Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, sur la Communauté méditerranéenne des énergies renouvelables, à l'Assemblée nationale le 26 novembre 2020.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Circonstance : Discussion à l'Assemblée nationale d'une proposition de résolution

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Texte intégral

Mme la présidente. L'ordre du jour appelle la discussion, en application de l'article 34-1 de la Constitution, de la proposition de résolution de M. M'jid El Guerrab pour la création d'une Communauté méditerranéenne des énergies renouvelables (no 3462).

(…)

La parole est à M. le secrétaire d'État chargé du tourisme, des Français de l'étranger et de la francophonie.

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État chargé du tourisme, des Français de l'étranger et de la francophonie. La Méditerranée, ce sont avant tout des femmes et des hommes qui tissent des liens entre eux. Permettez-moi d'avoir une pensée pour Denis François, qui était notre consul général à Tanger et à qui nous venons de rendre hommage avec Jean-Yves Le Drian. (Mme Michèle Peyron applaudit.) Il était de ceux qui, passionnés par la matière consulaire, éminemment humaine, se sont depuis longtemps engagés au service de ces liens. Je sais que certains d'entre vous l'ont connu et je tenais à souligner son engagement dans le dialogue entre les pays méditerranéens. À l'Assemblée nationale sont représentés les Français établis hors de France, et Denis François fut, de 2009 à 2013, un secrétaire général dévoué de l'assemblée des Français de l'étranger. Je souhaitais introduire mon propos en adressant cette pensée, qui, j'en suis sûr, sera unanimement partagée.

« Qu'est-ce que la Méditerranée ? Mille chose à la fois, non pas un paysage, mais d'innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres. » Fernand Braudel avait tout dit.

M. Philippe Michel-Kleisbauer. Très bien !

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État. Demain, cela fera trente-cinq ans que Fernand Braudel a disparu – décidément, le 27 novembre est une date symbolique puisqu'il s'agit, comme certains d'entre vous l'ont évoqué, d'un jour important aussi pour le processus euro-méditerranéen.

Oui, la Méditerranée est tellement plus qu'une mer, et je le dis en tant que fils de la Méditerranée ayant des racines qui plongent du côté d'Alger et de Laghouat. Elle est un bout de notre identité, d'une identité en mouvement, remuante, bouillonnante, irriguée par la culture et les peuples d'outre-rive. Elle est un morceau de notre histoire, mais tout en elle porte l'avenir car elle recèle de nombreuses opportunités. Il faut néanmoins avoir conscience de ses fragilités, que vous avez été nombreux à rappeler.

On dit souvent d'elle avec raison qu'elle est un trait d'union, mais elle ne le demeurera qu'à la condition que des femmes et des hommes sachent l'inscrire dans une vision, dans une dynamique, dans un projet. Ces femmes et ces hommes, ce sont vous, ce sont nous, ce sont les Français, ce sont tous les peuples qui prennent part à ce projet, qui est effectivement enthousiasmant pour le XXIe siècle.

Avec la proposition de résolution soumise ce soir au vote de votre assemblée, c'est de tout cela qu'il est question. Je vous remercie, monsieur M'jid El Guerrab d'en avoir pris l'initiative et de l'avoir mûrie, parce que ce texte résulte d'un travail qui, conduit depuis plusieurs années, conjugue de nombreuses rencontres, des auditions et, surtout, des idées foisonnantes au sein des sociétés civiles.

La Méditerranée a plus que jamais besoin de projets fédérateurs, car tout n'est pas rose, tant s'en faut, et les défis sont colossaux. Les crises qui la frappent sont nombreuses, qu'il s'agisse de la route de la mort qu'empruntent certains de ses fils et de ses filles, du changement climatique, de la dégradation environnementale, des menaces terroristes ou des difficultés de jeunesses plus exposées au chômage. Face à cette situation, deux constats s'imposent : la coopération méditerranéenne est plus que jamais indispensable et des projets ambitieux, concrets et fédérateurs sont nécessaires pour que les citoyens s'y retrouvent et y puisent des perspectives d'avenir concrètes.

C'est pourquoi le Gouvernement reçoit avec bienveillance et intérêt l'invitation qui lui est faite à travers cette proposition de résolution. Cette idée, au sens noble du mot, d'une communauté méditerranéenne des énergies renouvelables ouvre un horizon prometteur, qu'il faudra articuler avec les actions déployées mais qui prendra assurément une place éminente aux côtés des nombreux projets menés pour les jeunes ou par les collectivités locales en matière de coopération décentralisée.

Rappelons-nous, depuis 1995, ce travail qui petit à petit a posé des bases institutionnelles ; certains ont rappelé qu'elles étaient perfectibles, mais elles ont le mérite d'être là.

