Interview de M. Cédric O, secrétaire d'État à la transition numérique et aux communications électroniques, à France 2 le 23 octobre 2020, sur la nouvelle application "TousAntiCovid" et le contrôle des réseaux sociaux.

Texte intégral

DAMIEN THEVENOT
Ce matin, vous avez invité Cédric O.

GUILLAUME DARET
Oui, absolument, c'est lui qui est en charge du Numérique, et on va bien sûr évoquer cette nouvelle application qui a été développée et officialisée hier pour lutter contre le coronavirus. Bonjour à tous, bonjour Cédric O.

CEDRIC O
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Merci d'être avec nous. Vous étiez hier aux côtés du Premier ministre, vous avez présenté la nouvelle application "TousAntiCovid", pour lutter justement contre cette épidémie. Plusieurs milliers de Français n'ont pas réussi visiblement à la télécharger hier soir et cette nuit. Qu'est-ce qui se passe ? Est- ce qu'il y a des problèmes ?

CEDRIC O
En fait on a eu un petit succès hier soir, et donc beaucoup de gens se sont connectés au moment de la Conférence de presse, qui a créé un petit problème, mais en tout cas le problème a été réglé pendant la nuit, et donc les Français peuvent de nouveau l'activer sans aucun problème ce matin.

GUILLAUME DARET
Qu'est ce qui s'est passé concrètement ?

CEDRIC O
Eh bien il y a eu un trop grand afflux en même temps, de gens sur l'application, et ça arrive, dans ce cas-là les systèmes ont du mal à tenir et donc, voilà, mais le problème est réglé.

GUILLAUME DARET
Désormais il n'y a plus aucun problème…

CEDRIC O
Il n'y a plus aucun problème.

GUILLAUME DARET
Les gens qui nous regardent ce matin peuvent la télécharger, ça fonctionnera tout de suite.

CEDRIC O
Exactement, et non seulement ils peuvent, mais il faut, parce que c'est ce qu'on a expliqué hier, c'est un geste barrière supplémentaire dans la lutte contre l'épidémie.

GUILLAUME DARET
Alors, pourquoi cette application-là marcherait mieux que la précédente ? Pourquoi les Français la téléchargeraient davantage plutôt que StopCovid, 2,8 millions de téléchargements seulement ?

CEDRIC O
D'abord, je pense qu'il y a la temporalité, c'est-à-dire que StopCovid est sorti à un moment où on espérait, où on voulait que l'épidémie soit finie, on se rend compte qu'elle va durer, et qu'on a besoin d'autres outils dans la lutte contre l'épidémie, il faut le masque, il faut la distanciation physique, il faut les réflexes, il faut moins de contacts, mais il faut aussi de nouveaux outils, puisqu'on voit l'épidémie repart, et on doit avoir des outils qui nous permettent de gérer, de lutter contre cette épidémie dans la durée, c'est le premier élément. Et puis on a ajouté de nouvelles fonctionnalité dans l'application, pour donner plus d'informations, comprendre combien il y a de nouveau cas à côté de chez vous, vous permettre demain de gérer, lorsque vous allez dans les restaurants. On espère que ça suffira et on espère surtout que suffisamment de monde va la télécharger, parce qu'elle sera utile, si suffisamment de monde, c'est-à-dire plusieurs millions de Français, la téléchargent.

GUILLAUME DARET
Plusieurs millions, c'est quoi l'objectif ?

CEDRIC O
On n'a pas d'objectifs précis, on sait ce qui s'est passé au début, mais en Angleterre ou en Allemagne c'est entre 15 et 20 millions de personnes qui ont téléchargé l'application similaire, ça les aide beaucoup, il n'y a pas de raison qu'on en soit moins en France.

GUILLAUME DARET
Objectif : au moins 20 millions de téléchargements. Est-ce que télécharger TousAntiCovid pourrait devenir obligatoire pour accéder à certains lieux ? C'est en tout cas ce que pense le Conseil scientifique, qui dit que ça serait bien, peut-être là où les gestes barrières ne sont pas forcément facilement respectables, au restaurant, à l'université, est-ce qu'il faut rendre obligatoire le téléchargement de l'application pour aller dans ces lieux ?

