Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à Public Sénat le 7 décembre 2020, sur les violences en marges des manifestations contre la loi sécurité globale et la lutte contre les violences en général.

Texte intégral

ALEXANDRE POUSSART
Notre invitée politique ce matin c'est Sarah EL HAIRY, secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse et de l'Engagement. Bonjour Sarah EL HAIRY.

SARAH EL HAIRY
Bonjour.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, nous sommes ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée aujourd'hui par Pascal JALABERT.

PASCAL JALABERT
Bonjour.

ALEXANDRE POUSSART
Rédacteur en chef au groupe EBRA, donc les journaux de l'Est de la France. Alors, on va commencer par évoquer l'actualité de ce week-end avec ces images de violences en marges des manifestations contre la loi sécurité globale, ces images de casseurs qui brûlent des voitures, qui pillent des banques, qui jettent des mortiers sur les policiers, ça fait des années qu'on voit ces images, mais le gouvernement n'arrive pas à attraper ces casseurs.

SARAH EL HAIRY
Ça fait des années qu'on voit ces images, et, vous savez, sur mon territoire, à Nantes, ça a commencé bien plus tôt, et en fait il ne faut pas s'habituer à ces images, parce que cette hyper violence elle est en train de gangrener notre pays, et le pire c'est qu'elle met en danger, même, la démocratie, en quoi elle bloque la liberté de manifester, le droit de manifester en pays, et aujourd'hui regardez, le thème de la manifestation d'hier, finalement il passe au-dessus, on n'en souvient même pas parce qu'on voit ces images, et c'est la volonté de ces casseurs. Maintenant comment on lutte contre cette hyper violence ? Vous savez, moi j'ai été députée, j'ai été parlementaire, et à l'Assemblée on avait voté un texte, qui avait d'ailleurs été à l'initiative du Sénat, et je l'avais voté même des deux mains, parce que j'avais vu ce que faisaient ces casseurs, ces Blacks Blocs, ultra organisés, ultra entraînés. Enfin c'est leur volonté, ce n'est pas par hasard qu'il y a des excès de violence, ils sont organisés, ils pilotent, ils veulent mettre à plat le droit de manifester, ils veulent mettre le bazar, et ils utilisent les manifestants comme boucliers, ça je l'ai vu à Nantes, on le voit maintenant quasiment tous les samedis, malheureusement, eh bien il faut se doter, il faut se doter de nouveaux outils, il faut trouver la manière d'anticiper, il faut trouver la manière de renforcer les renseignements, pour lutter contre ces Blacks Blocs, on a essayé, en tant que législateur à l'époque, bon, le Conseil constitutionnel avait apporté une réponse qui limitait cette volonté, cette avancée législative, en tout cas c'est comme ça que moi je l'avais votée, c'était dans cet esprit-là, l'objectif est le même, comment on lutte contre cette hyper violence, qui gangrène fondamentalement notre pays, eh bien législateur, exécutif, ensemble, je crois qu'il faut avancer, et j'ai vu que ce week-end certaines grandes interviews permettaient et proposaient de nouvelles idées.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, quel nouvel outil, est-ce que par exemple vous êtes favorable à un fichier des personnes interdites de manifestations ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, quand le débat a eu lieu la première fois à l'Assemblée nationale, si je vous dis que j'ai voté des deux mains c'est que volontairement, et de manière très consciente, la récurrence de leur présence, la volonté de cacher leurs visages, marquait pour moi la limite, la fin, l'intention de ne pas être respectueux d'une volonté. Il n'y a pas de droit à casser dans notre pays. Et donc, tous les outils, dans le cadre de l'Etat de droit, qui nous permettront de les arrêter, de les condamner, de les reconnaître, je pense qu'ils sont bons.

