Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à France Info le 31 décembre 2020, sur l'épidémie de Covid-19, les forces de l'ordre, le communautarisme et les violences conjugales.

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Le 8.30 de France Info, bienvenue, avec Cyril GRAZIANI et notre invitée, bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Vous faites quoi ce soir, soirée sage ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis chez moi avec mon mari et mes enfants, comme beaucoup de Français, je pense, qui vont rester chez eux ce soir.

NICOLAS TEILLARD
Vous comptez dessus, vous avez peur, vous redoutez des débordements, des soirées qu'on a dit sauvages ou clandestines.

MARLENE SCHIAPPA
Moi ce que j'observe c'est que les Français, globalement, ont très bien respecté les mesures sanitaires, je le dis parce qu'on a souvent entendu l'inverse, on a souvent parlé des moments et des personnes qui ne les respectaient pas, mais j'observe que, globalement, le port du masque a été accepté, lorsqu'il a fallu remplir des attestations, dans l'immense majorité des cas les Français l'ont fait, pourquoi ? Parce que je crois que chacun a compris que l'enjeu c'était de freiner la propagation du virus et de la pandémie, et donc j'espère, oui, que chacun va respecter les mesures sanitaires, pour se protéger, et pour protéger les autres, parce que je rappelle que l'idée – j'ai entendu des jeunes dire, notamment, pas que des jeunes, mais dire « on s'en fiche, nous on n'est pas personnes à risque, etc. » - l'idée que si le virus circule, peut-être que soit on ne sera pas gravement malade, mais qu'on va le transmettre à d'autres personnes et le faire circuler, donc c'est vraiment important de respecter les mesures sanitaires, y compris le 31 décembre.

CYRIL GRAZIANI
Et ce soir 100.000 policiers vont être mobilisés partout en France, ça signifie quoi, qu'est-ce qu'ils vont pouvoir faire ce soir les policiers, empêcher les fêtes clandestines par exemple ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ils vont être déployés, policiers et gendarmes, partout en France sur le territoire, avec Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, nous serons à leur côté une grande partie de la journée et de la soirée, et effectivement leur rôle ça va être à la fois d'assurer la sécurité de chacun, comme chaque 31 décembre, traditionnellement les forces de l'ordre sont toujours mobilisées le 31 décembre, mais aussi cette année un peu particulière, oui, de s'assurer que les mesures sanitaires soient bien respectées et de faire aussi de la pédagogie, comme ils le font depuis le début, et je voudrais d'ailleurs leur rendre hommage parce que c'est un travail difficile, et quand on est policier, quand on est gendarme, et qu'on doit en plus de ses missions habituelles travailler à faire respecter les mesures sanitaires, c'est difficile, et ils le font avec beaucoup d'engagement.

CYRIL GRAZIANI
Mais ça se passe comment, c'est-à-dire que des policiers, ce soir, quand il y aura une fête clandestine, pourront taper à la porte des personnes pour dire « c'est interdit, vous n'avez pas le droit et vous risquez une grosse amende » ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il y a plusieurs choses, il y a d'abord les mesures sanitaires qui relèvent de la loi, et donc là oui, il y a des amendes, notamment l'amende de 135 euros, par exemple si des personne ne portent pas leur masque dans les endroits où elles sont censées porter leur masque, etc., etc., ensuite vous savez que pour les rassemblements de fête privée à domicile, ça ne relève pas du champ légal, il n'y a pas de loi qui dise que vous devez être six, c'est une mesure de bon sens et c'est une demande qui est formulée, ce n'est pas pour faire plaisir au gouvernement, c'est pour soi, justement pour ne pas propager la pandémie, et donc là oui on demande, ce n'est pas légal, mais c'est vraiment une demande des autorités sanitaires de faire en sorte d'être au maximum six adultes à table.

CYRIL GRAZIANI
Avec des sanctions possibles, si jamais certains abusent ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, comme je vous le dis, ça dépend, il y a deux choses différentes. Un, il y a les rassemblements privés, les policiers ne vont pas aller frapper chez les gens pour voir si vous êtes six ou si vous êtes sept à table, et mettre des amendes s'il y a une septième personne, puisque ça ne relève pas de la loi, en revanche les sanctions elles sont possibles pour tout ce qui relève de la loi, et tout ce qui peut être un trouble à l'ordre public, tout ce qui peut être un rassemblement. Si on a, comme on l'a entendu dans d'autres pays, des rassemblements avec 150 personnes, oui, évidemment, il peut y avoir des sanctions puisque là on est manifestement dans quelque chose qui contrevient aux mesures qui ont été décidées.

