Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France Bleu Pays d'Auvergne le 16 octobre 2020, sur les agriculteurs confrontés à l'épidémie de Covid-19 et à la sécheresse.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

LEO CORCOS
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

LEO CORCOS
Avec les couvre-feux, des restaurants et des bars ne vont plus pouvoir assurer des services le soir, certains établissements vont carrément fermer, ça fait moins de débouchés pour les agriculteurs pour vendre leurs produits alors comment comptez-vous les rassurer ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien en les accompagnant, vous avez raison de la période qu'on vit est une période très difficile et notamment pour beaucoup de nos agriculteurs, pour beaucoup de nos viticulteurs, pour beaucoup de ces femmes et de ces hommes qui travaillent sans relâche pour fournir notamment des bars, des restaurants et qui aujourd'hui ont moins de débouchés. Et donc face aux difficultés l'Etat est là pour les accompagner. Ce sont des mesures d'accompagnement financier, des mesures de stockage, des mesures qui permettent de faire face à ce manque de débouchés et je suis aujourd'hui justement dans le Puy-de-Dôme pour pouvoir en discuter notamment avec les éleveurs qui font face à des difficultés significatives.

LEO CORCOS
Alors il y a 8 jours à Maurs dans le Cantal, hier à Gerzat dans le Puy-de-Dôme, on a vu une manifestation des éleveurs justement pour faire remonter le prix du broutard. Ils estiment qu'il perd de l'argent depuis des semaines, ils estiment que ça à 150 euros par animal vendu. Vous allez rencontrer leurs représentants ce matin, qu'est-ce que vous allez leur dire ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça va être une réunion de travail, vous savez moi je suis quelqu'un qui est dans le concret, quelqu'un qui est dans le réel et dans le travail. C'est-à-dire qu'aujourd'hui on est face à une difficulté, quelle est-elle ? C'est qu'on a appris de la vente de ces broutards qui ne cesse de diminuer. On est aujourd'hui face à une excellence française, ces broutards on les exporte beaucoup mais les marchés à l'export se tarissent ou lorsqu'on les vend à l'export, ce sont à des prix faibles. Eh bien ce matin nous avons une grande réunion avec l'ensemble des acteurs de la filière de la production jusqu'à la vente, du local jusqu'à l'export, pour en se retroussant les manches trouver les solutions, comment aujourd'hui on peut faire en sorte qu'on trouve de nouveaux marchés, qu'on arrive à réhausser le prix de vente. C'est des réunions de travail, beaucoup de travail, mais j'y vais avec énormément de détermination pour trouver des solutions.

LEO CORCOS
Alors vous avez évoqué sur le site du ministère l'intérêt grandissant des Français pour une alimentation saine et durable, sauf qu'il n'y aura pas de Salon de l'agriculture, il n'y aura pas de sommet de l'élevage ici dans le Puy-de-Dôme, comment est-ce que vous comptez valoriser les agriculteurs, les éleveurs et question subsidiaire puisqu'on n'a pas eu le sommet de l'élevage, est-ce qu'il y aura un concours des produits agricoles en Auvergne ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors il y aura un concours des produits agricoles, les lieux ne sont pas encore définis mais vous connaissez mon attachement au Pays d'Auvergne, précisément si je viens aujourd'hui c'est parce que j'aurais voulu venir pour le sommet de l'élevage. Ce sommet de l'élevage il devait se tenir il y a quelques jours et comme vous l'avez dit, il a été annulé et je voudrais mettre à l'honneur cet élevage français et notamment cet élevage qui est une partie de l'identité des Pays d'Auvergne. Donc oui il y aura des concours agricoles notamment sur les produits et évidemment le territoire des Pays de l'Auvergne doit être mis à l'honneur. Le 2e élément c'est que, vous savez ça manque énormément à toute une filière, à toute une profession, ces sommets qui sont des faire de l'excellence française. Si ces sommets ne peuvent se tenir et je crois que tout le monde comprend les raisons, il faut absolument que tout au long de l'année on arrive à montrer l'excellence des produits frais français et c'est, moi mon objectif principal, c'est que les Français aujourd'hui consomment le plus possible de produits frais français chez eux, dans les cantines, dans les restaurations. Et je crois que c'est essentiel, c'est essentiel évidemment pour nos agriculteurs, mais c'est surtout essentiel pour la santé des Français, l'alimentation française, l'agriculture française est la meilleure au monde et donc il faut inciter à consommer des produits frais français.