PASCAL JALABERT
Faut-il rendre obligatoire le fait de se rendre à visage découvert sur une manifestation ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez moi je, à titre personnel, j'y suis plutôt favorable, pour une raison toute simple, dans notre pays le droit de manifester est protégé, personne ne doit être discriminé par rapport à son idée, par rapport au fait qu'il ait porté une idée ou une autre, ou pour avoir été dans la rue, et si on veut garder une démocratie vivante, alors il faut qu'on continue à avoir le droit d'aller dehors sans avoir peur. A ce moment-là se pose la question de pourquoi tu te caches ? La question se pose. Et c'est pour ça que pendant les manifestations qu'on a eu, malheureusement, gangrenées par, encore une fois, et instrumentalisée par les Blacks Blocs pendant la crise des Gilets jaunes, nos policiers, nos forces de l'ordre, fouillaient encore plus les sacs pour voir s'il y avait des outils, demandaient à se découvrir le visage, tout ça ce n'est pas pour embêter les gens, c'est pour les protéger, parce que les premières victimes de ces Blacks Bloc, au-delà des habitants, au-delà de notre vie économique, au-delà de nos rues, au-delà de l'image de notre pays, c'est notre démocratie, et c'est ceux qui vont manifester, parce que c'est légitime.

ALEXANDRE POUSSART
Alors justement, au-delà des Blacks Blocs il y a des manifestants, qui sont toujours en colère, semaine après semaine, contre cet article 24 de la loi sécurité globale, un texte qui est maintenant au Sénat, dans les mains des sénateurs qui examinent ce texte, et il y a quelques minutes on vient d'entendre le rapporteur centriste de cette proposition de loi au Sénat, qui pose la question de la suppression de l'article 24 pour apaiser la situation. Ça peut être une solution ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, encore une fois je reviens à ça, parce que j'ai été parlementaire, j'ai été députée, et on est toujours… « député un jour, député toujours », ça reste toujours dans son coeur, aujourd'hui je suis momentanément, temporairement, au sein de l'exécutif et donc c'est cette mission que je mène, mais je crois au bicamérisme, je crois à cet équilibre de la navette parlementaire, de sa capacité à enrichir. Mais, l'article 24, si on sortait de la polémique que ça a pu créer, du doute que ça a pu générer, du questionnement, fondamentalement c'est quoi son essence, et moi c'est à ça que j'ai envie de revenir ? C'est protéger ceux qui nous protègent. Il y a quelques instants à peine on parlait de l'hyper violence, de cette violence organisée qui pilonne nos forces de l'ordre, qui veulent des fois les tuer tellement les armes sont réelles, quand on envoie un cocktail-Molotov, quand en plus on essaye de les pousser à bout, oui, pour les provoquer, pour aller à l'usure, eh bien cette hyper violence on lutte avec des outils. Moi, l'article 24, sur le fond, j'y tiens, j'y tiens parce que c'est l'esprit, c'est l'esprit de comment on les protège, après, la manière de la rédiger, franchement, pour le coup je suis du côté de l'exécutif, et je crois en la capacité aujourd'hui des sénateurs de trouver les voies et moyens pour atteinte l'objectif, je n'ai aucun totem. Par contre, l'objectif est clair, comment on fait pour soutenir aujourd'hui nos forces de l'ordre qui, face à ces hyper violences, face à ces réseaux sociaux, aujourd'hui sont pris pour cible.

PASCAL JALABERT
Les policiers eux-mêmes se sentent aujourd'hui stigmatisés par une partie de la population, notamment les plus jeunes, comment rétablir une confiance entre la police et puis les populations les plus jeunes ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, moi je suis la secrétaire d'Etat en charge de la Jeunesse et de l'Engagement…

PASCAL JALABERT
C'est pour ça que je vous pose la question.

