Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à LCI le 25 janvier 2021, sur le confinement, les violences urbaines, l'inceste et le Beauvau de la sécurité.

Texte intégral

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, on lit tous la presse.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, donc, je n'ai pas plus d'informations que vous à cet égard.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et, puisque vous faisiez référence l'intervention d'Emmanuel MACRON mercredi à Saclay devant les étudiants, les 66 millions de procureurs, ce n'était pas très habile ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je crois que sur le fond, le président de la République a raison, et comme souvent…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, il a raison ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
On râle trop ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas une question de râler, la question, ce que le président de la République évoquait, c'est le fait de traquer l'erreur de l'autre, et si vous voulez, dans le monde politique, et là, je parle pour moi personnellement, mais moi, ce que j'observe, c'est quand vous avez des gens qui s'engagent, qui donnent de leur temps, on peut trouver que les politiques sont trop ci, pas assez cela, mais de l'élu local au ministre, au Premier ministre, au président de la République, vous avez, là, des gens qui s'engagent, qui donnent de leur temps, et en face, certains qui traquent l'erreur en permanence ; je crois que la meilleure manière de ne pas faire d'erreur, c'est de ne rien faire et de rester planqué ; on ne peut pas reprocher à certains, notamment le ministre de la Santé, de donner de son temps, 24 heures sur 24, depuis des mois maintenant, dans quel but ? Dans le but de protéger les Français par rapport à cette pandémie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc un peu d'indulgence, voilà ce que vous réclamez ce matin…

MARLENE SCHIAPPA
Un peu de solidarité peut-être, de solidarité nationale en tout cas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si vous l'acceptez, parlons maintenant de cette vidéo qui a suscité une émotion très importante, un jeune homme, Yuriy, 15 ans, d'origine ukrainienne, scolarisé en France, agressé dans des conditions d'une violence et d'une brutalité qui nous ont tous choqués, c'est à Paris, dans le 15ème arrondissement, pas très loin d'ici. Des nouvelles de l'enquête, puisque cette agression a eu lieu le 15 janvier, et ce sont des images de vidéosurveillance qui sont diffusées depuis vendredi soir ?

MARLENE SCHIAPPA
L'enquête avance, d'abord, ce que je voudrais dire, c'est que les services de police se sont immédiatement saisis de cette affaire terrible, et on ne peut pas commencer à en parler sans adresser évidemment un mot de soutien pour Yuriy, pour sa mère qui s'est exprimée à plusieurs reprises, pour ses proches, pour qui, c'est très difficile, on sait qu'il a fêté.

JEAN-MICHEL APHATIE
Yuriy est dans le coma, qui est sorti visiblement…

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, il a fêté ses 15 ans dans le coma à l'hôpital, on ne souhaite ça évidemment à aucun adolescent, et les images, elles sont d'une violence terrible, d'un jeune garçon, d'un enfant, d'un adolescent à terre avec une bande autour qui le frappe dans une violence inouïe. Donc je crois que ces phénomènes de violence des jeunes, il faut absolument y apporter des réponses, d'ailleurs, c'est pour ça que j'ai présenté la semaine dernière, à Orléans, notre stratégie de prévention de la délinquance, qui est une stratégie importante, qui passe par un déploiement notamment des associations, par le rapprochement entre la police et la population, et par le fait de partager avec la jeunesse des valeurs et d'autres modèles que la violence ou la délinquance.

JEAN-MICHEL APHATIE
Des nouvelles de l'enquête ?

MARLENE SCHIAPPA
L'enquête est en train d'avancer, il ne m'appartient pas de communiquer sur l'enquête.