NICOLAS TEILLARD
Question peut-être un peu naïve, mais le professeur Alain FISCHER, qui était notre invité hier sur France Info, qui gère la campagne de vaccination, nous disait tout simplement que pour l'instant ça allait lentement parce qu'il y avait des difficultés de logistique, il est très difficile d'apporter tous ces vaccins dans les plus de 10.000 maisons de retraite ou EHPAD de France. Est-ce qu'une partie de ces policiers, de ces gendarmes, ne seraient pas plus utiles aujourd'hui pour protéger les Français en étant mobilisés pour distribuer ces vaccins, plutôt que d'être ce soir à faire le gendarme pour toute sortie après 20h00 ?

MARLENE SCHIAPPA
Encore une fois, pardon, mais l'idée de dire qu'il faut faire en sorte que chacun respecte le couvre-feu ce n'est pas pour se faire plaisir, c'est pour faire en sorte que la pandémie ne circule pas, donc moi je crois qu'il y a deux actions, il y a même plusieurs actions, il y a à la fois l'action de vacciner, et j'y reviendrai si vous le souhaitez, mais il y a aussi l'action d'empêcher le virus de circuler, et donc il est tout aussi utile de se faire vacciner, d'acheminer les vaccins et de faire vacciner ses proches, que d'empêcher le virus de circuler de cette manière, donc je crois que l'idée c'est que chacun vraiment joue son rôle, les policiers, les gendarmes, jouent le leur. Et en ce qui concerne l'acheminement des vaccins ce n'est l'idée, l'idée c'est qu'il y a une stratégie de vaccination, qui a été présentée par Olivier VERAN, le ministre de la Santé, qui consiste à vacciner des personnes selon plusieurs phases, en commençant par les personnes dans les EHPAD, et la stratégie que nous avons décidée c'est, contrairement à ce qui a été fait auparavant, ce qui a été fait dans d'autres pays, avec un succès mitigé, c'est de ne pas créer des grands endroits, ce qu'on a appelé parfois des "vaccinodromes", des grands endroits où on dit aux gens « venez tous dans cet endroit vous faire vacciner », mais au contraire d'amener les vaccins vers les personnes les plus fragiles, notamment dans les EHPAD.

NICOLAS TEILLARD
Mais pour l'instant ça prend du temps.

MARLENE SCHIAPPA
Ça prend du temps c'est une stratégie qui a été décidée par le ministre de la Santé, en lien avec les autorités sanitaires, et qui est assumée, puisqu'il y a des phases, il y a une première phase de vaccination des personnes les plus fragiles, qui sont en danger de mort, les personnes qui sont notamment dans les EHPAD, ensuite les personnes qui ont des facteurs importants…

NICOLAS TEILLARD
Donc, dans les EHPAD, aujourd'hui on ne peut pas aller plus vite ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, dans les EHPAD, pour l'instant le souhait c'est de recueillir à chaque fois le consentement de la personne. Pourquoi ? Parce qu'en France, par rapport à d'autres pays, si on compare par exemple la France et l'Allemagne, en Allemagne vous avez un taux d'adhésion de la population au principe de vaccination qui est très fort, on dit aux gens "il y a un vaccin", les gens disent "très bien, quand est-ce que je peux me faire vacciner ?", en France ce n'est pas le cas. En France il y a…

NICOLAS TEILLARD
Ce n'est plus le cas.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, il y a un scepticisme vis-à-vis du vaccin, très fort, et on le voit, dès lors qu'on a commencé à dire qu'on allait se vacciner, toutes les théories du complot ont été de sortie, et tous les scepticismes ont été de sortie, et donc les gens nous disent "eh bien nous peut-être… "

NICOLAS TEILLARD
Pourquoi ce consentement n'a pas été recueilli dès début novembre, quand on a su qu'un vaccin arrivait ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, on ne va pas recueillir à l'avance, en novembre, un consentement…