SARAH EL HAIRY
Eh oui, et c'est pour ça que je vais vous répondre, parce que, il n'y a pas une jeunesse dans notre pays, il y en a plusieurs, et donc, par sa diversité, la jeunesse ne doute pas de sa police, une partie de notre jeunesse oui, mais pas toutes nos jeunesses, parce que, quand je suis à Guéret, à Aurillac, à Metz, ou même chez moi, je vois ces jeunes qui s'engagent le week-end auprès…en GAV, enfin auprès des réserves de gendarmeries, auprès des pompiers, qui aiment et qui respectent les forces de l'ordre, et plus largement les forces de sécurité de notre pays, après il y a une jeunesse, effectivement, qui est beaucoup plus en colère, beaucoup plus énervée, je ne crois pas à la faiblesse du lien. Par contre, là où on a un sujet, et là où on peut renforcer ce lien, cette confiance, et moi je vais aller jusqu'au bout, peut-être cet amour de ceux qui nous protègent, c'est par des moyens d'engagement, par le service national universel, qui a vocation à créer, vous savez ce temps où ils les encadrent où ils sont là. Et plus largement, une seule réponse, un seul message, les forces de l'ordre, qu'ils soient policiers ou gendarmes, c'est d'abord des hommes et des femmes, c'est nos frères, c'est nos parents, qui s'engagent tous les jours, qui des fois, quand ils sortent, ne savent pas s'ils reviennent blessés ou pas, qui prennent de leurs week-ends, qui sont parents, et fondamentalement il ne faut pas oublier ce visage-là. C'est des hommes, et des femmes, pour le coup, qui, je crois par l'uniforme qu'ils portent, s'engagent au quotidien, et donc cet amour il doit arriver par-là.

ALEXANDRE POUSSART
Sarah EL HAIRY, vous parliez de ces jeunes en colère contre nos policiers, notamment parce qu'il y a des discriminations raciales, et c'est simplement le président de la République qui l'a dit vendredi dans son interview au média en ligne Brut, « oui, il y a des contrôles au faciès dans la police. » C'est important de mettre ces mots sur ces réalités, il y a du racisme dans la police ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, moi je suis très très à l'aise avec ce sujet, je m'appelle Sarah EL HAIRY, mes deux parents sont nés au Maroc, moi je suis née à Romorantin dans le Loir-et-Cher, et dans notre pays l'angélisme n'a jamais protégé. Est-ce qu'il y a des discriminations, est-ce que il y a du racisme ? oui il y en a partout, il y en a partout, il y en a au travail, il y en a dans la vie quotidienne, mais c'est la République qui nous protège face à ça, parce que le regard de la République, le regard de notre pays, sur chacun d'entre nous, c'est d'abord sa citoyenneté, c'est d'abord l'homme ou la femme, le Français, la française qu'elle est, qu'il regarde, et donc aujourd'hui dire simplement qu'on luttera contre toutes les discriminations, c'est protéger, respecter profondément le principe d'égalité de notre valeur républicaine, alors oui on luttera. Maintenant j'ai bien vu les réactions qu'il y a pu y avoir après ces propos…

ALEXANDRE POUSSART
Notamment des syndicats de policiers.

SARAH EL HAIRY
Bien sûr, notamment des syndicats de policiers, je crois qu'il ne faut pas en faire ombrage, c'est simplement l'expression, c'est une expression, ce n'était pas la seule, du président de la République, c'était une expression qui marquait une réalité sur laquelle il faut lutter. Oui, quand il y a de la discrimination, il faut lutter contre, et il faut être intraitable. Donc, fondamentalement, pour moi il n'y a pas de sujet, c'est comme, si vous voulez, on revient sur l'institution. Est-ce que l'institution est raciste ? La réponse est non, pour être claire, l'institution police, l'institution gendarmerie, ne l'est pas, notre Etat ne l'est pas, et on l'entend malheureusement beaucoup trop, et donc face à ça la réponse est hyper claire, par contre on luttera contre toutes les discriminations, quelles qu'elles soient.

ALEXANDRE POUSSART
Et la réponse du gouvernement c'est de créer une plateforme de signalement des discriminations, est-ce que cette plateforme va être efficace et est-ce qu'il faut sanctionner ces discriminations, notamment dans la police ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, il faut sanctionner les discriminations partout, là où elles sont, quel que ce soit l'endroit, et je vais être très claire et très cash. Notre République elle protège, quand il y a un coup de canif dans le pacte républicain, alors on lutte, on sanctionne, et pour commencer à sanctionner, alors il ne faut pas s'habituer à ce racisme ordinaire d'une certaine manière, c'est ce qu'on appelle, le racisme ordinaire c'est le fait que, on accepte, finalement, d'entendre des choses, de voir des choses se passer, et on a déjà commencé à lutter, quand on essaye les CV anonymes, quand on essaye les CV sans nom, sans photo, et changeant le nom, parce qu'aujourd'hui les racismes ils sont de différentes formes, les discriminations sont de différentes formes, évidemment par rapport à sa couleur de peau, mais aussi par rapport à son sexe, à son âge, à la ville, à son adresse, là où on vit, il y a des discriminations homophobes encore dans notre pays, ou encore antisémites. Eh bien, la promesse républicaine c'est de lutter contre toutes ces discriminations, alors cette plateforme, oui, c'est un nouvel outil.