JEAN-MICHEL APHATIE
Gérald DARMANIN avait parlé, c'était à la fin de l'été, le mot avait fait polémique, d'ensauvagement, je voudrais vous montrer un tweet, une expression de Marine LE PEN sur les réseaux sociaux, on va la voir, elle aussi emploie le mot, doit-on s'habituer à cet ensauvagement, vous reprendriez le mot à votre compte, Marlène SCHIAPPA, d'ensauvagement de la société ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, j'ai dit, quand Gérald DARMANIN s'était exprimé là-dessus, que ce mot ne me dérangeait pas, ce qui me dérange, ce sont les.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais non, oui, moi aussi, mais le mot ne vous dérange pas, vous partagez le constat ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, moi, je ne crois pas que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous partagez le constat de l'ensauvagement de la société ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, en l'occurrence, c'est Marine LE PEN qui partage notre constat, mais ce que je veux vous dire, parce que je vois bien, là, la question politique derrière la question des faits, il y a trois questions, il y a la question des faits, la question sémantique, la question politique, je commence par la question politique, pardon de décortiquer…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, la question politique, allez-y…

MARLENE SCHIAPPA
La question politique, je vois bien que si je vous dis : oui, je suis d'accord, ça veut dire : Marlène SCHIAPPA est d'accord avec Marine LE PEN. Moi, je ne crois pas qu'il faille…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, si vous êtes d'accord avec Gérald DARMANIN, ça me suffit…

MARLENE SCHIAPPA
Je ne crois pas qu'il faille, quand Marine LE PEN dit quelque chose, se positionner par rapport à elle en disant : eh bien, puisqu'elle l'a dit…

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle se positionne par rapport à Gérald DARMANIN, et vous, vous êtes d'accord avec ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais je crois que personne… moi, je n'ai entendu personne dire, oui, ce qui s'est passé est normal, tout le monde, et y compris Marine LE PEN, mais y compris des responsables politiques de gauche, j'ai vu que la maire de Paris, Anne HIDALGO, avait téléphoné à la mère de ce jeune homme, comme, d'autres elle a dit, la maman de Yuriy, avoir eu des contacts avec l'Elysée, avec le ministère de l'Intérieur, je crois que c'est normal qu'il y ait une unanimité de la classe politique quand on tabasse un garçon de 15 ans. Nous sommes tous et toutes, quels que soient nos bords politiques, aussi des parents, et évidemment, on ne peut être que dans l'empathie et partager la souffrance de cette maman face à ce qui s'est passé…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est la prise de conscience qui est importante, c'est-à-dire que ce fait divers n'est pas considéré comme un fait divers isolé, mais comme une tendance dans la société, c'est ça qui est important…

MARLENE SCHIAPPA
La prise de conscience, je crois que les Français l'ont eue bien avant les responsables politiques, bien avant…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah bon ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils sont plus intelligents que les responsables politiques ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je crois que les Français nous le disaient avant, si on regarde les études d'opinion, les expressions, les micros-trottoirs, si on se rappelle de l'époque des réunions publiques, les Français nous disaient : on a un problème de sécurité, on a un problème avec cette question, et je crois qu'effectivement, il est fondamental d'y répondre, vous savez, quand on a eu, il y a à peine quelques mois de cela, un chauffeur de bus à Bayonne, monsieur MONGUILLOT, qui a été tabassé à mort pour avoir demandé aux gens qui rentraient de payer leur ticket de bus et de porter un masque, je crois qu'effectivement, on n'est pas, là, dans un très grand progrès de civilisation dans les rapports des humains les uns avec les autres dans notre société.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est à cette occasion que Gérald DARMANIN avait employé le mot d'ensauvagement…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, tout à fait…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et le nouveau, puisqu'à l'époque, il venait d'arriver, ministre de la Justice, Eric DUPOND-MORETTI, avait contesté ce qualificatif, donc on voit que ça peut faire débat, même au sein du gouvernement, hélas, ce que l'on a vu ce week-end semble donner raison plutôt à Gérald DARMANIN qu'à Eric DUPOND-MORETTI.

