Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à France info le 10 décembre 2020, sur l'épidémie de Covid-19, le projet de loi confortant les principes républicains, la police et les discriminations.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
On saura ce soir à quoi vont ressembler les fêtes de fin d'année, c'est Jean CASTEX, le Premier ministre, qui va en donner le menu dans une conférence de presse à 18h00, mais au vu des derniers chiffres de l'épidémie, est-ce qu'il vous semble envisageable qu'on dise finalement aux Français "vous restez confinés" ?

GERALD DARMANIN
Les décisions ne sont pas encore prises par le président de la République et le Premier ministre, et donc je sais que la conférence de presse de ce soir est importante, et ces éléments ne sont donc pas décidés, mais il faut bien avouer que les chiffres dans lesquels nous évoluons, le ministre de la Santé les a présentés hier en Conseil de défense Covid, montrent que la baisse continue, du nombre de personnes qui étaient contaminées, de personnes qui décédaient, connaît une baisse moins forte, voire une stagnation. Et que c'est inquiétant quand on regarde les pays aussi autour de nous, moi je suis frontalier de la Belgique, un pays extrêmement touché, regardons l'Italie…

MARC FAUVELLE
Le plus touché par habitants en Europe, la Belgique.

GERALD DARMANIN
Exactement, on voit que partout, dans l'hémisphère Nord, ces chiffres remontent. On a l'impression que la France ça remonte moins vite qu'ailleurs, que les chiffres sont meilleurs qu'ailleurs, mais enfin ils sont quand même importants, et donc je crois qu'il faut peut-être s'attendre à pas une libération totale des gestes barrières, des règles imposées par l'Etat, pour que nous gardions évidemment en vie un maximum de personnes.

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce qu'il est imaginable de garder par exemple les attestations pour sortir après le 15 décembre, après la semaine prochaine ?

GERALD DARMANIN
On le verra bien, ce n'est pas encore tout à fait décidé, ce qui est sûr c'est qu'il y aura encore des mesures de restrictions et qu'il n'y aura pas un monde avant le Covid à partir du 15 décembre, donc on va regarder, est-ce qu'on garde les attestations ou non, est-ce qu'un certain nombre de mesures fortes, qui peut-être privent un peu les Français de liberté, mais protègent les plus faibles d'entre nous, doivent rester, au moins dans les semaines qui viennent.

MARC FAUVELLE
Vous savez déjà, vous, à quoi va ressembler Noël chez les DARMANIN ?

GERALD DARMANIN
Alors, le ministre de l'Intérieur avait prévu, Covid ou pas Covid, de passer son Noël et son nouvel An auprès des forces de police, donc…

MARC FAUVELLE
Bon, ma question n'a pas beaucoup de sens !

GERALD DARMANIN
Non, non, mais je vais évidemment m'appliquer les mesures qu'on demande à tous les Français, donc je fêterai Noël tout en étant à mon poste de ministre, dans les conditions sanitaires qu'imposera le gouvernement à tous les Français.

MARC FAUVELLE
Avec moins de six policiers à table donc, si j'ai bien compris, si vous passez le réveillon avec des policiers.

GERALD DARMANIN
Alors, j'aime beaucoup les policiers, j'aime beaucoup ceux qui me protègent, ils sont tout le temps avec moi pour des raisons de sécurité, mais ils ne partagent quand même pas mes repas de Noël.

SALHIA BRAKHLIA
Gérald DARMANIN, hier le gouvernement a donc dévoilé le projet de loi confortant les principes républicains, ça s'appelle comme ça, le projet de loi confortant les principes républicains, le texte a donc changé de nom finalement, exit les termes séparatisme et islamisme, de quoi ou de qui avez-vous eu peur ?

GERALD DARMANIN
Alors, on a eu peur de personne, et jamais le texte de loi, que je prépare depuis longtemps, n'a eu comme idée de s'appeler islamisme, de faire une attaque ad hominem contre une religion…

SALHIA BRAKHLIA
Il y avait le terme "séparatisme."