PASCAL JALABERT
Justement, dans l'actualité cette semaine, vient le projet de loi sur les principes républicains, qu'avant on appelait projet de loi séparatisme, très clairement ce projet de loi est fait parce qu'il y a un problème entre la laïcité et une partie des musulmans, restons modérés, est-ce que vous ne craignez pas qu'une partie de la population se sente un peu stigmatisée ?

SARAH EL HAIRY
Vous savez, moi je ne crois pas que la laïcité… qu'il y a un problème entre une partie des musulmans et la laïcité. La laïcité c'est ce qui protège, dans notre pays, le fait de croire ou de ne pas croire, de vivre sa foi, de la pratiquer, et ce n'est pas un problème avec l'islam, ou avec les musulmans, qu'ils soient français ou pas d'ailleurs dans notre pays, la laïcité c'est ce qui nous permet de vivre ensemble, de se respecter, d'avoir une vie, un bien commun, mais en paix. Par contre, qui essaye de tuer notre laïcité ? C'est une idéologie, ce sont des ennemis de la République. Cette idéologie, elle est islamiste, elle est radicale, c'est vrai, et celle-là, elle n'est pas portée par ceux qui croient ou ceux qui ne croient pas, ou ceux qui sont de confession musulmane…

PASCAL JALABERT
C'est une infinie minorité…

SARAH EL HAIRY
C'est leurs ennemis, vous avez raison, c'est cet islam politique, cet islam radical, qui essaye de mettre à bas notre laïcité parce qu'il l'a combat, mais il l'a combat avec des outils, avec des méthodes, avec une stratégie, ce n'est pas par hasard, c'est très organisé, eh bien c'est aussi l'ennemi des musulmans dans notre pays, ceux qui veulent vivre en paix leur confession. Et la laïcité, en fait elle n'a pas besoin de qualificatif, nous on a l'habitude de voir des fois des expressions en disant « il faut une laïcité ferme », « il faut une laïcité molle », « il faut une laïcité ouverte », mais pas du tout, la laïcité c'est simple, c'est ce qui permet de protéger chacun, elle s'applique en fonction des lieux, et elle s'applique aux personnes, et c'est notre plus belle garantie de respect des uns des autres, et donc ça revient à ses fondamentaux, comment on fait pour vivre ensemble, comment on fait pour se reconnaître au sein d'une communauté nationale, comment on nie les communautés individuelles, parce que fondamentalement il est là le sujet, eh bien la laïcité protège.

ALEXANDRE POUSSART
Est-ce que la République, si on prend le mal à la racine, est-ce que la République est, d'une certaine manière, responsable du développement de ce séparatisme dans certains quartiers ? Emmanuel MACRON, là encore l'a dit, « le mal est en nous, le séparatisme est construit sur l'échec de l'intégration. »