MARLENE SCHIAPPA
Eric DUPOND-MORETTI s'est aussi exprimé en disant qu'il souhaitait qu'il n'y ait pas d'impunité, et qu'il n'y aurait pas d'impunité pour les agresseurs de Yuriy. Et donc là, je ne veux pas chercher de division ou de débat, je crois qu'il y a une unanimité sur le fait qu'on ne peut pas tolérer qu'un garçon de 15 ans soit tabassé et lynché comme il l'a été en pleine rue à Paris.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le débat sur l'inceste connaît un développement important dans la société française, notamment au travers des réseaux sociaux, Emmanuel MACRON est intervenu samedi dans ce débat, il a dit – je le cite – on vous écoute et on vous croit, c'est en direction des victimes, vous ne serez plus jamais seuls, et il demande une évolution de la législation. Alors ça n'est pas vous directement qui serez en charge de faire de faire évoluer la législation, mais vous avez bien entendu une opinion là-dessus, puisque vous avez toujours été sensible à ces questions-là, de quelle manière doit évoluer la législation, selon vous, Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, moi, je voudrais adresser un message de soutien à toutes les personnes qui se sont exprimées, je sais à quel point c'est compliqué et difficile de parler, certaines ont parlé pour la première fois avec le mouvement MetooInceste, comme ça avait été le cas avec le mouvement MeToo, et je veux leur dire évidemment qu'on les soutient, rappeler peut-être que nous, nous avons, sur l'impulsion du président de la République, allongé les délais de prescription pour les viols commis sur mineurs, je le dis parce qu'avant de parler des nouvelles évolutions de la loi, il me semble fondamental que chacun se rappelle que, désormais, on a jusqu'à 30 ans après sa majorité pour aller déposer plainte pour des viols commis sur mineurs.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'il faut faire plus pour l'inceste en matière de prescription ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense qu'il faut faire plus. Je pense, pas forcément en matière de prescription, il y a plusieurs sujets, et mon collègue Adrien TAQUET, qui est chargé de la Protection de l'enfance, a décidé de mener un grand travail qu'il a confié notamment à Edouard DURAND, qui est un magistrat très engagé pour protéger les enfants face aux violences physiques et face aux violences sexuelles et intrafamiliales ; et je crois qu'au-delà, il y a bien sûr un sujet de loi, je pense qu'on peut aller plus loin dans la manière dont on peut protéger les moins de 15 ans et les mineurs. On peut aller plus loin sur la caractérisation de l'inceste, mais la loi, à elle seule ne suffit pas, on le voit bien, ce n'est pas parce qu'on vote une loi contre le viol ou contre tel sujet que d'un coup, ça s'arrête. Donc il y a un travail de prise en charge, à cet égard, l'annonce du président de la République de la prise en charge notamment psychologique, médicale des gens qui ont été victimes d'inceste, de violences sexuelles, je crois que c'est aussi un pas en avant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il demande une évolution de la législation, la suppression de la prescription, ça ne vous paraît pas une piste ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, ça, vous savez le débat a déjà eu lieu entre législateurs à deux reprises dans ces cinq dernières années, et les législateurs ont voté que l'imprescriptibilité des crimes, elle restait réservée aux crimes contre l'humanité, parce qu'il y a une échelle des crimes entre les viols, les meurtres, les crimes contre l'humanité, etc, etc, ça appartient aux législateurs. Mais je crois qu'au-delà de ça, l'idée, c'est vraiment de donner tous les outils aux magistrats pour qu'ils puissent mieux qualifier les jeunes, qu'on ne questionne fut le consentement d'un enfant ou d'un adolescent face aux questions d'inceste, face aux questions de violences sexuelles, on a fait une avancée, nous, pour les moins de 15 ans en 2018, si elle n'est pas suffisante, je crois qu'il faudra aller plus loin, c'est ce que propose la députée Alexandra LOUIS, qui a remis un rapport très fourni à Eric DUPOND-MORETTI, Adrien TAQUET et moi-même, et je pense qu'on peut suivre ces recommandations, oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous connaissez Andrea BESCOND, Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Je l'ai déjà rencontrée à plusieurs reprises, oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle a été victime de l'inceste, elle a raconté son histoire au théâtre, au cinéma, le film s'appelle "Les Papouilles (sic) "