GERALD DARMANIN
"Séparatisme" était le concept, et moi je le reprends bien volontiers, de gens qui veulent se séparer des valeurs de la République, qui veulent se séparer de la façon dont on vit en France. Mais, ce texte, c'est d'abord une loi de liberté. Aristide BRIAND, arrivant à la tribune de la Chambre des députés, lorsqu'il présenta la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, hier c'était les 115 ans la loi de la laïcité…

SALHIA BRAKHLIA
De 1905.

GERALD DARMANIN
Exactement, a dit "voici un texte qui vise à pacifier les esprits et à rendre plus forte la République." C'est une loi de liberté parce qu'elle veut justement libérer les contraintes qu'imposent les idéologies religieuses, et singulièrement l'idéologie islamiste, sur les populations, sur les femmes, sur la façon de vivre.

SALHIA BRAKHLIA
Et pourtant vous entendez ces critiques de certains à gauche qui disent que c'est un texte contre l'islam, contre les musulmans.

GERALD DARMANIN
Oui, j'entends certains…

SALHIA BRAKHLIA
Je fais référence à Jean-Luc MELENCHON par exemple.

GERALD DARMANIN
Alors c'est très très à gauche là, vous allez être très très loin, parce que pour moi la gauche républicaine c'est celle qui justement a promu la laïcité, impose l'égalité entre les femmes et les hommes, connaît le progrès…

SALHIA BRAKHLIA
Ce n'est pas la gauche républicaine Jean-Luc MELENCHON ?

GERALD DARMANIN
La question se pose, très franchement, parce que Monsieur MELENCHON, quand il vient à avoir des propos extrémistes, qui manifestement remet en cause l'équilibre même de la laïcité française…

MARC FAUVELLE
Quelques propos précisément ?

GERALD DARMANIN
Moi je constate que lorsqu'il explique que le gouvernement est contre une religion, c'est qu'il n'a pas lu le texte, ou qu'il utilise ce que fait Madame LE PEN, c'est-à-dire des exagérations qui visent à semer le trouble pour pouvoir permettre, des troubles justement qui lui permettront d'arriver au pouvoir, c'est assez pathétique. Ce qui est vrai, c'est qu'il n'y a plus, chez Monsieur MELENCHON, il n'y a plus chez La France insoumise, de gens qui manifestement protègent la laïcité telle que les pères de la laïcité l'ont imaginée. C'est une valeur de gauche qui consiste, depuis 1905, et même avant, il faut bien l'avouer, à dire qu'il y a de la neutralité dans le service public, que les agents du service public n'ont pas à montrer leur religion, n'ont pas à montrer leur avis politique. De dire que l'ordre public limite, il est vrai, les expressions religieuses, de dire que toutes les religions doivent faire ce qu'ont fait les protestants, les juifs, les catholiques, et aujourd'hui évidemment c'est aux musulmans de le faire, de rentrer dans le cadre de la République, de dire que la loi de la République est toujours supérieure aux convictions religieuses. Mais vous savez, moi, Monsieur MELENCHON il parle beaucoup, il se trouve que je suis issu d'une famille d'immigration, où mon grand-père était musulman, il me paraît tout à fait normal que la République française puisse se défendre contre les islamistes, c'est-à-dire ceux qui utilisent l'idéologie aux fins d'avoir une nouvelle société, qui n'est pas la société française, qui n'a rien à voir avec l'islam des musulmans, qui, pour l'immense majorité, je le sais dans ma commune à Tourcoing par exemple, ou dans ma famille, respectent parfaitement les lois de la République et sont les premières victimes de l'OPA islamiste contre leur religion.

MARC FAUVELLE
Il y a, Gérald DARMANIN, ce qu'il y a dans ce projet de loi, il y a ce que certains des députés de la majorité, de votre ma majorité, souhaiteraient y ajouter, voici par exemple ce que propose la députée des Yvelines Aurore BERGE.

AURORE BERGE, DEPUTEE LREM DES YVELINES (EXTRAIT BFM TV/RMC)
Qui peut aujourd'hui être favorable à l'idée qu'une petite fille de 2 ans ou de 3 ans soit couverte d'un hijab, ça veut dire quoi ? Ça veut dire une hyper sexualisation dès le plus jeune âge, parce qu'on considère qu'elle doit donc être pudique, à 2 ans, à 3 ans, à 4 ans, ça veut dire qu'on considère qu'il faut séparer les petits garçons des petites filles, ça veut dire qu'en vérité, dès le plus jeune âge, on les sépare de la République.