SARAH EL HAIRY
Non, la République c'est, au contraire, la digue, c'est ce qui permet ce dénominateur commun, c'est ce qui permet à chacun de se dire, quel que soit l'endroit où tu es né, quelle que soit la famille dans laquelle tu es né, quelle que soit l'histoire de tes parents, la République elle te reconnais comme citoyen, elle te donne la possibilité de t'émanciper, de construire la vie que tu veux, elle te protège, elle te permet de te soigner, elle te permet de d'éduquer, elle te permet de rêver la vie que tu veux avoir. Par contre, le séparatisme c'est quoi, ils sont nombreux, mais celui qui nous attaque aujourd'hui ? il est à l'intérieur de notre pays, et il est à l'extérieur de notre pays, mais c'est une idéologie, il ne faut pas s'y tromper, cette idéologie elle est portée par d'autres pays étrangers, avec des étendards, je ne sais pas si les citer c'est mettre de l'huile sur le feu, mais on a vu les propos du président ERDOGAN il n'y a pas si longtemps que ça, on voit les propos d'autres pays, qui ne comprennent pas notre laïcité, et qui veulent la mettre à mal, et comment ils veulent la mettre à mal ? En nous divisant. Donc le mal, aujourd'hui que nous combattons, ces ennemis, ils ne sont pas le fruit de notre vivre ensemble, au contraire, ils essayent de nous diviser pour qu'on doute de notre capacité à vivre ensemble, à reconnaître notre histoire, à faire un avenir commun. Pourquoi, fondamentalement ? Parce que quand notre pays il est uni, quand on se sent solidaire, quand on se sent fort, en fait rien ne résiste à notre pays, on est les héritiers des Lumières, on est ces Lumières en Europe qui gardent un cap et qui assument, eh bien finalement, et fondamentalement, c'est ça que les gens essayent de…

PASCAL JALABERT
Malgré tout cela il y a quand même eu plus de 700 incidents lors de l'hommage à Samuel PATY, il y en avait eu en 2015 lors de l'hommage aux journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo, comment traiter ces incidents, et surtout éviter… que ça ne se reproduise pas ?

SARAH EL HAIRY
Oui, il y a eu énormément d'incidents, moi, pour moi c'est beaucoup trop déjà, par contre ce qui a changé, par rapport à avant, pour le coup, c'est qu'il faut regarder les yeux ouverts, c'est qu'il ne faut pas mettre de poussière sous le tapis, c'est la méthode, c'est l'état d'esprit qui est le nôtre. Et notre état d'esprit c'est quoi ? C'est de rendre publics les chiffres, de traiter. A chaque fois qu'il y a eu un incident, dans le cadre de l'hommage à Samuel PATY, les parents ont été convoqués, un référent laïcité est intervenu, le soutien aux enseignants est clair, ferme et entier. Il n'y a plus de, « pas de vague », de « faux pas dire », pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui c'est beaucoup trop grave, parce qu'aujourd'hui il y a des forces, et encore une fois je suis désolée de le rappeler, mais qui essayent d'infiltrer l'esprit de nos enfants, et de les diviser, de les remonter contre nous. Alors comment on fait concrètement ? déjà on pose les bases, on protège ceux qui permettent la diffusion des valeurs républicaines, qui expliquent la laïcité, ces premiers hussards, nos enseignants, on protège nos forces de l'ordre, mais on fait attention pour que…on crée une sorte de, vous savez, de cordon sanitaire autour de tous ceux qui protègent la République, et ceux-là c'est évidemment nos enseignants, nos forces de l'ordre, mais c'est également ceux qui interviennent sur le temps scolaire, là je parle des associations, là il faut également clarifier, les mêmes outils qu'on donne aux enseignants on doit les donner à ces éducateurs, parce qu'ils ont entre les mains nos enfants, et donc entre 16h30 et 18h00, ou le mercredi, ou le samedi, il faut que personne ne soit mal à l'aise pour expliquer qu'est-ce que la laïcité, qu'est-ce que la loi de 2004, qu'est-ce que la loi de 1905, c'est quoi l'égalité, pourquoi lutter contre les discriminations, et aujourd'hui nous sommes en train de travailler avec le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel BLANQUER, pour renforcer les formations, les outils, les remontées d'informations, sans plus jamais dire que quand il y a des incidents c'est parce qu'il y a un problème sur le territoire ou dans le collège, au contraire, les problèmes il faut les regarder en face et il faut les traiter.

ALEXANDRE POUSSART
Sarah EL HAIRY, justement, vous avez fait l'expérience d'un incident autour de la laïcité, ça s'est passé pendant les vacances de la Toussaint à Poitiers, vous avez participé à un débat avec 130 jeunes, sur la laïcité, sur le rapport à la religion, et le débat était plutôt tendu, avec des lycéens qui sont plutôt favorables au port du voile au lycée, qui veulent créer un délit de blasphème. Vous avez, à la fin de ce débat, essayé de chanter « la Marseillaise », au début elle n'a pas été suivie, et en conclusion vous avez lancé une enquête administrative sur les encadrants de ce débat, où en est cette enquête ?