La France a été un fervent soutien du processus de Barcelone, à l'origine du dialogue euro-méditerranéen. En 2008, elle a également été à l'origine de la création de l'Union pour la Méditerranée, grand forum pan-méditerranéen, seule enceinte de dialogue à ce jour entre des pays qui parfois n'arrivent pas à se parler ailleurs. Demain, ce sont les vingt-cinq ans de ce processus ; à l'occasion de cet anniversaire, Jean-Yves Le Drian fera un bilan collectif de cette aventure. Il y a des réalisations, mais nous devons aller plus loin ensemble, nous en sommes convaincus. Il faut que la Méditerranée soit encore davantage incarnée par de grands projets susceptibles de mobiliser très largement tous ceux qui vivent dans l'espace méditerranéen et donc tous ceux qui le font vivre. C'est pourquoi à Ajaccio, lors du sommet des membres de l'alliance des pays du sud de l'Union européenne – Med7 – il y a quelques semaines, le Président de la République souhaitait pouvoir trouver les voies et moyens d'une politique constructive en Méditerranée, d'un agenda positif, de projets communs porteurs d'espoir. C'est en ce sens que se poursuit le dialogue des deux rives, dont un premier sommet s'est tenu à Marseille en juin 2019 ; il a permis à des centaines de représentants des sociétés civiles des États du Dialogue 5+5 d'exprimer leurs souhaits et leurs espoirs pour la Méditerranée de demain – l'un des forums, consacré à l'énergie, avait été accueilli par l'Algérie en avril 2019. Il s'agissait déjà de retrouver le fil d'une politique méditerranéenne, en s'appuyant sur les sociétés civiles des deux rives et sur leurs aspirations.

Votre initiative va tout à fait dans ce sens. Monsieur El Guerrab, qui êtes, avec plusieurs de vos collègues, à l'origine de la proposition de résolution, vous l'avez dit : il s'agit non pas de créer une structure supplémentaire, mais de fédérer les formations, les jeunesses, les universités, les entreprises, les initiatives. Bref, on est dans du concret et il y en a tant besoin ! Rappelez-vous le rapport sur le « plan bleu », remis il y a quelques semaines, qui a montré combien la croissance démographique, les modes de production et de consommation non durables ont conduit en Méditerranée à une dégradation de l'environnement et à une exacerbation des fragilités préexistantes. Or nous savons que la transition énergétique est un des leviers de l'action climatique. Convaincus qu'il s'agit là de priorités, je crois que de nombreux pays africains et européens riverains de la Méditerranée sont activement engagés dans des coalitions. Je pense à l'Initiative africaine pour les énergies renouvelables – Africa Renewable Energy Initiative, AREI –, qui va permettre de doubler la capacité énergétique du continent d'ici à 2030. Le Maroc, l'Algérie et la Tunisie y siègent, tandis que la France en est le premier soutien financier. Nous sommes donc tout à fait dans l'ADN que vous avez évoqué. L'Alliance solaire internationale déploie des projets en Algérie. Et naturellement, il faut évoquer l'action de l'Agence française de développement, au Maroc avec le complexe solaire thermodynamique Noor Ouarzazate, et en Algérie avec des travaux visant à produire de l'électricité à partir d'énergies renouvelables dans le Grand Sud. Bref, cette communauté méditerranéenne des énergies renouvelables offre des perspectives enthousiasmantes, qu'il s'agira de relier aussi aux travaux conduits.

Certains évoquaient les autres structures existantes, mais l'UPM a justement prévu des coopérations renforcées. Eh bien, faisons de l'idée de cette communauté l'un des premiers exemples de coopération renforcée, pour qu'il y ait effectivement une enceinte à taille plus humaine, comme c'était évoqué. L'UPM a réuni tant de pays que pour mener des coopérations concrètes, la coopération renforcée prendrait tout son sens.

J'en termine par là où j'ai commencé. Braudel disait aussi que « voyager en Méditerranée […] c'est rencontrer de très vieilles choses, encore vivantes, qui côtoient l'ultra-moderne […] C'est tout à la fois s'immerger dans l'archaïsme des mondes insulaires et s'étonner devant l'extrême jeunesse de très vieilles villes ouvertes à tous les vents de la culture et des profits qui depuis des siècles surveillent et mangent la mer. » Là aussi, je crois que tout est dit. Tout cela, au fond, n'est qu'une question de tradition et de modernité, d'identité commune et de prospérité partagée, et surtout, du rôle qui est le nôtre, à nous et à chacun de nos compatriotes de tous les peuples méditerranéens, pour faire vivre ce formidable projet. C'est, je le crois, ce à quoi nous oeuvrons aujourd'hui : partageons-en la fierté. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)


source http://www.asemblee-nationale.fr, le 9 décembre 2020