MARC FAUVELLE
Aurore BERGE, hier sur RMC, qui propose donc l'interdiction du voile pour les petites filles. Est-ce que vous allez l'intégrer au projet de loi ?

GERALD DARMANIN
D'abord je voudrais dire qu'Aurore BERGE n'a pas tort de poser la question comme elle la pose, ensuite, est-ce que c'est la loi qui doit empêcher les tenues vestimentaires ? C'est un débat qui transcende la République depuis de très nombreuses années. Le choix qui a été fait par le gouvernement ce n'est pas une loi qui ne rentre par le sujet du voile, le sujet du halal, le sujet de tel ou tel comportement communautaire…

MARC FAUVELLE
Mais si les députés souhaitent l'ajouter ?

GERALD DARMANIN
Mais le député par nature, j'ai été parlementaire, discute d'un amendement qu'il souhaite présenter, et vote à la majorité les amendements qu'il souhaite avoir.

MARC FAUVELLE
Mais vous savez que parfois le gouvernement donne son avis, il peut dire « on soutient » ou « on ne soutient pas. »

GERALD DARMANIN
Il ne connaît pas encore l'amendement de Madame BERGE, qui travaille beaucoup et pour qui j'ai beaucoup d'estime, il se trouve qu'il vient de présenter son texte, si j'ose dire au public. Il n'y a pas, dans le texte du gouvernement, d'interdiction des vêtements ostensibles, parce que ce que nous avons choisi de faire c'est la neutralité du service public, étendre au service public, déléguer les transports, la piscine, le marché, la neutralité des agents, dire que les associations ne pouvaient pas toucher des subventions lorsqu'elles étaient séparatistes ou communautaristes, imposer une meilleure régulation du culte, déclarer les financements étrangers, s'opposer effectivement…

SALHIA BRAKHLIA
Mais vous, à titre personnel, vous êtes pour que cette mesure entre dans le texte, contre le voile ?

GERALD DARMANIN
Non, moi j'ai travaillé beaucoup, sur ce texte, auprès du président de la République, avec Marlène SCHIAPPA, j'ai fait le choix de ne pas lui proposer justement d'y mettre des dispositions qui visent à toucher les vêtements, et singulièrement, moi je vois bien ce que dit Aurore BERGE sur les petites filles, mais on sait tous que le foulard c'est celui du foulard d'une maman qui accompagne l'enfant à l'école. La maman, vous savez, de ce militaire qui a été tué par Mohamed MERAH, militaire français…

SALHIA BRAKHLIA
Latifa IBN ZIATEN.

GÉRALD DARMANIN
Exactement, elle porte un foulard, on peut être gêné ou pas gêné de quelqu'un porte un foulard ou un vêtement religieux, ça c'est l'opinion de chacun…

MARC FAUVELLE
Ça vous gêne vous ?

GERALD DARMANIN
Moi, ça ne m'a jamais gêné, je l'ai toujours dit, je le répète…

MARC FAUVELLE
Y compris chez les enfants ?

GERALD DARMANIN
Non, mais attendez, ne comparez pas… je vais même dire qu'Aurore BERGE avait raison, qu'effectivement c'est tout à fait choquant qu'une petite fille, ou qu'un petit garçon, soit déjà distingué par sa religion dès son plus jeune âge, mais je voudrais dire quand même que cette maman, de ce militaire français tué sous les coups d'un terroriste islamiste, elle a donné son fils à la France, parce qu'il était militaire et il a été tué par l'idéologie islamiste, donc je pense qu'on ne peut pas lui reprocher une quelconque alliance avec l'islamisme, puisqu'elle a été endeuillée dans sa chair, et je ne me vois pas lui dire, personnellement, que son foulard est contre la République. Moi, vous savez, les prénoms arabes, ma tante s'appelle Saada, mon grand-père s'appelait Moussa, et il a fait…

MARC FAUVELLE
Et votre deuxième prénom.