SARAH EL HAIRY
Cette enquête c'est une instruction, donc c'est une instruction de l'Inspection générale, qui est en cours, qui est en cours parce qu'il est nécessaire de comprendre, il faut comprendre ce qui se passe, comment on encadre nos enfants, comment on leur explique, comment on en arrive à des fois dire que notre Etat est raciste, comment le refuser et ne pas accepter, qu'on le dise et qu'on donne les outils, parce qu'un Etat raciste ça existe, c'est des Etats qui font la différence par la race, et ça a existé dans l'histoire de notre Humanité, et on ne peut pas laisser dire, sinon c'est accepter de… alimenter une colère, c'est de ne pas donner les outils à nos enfants de lutter contre ces idéologies. L'enquête est en cours, elle rendra ses conclusions d'ici, là, entre le 15 et le 20 décembre approximativement. Le plus important pour moi c'était de comprendre quel est le projet pédagogique, comment les enfants sont encadrés, parce que ce sont des enfants, et notre devoir c'est de les protéger, c'est… quand vous donner un agrément jeunesse et éducation populaire, les parents, quand ils donnent leurs enfants à ces associations, ils leur font confiance, parce qu'il y a un regard, parce qu'il y a un gage de qualité, eh bien ma responsabilité, mon devoir, c'est de ne jamais faire comme si rien ne se passe ou rien ne s'était passé, ça aurait été beaucoup plus facile, vous savez, de tourner la tête et de faire comme si.

ALEXANDRE POUSSART
Est-ce que vous avez déjà des premières pistes de compréhension, pourquoi ça s'est passé cet événement à Poitiers après 4 jours de débat sur la laïcité ?

SARAH EL HAIRY
Il faut remettre dans le contexte, nous sommes au lendemain de l'hommage, à la Sorbonne, pour Samuel PATY, les propos sont forts, pour certains violents, mais pour autant c'est la parole des jeunes, et celle-là je ne la remet pas en question, au contraire, il faut l'entendre, il faut l'entendre et il faut la regarder en face, et c'est pour ça que j'y suis allée, parce que quand… encore une fois, on peut faire le choix d'être dans des événements, dans des sorties, en tant que ministre, très confortables, où on ne regarde pas notre pays, où on ne regarde pas ses difficultés, où on ne regarde pas là où il y a du travail à faire, par contre vous êtes policées, c'est clair, avec de belles photos, de belles images, vous revenez des fois avec des jolis articles, mais ça s'arrête là, là ce n'est pas le cas. Je savais qu'on parlait de religion, si on parle de religion dans notre pays, alors on parle de laïcité, et puis je me rends compte qu'il y énormément de flou, on n'est pas capable de définir la laïcité, il y a des élus de la ville de Poitiers qui disent que nos lois sont islamophobes, vous imaginez bien que la membre du gouvernement que je suis ne peut pas rester comme si rien ne se passait.

ALEXANDRE POUSSART
Notamment des élus écologistes ?

SARAH EL HAIRY
Bien sûr. Alors, je me lève et j'explique la loi de 2004 n'est pas une loi islamophobe, et que la loi de 2004 c'est les signes religieux à l'intérieur d'un endroit qui est un sanctuaire, c'est à l'intérieur de l'école, et que c'est pour protéger, et tout ça aujourd'hui nous avons besoin de repères clairs, et c'est toute la mission qu'est la mienne, c'est clarifier…

PASCAL JALABERT
Justement, faut-il un programme de formation et une charte qui impose aux fonctionnaires, à ceux qu'on recrute dans les associations, de respecter des règles de laïcité ?