MARLENE SCHIAPPA
"Les Chatouilles "

JEAN-MICHEL APHATIE
"Les Chatouilles", pardon, et a connu un grand succès à la fois au théâtre et au cinéma, elle s'est exprimée elle aussi samedi sur son compte Instagram, et au détour de son propos, voilà ce qu'elle a dit, elle a dit d'Eric DUPOND-MORETTI, en prenant appui sur des affaires qu'il avait plaidées en tant qu'avocat avant de devenir ministre de la Justice : "Eric DUPOND-MORETTI n'a rien compris à l'inceste et à la pédo-criminalité", quand vous lisez ça de la part d'Andrea BESCOND, qui n'est pas soupçonnable de faire de la politique au sens soutenir la droite pour embêter la gauche, ou vice-versa, vous vous dites quoi, comment vous réagissez à ce propos d'Andrea BESCOND ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, effectivement, la pièce de théâtre et le film « Les Chatouilles » sont absolument à recommander, parce qu'ils montrent que l'inceste ou encore les violences sexuelles contre les enfants, parce que dans son cas, c'était un voisin, un ami de la famille, ça se produit aussi parce qu'il y a des adultes qui ferment les yeux, et ça, c'est fondamental de le dire. En ce qui concerne Eric DUPOND-MORETTI, moi, j'ai, à plusieurs reprises, échangé avec lui, y compris vis-à-vis de ce qu'il a vécu en tant qu'avocat, il était avocat, il était pénaliste, il était en charge de la défense…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on lui a souvent reproché ses propos, pas seulement dans les prétoires, même à l'extérieur, soit vis-à-vis des violences faites aux femmes, soit, là, vis-à-vis des violences faites aux enfants, on lui a souvent reproché…

MARLENE SCHIAPPA
Mais moi, je vais vous parler…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a changé d'après vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous dire les choses très franchement, moi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a mieux compris ces problèmes-là ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas s'il a changé, moi, quand j'ai appris la nomination d'Eric DUPOND-MORETTI, je vais vous dire les choses honnêtement, j'étais un peu sceptique eu égard justement aux propos qu'il a pu tenir sur les femmes, sur les violences sexuelles, etc, et puis, j'ai échangé avec lui à de nombreuses reprises, et longuement, et j'ai vu qu'en fait, c'était quelqu'un d'une grande intelligence et d'une grande empathie et qui, au contraire, je crois, notamment parce qu'il a été avocat, qu'il a passé des dizaines d'années dans ces affaires à éplucher les dossiers, à rencontrer les témoins, à rencontrer les victimes, à comprendre les mécanismes, je crois, au contraire, qu'il comprend très bien et très concrètement ce phénomène, et c'est pour ça d'ailleurs que le président de la République a confié à Eric-DUPOND-MORETTI et Adrien TAQUET le soin d'aller plus loin, notamment dans la loi, et c'est quelqu'un qui a été concrètement dans les tribunaux, qui sait sur la base de quels textes on peut faire condamner des pédo-criminels, son engagement contre la pédo-criminalité, il est total.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'il possède la technique, tout le monde en convient, si vous avez échangé avec lui, Marlène SCHIAPPA, ça veut dire que vous lui avez dit, là, cette déclaration-là, elle m'a choquée, là, ce que vous avez dit : je ne peux pas l'accepter, il est convenu que certains de ses propos d'avant sa période politique étaient des propos qui n'étaient pas adaptés ?

