Entretien de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, avec BFM Business le 6 novembre 2020, sur l'attractivité économique de la France.

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Intervenant(s) :

  • Franck Riester - Ministre du commerce extérieur et de l'attractivité

Texte intégral

Q - Pourquoi cette opération, c'est l'opération "Choose France" que vous avez déjà lancée les années précédentes, pourquoi cette opération ? Est-ce vraiment le moment de relancer la machine de l'attractivité, alors même qu'on est touché de plein fouet par la deuxième vague de l'épidémie et qu'on est de nouveau en reconfinement, donc avec une économie qui marche au ralenti ?

R - Oui, mais la question de l'attractivité de la France s'inscrit dans une stratégie de long terme du Président de la République et du gouvernement depuis 2017, de faire en sorte que la compétitivité de notre pays soit améliorée au service de la capacité de nos entreprises à se développer en France, mais aussi au service de l'attractivité du pays pour que des investisseurs, partout dans le monde, viennent investir en France, créent des usines, créent des activités au service de l'emploi et de la croissance en France. Et le plan de relance est un élément essentiel de cette compétitivité, de cette attractivité de la France.

Et c'est donc, effectivement, tout à l'heure, que le Président de la République a lancé toute une série de rencontres avec des chefs d'entreprises, des investisseurs étrangers, dans les jours et les semaines qui viennent, pour expliquer ce qu'est ce plan de relance, et expliquer que la stratégie française d'amélioration de la compétitivité de notre pays au service de la création d'emplois, au service du développement des entreprises, n'est pas du tout remise en cause, bien au contraire, et même accélérée par ce plan de relance. Il y a ce rendez-vous avec le Président de la République, il va y avoir une série d'autres web-in-air, d'autres visioconférences, avec, par thème, l'agroalimentaire, la santé, le développement durable... et un travail important qui va être fait aussi par tous les réseaux diplomatiques. Chaque ambassadeur va recevoir des investisseurs dans le pays dans lequel il est installé pour expliquer le plan de relance et expliquer la stratégie de compétitivité de la France.

Q - Mais pour revenir sur ce que vous disiez, est-ce que des envies d'investissements de groupes étrangers ont été mis à mal par la crise selon ce que vous savez, est-ce que certains ont reculé des investissements en France ?

R - Oui, certains ont un peu décalé leur investissement, d'autres les ont maintenus dans le rythme d'investissement, parce que vous savez, des investissements pour beaucoup d'entreprises, ce sont des investissements sur le temps long. Et même s'il y a, à un moment donné, une crise conjoncturelle, ce n'est pas pour cela que ça remet en cause la stratégie d'implantation dans un pays dont les éléments d'attractivité sont en amélioration nette et donnent envie de venir investir sur le temps long en France. Et donc, ces échanges ont permis à la fois d'expliquer cette volonté de la France de maintenir cet effort de compétitivité et d'expliquer en quoi ce plan de relance, par la baisse des impôts de production, par l'accompagnement aux investissements dans des secteurs d'avenir, la transition écologique, la révolution numérique est de nature à conforter, justement, les choix de ces entreprises et de ces investisseurs et même d'en faire venir de nouveaux, parce que la France est attractive.

Q - Rapidement, est-ce que, de ce que vous savez suite aux discussions aujourd'hui avec Emmanuel Macron ou par rapport à ceux que vous côtoyez, dans vos discussions, quelles sont les principales inquiétudes des grands groupes étrangers, aujourd'hui ? Quelles sont les questions précises qu'ils vous posent ?