GERALD DARMANIN
Mon deuxième prénom c'est Moussa, et il a fait…

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous n'êtes pas du tout sur la ligne d'Eric ZEMMOUR.

GERALD DARMANIN
Et il a fait - fort heureusement – mais il a fait, pour l'uniforme français, beaucoup plus de choses que beaucoup de gens ont fait, et pour autant il était tout à fait compatible, par nature, à la République. On peut prier Allah et aimer la République, simplement jamais, en aucun moment, Allah est supérieur à la République, voilà. C'est vrai pour les musulmans, c'est vrai pour les juifs, c'est vrai pour les catholiques, c'est vrai pour les protestants, c'est vrai pour ceux qui ne croient pas, la République transcende tout, et je n'ai pas à connaître votre religion lorsqu'on se parle, je pense que c'est une très bonne laïcité que nous devons défendre.

MARC FAUVELLE
Et je n'ai pas non plus à connaître la vôtre…

GERALD DARMANIN
D'ailleurs vous ne me l'avez pas posée, et je ne vous aurais pas répondu.

MARC FAUVELLE
Oui, je vous ai déjà demandé avec qui vous alliez passer Noël.

GERALD DARMANIN
C'est vrai.

MARC FAUVELLE
8h42, le fil info et on se retrouve juste après Gérald DARMANIN.
(…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN. Trois décrets parus vendredi dernier inquiètent les associations des droits de l'homme car ils prévoient d'élargir le fichage pour atteinte à la sûreté de l'Etat en y incluant de nouvelles infos comme les opinions politiques, les convictions philosophiques et religieuses, l'appartenance syndicale mais aussi l'activité sur les réseaux sociaux. Est-ce qu'on a raison de s'inquiéter pour nos libertés fondamentales, Monsieur le Ministre ?

GERALD DARMANIN
Toutes les questions évidemment surtout lorsqu'elles concernent les libertés fondamentales doivent avoir des réponses. J'ai répondu hier à une question d'un sénateur et j'y réponds bien volontiers. Trois décrets qui existaient déjà. Ces décrets, on ne les a pas inventé, ils n'étendent pas le champ de leur action et ces décrets, c'est un décret sur les enquêtes administratives faites par la préfecture de police de Paris et la direction générale de la police nationale et deux décrets de renseignement, l'un pour la police, l'autre pour la gendarmerie. Pourquoi ces décrets sont modifiés et ont été republiés, parce qu'il y a eu entre-temps la loi RGPD, la loi sur les données et par exemple on a pu changer des activités politiques en opinions politiques, ce qui était l'objet de la question du sénateur d'hier parce que c'est justement le terme de la loi RGPD et les décrets chacun le comprend doivent être conformes à la loi, la loi étant supérieure aux décrets.

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors est-ce que ça élargit le champ… Activité et opinion, ce n'est pas la même chose.

GERALD DARMANIN
Deuxièmement La CNIL nous a fait des remarques sur les décrets précédents, donc qu'est-ce que nous avons fait, nous avons présenté trois nouveaux décrets à la fois à la CNIL garante de la liberté des données de chacun évidemment et à la fois au Conseil d'Etat, garant du droit et la CNIL et le Conseil d'Etat, le 25 juin dernier ont donné des avis favorables à ces trois décrets que nous avons publié.

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que la CNIL aujourd'hui vous dit, il faut préciser ces décrets, ils sont trop larges.

GERALD DARMANIN
Eh bien nous préciserons les décrets, il y a aucun problème puisque nous avons ces échanges. On va préciser d'abord les décrets, (inaudible) l'opinion publique, on va avoir des échanges de nouveau avec la CNIL. Je rappelle qu'elle a donné des avis favorables, elle a fait des remarques ici ou là et il est bien normal que l'autorité administrative indépendante chargée des données de nos concitoyens, en tout cas de voir que l'Etat et d'autres ne font pas n'importe quoi, moi je suis un ministre républicain et je réponds évidemment aux institutions républicaines. Mais il ne faut pas y voir aujourd'hui une sorte de Big Brothers…

SALHIA BRAKHLIA
Justement parce que là sur le papier on a l'impression que si on appartient à un syndicat, on va être fiché.

