Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, en hommage au maréchal des logis Tanerii Mauri, au brigadier Quentin Pauchet et au brigadier Dorian Issakhanian, tués en opération au Mali, à Thierville-sur-Meuse le 5 janvier 2021.

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Texte intégral

Madame la préfète,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de terre,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Officiers, sous-officiers, brigadiers chefs, brigadiers, chasseurs du 1er régiment de chasseurs,
Chères familles,
Mesdames et messieurs,

Maréchal des logis Tanerii Mauri,
Brigadier Quentin Pauchet,
Brigadier Dorian Issakhanian,

Vous étiez, chacun, animés par ce désir magnifique de servir votre pays. Nul doute que le sens de la mission vivait dans vos coeurs. Il vous avait rassemblés en équipage à Thierville-sur-Meuse, avant de vous conduire sur les pistes sablonneuses du centre du Mali.

Le lundi 28 décembre, votre mission devait se dérouler dans la lignée des semaines précédentes : avec concentration et efficacité. C'était une mission pour laquelle vous vous étiez entraînés, ensemble. C'était une mission comme vous en aviez déjà accomplies depuis votre arrivée sur le théâtre de l'opération Barkhane, en novembre 2020. Vous étiez là pour protéger vos frères d'armes. Pour les protéger de l'imprévisible, pour les escorter en toute sécurité dans cette région gangrénée par les attaques des groupes terroristes qui prêtent allégeance à Daech, ou à Al-Qaïda.

A quelques kilomètres de la base de Hombori, dont vous étiez partis, votre route s'est arrêtée. Vous avez été emportés par un ennemi aveugle, sans yeux pour affronter votre regard.

Le regard calme et profond de la liberté. Ce regard, vous l'avez porté jusqu'au dernier instant. Vous êtes tombés pour la France, en vous battant pour elle, jusqu'au dernier souffle.


Maréchal des logis Tanerii Mauri,

Vous aviez seulement 19 ans lorsque vous avez choisi de vous engager, à des milliers de kilomètres du 1er régiment de chasseurs, au sein du régiment d'infanterie de marine du Pacifique, en Polynésie Française.

Vous étiez la preuve que la valeur n'attend pas le nombre des années : très vite, vous avez démontré des aptitudes exceptionnelles, et un esprit guerrier digne de la lignée des Aïto.

Vous étiez la preuve que le talent n'est rien sans le travail acharné. Toujours volontaire, toujours impliqué, vous étiez un soldat aguerri, projeté à plusieurs reprises en opérations, aux Emirats Arabes Unis, en Côte d'Ivoire, et en métropole, au sein de l'opération Sentinelle.

Vous étiez la preuve que la talent ne s'accomplit que dans la passion. Vous étiez un amoureux du Leclerc, brillant au point d'être pressenti pour devenir chef de char. Sur le terrain, vous étiez le seul pilote capable de lire une carte en pilotant votre char en tout terrain. Votre passion s'accomplissait aussi dans la transmission de votre savoir aux plus jeunes, que vous aimiez guider et conseiller avec bienveillance.

Maréchal des logis Tanerii Mauri,

Comment parler de vous, du « guerrier Mao », sans parler des traditions polynésiennes, que vous étiez si fier et heureux de partager. Partout où vous alliez, vous emportiez un peu de Tubuaï, vous l'offriez en partage à vos camarades : c'étaient des airs de ukulélé, vous qui aimiez tant la musique, c'étaient aussi des plats traditionnels cuisinés pour les autres, le fameux ma'a Tahiti, car il n'y avait selon vous, rien de plus beau que les moments simples entre camarades.

Vous partez en laissant le souvenir d'un chasseur valeureux, exemplaire, d'une humilité rare et d'une générosité immense. Bientôt, vous rentrerez au Fenua, entouré des vôtres, accompagné jusqu'au bout, par le doux son des ukulélés.


Brigadier Quentin Pauchet,

Votre histoire est celle de l'envie et de la passion. En premier lieu, la passion de la mécanique, de la maîtrise, et de la vitesse. Vous aimiez bricoler et faire revivre les Youngtimers, ces voitures de sport cultes des années 70 à 90. Vous aimiez aussi les faire rugir lors des courses automobiles, et à moto cette fois-ci, ressentir de plus belle les frissons de la vitesse.

Des pistes de moto au CENTAC de Mailly-le-Camp, il n'y a qu'un pas, et vous l'avez franchi avec la plus belle envie : celle d'un jeune Français qui souhaite mettre ses qualités au service de son pays.

