Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France 2 le 12 janvier 2021, sur l'épidémie de grippe aviaire et la vente directe des produits agricoles.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

Nous recevons ce matin le ministre Julien DENORMANDIE.

CAROLINE ROUX
Ministre de l'Agriculture, alors lui aussi il doit gérer une épidémie, l'épidémie de grippe aviaire qui sévit dans les élevages et qui a conduit à l'abattage de 600 000 volailles. Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin. On dénombre 124 foyers de grippe aviaire en France, est-ce que l'épidémie est hors de contrôle ?

JULIEN DENORMANDIE
L'épidémie aujourd'hui, elle fait des dégâts, elle fait des dégâts sur les territoires et je pense beaucoup aux éleveurs. Il y a aujourd'hui même 198 foyers et il y a 6 départements qui sont touchés. Mais face à cette épidémie il y a des moyens drastiques que nous mettons en place.

CAROLINE ROUX
Qui ne suffisent pas visiblement.

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui qui sont, qui ont encore été renforcés, c'est-à-dire que nous accélérons. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que cette influenza aviaire, c'est une course contre-la-montre, c'est un virus qui se propage de volaille en volaille et il faut absolument contenir sa propagation, il y a qu'un seul moyen, c'est d'abattre des canards à titre préventif.

CAROLINE ROUX
Premier cas pardon, premier cas de contamination, c'était mi-novembre, est-ce qu'on a sous-estimé l'ampleur de cette contamination ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne le crois pas du tout parce que dès qu'on a vu que les élevages étaient atteints, à ce moment-là on a mis en place ces abattages préventifs. Et quand on a vu notamment dans département, qui est le département des Landes qui concentre la majorité des cas, que l'épidémie continuait à circuler, on a massifié ces abattages. Il faut avoir en tête que depuis le 20 décembre, c'est près de 700 000 canards, 700 000 je dis bien, qui ont été abattus et face à ça on continue, c'est-à-dire qu'on dédouble les moyens d'abattage, on réquisitionne des abattoirs, on organise la chaîne logistique. J'étais vendredi dans les Landes, j'étais hier dans le Gers et donc face à cette influenza aviaire, on accélère pour contenir justement sa propagation.

CAROLINE ROUX
Le coût de tout cela, est-ce que vous l'estimez pour la filière ?

JULIEN DENORMANDIE
Ce sera un coût qui est élevé et c'est d'ailleurs l'Etat qui indemnisera, pourquoi, c'est bien normal c'est l'Etat qui ordonne ces abattages et donc à ce titre l'Etat sera aux côtés des éleveurs. Et vraiment moi j'ai été aux côtés des éleveurs ces derniers jours…

CAROLINE ROUX
C'est rude ce qui est en train de se passer pour eux.

JULIEN DENORMANDIE
C'est une détresse. Vous savez, c'est des semaines, des mois de travaux et puis tout d'un coup même à ce titre préventif on vous dit il faut abattre notre élevage.

CAROLINE ROUX
Est-ce qu'on a pris les bonnes décisions, pardon de vous couper Julien DENORMANDIE, après la première épidémie de 2017 ?

JULIEN DENORMANDIE
Beaucoup d'investissements ont été faits beaucoup, mais ce qu'il faut avoir en tête, c'est que ce virus auquel on est confronté aujourd'hui il circule particulièrement fortement, il est particulièrement contagieux et donc la conclusion de cela, c'est qu'il va falloir aller encore plus loin et d'ailleurs dans ce fameux plan de relance, on met plus de 130 millions d'euros pour moderniser des abattoirs et notamment dans ces mesures de biosécurité. Et donc on va continuer à faire cela.

CAROLINE ROUX
En 2017 les pertes c'était 600 millions d'euros, ce sera combien cette fois, encore une fois…

JULIEN DENORMANDIE
C'est encore trop tôt. Mais là où je vais être très clair, c'est que tout ce qu'il faudra mettre en place pour accompagner nos agriculteurs.

CAROLINE ROUX
Vous le ferez.

JULIEN DENORMANDIE
Nous le ferons. Et je veux aussi être aussi très clair sur un point ce virus de l'influenza aviaire, il n'est pas transmissible à l'homme et donc je le dis clairement continuer à manger du canard, de la volaille, des oeufs, du foie gras, il n'y a absolument aucun risque pour l'homme, c'est un virus qui se transmet de volaille de volaille.

