Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à Radio Classique le 4 novembre 2020, sur les relations commerciales avec les Etats-Unis, le commerce face à l'épidémie de Covid-19 et le financement du terrorisme.

Texte intégral

GUILLAUME DURAND
Bruno LE MAIRE, bonjour. Nous sommes ravis de vous accueillir dans cette matinée qui est une matinée historique…

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Guillaume DURAND.

GUILLAUME DURAND
Car il y a aussi la question des relations économiques entre la France et les Etats-Unis, j'allais dire, entre l'Europe et les Etats-Unis, mais pour l'instant, c'est Guillaume TABARD que nous allons consulter.

/// Guillaume TABARD ///

Bruno LE MAIRE, vous ne bougez pas, vous n'avez pas l'intention de bouger d'ailleurs, car on attend ensemble évidemment la déclaration de Donald TRUMP après celle de BIDEN. Puisqu'on ne sait pas ce qui va se passer exactement, puisqu'on a la cartographie, on voit bien que la Californie et tout ça, c'est démocrate, du côté de New-York, c'est démocrate, donc sur la Côte Est. Le Sud est entièrement du côté donc – et c'est la surprise de la nuit – entièrement du côté de Donald TRUMP, et le Nord, eh bien, on ne sait pas très bien ce qui va se passer en Pennsylvanie, dans le Michigan. Tout va se jouer là. Est-ce que c'est une situation à laquelle vous vous attendiez ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire, je ne vais pas faire de commentaires sur une élection qui est très incertaine, d'abord, ensuite, qui appartient au peuple américain, et exclusivement au peuple américain, et qui, dans le fond, ne changera pas grand- chose pour nos intérêts commerciaux…

GUILLAUME DURAND
C'est là qu'il faut détailler…

BRUNO LE MAIRE
Il ne faut se faire aucune illusion…

GUILLAUME DURAND
Mais pourquoi par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Les Etats-Unis ne sont plus depuis maintenant de très nombreuses années un partenaire amical des Etats européens, ils sont en rivalité, parfois en confrontation, quand nous sommes menacés de sanctions, que nous sommes frappés par des sanctions américaines. Et dans le fond, le seul pivot de la réflexion américaine, c'est la Chine, et c'est leurs relations avec la Chine, et plus largement avec l'Asie, l'Europe…

GUILLAUME DURAND
Ça a commencé avec OBAMA…

BRUNO LE MAIRE
L'Europe est désormais pour les Etats-Unis une variable d'ajustement. Et donc, nous, Européens, nous devons prendre conscience de cela, et je pense que c'est l'honneur du président de la République française d'avoir le premier pris conscience de la nécessité absolue de construire une souveraineté européenne pour construire un ensemble politique, économique puissant et technologique, entre la Chine et les Etats-Unis, et que Joe BIDEN ou Donald TRUMP soient choisis ce soir, demain, par les Américains, ne change rien à ce fait stratégique, qui est aussi un fait historique ; le continent américain s'est détaché du continent européen, et il est l'heure pour les Européens de prendre enfin leurs responsabilités politiques et économiques.

GUILLAUME DURAND
On a entendu Thierry BRETON donc sur l'antenne de Radio Classique, il y a deux jours, est-ce que vous considérez, premièrement, qu'on peut faire quelque chose pour revenir sur les taxes que les Américains ont mises sur un certain nombre de produits, dans les jours qui viennent ? Et deuxièmement, il y a une offensive de Google et des GAFA pour faire exploser toutes les réglementations qui sont prévues par le Commissaire à l'Economie et par l'Europe, donc qui est dirigée par madame Van DER LEYEN. Donc est-ce que vous considérez ce matin que vous allez être ferme justement contre ces GAFA, qui ne veulent pas entendre parler de réglementations, et que vous allez pouvoir obtenir quelque chose sur ces taxes, qui sont des taxes par exemple qui pénalisent considérablement le vin ou d'autres exportations françaises ?

BRUNO LE MAIRE
Je redis que le président américain changera ou ne changera pas d'ici quelques heures, suivant la volonté du peuple américain, mais les faits ne changeront pas. Les faits, c'est qu'aujourd'hui, l'un des plus grands défis du 21ème siècle, et nous l'avons posé depuis maintenant plusieurs années, c'est l'émergence de géants du numérique qui sont aussi puissants que des Etats, aussi puissants financièrement, aussi puissants technologiquement, aussi puissants en termes commerciaux. Donc la seule question, c'est de savoir comment est-ce que les Etats réagissent face à ces géants du numérique. Nous, nous proposons de les taxer pour rétablir de la justice, et il est indispensable d'avancer dans cette direction-là…

GUILLAUME DURAND
Voilà, Donald TRUMP qui est en train de…

BRUNO LE MAIRE
… Rétablir de l'équité…

GUILLAUME DURAND
Voilà, nous sommes avec Bruno LE MAIRE, Bruno LE MAIRE qui va rester pendant une grande partie de la matinale de Radio Classique, voici Donald TRUMP.