SARAH EL HAIRY
Oui, je le crois, et nous avons commencé à le faire, je vais être très transparente avec vous. Au lendemain de l'hommage au professeur Samuel PATY, il faut rappeler, qui a été décapité, ce n'est pas anodin par la violence de l'acte, par la violence du symbole que ça a été, c'est un enseignant, alors avec tout le, ce qu'on appelle le corps pédagogique, c'est-à-dire enseignants, et éducateurs, parce que ces animateurs qui encadrent nos enfants sont finalement des éducateurs à un certain moment de la vie de nos enfants, ce sont des… une coéducation à un moment donné, eh bien on s'est tous rencontrés, on s'est réunis, pour signer une déclaration solennelle de défense, évidemment de respect des valeurs de la République, mais l'étape d'après, et ce qui est la mienne, et c'est celle que je souhaite, et ils étaient d'accord pour la porter, c'est la défense des valeurs de la République, parce que dans un moment où elle est attaquée, où nos valeurs, nos fondamentaux sont attaqués, il faut évidemment les respecter, c'est l'étape première, mais aujourd'hui la réponse elle est dans sa promotion, elle est dans sa défense, elle est dans son explication, ce qui n'était peut-être pas nécessaire il y a 10 ans, mais aujourd'hui ça l'est. Et donc, après ces déclarations, nous avons posé des actes, ces actes c'est l'évolution de la formation du BAFA, c'est le brevet de formation pour les animateurs, c'est également un vade-mecum, c'est une base, un document, qui donne des outils, un peu comme le parallèle qu'il y a l'école, le vade-mecum de la laïcité, eh bien il y en a un qui va être publié, qui a été travaillé avec le Conseil des sages de la laïcité, c'est le vade-mecum de la laïcité dans les accueils collectifs de mineurs. Encore une fois, on ne traite pas un enfant comme on traite un adulte.

ALEXANDRE POUSSART
On finit rapidement Sarah EL HAIRY, il nous reste très peu de temps, je voudrais qu'on parle rapidement du service national universel, de son expérimentation. Ce week-end le Sénat a rejeté le budget de la vie associative, et notamment du service national universel, car il estime qu'on va doubler le budget du SNU au détriment des associations. On en est où concrètement de cette expérimentation, elle est un peu à l'arrêt à cause de la crise ?

SARAH EL HAIRY
Très concrètement… malheureusement ce n'est pas l'un contre l'autre, en fait ça se complète. Vous savez, l'engagement c'est quoi ? L'engagement c'est défendre ce qui nous tient à coeur, c'est défendre en quoi on croit, il y a autant de formes d'engagements que de chemins ou que de personnes. Vendredi, le budget a été effectivement rejeté par les sénateurs, après un débat assez long et assez vif, mais l'opposition qui était de dire c'était contre le soutien aux associations, est plutôt inexact, puisque le Fonds de développement de la vie associative, spécifique aux associations, a été renouvelé dans sa totalité, donc à plus de 25 millions, plus 20 millions supplémentaires qui arrivent. Ce n'est pas une paille, le soutien il est là, et dans le plan de relance c'est quasiment 1 milliard de soutien au-delà du droit commun. La parenthèse étant faite, juste pour dire ce n'est pas en concurrence. Le service national universel c'est ce temps qui est nécessaire pour nos enfants, pour vivre un temps républicain, pour vivre les valeurs de la République, pour avoir de la mixité sociale, pour rencontrer ces policiers, ces gendarmes, ces pompiers, mais également des enseignants et des éducateurs, c'est ce temps de l'égalité des chances, parce qu'il y a beaucoup de nos enfants qui n'ont pas accès à la formation, et je mène un combat sur l'accès à la formation, c'est la première des inégalités. Un jeune sur deux aujourd'hui, dans notre pays, ne sait pas ce qu'on peut faire ensemble, ne connaît pas les engagements. Alors moi je dis, encore une fois, et j'espère que je réussirai à les convaincre, oui, le service national universel a été bousculé dans sa programmation parce qu'il y a le Covid, comme il a bousculé tout notre pays, mais c'est une chance de reconquête pour notre jeunesse, et l'augmentation du budget c'est l'augmentation du nombre de jeunes accueillis, mais c'est fondamentalement l'écriture, peut-être, et en tout cas je le crois, d'une politique jeunesse en profondeur qui respecte et qui prône les valeurs de la République.

ALEXANDRE POUSSART
Et ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup Sarah EL HAIRY d'avoir été notre invitée politique ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2020
 

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