CAROLINE ROUX
Et pourtant il y a eu une alerte de l'OMS de la coordinatrice des urgences sanitaires qui rappelle que les virus de la grippe aviaire ont la capacité de passer des animaux et des humains et créer un potentiel pour une nouvelle pandémie.

JULIEN DENORMANDIE
Ça dépend des virus. Chaque année ce virus change, le virus, la souche à laquelle nous faisons face cette année, toutes les études ont montré qu'elle n'était pas transmissible à l'homme, donc je le redis, on peut manger en toute sécurité des canards, des volailles.

CAROLINE ROUX
Alors le parallèle entre les deux actualités est évidement flagrant, est-ce qu'il y a un vaccin contre la grippe aviaire, il paraît qu'il existe mais qu'on ne l'a pas homologué en France.

JULIEN DENORMANDIE
On ne l'a pas homologué au niveau européen. Il y a pas de vaccin aujourd'hui au niveau européen et donc aujourd'hui ce n'est pas une solution qui est sur la table pour faire face à cette épidémie, c'est vraiment ces mesures de bio contrôle, de biosécurité que nous mettons en avant.

CAROLINE ROUX
Si on en est à l'autre épidémie, celle du Covid, est-ce que vous mesurez les conséquences de cette pandémie mondiale sur le secteur de l'agriculture et en particulier en France ?

JULIEN DENORMANDIE
Il est fort mais d'abord vous savez, est-ce que c'est un plus une force de l'évidence et souvent on l'oublie, souvent on dénigre les agriculteurs mais pendant tous les confinements la France n'a jamais manqué d'aliments, pourquoi, parce qu'il y avait des agriculteurs, des éleveurs qui tôt le matin, tard le soir travaillaient dans les champs. Et le deuxième élément, c'est que oui il y a des secteurs qui sont impactés, impactés parce qu'il y a moins de débouchés avec la fermeture des restaurants, je pense au secteur du vin, je pense à certains secteurs de viandes qu'on mange principalement dans les restaurants et donc à chaque fois on apporte des aides, on accompagne de façon très précise avec ces filières. Aujourd'hui par exemple on a un gros souci sur le vin qui plus est l'administration TRUMP a pris une nouvelle décision unilatérale de renforcer des sanctions contre nos viticulteurs et donc on accompagne toutes ces filières.

CAROLINE ROUX
On en termine sur le Covid avec cette question, on sait que les visons peuvent opérer comme réservoir de SARS Cov 2 en transmettant le virus à humain, est-ce qu'ils sont surveillés, testés, il y a 4 élevages en France, comment est-ce que vous les surveiller au quotidien ?

JULIEN DENORMANDIE
On les surveille et on les surveille de manière très précise ? Tous les élevages ont été testés et dans l'un des 4 élevages on a détecté la présence de la Covid il y a déjà plusieurs semaines et dès qu'on a détecté on a abattu évidemment les visons qui s'y trouvaient. Donc oui nous avons un contrôle et il y a une grande différence entre ce qu'ont vécu nos amis hollandais et ce que nous vivons ici, c'est que là-bas il y avait des millions de visons, nous en France on a à peu près 40000 visons, donc on peut faire un repérage et un suivi individuel.

CAROLINE ROUX
Qui est fait régulièrement.

JULIEN DENORMANDIE
Qui est fait très régulièrement avec les autorités de santé.

CAROLINE ROUX
Alors aujourd'hui vous lancez une plateforme, on parlait des agriculteurs qui se battent comme vous l'avez rappelé, vous lancez une plate-forme qui s'appelle frais et local.fr pour trouver des produits agricoles en vente directe. Je l'ai fait l'effet, il suffit de rentrer son adresse et de voir à proximité de son domicile où sont les productions locales. En fait c'est pour régler la problématique de la grande distribution cette plateforme ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est surtout parce qu'on l'a vu, c'est une tendance de plus en plus forte. Quand vous interrogez les Français, les Français vous disent de plus en plus, on veut avoir accès à de la production locale et à ce qu'on appelle la vente à la ferme, la vente chez le producteur d'un côté. Et donc on a voulu fédérer toutes les initiatives et permettre aux Français qui le souhaitaient d'avoir un accès facile à tous ces producteurs d'à côté. Donc c'est une plateforme qui s'appelle et merci d'en avoir précisé le nom frais et local.fr. Il y a plus de 8000 références au moment où je vous parle. On la lance aujourd'hui avec notamment les chambres d'agriculture et moi j'en appelle vraiment à tous les Français d'aller regarder cette plateforme en se disant mais à côté de chez moi en fait, qui sont les agricoles…

CAROLINE ROUX
Même quand on habite dans une ville et en métropole.