NICOLAS TEILLARD
On le fait pour les dernières volontés parfois.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais là vous voyez très bien qu'on est sur un sujet extrêmement sensible, que certains d'ailleurs tentent d'instrumentaliser, moi ce que je voudrais dire à votre micro c'est que le vaccin, le fait de se vacciner, ça ne doit pas être une question politique. J'entends des gens dire "moi je ne veux pas obéir au gouvernement, je ne veux pas me vacciner", une fois encore, on ne se vaccine pas pour faire plaisir au gouvernement, on se vaccine pour soi, pour empêcher de, pour éviter de tomber malade, et surtout pour éviter, quand les vaccins fonctionnent bien, et quand c'est le cas, pour éviter de propager ce virus de la Covid-19, c'est ça le but du vaccin.

CYRIL GRAZIANI
Et quand vous entendez, par exemple, 200 maires vouloir se faire vacciner devant les médias pour donner l'exemple, est-ce qu'ils ne vont pas un peu trop vite pour vous, ou est-ce que ce n'est pas justement la bonne solution dans les prochaines semaines ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi j'entends tout à fait leur volonté, encore une fois la question c'est celle de l'efficacité, c'est-à-dire qui est-ce que ça va persuader de voir des gens se faire vacciner publiquement ? Moi je pense que ça peut persuader des gens. On a vu aux Etats-Unis, quand Kamala HARRIS s'est fait vacciner avec son mari publiquement devant les caméras, on a vu que derrière il y a eu des gens qui ont fait part en tout cas de leur intention, comme elle, de se faire vacciner, parce qu'ils ont été rassurés, parce qu'ils ont vu à quoi ça ressemblait, etc., donc il y a beaucoup de villes et de villages dans lesquels ce que fait le maire est important, c'est ce qu'on appelle un leader d'opinion, et si le maire se vaccine, des gens vont être d'accord aussi pour se faire vacciner, donc je trouve ça bien que les maires manifestent ce souhait. Ensuite, il faut respecter les étapes déterminées par les autorités sanitaires, et par ministre de la Santé, et donc ces phases dont je vous parlais, mais d'ici fin février notre objectif c'est qu'il y ait 1 million de personnes qui soient vaccinées, c'est un objectif fort, et à terme nous avons d'ailleurs les mêmes objectifs que nos voisins européens.

NICOLAS TEILLARD
On continue la discussion dans un instant Marlène SCHIAPPA, on fait un passage par le fil Info à 8h40.

(…)

NICOLAS TEILLARD
Et notre invitée, Marlène SCHIAPPA, ministre déléguée à la Citoyenneté auprès du ministre de l'Intérieur. Avec Gérald DARMANIN, votre année 2021 va commencer fort avec un Beauvau de la sécurité qui est prévu, on a entendu des réticences du côté des syndicats policiers, est-ce que vous pensez que ce sera la solution, est-ce qu'il y avait besoin d'un Beauvau quelques semaines après la publication d'un Livre Blanc, qui a pris des mois de travail sur la sécurité. ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je pense qu'il est toujours important d'être dans une forme de dialogue vis-à-vis des forces de l'ordre qui – et on le rappelait tout à l'heure – ont des missions difficiles et qui sont des missions d'ailleurs qui montent en puissance avec la lutte contre la pandémie que nous connaissons. Donc je crois que c'est toujours sain et important, d'ailleurs dès qu'il a été nommé au ministère de l'Intérieur, Gérald DARMANIN a immédiatement reçu les représentants des différentes forces de l'ordre, nous serons encore à leurs côtés tout à l'heure, nous serons avec les gendarmes, nous serons avec les policiers, nous serons auprès des sapeurs-pompiers qui s'engagent également très fortement pour la sécurité de chacun, et je pense qu'il est toujours sain d'avoir des instances de dialogue. Donc le Livre Blanc de la sécurité, il a marqué la fin d'une étape de dialogue, et le Beauvau de la sécurité va en ouvrir une nouvelle…

NICOLAS TEILLARD
Ça fait beaucoup de dialogues….