R - Ecoutez, on a parlé à la fois de cette stratégie du plan de relance, et je dois dire que la réaction des investisseurs, c'était la satisfaction de voir que nous sommes sur un plan de relance basé sur l'investissement, sur l'amélioration de la compétitivité des entreprises, sur la formation des talents, parce qu'une des grandes richesses de notre pays, ce sont ses talents, ce sont les ressources humaines, et dans ce plan de relance, il y a beaucoup qui est fait pour les ressources humaines, pour la formation et notamment pour les jeunes. Et en même temps, on a parlé des enjeux d'avenir de l'économie mondiale, dans laquelle la France a un leadership incontesté. Vous savez que le Président de la République est très impliqué sur les questions de développement durable, de modernisation du commerce international, sur les questions sociales également, sur la nécessité de faire en sorte que nous prenions mieux en compte les impératifs sociaux dans la mondialisation. Et nous avons donc parlé de tous ces enjeux, de ces agendas diplomatiques, économiques, dans lesquels la France est très impliquée et qui est de nature aussi à rendre la France plus attractive pour les investisseurs à l'international.

Q - Pardon, Franck Riester, mais je vais prendre juste un dernier exemple, quand on regarde ce qu'il s'est passé les derniers jours avec la polémique contre Amazon, donc, lancée un petit peu par tout le monde, alors que les commerces doivent fermer leurs portes, quand on se dit qu'une grande entreprise américaine est accueillie de la sorte en France, est-ce qu'une grande entreprise comme Coca-Cola ne s'interroge pas aussi, ou Zalando, puisqu'on est sur la même proposition de marque-test, ne s'interroge pas sur l'accueil qu'elle pourrait avoir en France ?

R - On a parlé avec Coca-Cola d'un certain nombre d'enjeux autour du recyclage des contenus, notamment plastiques, donc les questions d'environnement, d'économie circulaire et l'engagement de la France en la matière a été pris en compte. Après, il faut bien expliquer aux entreprises et donner peut-être encore plus de prévisibilité et de visibilité sur l'avenir de ces législations en matière environnementale, et c'est un engagement que nous avons pris. Puis, deuxièmement, sur ce qui concerne l'e-commerce. L'e-commerce aujourd'hui est une donnée dans le paysage du commerce de notre pays, ce qui compte, c'est que cela soit d'une manière équitable, qu'il y ait une concurrence loyale.

C'est ce que nous avons très clairement dit à Zalando. Pour autant, Zalando a une ambition, c'est une entreprise allemande, c'est donc une entreprise européenne qui souhaite offrir au consommateur européen un service, un service de logistique dans la distribution qui est à prendre en compte. Il est parfois plus intéressant que ces entreprises s'installent en France plutôt qu'elles s'installent à l'extérieur de notre pays, tout en permettant aux entreprises, aux commerces de centre-ville, à la grande distribution, de pouvoir être à armes égales avec ces entreprises-là. Et c'est tout le travail que nous menons en Europe pour que ces plateformes stratégiques, dites stratégiques ou structurantes, soient mieux régulées pour davantage de concurrence loyale avec le commerce traditionnel.

Q - Très bien. Très rapidement, Franck Riester, quand même une dernière question sur l'actualité : la victoire de Joe Biden peut-elle apaiser les relations commerciales avec les Etats-Unis ? Pensez-vous qu'elles seront plus simples, qu'il y aura moins de tension ?

R - Ecoutez, on le souhaite. On le souhaite parce que nous voulons apaiser les choses avec les Etats-Unis. Aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a des tensions. Ce n'est pas au bénéfice, ni de nos entreprises, ni de nos salariés. Mais en même temps nous devons défendre nos entreprises et leurs salariés dans cette compétition-là. A priori, en ce qui concerne le développement durable, les choses devraient évoluer positivement, puisque vous avez vu que Joe Biden a dit que, très clairement, les Etats-Unis, s'il était élu président, reviendraient dans l'Accord de Paris ; c'est une bonne chose. Et on espère que sur la forme, les relations seront plus apaisées, pour que l'on puisse construire et renouveler une relation transatlantique apaisée au service à la fois du développement des échanges avec les Etats-Unis, et au service de la satisfaction d'un certain nombre d'enjeux qui dépassent l'économie, des enjeux mondiaux, comme le développement durable, par exemple.

Q - Merci infiniment, Franck Riester, d'avoir été avec nous ce soir.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 novembre 2020