée chargée de l'industrie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 octobre 2020