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, ça fait beaucoup de dialogues, il vaut mieux trop de dialogues que pas assez, il y eût un moment où nous a reprochés de ne pas assez dialoguer, donc, moi, je crois qu'il est toujours important et sain que ça se produisent, de surcroît, avec le Beauvau de la sécurité, le président de la République et ministre de l'Intérieur ont annoncé qu'il y aurait des moyens supplémentaires, et ça, c'est quelque chose qui intéresse fortement les policiers, je voudrais vous dire que le budget que nous avons présenté, et notamment le budget sécurité a été pour la première fois voté par l'opposition LR au Sénat, parce qu'ils ont souligné le caractère historique de sa grande augmentation. Gérald DARMANIN a pu faire remplacer par exemple un véhicule sur quatre dans les commissariats ; ça peut nous paraître anecdotique, mais c'est important quand vous êtes un policier, que vous devez partir dans l'urgence et que votre véhicule ne démarre pas, est trop lent, est abîmé, etc, donc il y a vraiment des moyens très concrets du quotidien qui sont mis en plus pour les policiers et pour les gendarmes.

CYRIL GRAZIANI
Vous parlez de Gérald DARMANIN, rien ne permet d'affirmer qu'un jeune musulman de 20 ans a été roué de coups pour avoir fêté Noël ou parce qu'il est fils de policier, c'est le procureur de Belfort qui l'a affirmé lundi, alors que Gérald DARMANIN, quand l'affaire a éclaté, a tweeté très vite, est-ce que finalement, il ne s'est pas emballé un peu trop rapidement ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, on verra la justice, une enquête est ouverte, donc maintenant, vous savez qu'en vertu de la séparation des pouvoirs, je ne peux pas donner d'appréciation sur cette affaire, il y a une enquête qui est ouverte, la justice….

NICOLAS TEILLARD
C'est ce qu'a fait Gérald DARMANIN…

CYRIL GRAZIANI
C'est ce qu'il a fait…

MARLENE SCHIAPPA
Non, Gérald DARMANIN s'est exprimée avant que l'enquête soit ouverte, comme nous le faisons régulièrement, et vous savez, je ne veux pas me plaindre, mais quand on ne s'exprime pas, on nous dit : ah, c'est bizarre, pourquoi ils ne s'expriment pas sur cette affaire, et quand…

NICOLAS TEILLARD
Qui ça "on" ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, les commentateurs, l'opposition, un certain nombre de personnes, les gens sur les réseaux sociaux, certains journalistes…

NICOLAS TEILLARD
Enfin, l'idée, ce n'est pas vraiment important, ce que disent les gens, c'est ce qui est bien de faire ou non, est-ce qu'il était bon…

MARLENE SCHIAPPA
Ah, ce n'est pas important ce que disent les gens, pour moi, c'est important ce que disent les gens, parce que…

NICOLAS TEILLARD
Les commentateurs…

MARLENE SCHIAPPA
Non…

NICOLAS TEILLARD
Les réacteurs des commentateurs, peu importe, qu'est-ce qui est bien de faire dans ces cas-là ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, j'écoute toutes… eh bien, justement, c'est une vraie question, c'est une vraie question, et c'est une question qu'on se pose à chaque fois, dès lors qu'il se passe quelque chose, on se pose la question : est-ce que je réagis, est-ce que je ne réagis pas, quand Miss France dans le concours Miss France, April BENAYOUM est inondée de tweets antisémites, d'injures antisémites, de menaces de mort, d'appels à la haine, etc, honnêtement, moi j'ai une soirée où je me dis : est-ce que je réagis, est-ce que je ne réagis pas, que faire, et le lendemain, je vois que peu de gens ont réagi, et donc, je me dis : bon, eh bien, moi, je vais faire un article 40 auprès du procureur de la République pour que la justice s'en saisisse, puisque la justice à ce moment-là ne s'en est pas saisie…

NICOLAS TEILLARD
Mais parce que vous êtes témoin de ces menaces…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, et d'ailleurs, il m'a ensuite été reproché, l'année précédente, de ne pas avoir assez réagi pour les autres menaces qu'avaient reçues d'autres miss. Donc vous voyez, on est, là, dans quelque chose de très difficile, là, moi, je crois que Gérald DARMANIN a très bien fait de réagir, puisque lorsqu'on regarde la conversation qui a été rendue publique entre le jeune homme qui a été tabassé et ceux qui l'ont tabassé, eh bien, on voit manifestement qu'il est fait état du fait qu'il soit fils de policier, qu'il est fait état de ses origines, donc ensuite, c'est à la justice de faire toute la lumière sur cette affaire, d'expliquer ce qui s'est passé et de procéder à des sanctions, ce n'est plus le temps politique, là, c'est le temps de la justice maintenant.