JULIEN DENORMANDIE
Oui parce qu'il peut y avoir aussi de l'agriculture urbaine ou de l'agriculture à proximité et vous savez moi ce que ce dont je crois c'est deux choses, d'abord le frais et le local, c'est très important et parce qu'il ne faut pas l'oublier, l'alimentation c'est la santé et il y a rien de mieux pour la santé que les produits frais.

CAROLINE ROUX
Mais est-ce que c'est votre âme anti grande distribution Julien DENORMANDIE ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, ça fait partie des choses, moi je pense que c'est important de montrer qu'il n'a pas qu'un seul circuit de distribution qui est la grande distribution, que je suis avec vigilance parce que il y a beaucoup de négociations de prix en ce moment et je peux vous dire que c'est pas simple et donc on met beaucoup d'énergie pour faire en sorte qu'à la fin de nos agriculteurs s'y retrouvent.

CAROLINE ROUX
Est-ce que c'est le but de cette plate-forme, juste pour comprendre, le but c'est la rémunération des producteurs.

JULIEN DENORMANDIE
Moi mon but c'est d'abord de dire aux Français, consommez frais et consommez local, c'est ce qu'il a de meilleur pour votre santé. et le deuxième but, c'est, vous savez derrière tous les aliments on oublie quelque chose, c'est qu'il y a des gens qui travaillent, c'est qu'il y a des visages et le fait d'aller chez l'agriculteur, chez l'éleveur pour acheter ces produits, vous remettez un visage derrière ces éléments, vous comprenez comment ça se passe et dans notre société, on va pas se mentir il y a quand même aujourd'hui parfois des remises en cause, parfois des incompréhensions entre le monde urbain et le monde rural, entre l'agriculture et certains citadins, eh bien ça permet aussi de les rapprocher.

CAROLINE ROUX
Le président lui va se rapprocher des agriculteurs, il va dans l'Eure aujourd'hui pour rencontrer les agriculteurs engagés dans l'agro-écologie, on l'on est au lendemain du One Planet Summit, est-ce que vous êtes favorable vous, je sais qu'il y a un débat au sein du gouvernement, sur le délit d'écocide, je rappelle qu'il sera discuté au Parlement au printemps avec des peines notamment qui peuvent aller jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 4,5 millions d'euros d'amende. Vous y êtes favorable en tant que ministre de l'Agriculture ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, je crois que personne, personne ne peut être contre de se dire qu'il faut lutter avec détermination contre les atteintes manifestes à l'environnement, je crois que c'est une évidence.

CAROLINE ROUX
Avec le délit d'écocide.

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, on essaye toujours et votre question le montre, mais on essaie toujours d'opposer agriculture et environnement. Moi je vous le dis clairement je n'en peux plus, les agriculteurs ils aiment l'environnement, les agriculteurs ils vivent de l'environnement, les agriculteurs ils étaient écologistes avant que les écologistes ne deviennent écolo. La réalité, elle est ça. Moi je suis ingénieur agronome, il y a 25 ans quand j'ai fait ces études, c'est parce que je crois dans l'environnement, un agriculteur quand il plante, quand il cultive le sol, il le fait parce qu'il vit de l'environnement, on ne le dit pas suffisamment. Vous savez où est-ce qu'on capte le carbone sur terre, on parle souvent de la forêt, mais avant la forêt c'est le sol et le sol, ce sont nos agriculteurs qui le gèrent.

CAROLINE ROUX
Ils ont été piégés par le débat sur le glyphosate, ils ont été piégés par les débats sur les nicotinoides ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a un cynisme politique qui vise à opposer ces agriculteurs à l'écologie, et ce cynisme c'est quoi, c'est de se dire, eh bien on pourrait mettre à mal notre agriculture et puis ce n'est pas grave, on importera des produits alimentaires de l'étranger, produits de façon inférieure en terme de normes environnementales.

CAROLINE ROUX
La réponse c'est oui, Julien DENORMANDIE, la réponse c'est oui, vous êtes favorable au délit d'écocide.

JULIEN DENORMANDIE
Je suis favorable à tout ce qui permet de lutter de manière manifeste contre l'environnement, mais je lutte avec force contre tout ce débat politique hypocrite qui consiste à opposer agriculture à environnement, mettons de l'écologie, de la raison, dans le débat.

CAROLINE ROUX
C'est dit, merci beaucoup Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 janvier 2021