GERALD DARMANIN
Non mais regardez d'abord qu'est ce qui se passe ? Quand on dit opinions politiques plutôt que, pardon activité politique plutôt que opinions politique, ce qui était avant RGPD et ce qui après RGPD, si vous avez, ça va pour les partis extrémistes, une relation particulière avec un parti qui encourage les Black Blocs par exemple à venir casser dans Paris, la question peut se poser dans le renseignement territorial si cette opinion, cette activité politique évidemment intéresse les services de renseignement.

MARC FAUVELLE
Mais Gérald DARMANIN, tout le monde a une opinion politique alors que tout le monde n'a pas une activité politique.

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas tout à fait ça.

MARC FAUVELLE
Tout le monde a un avis sur la politique et une opinion.

GERALD DARMANIN
L'esprit du décret, je le répète et on le reprécisera s'il le faut, il n'y a évidemment aucun problème, c'est que les opinions, les activités politiques en lien avec des partis extrémistes, de ceux qui prônent justement la séparation, de ceux qui prônent justement la révolution doivent être connus par les services de renseignement. Et il n'y a pas de délit d'opinion mais il y a effectivement à surveiller ceux qui font partie des mouvements suprématiste, ceux qui pensent que les Blancs sont supérieurs aux Noirs, c'est quand même un sujet lorsque nous préparons un certain nombre d'actions pour empêcher des attentats par exemple, faut-il encore savoir qui nous surveillons et c'est bien logique. Vous savez un Etat, il a des données, c'est vrai. Ces données, elles sont bien encadrées par le Conseil d'Etat, par la CNIL, par la question démocratique et le ministre de l'Intérieur, il est à la fois le garant de la sécurité de nos concitoyens et il ne fait pas n'importe quoi par définition, il est à l'écoute de ce que dit la Commission des écoutes téléphoniques, de ce que dit la CNIL, de ce que dit le Conseil d'Etat et s'il faut le repréciser pour que les choses soient claires, il le précisera.

MARC FAUVELLE
Gérald DARMANIN, Emmanuel MACRON a annoncé il y a quelques jours la tenue dès le mois prochain d'un Beauvau de la sécurité avec des citoyens, des élus, des membres bien sûr de la police, des syndicats également, est-il exact que vous n'étiez pas au courant de cette annonce ?

GERALD DARMANIN
C'est moi qui l'ai proposé au président de la République.

MARC FAUVELLE
Donc ce qu'on a pu lire dans la presse est faux ?

GERALD DARMANIN
De temps en temps…

MARC FAUVELLE
Ce n'était pas une reprise en main, un recadrage de votre…

GERALD DARMANIN
D'abord le président de la République n'a pas à reprendre en main ses ministres, il est par définition celui qui définit la politique gouvernementale et c'est lui qui a été élu au suffrage universel direct. Les ministres ne font qu'appliquer ce que décide le président de la République. Deuxièmement, j'ai devant la commission des lois et après avoir vu le président de la République expliqué à mon avis les sept problèmes, je les ai appelés des sept péchés qui touchent les forces de sécurité intérieure et singulièrement la police nationale, suite à divers événements, mais ces problèmes viennent de loin, le problème de la formation, le problème de matériel, les problèmes des inspections, bref on pourrait longtemps en discuter. Et donc il me paraît normal que nous puissions y réfléchir. J'ai proposé au président de la République effectivement de pouvoir y réfléchir. Ça va évidemment de pair parce qu'il fallait qu'il l'accepte avec des efforts budgétaires, des moyens supplémentaires parce que quand vous passez d'une formation de policiers de 6 mois à un an, évidemment ça coûte plus cher, il faut des écoles, il faut accepter…

MARC FAUVELLE
Sachant qu'elle a été raccourcie, il y a quelques mois, par celui qui était à votre place, Christophe CASTANER.