CYRIL GRAZIANI
Quand vous évoquiez par exemple l'affaire de la jupe de Strasbourg, où vous étiez rendue, à Strasbourg, alors que, justement, l'affaire reste floue, on ne sait pas si ça s'est véritablement produit, vous ne regrettez pas par exemple d'y être allée, de vous être emballée, d'être allée trop vite peut-être ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne regrette pas du tout, parce que, d'abord, je ne me suis pas emballée, comme vous dites, à Strasbourg…

CYRIL GRAZIANI
Mais s'y rendre, c'est montrer quand même la présence de l'Etat, c'est plus qu'un tweet…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, bien sûr. Je vais vous expliquer pourquoi, d'abord, parce qu'à Strasbourg, il y avait eu plusieurs agressions vis-à-vis de jeunes femmes avérées ou d'autres dont l'enquête est encore en cours, donc suite à ces plusieurs agressions, là, c'était un peu l'agression de trop, d'une part, et d'autre part, parce qu'il y avait une instrumentalisation autour de cette affaire, vraie ou pas vraie, c'est à la justice de le dire, il y avait une instrumentalisation avec notamment des groupes d'extrême-droite qui sur Facebook appelaient à se faire justice soi-même en disant : regardez, l'Etat ne protège pas les femmes, l'Etat n'est pas là aux côtés des femmes, et donc le sens de ma venue avec la préfète, avec la maire de Strasbourg, avec les autorités qui représentent la police et la gendarmerie, c'était justement de dire : l'Etat est présent, l'Etat protège les femmes, et donc je ne suis pas venue juste pour venir, je suis venue pour faire des réunions de travail avec le préfet, la préfète et la maire, et pour mettre sur la table tous les dispositifs de l'Etat pour protéger les femmes. Dans cette agression dont la justice n'a pas dit qu'elle n'avait pas existé, elle a dit que pour l'instant, il n'y avait pas les preuves, mais la justice doit se prononcer, et dans toutes les autres agressions qui sont survenues, avant et après à Strasbourg, contre des femmes ; donc je crois que c'est toujours la place d'un ministre d'être sur place, d'être sur le terrain et de montrer que l'Etat est présent et que les dispositifs doivent toujours mieux fonctionner.

NICOLAS TEILLARD
L'intervention de l'Etat, l'aide de l'Etat justement à des femmes victimes de violences, c'est une critique qui est revenue ces derniers jours après l'affaire de Saint-Just, qui a causé la mort notamment de trois gendarmes la semaine dernière, avec un nouveau féminicide également en Alsace, qui a été signalé en en ce début de semaine, est-ce qu'aujourd'hui, malgré le Grenelle des violences conjugales, on fait assez, est-ce qu'on prend au sérieux ce problème véritablement, quand on voit qu'en France, ce genre de cas revient tous les trois jours ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je vais vous dire le fond de ma pensée, je crois qu'on n'en fait jamais assez contre les violences conjugales, c'est un phénomène qui, d'après les anthropologues, existe depuis l'Antiquité, et qu'on a pris à bras-le-corps depuis 2017, depuis que Emmanuel MACRON.

NICOLAS TEILLARD
Depuis quelques années de plus, mais…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, écoutez, depuis 2017, en tout cas, on l'a pris à bras-le-corps, et on en a fait la grande cause du quinquennat, puisque le président de la République a décidé que c'était une priorité, et on a fait le Grenelle des violences conjugales, ça n'avait jamais été fait avant, de mettre autour de la table la police, la justice, les professionnels de la santé, les associations de victimes, les élus et de dire : bon, qu'est-ce qu'on va faire maintenant de nouveau. Donc, il y a eu plus de 200 nouvelles mesures, parmi elles, je pourrais vous citer par exemple la saisie des armes du conjoint violent dès le moment de la plainte, la plateforme « arrêtonslesviolences.gouv.fr », qui permet 24h sur 24…