LEO CORCOS
Julien DENORMANDIE, l'autre problématique qui a touché les agriculteurs de plein fouet, c'est la sécheresse, elle a été importante en Auvergne et la gestion de l'eau est un souci majeur. Alors dans le Puy-de-Dôme on a autorisé une dizaine de petites retenues d'eau, certains agriculteurs surtout la FNSEA voudrait même qu'elles soient plus grandes, est-ce que vous assumez cette politique de retenue d'eau notamment face aux écologistes qui vous accusent de favoriser l'agriculture intensive ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, moi je l'assume totalement, vous savez l'agriculture, comme je le disais à l'instant, c'est… notre alimentation c'est notre santé, donc moi je suis pour une agriculture française forte. Je pense d'ailleurs qu'il n'y a pas un pays au monde qui est fort si jamais son agriculture n'est pas forte. Et il s'avère que pour faire de l'agriculture, vous avez besoin d'eau, faire pousser une plante sans eau, ça n'existe pas, élever des animaux sans leur donner à boire, ça n‘existe pas. Or aujourd'hui on est un pays où on a de plus en plus de pénuries en eau ou plus exactement on a toujours beaucoup de précipitations d'eau, notamment l'hiver, mais on n'arrive pas à la répartir pendant l'année et comment on fait avec un bon sens paysan, un bon sens de terrain, on essaie de capter l'eau l'hiver pour pouvoir l'utiliser l'été. Mais ça, ça doit se faire en bonne intelligence, ça ne doit pas se faire en opposition avec l'environnement, ça doit se faire en concertation, ça doit se faire dans le dialogue et comme vous l'avez dit, il y a déjà des retenues d'eau qui existent dans les Pays d'Auvergne. Moi, mon objectif, c'est d'aller plus loin, c'est d'en faire d'autres, je le dis clairement, parce que je suis convaincu que pour avoir une agriculture forte, il faut qu'on ait une amélioration de cette gestion en eau. Mais c'est de le faire dans la concertation et je crois que la concertation permet souvent d'arriver aux résultats qu'on recherche.

LEO CORCOS
Vous venez promouvoir le bio et les produits locaux dans les cantines, mais comment ça va se manifester concrètement votre soutien à l'agriculture biologique et est-ce que c'est vraiment votre priorité alors qu'en ce moment au gouvernement notamment on parle beaucoup de sécurité ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui parce que vous voyez le lien que vous faites avec la sécurité est très intéressant, encore une fois il faut vraiment que tout le monde ait en tête que quand vous mangez des produits frais français, des légumes, des fruits, de la viande, mais des produits frais que vous cuisinez vous-même, c'est ce qu'il y a de meilleur pour votre santé. Hypocrate, fameux Hypocrate de tous les médecins disait que le premier des médicaments, c'est l'alimentation. Et donc moi je serais tout à l'heure dans une cantine par exemple, pour voir comment on peut mettre le plus possible de produits frais français dans ces cantines pour la santé de nos enfants tout simplement. Et face à ça, ce n'est pas que des discours, c'est des actes notamment dans ce fameux Plan de relance, j'ai obtenu une enveloppe très conséquente de 50 millions d'euros uniquement pour favoriser les produits frais français dans nos cantines, pour nos enfants, au bénéfice de la santé de nos enfants. Et c'est typiquement financer, vous savez, les légumeries, c'est-à-dire que quand vous êtes un chef cuisto dans une cantine, c'est quand même beaucoup plus facile d'aller acheter un sac de carottes déjà épluchées ou coupées plutôt que d'aller acheter les dix kilos de carottes chez l'agriculture du coin. Pourquoi c'est beaucoup plus facile ? Parce que quand vous achetez chez l'agriculteur du coin, ensuite il faut que vous épluchiez évidement toutes ces carottes. Eh bien, quand on voit qu'il y a ce point de blocage, qu'est-ce qu'on fait, on va financer des légumeries, c'est-à-dire des sites où on va acheter ses carottes dans un circuit court chez l'agriculteur à côté de l'école, les faire éplucher et ensuite les donner dans la cantines de l'école. Vous voyez, c'est du très concret et ça permet de faire avancer les choses et de donner à nos enfants des produits frais français.

LEO CORCOS
Merci Julien DENORMANDIE d'être passé sur notre antenne ce matin. Vous serez donc dans le Puy-de-Dôme aujourd'hui, bonne visite, bonne journée.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2020