GERALD DARMANIN
il y a eu un certain nombre de décisions qui ont été prises, mais Christophe CASTANER l'a pris cette décision, d'abord parce qu'elle était une décision qui avait été préparée par nombre de ses prédécesseurs et ensuite parce que parmi les nouveaux policiers qui nous a manqué, comme beaucoup de policiers, beaucoup de gens ont hier jadis supprimé des postes de policiers, il faut bien donc raccourcir les formations pour qu'ils soient plus nombreux dans les commissariats ou dans la gendarmerie.

SALHIA BRAKHLIA
C'est Nicolas SARKOZY.

GÉRALD DARMANIN
Mais on peut quand même se dire au bout d'un moment ? Est-ce qu'on a bien fait de réduire ces formations initiales ? Est-ce que les policiers ont assez de formation continue ? C'est sans doute encore plus important que la formation initiale, ils n'ont que 12 heures de formation par an les policiers et il n'y a qu'une vingtaine de pour cent de ces policiers qui l'a font, donc il y a bien un petit problème.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que la question des…

GERALD DARMANIN
Attendez, je voudrais répondre sur le Beauvau, donc j'ai proposé au président de la République…

MARC FAUVELLE
Il a dit oui.

GERALD DARMANIN
De travailler… manifestement puisqu'il l'a écrit et j'ai dit au président de la République que ça ne pouvait évidemment pas se faire à moyens budgétaires constants.

MARC FAUVELLE
Et il vous a dit oui aussi sur les moyens.

GERALD DARMANIN
Je constate, chacun peut le voir qu'il a non seulement souhaité personnellement organiser un certain nombre d'événements autour de la sécurité intérieure, je m'en félicite.

MARC FAUVELLE
Donc vous n'êtes pas sous tutelle de l'Elysée.

GERALD DARMANIN
Mais par nature je suis sous l'autorité du président de la République, je n'ai pas de République autonome qui s'appelle les ministères. Moi j'ai mes convictions politiques, je les dis au président de la République, à la fin il tranche. Moi je suis de ceux qui pensent qu'il faut que les thèmes régaliens, la sécurité, la lutte contre l'immigration illégale, la lutte contre l'islamisme radical doit être au coeur de son action politique. Et à ce titre, je pense que c'est même la meilleure des protections pour les populations les plus faibles. Les gens des classes moyennes et populaires, ils veulent être protégés, les riches, ils ont les moyens de leur protection, les pauvres, ce n'est pas le cas, donc quand on est progressiste, on soutient les forces de sécurité.

MARC FAUVELLE
On s'interrompt quelques instants Gérald DARMANIN, et la troisième partie de cet entretien juste après le fil info.
(…)

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN. Une annonce effectuée aussi par Emmanuel MACRON la semaine dernière, la création d'une plateforme nationale avec numéro vert pour signaler les discriminations lors des contrôles d'identité, deux syndicat de police, Alliance et SGP Police, ont appelé à faire la grève des contrôles d'identité, est-ce qu'ils ont le droit de faire ça ?

GERALD DARMANIN
La réponse est non, et les policiers qui feraient la grève du zèle, ou qui organiseraient en effet, alors qu'ils sont en service, un certain nombre de manifestations, n'ont pas le droit de faire ça, et j'ai demandé au préfet de police singulièrement, et aux préfets, effectivement de ne pouvoir pas organiser de laisser organiser ce genre de manifestation.

MARC FAUVELLE
Ils seront sanctionnés ?

GERALD DARMANIN
Pardonnez-moi, excusez-moi, la question que vous avez posée, n'est pas tout à fait juste, puisque, ce qu'a dit le président de la République, c'est une plateforme anti-discriminations qui touche l'ensemble du champ du gouvernement, discriminations à l'embauche, discriminations au logement…

SALHIA BRAKHLIA
Qui s'adresse aussi aux contrôles au faciès.