NICOLAS TEILLARD
Mais ces mesures, on les connaît depuis des mois, or, ces affaires continuent, et surtout les critiques continuent sur le fait que ces femmes ne sont pas soutenues…

MARLENE SCHIAPPA
Il y a des gens… vous, vous les connaissez, et tant mieux, il y a des gens qui ne les connaissent pas, puisqu'il y a encore des femmes qui nous disent : je ne sais pas comment appeler à l'aide, donc c'est important de le dire, je me permets de le dire, il y a beaucoup de gens qui vous écoutent, des femmes, des témoins qui peut-être ne connaissent pas la plateforme "arrêtonslesviolences.gouv.fr", ne savent pas que 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, il y a des policiers et des gendarmes formés spécialement pour cela, nous en avons recruté une quinzaine de plus récemment avec Gérald DARMANIN, et qui vous répondent, même le 31, même le 1er janvier. Quand vous avez connaissance de violences conjugales chez le voisin, il faut absolument les signaler aux forces de l'ordre, donc oui, c'est un changement de mentalité qui doit s'opérer dans toute la société, nous avons mis en place, je vous le disais, entre 150 et 200 nouvelles mesures fortes, il faut maintenant que ces mesures arrivent sur le terrain, soient concrètes, et surtout que chacun les connaisse et puisse s'en emparer pour que toute la société s'élève face aux violences conjugales…

CYRIL GRAZIANI
Notamment un dispositif anti-rapprochement, il y a quelques semaines, votre camarade du gouvernement, Elisabeth MORENO, disait qu'il n'y en avait qu'un seul qui avait été mis en place, aujourd'hui, on est à combien de dispositifs anti-rapprochement ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, à ma connaissance, il y en a 7, mais je ne veux pas…

CYRIL GRAZIANI
7, c'est peu !

MARLENE SCHIAPPA
C'est peu, mais je ne veux pas m'exprimer pour le Garde des sceaux, il s'agit d'un dossier qui est suivi par Eric DUPOND-MORETTI et par Elisabeth MORENO, moi, on m'interroge toujours sur le sujet de l'égalité femmes-hommes, et je réponds avec grand plaisir, je suis féministe depuis toujours, c'est un engagement que j'ai apporté au ministère de l'Intérieur…

CYRIL GRAZIANI
Vous le faites aussi quand on ne vous interroge pas…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, là, en l'occurrence, là, vous m'interrogez…

CYRIL GRAZIANI
Là, je vous interroge…

MARLENE SCHIAPPA
Pardon, je n'ai pas choisi les questions…

CYRIL GRAZIANI
Là, je vous interroge, mais ça vous arrive aussi de le faire…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais là, ce que je vous dis simplement, ce n'est pas un dossier que je suis, en tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que Nicole BELLOUBET, au moment où nous avons fait voter, Nicole BELLOUBET et moi-même, cette loi, pour créer justement ce dispositif anti-rapprochement, qui avait été annoncée et souhaitée par le Premier ministre Edouard PHILIPPE, et qui a été votée sur proposition d'un député LR, qui s'appelle Aurélien PRADIE, nous avons fait voter cette loi, et Nicole BELLOUBET a provisionné l'argent nécessaire pour passer un marché public pour ces bracelets, et à l'époque, on lui a dit : et je réponds, là, pour Nicole BELLOUBET, mais à l'époque, on lui a dit : pourquoi est-ce que c'est si long, etc., il ne s'agit pas de bracelets qu'on va acheter au centre commercial du coin, il s'agit de passer par un marché public pour qu'on puisse avoir des bracelets qui permettent d'être activés et de savoir quand le conjoint violent rentre dans la zone dans laquelle il n'a pas à rentrer pour se rapprocher de son ex-conjointe qui a été victime de violences conjugales. Donc je ne peux pas vous dire exactement combien il y en a, je crois que c'est 7, de mémoire, mais je ne suis pas sûre, je ne veux pas vous dire de bêtises. Et ensuite, ces bracelets, il faut qu'ils soient attribués, soit sur décision de justice, donc il faut qu'il y ait une décision de justice, soit en présententiel, mais il faut en tous les cas qu'il y ait une décision qui soit prise pour qu'ils soient attribués.