Vous vous engagez au sein du 1er régiment de chasseurs à seulement 19 ans, avec le désir naturel de devenir pilote de char Leclerc pour satisfaire votre goût de la mécanique et des voitures. Dès votre formation initiale, vous vous distinguez par un fort potentiel et un enthousiasme à toute épreuve.

Chaque jour, c'était l'envie qui vous guidait. L'envie de donner le meilleur de vous-même, l'envie de vous surpasser, l'envie d'entraîner vos camarades avec vous. Vous étiez ce frère d'armes sur qui l'on peut compter, attentif à tous, digne de la confiance de chacun. Vous étiez la joie de vivre incarnée, prêt à remonter le moral de vos camarades, toujours avec le sourire.

Cette mission au Mali, vous en rêviez. Vous aviez à coeur de vivre cette première opération extérieure et de vous accomplir en tant que chasseur, sur le terrain. Jusqu'au bout, vous avez fait preuve de qualités d'exception, vous avez servi avec honneur et fidélité. Et ceux qui voient avec le coeur savent qu'il y avait dans votre humilité, un courage infini.


Brigadier Dorian Issakhanian,

L'énergie, la rigueur, l'esprit de camaraderie, ce sont des valeurs que nos armées représentent. Des valeurs que vous avez incarnées et inspirées dans nos rangs.

Lorsque vous rejoignez les chasseurs de Conti Cavalerie à 21 ans, il s'agit de votre seconde vie. C'est d'abord dans l'informatique que vous vous êtes épanoui, au cours de vos études et de vos premières expériences professionnelles. Puis vous avez répondu à l'appel de la France, sans jamais vous arracher à cette passion que vous avez continué d'entretenir.

Vous étiez un perfectionniste sincère, vous étiez rigoureux, curieux, souvent à l'initiative, toujours volontaire. Des qualités appréciées par vos chefs qui ne sont guère surpris de vous voir terminer parmi les premiers de votre formation militaire élémentaire.

Vous vous êtes distingué dans chacune des missions qui vous ont été confiées, notamment au sein de l'opération Sentinelle et lors de votre préparation opérationnelle juste avant de partir au Mali. Vous étiez combatif, serein en toutes circonstances, toujours positif et optimiste dans la difficulté. Vous étiez appliqué, prenant à coeur tout ce que vous deviez accomplir, professionnellement, mais aussi personnellement.

Lorsque vous n'étiez pas à l'entraînement, c'est dans les jeux vidéo, les jeux de société, ou l'approfondissement de la connaissance de la culture japonaise que vous vous épanouissiez.

Derrière votre discrétion, derrière le calme de votre sourire, il y avait de la sensibilité et beaucoup d'humour, pour le plus grand bonheur de vos camarades. Ils savent qu'ils ont eu la chance de vivre, de s'entraîner, et de combattre à vos côtés.

Votre histoire est aussi un bel exemple de la relation si profonde et solide qui nous unit à nos alliés américains. Cette alliance qui permet, comme vous l'avez fait, de combattre le terrorisme. Je salue la présence de nos amis américains avec nous aujourd'hui.


Maréchal des logis Tanerii Mauri,
Brigadier Quentin Pauchet,
Brigadier Dorian Issakhanian,

Vous le saviez mieux que personne : servir la France, ce n'est pas un métier. C'est une passion. C'est le don de soi, sans réserve ; un désir brûlant, qui ne connaît ni l'âge, ni le temps. C'est obtenir, sans la rechercher, la reconnaissance de la France.

Car la France est fière de celles et ceux qui l'ont choisie.

Quand ses enfants s'engagent pour elle, elle exulte.

Quand ses enfants se battent pour elle, elle s'élève.

Et quand ses enfants ont tout donné pour elle, elle pleure.

Aujourd'hui, la France pleure. Elle pleure dans le froid glacial du mois de janvier, en se souvenant de la chaleur de vos âmes.

Et demain, elle fera bloc. Elle fera bloc pour faire face. Avec vos familles, avec vos frères d'armes, nous ferons face.

Au Sahel, je sais que déjà, vos camarades font face. Le coeur en peine, l'âme au combat. Ils le font pour nous. Ils le font pour vous, ils le font pour votre mémoire. Ils le font pour continuer votre combat, sans jamais oublier ce en quoi vous avez toujours cru, ce pour quoi vous êtes tombés.


Vive la République, vive la France.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 6 janvier 2021

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