GERALD DARMANIN
Non, mais discriminations qui peuvent concerner les services de police, les services de douanes, enfin bref, l'ensemble des services de l'Etat, et donc j'ai chargé Marlène SCHIAPPA, qui est ministre déléguée à la citoyenneté auprès de moi, de travailler, auprès d'Elisabeth MORENO, puisque j'ai compris que c'est Elisabeth MORENO, la ministre en charge de la lutte contre les discriminations, qui s'en chargerait. Deuxièmement, je voudrais aussi dire que, bien sûr, il peut y avoir des policiers, il peut y en avoir, ou des gendarmes, qui commettent des actes de discriminations, voire de racisme, il faut absolument sanctionner ceux-là, ils n'ont plus rien à faire dans la Police nationale ou dans la Gendarmerie nationale, mais il y a aussi des policiers et des gendarmes qui sont eux-mêmes victimes de discriminations, qui sont eux-mêmes victimes de racisme. Quand on dit, dans des contrôles d'identité, justement celui qui est contrôlé, et qui appelle le policier noir "Bounty", ou qui appelle le policier maghrébin "harki ", pour moi ce n'est pas une insulte, mais enfin on voit bien ce que ça veut dire, ou « traître », on peut se dire aussi que le policier, qui bien sûr a ses origines, a sa couleur de peau, a sa religion, a ses propres convictions politiques ou syndicales, il est extrêmement blessé, alors qu'il porte l'uniforme de la République, d'être insulté, et il arrive même parfois qu'il y ait des gens qui soient de couleur blanche et qui insultent de "sale noir" un policier national.

SALHIA BRAKHLIA
Oui, mais là le président de la République parlait des discriminations…

GERALD DARMANIN
Non, mais le président de la République a parlé des deux, de toutes les discriminations, moi aussi je parle aussi des deux, de toutes les discriminations. Donc, la police doit être exemplaire, c'est évident, et quand on porte l'uniforme de la République on ne doit pas pouvoir faire de discriminations, fondée sur la religion, fondée sur la couleur de peau, c'est une évidence républicaine, et en même temps je veux aussi dire que les policiers, les gendarmes, sont les premières victimes, aussi, du racisme ordinaire.

MARC FAUVELLE
Gérald DARMANIN, le préfet de police de Paris, Didier LALLEMENT, a décidé d'accorder une aide, un soutien financier aux quatre policiers mis en examen dans l'affaire Michel ZECLER, dont deux d'entre sont écroués et tous suspendus dans l'attente des résultats de ces enquêtes, soutien financier pour leur permettre de payer leurs frais d'avocats. Est-ce que vous avez été informé de cette décision et est-ce qu'elle vous semble normale ?

GERALD DARMANIN
Alors, j'ai été informé de cette décision par le préfet de police de Paris et elle me semble normale. D'abord, il n'y a pas eu de soutien financier, c'est ce qu'on appelle la protection fonctionnelle, tous les agents publics, tous les fonctionnaires, ont le droit à la protection fonctionnelle, c'est-à-dire que…

MARC FAUVELLE
Mais elle n'est pas toujours accordée.

GERALD DARMANIN
Attendez, je vais en dire quelques mots dans quelques instants ; c'est-à-dire que les avocats sont payés par l'Etat pour pouvoir protéger juridiquement les policiers qui ont le droit à un procès équitable, et ce n'est pas Twitter qui décide de qui est condamné et qui ne l'est pas. Deuxièmement, moi j'ai suspendu ces policiers sur proposition du préfet de police de Paris, lorsque j'ai su qu'ils avaient fait des faux, des faux en écriture. Troisièmement, j'ai dit qu'ils seraient révoqués lorsque la justice aura établi les faits, c'est-à-dire qu'ils ne seront plus policiers, c'est une décision extrêmement importante. Quatrièmement, cette protection fonctionnelle, elle a été accordée dans toutes les affaires précédentes, même quand les policiers ont été mis en cause, l'affaire Chouviat, l'affaire Théo, par exemple. Cinquièmement, si on vient à savoir de façon certaine…

SALHIA BRAKHLIA
Vous comprenez que ça puisse choquer que l'argent public soit utilisé pour défendre ces policiers qui sont mis en examen aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Oui, être mis en examen ça veut dire qu'il y a des preuves sérieuses et concordantes de penser qu'ils sont coupables, mais ça ne veut pas dire qu'ils ont été condamnés, d'accord ? Donc, s'ils sont condamnés pour ces faits…

MARC FAUVELLE
Mais sur la base de ces mêmes éléments vous les avez suspendus.