/// Déclaration de Donald TRUMP ///

[Il y a un] Conseil des ministres ce matin, Bruno LE MAIRE, avec pour la quatrième fois une réévaluation de ce que pourrait être le projet de budget. Alors, question sur le désordre, entre guillemets, de ces dernières heures, est-ce que ce Conseil des ministres, puis, le Conseil de défense vont pouvoir mettre un point final à cette affaire du couvre-feu, oui ou non, y aura-t-il un couvre-feu ?

BRUNO LE MAIRE
Et nous avons un Conseil de défense dans 35 minutes très exactement, nous ferons évidemment le point sur la situation sanitaire, ensuite, c'est le Premier ministre et le président de la République qui prendront les décisions nécessaires, qu'il y ait des ajustements dans cette nouvelle période de confinement, moi, je pense que c'est parfaitement normal. Le deuxième confinement n'est pas le premier confinement, le deuxième confinement, pour ne parler que des sujets qui me concernent directement, vous avez des commerçants qui sont épuisés, certains qui sont à sec, d'autres qui voient arriver les périodes de Noël et qui se disent qu'ils ne vont pas pouvoir vendre les stocks qu'ils ont constitués pour Noël ; c'est normal que la réaction soit plus dure, c'est normal que ce soit plus compliqué, il y a une lassitude qui peut se comprendre parfaitement, parce que tout le peuple français est mis à l'épreuve, avoir à la fois une crise sanitaire, une crise économique de cette violence, et je pense en particulier aux commerçants de proximité, et en plus, une crise terroriste, ça fait beaucoup pour le même peuple. Donc c'est normal qu'il y ait cette lassitude, ça nous oblige, nous tous, au gouvernement, à l'exécutif, dans la majorité, à faire preuve d'abord de beaucoup de considération et d'écoute, ce qui m'a amené par exemple à corriger la décision en disant qu'il fallait rétablir de l'équité entre les grandes surfaces et les petits commerçants ; la décision n'avait pas été comprise, dans ce cas-là, il faut la corriger rapidement, et c'est ce que nous avons fait avec le Premier ministre…

GUILLAUME DURAND
Y compris avec les livres par exemple, les libraires ?

BRUNO LE MAIRE
Mais y compris, vous parliez, Guillaume TABARD parlait de l'écrivain, c'est un déchirement de devoir fermer les librairies, mais à partir du moment où on estime…

GUILLAUME DURAND
Mais pourquoi vous le faites ?

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'il y a un sujet de sécurité sanitaire, si vous laissez un commerce ouvert, il n'y a pas de raison de ne pas laisser d'autres commerces ouverts, du coup, les personnes circulent et le virus circule avec. Plus nous réussirons ce confinement…

GUILLAUME DURAND
Mais enfin, dans une boucherie qui est ouverte, il y a autant de dangers que dans une librairie qui est ouverte…

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais vous avez impérativement besoin de vous nourrir, c'est plus compliqué de s'approvisionner à distance pour votre boucherie que de commander un livre, vous passez un coup de téléphone à votre librairie que vous connaissez, à votre libraire, vous dites : j'ai vu tel livre qui est recommandé par Radio classique, je voudrais l'acheter, est-ce que je peux l'acheter ? Et je viens le rechercher. C'est possible, c'est simple, et chacun, je crois, peut le faire s'il souhaite acheter des livres. Mais pour le reste, je considère que nous apportons les réponses nécessaires aux commerçants, aux entreprises…

GUILLAUME DURAND
Mais pourquoi cette cacophonie, vous voyez, j'ai les journaux devant moi, c'est partout la cacophonie, la cacophonie gouvernementale, CASTEX qui n'est pas au niveau, or, on l'a nommé Premier ministre alors qu'il a raté le déconfinement, il n'est pas capable de maintenir une certaine forme d'ordre au sein de son gouvernement et avec sa majorité, vous lisez comme moi !

BRUNO LE MAIRE
Je lis comme vous, mais je m'inscris en faux totalement par rapport à ce que je lis sur les divergences…

GUILLAUME DURAND
Vous voulez dire que CASTEX est à la barre ?