NICOLAS TEILLARD
Marlène SCHIAPPA, invitée du 8.30 de France Info. La discussion se poursuit dans un instant après un passage par le fil info.

(…)

NICOLAS TEILLARD
Marlène SCHIAPPA notre invitée jusqu'à 9h00. C'est pratique d'avoir un téléphone, ça permet d'ajuster les informations, une précision tout de suite.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, une précision sur les bracelets, il y a 1000 bracelets qui sont financés par ministère de la Justice, donc par Eric DUPOND-MORETTI, par les services d'Eric DUPOND-MORETTI, et donc l'objectif c'est qu'il y ait 1000 bracelets anti-rapprochement qui soient attribués d'ici la fin de l'année 2021.

NICOLAS TEILLARD
On vérifiera à la fin de l'année 2021, ça commence ce soir à minuit. Emmanuel MACRON va prononcer ses voeux aux Français à 20h00, est-ce que c'est une bonne idée de prononcer des voeux quand on voit l'efficacité de ceux prononcés l'an dernier ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, d'abord moi je crois que c'est important, mais c'est très personnel, moi je suis très attachée aux traditions, et je pense que plus on est en période de crise, et plus ça va mal, et plus les traditions sont quelque chose auquel on peut se raccrocher et c'est important d'avoir des rendez-vous. Et je crois que c'est un rendez-vous attendu, juste avant qu'on commence cet entretien vous aviez un reportage sur les audiences et la manière dont les Français attendent l'expression du président de la République, donc je crois que les Français attendent aussi les voeux de ce soir, du 31.

NICOLAS TEILLARD
Mais que dire ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors ça, ça appartient au président de la République, c'est lui qui s'exprimera tout à l'heure à 20h00 et qui partagera des voeux, j'imagine, d'abord d'unités, parce que nous sommes dans un pays qui est divisé plus que jamais, on voit, toute question divise, y compris la question des vaccins qu'on évoquait précédemment, donc des voeux d'unité, et puis des voeux d'actions pour l'année 2021, je crois qu'il ne faut pas que cette pandémie nous entrave encore davantage.

CYRIL GRAZIANI
Justement, par rapport à Emmanuel MACRON, vous, vous attendez quoi du président de la République en 2021, parce que c'est vrai, on le disait, des voeux d'unité, des voeux d'actions, c'est des principes qui sont un peu peut-être nébuleux pour les gens, concrètement, qu'est-ce qu'il faut faire ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors moi je vous donne mes souhaits de grands principes, ensuite le président va s'exprimer et il sera, j'imagine, à la fois dans la vision, et c'est le rôle du président de la République en vertu des institutions dans la Ve République, le président de la République c'est lui qui donne le cap, le sens, la vision, et c'est important, je crois, le sens et la vision, et ensuite il appartient au gouvernement de Jean CASTEX de mettre en oeuvre la vision qui a été partagée par le président de la République. Nous, très concrètement, ça va se traduire dès le premier trimestre, avec Gérald DARMANIN, par le projet de loi que nous allons défendre pour conforter les principes républicains, qui est un grand projet de loi que nous sommes en train…

CYRIL GRAZIANI
Appelez aussi séparatisme.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, qu'on a appelé, jusqu'à il y a peu, projet de loi séparatisme, ou projet de loi du 9 décembre, il a été présenté à cette date pour l'anniversaire de la loi de 1905 au Conseil des ministres, et donc dans ce projet de loi il y a un certain nombre d'avancées fortes pour conforter justement les principes républicains, et c'est important pour nous de le présenter, de le faire voter, et qui soit ensuite mis en application dans les meilleurs délais.

CYRIL GRAZIANI
Quand vous voyez les voeux du préfet de police de Paris, Didier LALLEMENT, qui cite TROTSKI, ça vous a fait sourire ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je crois que les écrits de TROTSKI sont une source d'inspiration, Lev DAVIDOVITCH BRONSTEIN, de son vrai nom, a écrit beaucoup de choses, il a écrit des choses très intéressantes, et notamment des choses contre la bureaucratie, qui sont aussi passionnantes à relire à l'aune de ce que nous vivons à l'heure actuelle.