CEDRIC O
Alors, nous avons toujours dit que nous ferions confiance aux Français, donc nous ne rendrons pas cette application obligatoire, même si c'est ce que demandent effectivement les médecins, les soignants, pour nous aider à lutter contre le coronavirus. Et on a fait un pari, c'est de faire confiance aux Français, et donc nous continuons sur cette ligne-là.

GUILLAUME DARET
Mais ça n'a pas marché la première fois.

CEDRIC O
Bien sûr, mais à la fois on n'est pas dans le même temps de l'épidémie, on voit qu'elle repart, on voit que ça va durer, et puis voilà, on espère qu'il va y avoir une prise de conscience, et aussi que les restaurateurs, les cafetiers, les tenanciers de bar, les salles de cinéma, vont nous aider à faire la promotion de cette application, parce qu'il y a, c'est dommage de fermer les restaurants, de fermer les bars, alors que c'est justement dans ces moments où on est à côté de gens qu'on ne connaît pas, on est nombreux, on n'a pas le masque, que l'application est utile.

GUILLAUME DARET
C'est l'une des seules applications qui ne sera pas compatible avec les autres niveaux européens, il y a quelque chose qui a été mis en place cette semaine, est-ce que ce n'est pas là un peu curieux, c'est-à-dire que quelqu'un qui va en Allemagne ou en Italie, il faudra qui télécharge l'autre application.

CEDRIC O
Oui, honnêtement ce n'est pas très grave, si quelqu'un va en Allemagne ou en Italie, il téléchargera l'application allemande ou italienne…

GUILLAUME DARET
Ce n'est pas très grave, et ce n'est pas forcément l'aspect le plus pratique pour lutter contre l'épidémie.

CEDRIC O
On a fait un choix qui était très fort, qui est de ne pas passer par une solution qui est offerte par APPLE et GOOGLE, pour des raisons de protection de la vie privée et pour des raisons sanitaires. Effectivement on aurait préféré être interopérables, mais je pense que dans la vie de tous les jours, des Français qui vont au travail, le fait que ce ne soit pas interopérable avec les Allemands et les Anglais n'est pas très grave.

GUILLAUME DARET
Cédric O, ça fera 7 jours ce soir que Samuel PATY a été assassiné, la question des réseaux sociaux, d'Internet, est au coeur des débats. La première question qui est beaucoup posée par certains responsables politiques, c'est : est-ce qu'il faut mettre fin à l'anonymat sur les réseaux sociaux ? Oui ou non ?

CEDRIC O
Non, j'ai eu l'occasion de dire que c'était un très mauvais combat. D'abord l'anonymat n'aurait jamais empêché le drame, puisque les personnes incriminées le faisaient sous leur nom et ont même donné leur numéro de téléphone.

GUILLAUME DARET
Certains disent : il faut mettre fin au pseudonymat, c'est-à-dire, est-ce qu'on pourrait imaginer par exemple que pour s'inscrire sur un réseau, il faille scanner sa pièce d'identité ? Oui ou non ?

DAMIEN THEVENOT
Non, mais pour une raison très simple : en fait aujourd'hui sur Internet vous n'êtes pas anonyme, on sait vous retrouver et la police et la justice savent vous retrouver. Donc ce qu'il faut faire, c'est faire en sorte que lorsque vous contrevenez à la loi, on sache vous sanctionner très vite, c'est un problème de chaîne police/justice, mais le problème n'est pas de mettre fin à l'anonymat, ce serait incertain juridiquement, je ne suis pas du tout certain que nous aurions le droit de faire constitutionnellement, et ensuite ce serait assez facile en fait à contourner techniquement.

GUILLAUME DARET
Vous dites, votre priorité c'est la responsabilisation des plateformes. Concrètement, ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que vous leur demandez ?

CEDRIC O
Ça veut dire qu'il y a certaines plates-formes, on les connaît, où il y a des dizaines et des millions de Français, et c'est pour ça qu'on estime que lorsque vous avez cette importance pour la démocratie, lorsque vous avez cette importance dans l'espace public, alors vous devez modérer, vous devez embaucher des gens, vous devez utiliser des algorithmes, pour modérer et éviter qu'on voit cette propagation de haine sur Internet. Et donc ce que nous voulons au niveau européen, comme au niveau français, c'est les contraindre à mettre en place une modération efficace.