BRUNO LE MAIRE
CASTEX est à la barre. Le Premier ministre dirige son gouvernement, nous avons des discussions, parfois, il y a des avis qui peuvent être différents, parce que nous ne sommes pas dans le même périmètre d'activité, il est normal que le ministre de la Santé fasse le maximum pour préserver la santé des Français, regarde les lits de réanimation qui sont disponibles, la montée du virus, il est normal que le ministre de l'Economie se soucie des commerçants, des PME et des entreprises. Ensuite, le Premier ministre rend un arbitrage sous l'autorité du président de la République, et cet arbitrage est respecté par l'ensemble du gouvernement…

GUILLAUME DURAND
Donc on le saura à l'issue…

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes une équipe, Guillaume DURAND, et une équipe totalement solidaire dans ce temps de tourments que nous traversons…

GUILLAUME DURAND
Ah, comment vous pouvez me dire ça alors que, hier, Gabriel ATTAL est allé chez nos amis de BFM TV, il dit : oui, il y aura un couvre-feu, et après, CASTEX dit : non, il n'y aura pas de couvre-feu, c'est ça que vous appelez une équipe solidaire…

BRUNO LE MAIRE
Je dis simplement que dans ce temps de tourments que nous traversons, personne ne pourrait comprendre, pas un Français, qu'il y ait la moindre dissension au sein du gouvernement, il n'y en a pas, et il ne peut pas y en avoir.

GUILLAUME DURAND
Question, tout ça coûte une fortune, les dépenses publiques, quand je dis que ça coûte une fortune, d'une certaine manière, c'est à l'honneur du pays, puisqu'effectivement, c'est une manière de défendre les entreprises, les PME par exemple, Patrick ARTUS, que vous connaissez, dit : les PME, elles peuvent tenir un mois, mais pas beaucoup plus. Il y a des questions de trésorerie qui vont devenir extrêmement compliquées. Est-ce qu'on peut donner, résumer les chiffres de l'économie française dans cette situation qui est quand même totalement exceptionnelle ?

BRUNO LE MAIRE
On présente souvent les chiffres négatifs, les chiffres de dépenses et aussi les chiffres positifs, d'abord, je partage l'analyse des économistes, celle de Patrick ARTUS, je les ai réunis, un certain nombre, hier, pour faire l'analyse de la situation avec eux, ils partagent dans leur grande majorité cette idée que, à partir du moment où on ferme les commerces, où l'activité économique est suspendue le devoir de l'Etat, et vous l'avez dit, l'honneur de la France, c'est de soutenir financièrement ses commerçants, ses PME, ses très petites entreprises, c'est ce que nous faisons. Combien ça coûte ? Par exemple, le fonds de solidarité, vous pouvez toucher jusqu'à 10.000 euros par mois de soutien pour compenser votre perte de chiffre d'affaires, on peut prendre en charge une partie de votre loyer, on vous supprime toutes les charges sociales, vous pouvez bénéficier du chômage partiel…

GUILLAUME DURAND
… Le PGE par exemple, ce matin, est-ce qu'on sait combien de PGE ont été distribués aux entreprises ?

BRUNO LE MAIRE
Très exactement, 577.000 à peu près, pour un montant de 123 milliards d'euros, donc vous voyez que ce sont des sommes qui sont considérables, on va décaler le remboursement pour ceux qui ne peuvent pas rembourser en mars 2021, ils pourront rembourser jusqu'à mars 2022 s'ils le souhaitent. Toutes ces mesures que je viens d'annoncer, qui montrent qu'un commerçant, une fleuriste de Verdun par exemple, que j'avais entendue à la radio, il n'y a pas très longtemps, qui faisait 6 ou 7.000 euros de chiffre d'affaires, et qui est obligée de fermer sa boutique, elle sera intégralement compensée de sa perte, elle aura une exonération de charges, elle pourra étaler le remboursement de son prêt garanti par l'Etat si elle l'a consenti ; tout ça, coûte, Guillaume DURAND, 15 milliards d'euros par mois. Et c'est là que je rejoins ce que disait Patrick ARTUS, c'est que : on fait face, on fait face autant que nécessaire, on fera face durant toute la durée de circulation du virus, parce que rien ne serait pire que de perdre nos entreprises et que de perdre nos salariés et nos qualifications, mais bien entendu que plus tôt l'activité peut reprendre, mieux c'est pour tout le monde. Deuxième chose sur laquelle je veux insister…