MARLENE SCHIAPPA
Bon, après, les échanges personnels entre Eric DUPOND-MORETTI et moi, ils restent entre Eric DUPOND-MORETTI et moi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais voyez, la méfiance, on le voit à travers la réaction d'Andrea BESCOND, la méfiance est forte ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Je la comprends…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un problème…

MARLENE SCHIAPPA
Et je comprends évidemment ce que dit Andrea BESCOND, moi, je demande à ce que chacun soit jugé sur les actes, et je pense que ce qui est fondamental, ce sont les actes que nous allons poser. Adrien TAQUET a lancé une grande consultation, je sais qu'il admire aussi beaucoup, comme moi, le travail d'Andrea BESCOND, et l'engagement et la manière très subtile et intelligente qu'elle a eu de faire comprendre, via des oeuvres d'art, via la danse, via le théâtre et le cinéma, les terribles phénomènes de violences sexuelles sur les enfants. Je ne doute pas une seule seconde qu'Andrea BESCOND sera écoutée, sera entendue et qu'on pourra aller dans le sens de ce qu'elle demande pour mieux protéger les enfants.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous lui dites aujourd'hui, à Andrea BESCOND : faites confiance à Eric DUPOND-MORETTI, il a changé…

MARLENE SCHIAPPA
Non, je n'ai pas d'ordre à donner sur les uns et les autres…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, pas d'ordre, non, ce n'est pas un ordre, c'est un propos : faites-lui confiance…

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais ce que je dis, je repose le cadre, le cadre, c'est qu'Adrien TAQUET lance ce grand travail avec cette commission, et je sais que lui aussi est en lien avec Andrea BESCOND, je sais que Brigitte MACRON écoute beaucoup également Andrea BESCOND, elles se sont exprimées d'ailleurs de manière conjointe sur ces questions. Et il y a, là aussi, je crois un objectif partagé. Ensuite, le reste, c'est du travail juridique, et ce travail, il doit être mené.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est Adrien TAQUET qui mène ce travail avec Eric DUPOND-MORETTI, voire Eric DUPOND-MORETTI avec Adrien TAQUET…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, absolument, avec mon plein soutien.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. Et donc, vous lui dites quand même… enfin, vous dites quand même à tous les acteurs de ce monde-là qui lutte contre l'inceste qu'on peut faire confiance à Eric DUPOND-MORETTI ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais, bien sûr. Moi, ce que je leur dis, c'est que le travail est engagé, et ensuite, après, je ne demande pas une conscience de principe, je demande à ce que nous soyons jugés sur les actes, et notamment, je crois encore une fois que le bon cadre, c'est cette commission dans laquelle chacun pourra s'exprimer, et Edouard DURAND est quelqu'un d'absolument incontesté et dont le travail est loué, il travaillait sur ces questions de violences sexuelles et de violences sur les enfants depuis…, bien avant qu'on en parle dans le débat public.

JEAN-MICHEL APHATIE
J'ai indiqué votre au gouvernement, Marlène SCHIAPPA, au début de cette interview, vous êtes ministre chargée de la Citoyenneté, début décembre, sur le site Internet Brut, sur le média en ligne Brut, Emmanuel MACRON a dit : oui, le contrôle au faciès, ça existe, le Beauvau de la sécurité s'ouvre aujourd'hui, diriez-vous, comme l'a dit Emmanuel MACRON, que le contrôle au faciès, ça existe aujourd'hui en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je ne crois pas que le débat soit précisément dans les termes que l'on peut utiliser encore une fois, pardon, mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le débat, je ne sais pas, mais ma question, c'est celle-là, est-ce que le contrôle au faciès existe ou pas en France aujourd'hui…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, ma réponse, c'est celle-là… Eh bien, le Beauvau de la sécurité va permettre justement de débattre de ces questions-là, autour de 8 grands thèmes…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça existe ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Notamment l'éducation, il ne m'appartient pas à moi de jeter l'anathème et de dire ce matin si ça existe ou si ça n'existe pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le chef de l'Etat l'a dit…