CYRIL GRAZIANI
Elle nous tue la bureaucratie aujourd'hui en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je crois qu'il y a beaucoup trop de bureaucratie, oui, mais ce n'est pas quelque chose de nouveau, c'est quelque chose qu'on disait déjà en 2016- 2017 pendant la campagne présidentielle…

CYRIL GRAZIANI
Et rien n'a été fait pourtant.

MARLENE SCHIAPPA
Si, beaucoup de choses ont été faites, sur la réforme du fonctionnement de l'Etat, ma collègue Amélie de MONTCHALIN est chargée de la Transformation de la fonction publique, c'est la première fois qu'il y a un ministère de la Transformation de la fonction publique, et quand je dis qu'il y a trop de bureaucratie ça ne veut pas dire qu'il y a trop de fonctionnaires, ça veut dire que parfois on est dans trop de papiers, trop d'administration, le gouvernement a déjà fait beaucoup de choses pour simplifier un certain nombre de process, je pense par exemple à l'impôt à la source, qui simplifie considérablement les papiers que nous devons remplir, donc cette lutte contre le trop de paperasserie, le gouvernement a déjà commencé à la mettre en place.

CYRIL GRAZIANI
Emmanuel MACRON avait aussi annoncé la suppression de l'ENA, et l'ENA, cette semaine, on a appris qu'elle ne serait pas supprimée, c'est un échec, c'est peut-être dû aussi à trop de bureaucratie ou peut-être cette technostructure à la française qui continue de peser ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas, moi je trouve, sur l'ENA je serais un peu plus nuancée, je n'ai pas fait l'ENA, je serai tranquille pour en parler, je suis une personne autodidacte, donc je n'ai pas de…

NICOLAS TEILLARD
Nous non plus, ici.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, donc je n'ai pas d'esprit de corps vis-à-vis de l'ENA, moi ça ne me dérange pas qu'il y ait une haute étude d'administration dans laquelle on apprend à devenir un haut fonctionnaire, ce qui me dérange c'est l'espèce de situation de monopole qui fait qu'au pouvoir vous avez une immense majorité de gens qui sont passés par la même école, parce que toutes les études prouvent que pour qu'une équipe soit performante il faut qu'elle soit mixte et qu'elle soit diverse dans ses parcours, donc quand vous avez un seul type de formation, dans l'immense majorité des personnes qui prennent les décisions, c'est problématique, mais quand vous avez des personnes qui ont été formées par une école de l'excellence, et qu'à côté vous avez d'autres personnes, qui ont d'autres parcours, et qui mélangent leurs impressions et qui prennent les décisions ensemble, là je crois que c'est positif.

NICOLAS TEILLARD
Beaucoup d'énarque à l'Elysée, mais aussi des conseillers, Bruno ROGER-PETIT, par exemple, officiellement conseiller d'Emmanuel MACRON, qui va déjeuner avec Marion MARECHAL-LE PEN, c'est une bonne idée ?

MARLENE SCHIAPPA
J'ai vu que le président de la République avait dit qu'il ne faisait pas la police des moeurs et des idées…

NICOLAS TEILLARD
Mais vous, est-ce que ça vous dérange ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je ne suis pas… j'ai beaucoup chose dont j'ai la responsabilité, je ne suis pas en charge de l'agenda des déjeuners de Bruno ROGER-PETIT et encore moins ceux de Marion MARECHAL-LE PEN, moi personnellement…

NICOLAS TEILLARD
Ça ne vous dérange pas que quelqu'un qui travaille à l'Elysée mange avec Marion MARECHAL-LE PEN ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça me dérange si c'est fait es-qualité. J'ai cru comprendre, d'après les explications, que c'était une démarche personnelle, qui n'engageait que lui, qu'il n'avait été mandaté par personne, et faite sur ses frais, si c'est le cas, chacun fait ce qu'il veut de ses déjeuners et de son temps privé, moi ce n'est pas une initiative que je prendrai personnellement, je ne chercherai pas à me rapprocher de la famille LE PEN.

NICOLAS TEILLARD
Marlène SCHIAPPA, ministre déléguée à la Citoyenneté auprès du ministre de l'Intérieur Gérald DARMANIN, invitée de 8:30 de France Info ce matin, merci à Cyril GRAZIANI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 janvier 2021