GUILLAUME DURAND
Et on en termine, et on se retrouvera après…

BRUNO LE MAIRE
… La pertinence de cette stratégie, c'est qu'à partir du moment où on a sauvé les emplois, les compétences, les entreprises, les usines, le jour où on déconfine, ça redémarre très fort…

GUILLAUME DURAND
C'était le pari d'Esther DUFLO, vous vous en souvenez, elle avait dit : il faut confiner très, très vite, comme ça, on récupère…

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est le bon pari, c'est le bon pari, parce que regardez ce qui s'est passé au troisième trimestre…

GUILLAUME DURAND
Vous ne l'avez pas écoutée, elle a écrit ça dans Le Monde le 26 septembre…

BRUNO LE MAIRE
On a fermé, on a fait du confinement au printemps, on a rouvert ensuite, et l'économie française est celle qui a le mieux redémarré de tous les pays européens, plus de 18% de croissance au troisième trimestre, c'est la preuve que protéger les entreprises et les salariés, c'est le bon choix.

GUILLAUME DURAND
Voilà, il est 8h32, nous avons Donald TRUMP qui a parlé et qui parle encore d'ailleurs sur les chaînes américaines, nous allons marquer une pause de publicité, retrouver le président américain, retrouver Bruno LE MAIRE et retrouver tous ceux qui sont autour de nous, à savoir Philippe LABRO, Christine OCKRENT et Augustin LEFEBVRE, pour faire un point précis. Un soupçon de pub, elle est nécessaire, et après, David ABIKER.

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GUILLAUME DURAND
Question précise, Bruno LE MAIRE : télétravail. Madame BORNE a dit qu'il faut pratiquement le rendre obligatoire. Elle s'est adressée aux entreprises. Semble-t-il, vous avez une position qui était plus modérée. Ce matin, quelle est la position officielle du gouvernement ? Est-ce qu'on demande aux entreprises de télétravailler massivement ?

BRUNO LE MAIRE
Il n'y a qu'une seule position. Une fois encore, il ne faut pas chercher des discordes là où il n'y en a pas. Nous recommandons aux entrepreneurs, à toutes les entreprises d'avoir recours le plus possible au télétravail. Ensuite, il y a des activités qui ne peuvent évidemment pas se faire par télétravail. Il y a certaines activités où on perd beaucoup de productivité en étant en télétravail. Je pense par exemple aux bureaux d'études dans l'industrie aéronautique ou dans l'industrie automobile. Il vaut mieux que les ingénieurs soient présents sinon on perd vraiment beaucoup d'efficacité mais pour le reste…

GUILLAUME DURAND
On est dans le domaine de la recommandation et pas de l'obligation.

BRUNO LE MAIRE
On est dans le domaine de la vive recommandation. Nous recommandons aux entreprises d'avoir recours le plus possible au télétravail et c'est évidemment la même position que la ministre du Travail et le ministre de l'Economie.

GUILLAUME DURAND
Question, vous vous souvenez que dans la campagne, Donald TRUMP avait dit à propos d'AMAZON : « AMAZON est en train de détruire la poste, c'est-à-dire US Postal, aux Etats-Unis. » Il avait été extrêmement violent. Vous êtes ministre de l'Economie, on sait qu'une grande partie du commerce traditionnel voire même des grandes enseignes de la distribution française sont attaquées par AMAZON. Alors il y a deux camps : ceux qui sont pour la modernité inéluctable et ceux qui considèrent que la modernité inéluctable, il faut lui donner un grand coup de massue sur la tête. Est-ce que ce matin vous avez l'intention de vous adresser aux dirigeants d'AMAZON ? Avant de leur coller un coup de massue sur la tête éventuellement.

BRUNO LE MAIRE
Ce qui me frappe beaucoup, c'est la confusion des esprits sur le sujet. On confond des sujets qui sont très différents et pourtant tous aussi essentiels. Le premier sujet, c'est comment est-ce que nous faisons face à AMAZON ? Pas en nous réfugiant dans une pratique du commerce qui remonte au dix-neuvième siècle : en étant offensif. On a une boutique sur trois aujourd'hui qui est numérisée, donc si vous voulez passer des commandes sur Internet, vous ne pouvez pas. La seule bonne réponse, ce n'est pas d'aller taper sur AMAZON, c'est d'essayer de faire aussi bien qu'AMAZON.

GUILLAUME DURAND
Vous pouvez leur demander rendez-vous quand même, pour qu'il y ait une situation…

BRUNO LE MAIRE
Ce que je souhaite, c'est que nous ayons des plateformes Internet françaises qui se développent. Il y en a déjà qui existe avec la FNAC par exemple ou avec d'autres plateformes françaises qui fonctionnent très bien. Faisons aussi bien qu'AMAZON au niveau des grandes plateformes françaises.