GERALD DARMANIN
Non, je les ai suspendus sur le fait qu'ils avaient fait des faux en écriture, voilà, moi je ne suis pas le tribunal populaire, j'ai suspendu ces policiers, j'ai été choqué par les images, les images ne résument pas la scène, il y a une justice qui fera phrase ce travail correctement, calmement, avec des échanges d'arguments des deux côtés, et à la fin des fins, si ces policiers sont condamnés pour les faits pour lesquels ils sont incriminés, ils rembourseront ces frais d'avocats, mais s'ils sont innocentés…

MARC FAUVELLE
Sur leurs deniers personnels ?

GERALD DARMANIN
Evidemment, si jamais cette protection fonctionnelle a été accordée à des gens qui auront été condamnés de manière définitive par la justice, ils rembourseront ces frais d'avocats, mais je ne me vois pas moi, dire à des agents publics, alors qu'ils y ont droit, c'est la loi de la République, que parce que, effectivement, c'est désagréable de pouvoir justifier de quelque chose qui est raisonnable, chacun a le droit à un procès équitable, de ne pas leur accorder le minimum auquel ils ont droit, c'est-à-dire la protection fonctionnelle. Donc, c'est à bon compte, que le préfet de police de Paris a pris cette décision.

SALHIA BRAKHLIA
Gérald DARMANIN, 4 ans de prison, dont 2 ferme requis contre Nicolas SARKOZY dans l'affaire dite des écoutes, vous l'avez appelé pour lui apporter votre soutien à l'ancien président de la République ?

GERALD DARMANIN
Moi d'abord je ne commente pas effectivement, ni des décisions de justice, ni même des réquisitoires, j'ai compris que ce n'était pas la décision du tribunal. J'ai très souvent Nicolas SARKOZY au téléphone, je n'ai pas fait hier par manque de temps, mais je le ferai évidemment cette semaine. J'ai eu la chance, voilà quelques jours, de revoir le président SARKOZY puisqu'il m'a rendu visite place Beauvau pour un petit-déjeuner. Moi j'ai, pour le président SARKOZY, du respect, de l'affection, si je peux me permettre, parce que je pense que c'est un homme qui a beaucoup servi la République, et j'ai mon avis personnel…

SALHIA BRAKHLIA
Quand il dit qu'il n'a jamais commis d'actes de corruption, vous le croyez ?

GERALD DARMANIN
Mais, moi d'abord, ce n'est pas à moi de juger de telle ou telle affaire, si j'ose dire, mais moi je crois que le président SARKOZY, parce que je sais que c'est un homme, je l'ai vu travailler de plus près, qui est honnête, et que c'est un homme qui, toute sa vie, a été voué à la vie politique, donc aux Français. On peut être en désaccord avec ses idées politiques, j'ai parfois eu des désaccords avec le président SARKOZY, c'est un homme plein de caractère, mais je pense qu'il a été un très grand président et qu'il apporte dans le débat public des choses importantes, pour le reste je suis trop respectueux des institutions pour porter un jugement sur ce que fait la justice.

MARC FAUVELLE
Il a dit à son procès qu'il avait le sentiment d'avoir été traqué par la justice, qu'il trouvait parfaitement anormal notamment que 3700 de ses conversations téléphoniques, y compris les plus privées, avec son épouse, avec ses amis, aient pu être écoutées par la justice. Est-ce que vous, vous trouvez ça normal ?

GERALD DARMANIN
Moi je n'ai pas à commenter.

MARC FAUVELLE
3700 conversations écoutées.

GERALD DARMANIN
Non, écoutez, d'abord je n'étais pas ministre de l'Intérieur, je n'ai pas à commenter un certain nombre des faits ou des paroles pris dans un procès. Moi je crois énormément à la présomption d'innocence, je pense que comme on fait de la politique à un niveau très important on est beaucoup plus regardé, et donc beaucoup plus attaqué que les autres, je pense que Nicolas SARKOZY le sait et qu'il a le cuir épais, je veux lui redire mon soutien personnel, et l'affection et le respect profond, que j'ai pour, à la fois sa vie d'homme politique, et sa vie d'homme.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2020