Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et la Croatie, à Zagreb le 14 janvier 2021.

Intervenant(s) :

Circonstance : Conférence de presse conjointe avec M. Gordan Grlic-Radman, ministre des affaires étrangères et européennes de la République de Croatie

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames, Messieurs, mon cher ami Gordan,

Je voudrais vous dire que je suis très heureux d'être, aujourd'hui, à Zagreb.

Cela me permet d'abord d'honorer une promesse faite il y a longtemps à mon ami Gordan ; je lui avais promis de venir, et malgré les difficultés dues à la pandémie, nous sommes là ensemble et c'est très bien ainsi.

C'était aussi important pour moi de me rendre à Pretrinja, ce matin, sur les lieux du tremblement de terre qui a endeuillé la Croatie et qui a provoqué de nombreux dégâts matériels.

J'ai eu l'occasion d'affirmer, de concrétiser d'ailleurs, la solidarité totale de la France avec le peuple croate dans cette épreuve.

Comme vous le savez, nous avons pu envoyer plusieurs centaines de tentes pour répondre au besoin de la population en solidarité avec la Croatie, et j'ai pu voir toute l'utilité de cette aide, ce matin. Et puis, nous avons, à la demande de la Croatie, qui souhaitait une aide additionnelle pour loger les gens, annoncé que nous acheminions, en ce moment même, six conteneurs d'habitation qui permettront des hébergements d'urgence pour les familles les plus en difficulté.

De toute façon, cette solidarité est aussi la base même de notre relation dans l'Union européenne. La solidarité, c'est un élément central de l'Union européenne, cela se vérifie dans cette catastrophe, cela se vérifie, aussi, dans la manière dont nous menons, de manière coordonnée, la lutte contre la pandémie et l'accessibilité vaccinale.

Mais le but de cette visite, c'est aussi de renforcer notre relation bilatérale. Cette relation est très forte. Elle se décline dans de nombreux domaines, que ce soit dans le domaine économique, culturel, touristique et évidemment politique et stratégique. De nombreuses entreprises françaises sont implantées en Croatie, et c'est un pays majeur pour l'Europe, et pour notre relation avec cette partie de l'Europe parce que, grâce à la géographie, vous faites le pont, à la fois avec l'Est, le Sud et l'Ouest.

Il y a ici, à Zagreb, l'un des plus vieux instituts culturels d'Europe, - institut français -, qui fêtera cette année son centenaire, le 21 février. C'est un symbole de la qualité de notre relation.

Et je visiterai également tout à l'heure, en présence du ministre croate de l'Education, l'école internationale de Zagreb qui est un Eurocampus, c'est-à-dire un ensemble fait d'initiatives française et allemande conjuguées, et c'est un Eurocampus exemplaire, l'un des plus intégrés au monde et dont la majorité des élèves est croate.

Nous allons évoquer toutes ces questions de renforcement de notre relation bilatérale, cet après-midi, avec le Premier ministre et le Président de la République. Et nous allons marquer un saut qualitatif nouveau dans l'avenir par le renouvellement de notre plan d'action que Gordan a évoqué dans son propos qui va permettre pour trois ans d'inventorier la liste de nos coopérations dans tous les domaines qui constituera la base de notre partenariat.

Nous avons aussi évoqué dans notre entretien, qui était très fructueux, les questions que soulevait à l'instant Gordan, sur la demande de la Croatie de rentrer dans l'espace Schengen, sur la nécessité de nous interroger sur les modifications éventuelles à apporter aux accords de Dayton, tous ces sujets-là qui sont sur la table, ont fait l'objet d'une conversation, je crois, très franche et très utile.

Et nous avons enfin constaté notre volonté commune d'avoir une Europe plus puissante, plus responsable, en un mot, plus souveraine. À l'heure du retour des logiques de puissance et de l'exacerbation des rapports de force, cette orientation-là reste plus que jamais notre boussole.

Ces valeurs et ces objectifs de solidarité et de souveraineté, nous les avons portés ensemble au moment de la présidence croate du Conseil de l'Union européenne, au premier semestre de l'année dernière ; et nous les porterons ensemble aussi lors de la présidence française au premier semestre 2022.


Q - (inaudible, en langue croate)

R - J'ai évoqué mon déplacement en Croatie avec le président Macron hier, il m'a redit que si les conditions sanitaires le permettaient, il viendrait cette année. Il le souhaite, il l'a dit au Premier ministre de Croatie, lorsqu'il est venu à Paris en début d'année dernière, et donc c'est sa volonté.

J'espère d'ailleurs que lors de sa venue, nous avons convenu avec Gordan, qu'il pourra signer le Plan d'action 2021-2024 puisque c'est ce document sur lequel que nous travaillons.

Q - (inaudible, en langue croate)

R - Alors vous avez fait un raccourci très audacieux, Monsieur, vous avez imaginé que l'on aurait pu penser que l'on échangerait les Rafale et Schengen. C'est vraiment très audacieux et ce n'est pas du tout comme cela que cela se passe. La Croatie veut entrer dans l'espace Schengen et nous la comprenons. Pour entrer dans l'espace Schengen, il faut un accord des membres de cet espace pour qu'un candidat rentre, et d'autre part, il faut correspondre à des normes techniques. Et je dois dire ici, puisque vous m'en donnez l'occasion, que nous apprécions beaucoup l'importance des efforts effectués par la Croatie pour répondre aux normes techniques de Schengen qui sont très précises.

Aujourd'hui, sur Schengen, il y a deux voies complémentaires et concomitantes qui se déroulent dans notre relation : d'une part, nous souhaitons, nous la France mais nous ne sommes pas les seuls, que l'on refonde Schengen dans deux données particulières, la gouvernance et l'évaluation permanente de l'application des critères de Schengen dans les différents Etats membres.

Parallèlement à cela, la Croatie doit poursuivre l'ensemble des actions techniques qu'elle doit remplir pour être en situation de prétendre aux normes techniques existantes de Schengen. Ce n'est pas fini, d'autant plus qu'il y a une longue frontière, 1150 km, c'est énorme, c'est la plus longue frontière, ce sera la plus longue frontière européenne sur l'extérieur ; donc, cela suppose de la vigilance et de la précision.

Tout cela doit aller ensemble, et on espère que l'évolution de ces deux dossiers sera concomitante et qu'elle pourra être rapide, en tout cas nous avons bien échangé sur ce sujet. Et cela, c'est européen.

Et puis, par ailleurs, il y a une volonté de la Croatie de se doter d'outils de surveillance aérienne de son territoire, de maîtrise de sa sécurité aérienne. Cela, c'est la souveraineté de la Croatie, et les choix sont des choix souverains de la Croatie. Evidemment, moi, je préférerais que ce soit le Rafale, il n'y a pas d'ambiguïté. Et pour avoir été, dans le passé, ministre de la défense, je connais un peu le sujet. L'industriel français a fait une offre en réponse à un appel d'offres, elle me paraît de qualité, mais la responsabilité ne m'incombe pas, c'est la responsabilité des autorités croates qui le feront en conscience de leurs propres intérêts.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 janvier 2021

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