GUILLAUME DURAND
Donc pas question de les sanctionner.

BRUNO LE MAIRE
Et accélérons la digitalisation des commerces. Nous allons mettre 100 millions d'euros sur la digitalisation des commerces de proximité pour les aider justement. Parce que le virus n'est pas là pour quelques mois, il est là pour beaucoup plus longtemps, il y aura d'autres pandémies. Donc il faut prévoir une adaptation massive de nos commerces de proximité à la digitalisation. Et puis il y a un deuxième sujet qui est très différent, c'est celui des géants du numérique. Je l'ai dit tout à l'heure : ce sont aujourd'hui les adversaires des Etats. Ils sont aujourd'hui en situation de monopole. Ils ne payent pas le même niveau d'impôts que n'importe quelle PME en France ou en Europe. Ça, c'est inacceptable. Je peux vous dire que le combat que j'ai engagé depuis plus de trois ans pour que ces géants du digital soient taxés au même niveau que les entreprises françaises, pour qu'il y ait plus de concurrence entre ces gens du digital, vital combat qui est relayé désormais par la Commission européenne, ce combat nous le gagnerons entre Européens.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes main dans la main avec Thierry BRETON et la Commission.

BRUNO LE MAIRE
Mais dans la main avec Thierry BRETON, avec Margrethe VESTAGER. Le Premier ministre Jean CASTEX a vu la présidente de la Commission européenne il y a quelques jours, nous étions ensemble à Bruxelles. C'est un sujet que nous avons abordé. La question de la lutte contre le monopole des gens du numérique est une question pas simplement économique, elle est aussi politique, sociale et financière.

GUILLAUME DURAND
Dernière question, elle est importante, puisque vous partez pour le Conseil de défense. Il y a eu cet attentat tragique, deux attentats tragiques évidemment en France, plus ce qui s'est passé donc à Vienne, capitale de la Mitteleuropa, capitale évidemment d'une certaine version de la culture européenne très importante, Stefan SWEIG, FREUD et tant d'autres qui ont habité cette ville. Est-ce que vous considérez aujourd'hui que c'est à l'armée des ombres d'éradiquer le terrorisme, c'est-à-dire dire aux services secrets d'interrompre les gens et vraiment une action silencieuse mais qui pourrait être une action violente ? Ou est-ce que c'est une vraie bataille culturelle dans laquelle l'Etat pourrait non pas recommander à l'islam, comme c'est probablement dans le projet sur le séparatisme, de mieux s'organiser mais de lui ordonner de mieux s'organiser, ce qui n'est pas exactement la même chose ? C'est la position actuelle et celle de VALLS par ailleurs.

BRUNO LE MAIRE
Ce sont les deux, c'est-à-dire que c'est un combat financier contre les réseaux qui financent le terrorisme. C'est un combat policier, c'est un combat de renseignement, c'est un combat militaire qui est mené par le président de la République et la France au Mali. Et c'est d'abord, chacun mesure, un combat culturel. Il y a quelques décennies, le grand Satan c'était les Etats-Unis. Aujourd'hui pour l'islam politique, le grand Satan c'est la France, c'est la culture européenne, c'est la liberté, c'est la liberté d'expression, c'est notre mémoire historique, c'est la mémoire de la Shoah, c'est la mémoire de ce qui fait notre identité de Français et d'Européens. C'est ça qui est attaqué aujourd'hui et ça n'est pas un hasard si après la France, c'est effectivement la Vienne de la Mitteleuropa, la Vienne de la culture qui est touchée en son coeur. Une synagogue à Vienne qui est touchée en 2020, je pense que c'est un symbole suffisamment fort pour éveiller les consciences.

GUILLAUME DURAND
Et il fallait le dire aux écoliers, il fallait ouvrir les écoles ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr qu'il faut le dire aux écoliers.

GUILLAUME DURAND
Mais il fallait rouvrir les écoles ?

BRUNO LE MAIRE
Il fallait ouvrir les écoles comme nous l'avons décidé avec le Premier ministre et le président de la République, et il était indispensable que lundi matin à la première heure les enfants français sachent ce que c'est que la culture, la mémoire, l'esprit français. Parce que c'est ça qui nous permettra de résister sur le long terme.

GUILLAUME DURAND
Bruno LE MAIRE était l'invité donc de la matinale. Conseil de défense dans quelques instants, il y va.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 novembre 2020