Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à RFI le 24 novembre 2020, sur l'épidémie de Covid-19 et l'aide au développement.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour Frédéric RIVIERE.

FREDERIC RIVIERE
Le président de la République va donc s'adresser aux Français ce soir une nouvelle fois pour évoquer la situation sanitaire. Peut-on raisonnablement s'attendre à un message plus optimiste que lors de ses dernières interventions ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, il est vrai que les données sanitaires s'améliorent, on voit un taux d'incidence qui baisse, les efforts des Français payent. Néanmoins, il faut rester très vigilant, très prudent, parce que, on l'a vu, rien ne serait pire que de devoir à nouveau, dans quelques semaines ou quelques mois, aller vers de nouvelles mesures drastiques parce qu'il y aurait un rebond de l'épidémie. Donc tout ça impose, eh bien, un allégement progressif des contraintes et le Premier ministre, en vue de préparer justement la prise de parole du président ce soir, a conduit des concertations, c'était vendredi avec les chefs de partis, c'était hier par exemple, j'étais à ses côtés avec le monde de la montagne et donc on essaye de préparer au mieux cet allègement des contraintes.

FREDERIC RIVIERE
On peut s'attendre à une réouverture des commerces dès ce week-end ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez, je vous donne rendez-vous ce soir parce que le Conseil de défense …

FREDERIC RIVIERE
Vous n'allez pas effectivement dévoiler ce que va annoncer le président de la République !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce n'est pas mon rôle mais donc surtout les travaux vont se poursuivre dans la matinée. Le Conseil de défense, c'est là où justement on partage l'ensemble des données sanitaires, économiques et puis les décisions seront prises et elles seront annoncées ce soir. Donc voilà dans quelques petites heures, je crois que les Français seront informés.

FREDERIC RIVIERE
Il ne devrait pas être question de "déconfinement", en tout cas le terme ne devrait pas être employé. Est-ce que vous pouvez nous dire si les Français sauront ce soir s'ils pourront réserver leurs vacances d'hiver ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors là aussi, sur les vacances d'hiver, nous avons tenu un travail préparatoire avec notamment tout le monde de la montagne, on sait que c'est un moment aussi privilégié. Les Français parfois en profitent pour s'échapper vers ces massifs et donc il a été dit par le Premier ministre qu'il y aurait encore un petit travail complémentaire pour une dizaine de jours et donc, ce qui est sûr, c'est que l'on va indiquer globalement une direction mais encore une fois, j'incite à la plus grande vigilance dans les semaines à venir parce qu'il faut éviter le rebond.

FREDERIC RIVIERE
Jean-Baptiste LEMOYNE, avez-vous été, comme le ministre de l'Intérieur, choqué par les images de l'évacuation de migrants place de la République hier soir ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, sur le sujet justement lié aux migrations, lié aussi au développement parce qu'on veut lutter au mal à la racine, faire en sorte que justement, les gens ne soient pas contraints de prendre la route qui conduit parfois, hélas, à ce cimetière qu'est la Méditerranée, eh bien, on met le paquet si je puis dire sur les crédits en matière de développement …

FREDERIC RIVIERE
Mais on va parler de développement justement, on va parler de développement, Jean-Baptiste LEMOYNE, dans un instant mais sur les images …

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Depuis 2017, c'est un engagement massif justement pour éviter encore une fois, eh bien, que certains instrumentalisent la détresse humaine à travers des filières et là je peux vous dire que le travail effectivement, il est acharné contre ces personnes qui cherchent à instrumentaliser la misère humaine et ce réengagement, ce n'est pas des mots, c'est pas un slogan, c'est que tout simplement, on a quasiment en cinq ans, en quatre ans, doublé, eh bien, les crédits du développement par la France. On est passé de 8 milliards en 2016 à 17 milliards dans la loi de finances qui est en ce moment discutée. C'est considérable ! Et de 2020 à 2021, c'est plus 33%. Donc vous voyez qu'on est au rendez-vous de l'humanité ; on est au rendez-vous de la solidarité et on est au rendez-vous de la lutte contre les inégalités mondiales parce que, par exemple, vous prenez ce Covid, ce Covid, il accélère les inégalités mondiales. Et le président de la République, Emmanuel MACRON, il est le premier, par exemple, à faire en sorte que la communauté internationale se mobilise pour que tout le monde ait accès au vaccin qui doit être un bien commun. C'est l'initiative ACT-A et hier, nous étions en réunion ministérielle de ministres du développement, je peux vous dire que, eh bien, l'engagement de la France est salué parce que nous avons été de ceux qui, avec le Club de Paris, puisqu'il est à Paris, comme son nom l'indique, eh bien avons permis une initiative de suspension du service de la dette. Pensez-y, c'est 46 pays qui, eh bien, peuvent économiser près de 6 milliards d'euros pour investir dans leur système de santé pour faire face, eh bien, à toutes les tensions que génère le Covid. Donc en matière de développement, on est là et on espère justement améliorer la vie pour tout le monde quel que soit son continent, quelle que soit, encore une fois, sa race, quel que soit son pays. C'est très important !

FREDERIC RIVIERE
L'aide au développement de la France ne sera en aucun cas affectée par la crise sanitaire et les dépenses considérables qu'elle a occasionnées ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors non ! Je crois que plus que j'aimais, nous devons être solidaires et c'est pourquoi, eh bien, on continue à augmenter d'un point de vue budgétaire encore une fois l'engagement de la France. Et puis, ça se traduit aussi par des sommets que le président de la République va organiser l'année prochaine, un sommet sur le financement des économies africaines justement, par le fait qu'on veut travailler aussi au sujet de la dette parce que, parfois, il y a certains bailleurs émergents qui finalement créent une dépendance avec un certain nombre de pays en développement et donc on a enfin – là aussi, le président a été décisif –, trouvé un cadre commun pour traiter cette dette. C'était lors du G20 et c'était le week-end dernier et donc on va continuer et on va continuer avec notre Agence française du Développement mais aussi à l'échelle européenne parce qu'on le sait assez peu mais l'Europe est le premier bailleur finalement dans le monde et l'équipe européenne, elle s'est mobilisée, par exemple à hauteur de 38 milliards d'euros pour accompagner les pays en développement sur la gestion du Covid. Donc vous voyez, on est au rendez-vous de la solidarité plus que jamais parce que, dans ce monde où les problèmes sont mondiaux, eh bien, les réponses doivent être mondiales ; elles se doivent se faire dans la coopération et non pas dans le repli sur soi.

FREDERIC RIVIERE
Un texte pour le développement devait être examiné il y a quelques jours en Conseil des ministres ; son examen a finalement été reporté. Pour quelle raison ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, tout simplement parce que, avec cette crise sanitaire, l'ordre du jour législatif a été totalement bousculé ; il a fallu adopter plusieurs textes liés à la gestion de la crise. Il y a un certain nombre d'ordonnances et donc ce texte, eh bien, il est prêt et dans les toutes prochaines semaines, j'ai bon espoir qu'on puisse enfin effectivement le présenter en Conseil des ministres puis le discuter au Parlement. C'est un travail qui a été conduit avec notamment le CNDSI, le Conseil national pour le développement et la solidarité internationale, et qui permettra aussi, eh bien, de diversifier les outils par exemple des collectivités locales pour agir dans le développement puisqu'il y a l'idée d'ouvrir aux autorités de transports la capacité à faire du développement avec ce qu'on appelle « les mécanismes 1% » et puis surtout, ça vient consacrer aussi l'augmentation des moyens.

FREDERIC RIVIERE
Merci Jean-Baptiste LEMOYNE, bonne journée !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 novembre 2020