GUILLAUME DARET
Comment ça va se passer ?

CEDRIC O
Eh bien il y a un texte qui doit être présenté début décembre par l'Europe, qui doit améliorer la régulation de ces plateformes, avec des premières pistes très ambitieuses qui ont été mises sur la table par la Commission européenne, et on doit faire en sorte, comme on l'a fait sur les données personnelles et aujourd'hui le règlement général la protection des données, protège, et est le règlement le plus protecteur des Européens dans le monde, on doit faire en sorte au niveau européen de les contraindre à mettre la modération à la hauteur de leurs ambitions.

GUILLAUME DARET
Comment on fait pour les contraindre ? Ça veut dire des sanctions, des pénalités, des amendes ?

CEDRIC O
Ça veut dire des sanctions et des amendes si elles ne le font pas.

GUILLAUME DARET
D'un montant important ?

CEDRIC O
Sur le RGPD c'était 4% du chiffre d'affaires, je pense qu'il faut qu'on aille vers des montants qui sont similaires.

GUILLAUME DARET
Si ça ne se fait pas au niveau européen, est-ce que ça veut dire que vous mettrez en place un projet de loi avec ces mesures en France, dans les semaines à venir ?

CEDRIC O
Il y a Jean CASTEX et Gérald DARMANIN qui sont ces jours-ci à Bruxelles, justement pour pousser cette position française d'augmenter, de durcir le contrôle des plateformes. Si jamais l'Europe est un peu en-dessous de la main, je pense qu'il faudra qu'on prenne nos responsabilités.

GUILLAUME DARET
Je vous ai entendu dire aussi qu'il faudrait taper fort contre ces plateformes. Comment ça va se traduire ? Parce que ces plateformes, elles sont mondiales, elles disent : oh, un état même comme la France, ça ne pèse pas grand-chose quand on est un groupe comme FACEBOOK, TWITTER, GOOGLE ou d'autres. Taper fort, ça veut dire quoi ?

CEDRIC O
Mais, il faut que la puissance publique se fasse respecter, on l'a vu je prenais l'exemple du Règlement Général de Protection des Données, aujourd'hui vous êtes protégé, vos données sont protégées par ce règlement européen et les plateformes le respectent, c'est même devenu un standard international. On doit faire la même chose sur la question de la haine en ligne.

GUILLAUME DARET
En matière de régulation, est-ce que vous êtes favorable par exemple, à ce que le CSA, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, soit chargé de la régulation des réseaux sociaux, d'éventuelles sanctions, comme il est en charge par exemple de la régulation du secteur de la télévision ?

CEDRIC O
Ça pourrait être le cas, le jour où on adopte cette loi, soit au niveau européen, soit un niveau français. Ce que nous avions fait dans la loi Avia, c'est que nous avions désigné le Conseil supérieur de l'audiovisuel pour assumer cette régulation et cette modération de la modération des plateformes.

GUILLAUME DARET
L'un des gros dossiers que vous avez aussi dans votre ministère, c'est la question de la 5G.

CEDRIC O
Oui.

GUILLAUME DARET
J'ai vu il y a quelques heures que le PDG d'ORANGE, Stéphane RICHARD, émet l'idée que FREE et ORANGE puissent passer un accord pour partager la mise en place de leurs réseaux, afin d'optimiser cette couverture. Est-ce que c'est une bonne idée, est-ce que vous y êtes favorable ?

CEDRIC O
Alors, ce n'est pas tant lié à la 5G notamment, qu'à la 4G, je n'ai pas à commenter le mouvement de deux entreprises privées, ce que je sais c'est que ça serait plutôt une bonne nouvelle, notamment dans les zones rurales, parce qu'on aurait besoin de ne déployer qu'un seul pylône au lieu de deux pylônes, pour apporter la couverture aux abonnés de FREE et ORANGE, SFR et BOUYGUES le font déjà de leur côté, et nous, c'est notre priorité : couvrir l'ensemble de la France, en 4G et en fibre, déployer la 5G aussi, mais d'abord couvrir l'ensemble de la France en 4G et en fibres, et donc tout ce qui peut faciliter la rapidité avec laquelle on couvre le territoire, c'est une très bonne nouvelle.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Cédric O d'avoir été avec nous ce matin.

CEDRIC O
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2020