MARLENE SCHIAPPA
Mais le chef de l'Etat l'a dit, eh bien, ce n'est pas la question…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il peut se tromper peut-être. Aujourd'hui, quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est davantage contrôlé, c'est ce qu'a dit le chef de l'Etat…

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je vais vous dire ce que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça vous paraît juste ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je vais vous dire ce que j'observe pour avoir été une personne qui a grandi en ZEP et dans des cités et pour être aujourd'hui aux côtés de la police et de la gendarmerie qui mènent un travail important de protection de la population tous les jours, ce que je vais vous dire, c'est que je crois qu'on ne peut pas rester comme ça dans un pays où il y a des catégories de la population qui ont peur, d'autres catégories de la population, ou des jeunes dans des cités ou dans des quartiers, ou ailleurs, ont peur de la police, ont peur d'être contrôlés, ou inversement, la police a peur d'être agressée, parce que les agressions de policiers, eu égard à leur emploi, elles sont légion, et je voudrais adresser à cet égard un mot de soutien à Abdoulaye, qui est un policier qui est sans cesse, qui est un policier noir, et qui est sans cesse la cible d'injures racistes sur les réseaux sociaux, justement, parce qu'il est en policer, et parce qu'il est noir, donc le Beauvau de la sécurité que va lancer Gérald DARMANIN, il va permettre de mettre sur la table les questions de liens entre la police et la population, nous, nous soutenons…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et la question du contrôle au faciès…

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je préfère vous répondre par des actions, nous soutenons le travail…

JEAN-MICHEL APHATIE
La question des contrôles au faciès sera mise sur la table ?

MARLENE SCHIAPPA
Toutes les questions seront mises sur la table, rien ne sera éludé…

JEAN-MICHEL APHATIE
Celle-là aussi ?

MARLENE SCHIAPPA
Il ne m'appartient pas de faire les annonces du Beauvau de la sécurité, est-ce que je peux vous dire en revanche, c'est que nous soutenons des associations, comme par exemple Raid Aventure, qui vont présenter le métier de policier auprès de jeunes, et ça, c'est important.

JEAN-MICHEL APHATIE
J'ai une dernière question, Marlène SCHIAPPA, la réponse doit être assez brève, parce que, déjà, nous sommes un peu en retard, Jean-Michel BLANQUER va décliner l'offre qui lui a été faite par Emmanuel MACRON, la demande qui lui a été faite de mener le combat pour les élections régionales face à Valérie PECRESSE, il n'y a pas de candidat de la République En Marche pour les élections régionales en Ile-de-France, et ça a l'air d'être le vide, c'est inquiétant quand même pour votre parti…

MARLENE SCHIAPPA
Si, il y a plein de candidats, Laurent SAINT-MARTIN…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas très connu…

MARLENE SCHIAPPA
La députée du Val-de-Marne…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils n'ont pas une dimension très importante pour mener ce genre de combat…

MARLENE SCHIAPPA
Très compétents en tout cas, unanimement salués, Agnès PANNIER-RUNACHER, ma collègue qui est ministre de l'Industrie…

JEAN-MICHEL APHATIE
Un homme à découvrir…

MARLENE SCHIAPPA
Emmanuelle WARGON, qui est aussi dans le Val-de-Marne et qui est ministre chargée du Logement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas mauvais signe quand même quand Jean-Michel BLANQUER fait savoir que ce sera sans lui, ce n'est pas le signe d'une certaine faiblesse dans le personnel pour mener ces combats politiques ?

MARLENE SCHIAPPA
Vous savez, c'est une décision qui lui appartient, on n'est pas obligé d'être d'être candidat non plus tout le temps, il est occupé, il y a une pandémie, la question des écoles, la question des lycéens, des collégiens, elle est fondamentale, qu'il souhaite se concentrer sur son ministère me semble quelque chose de tout aussi louable que de vouloir être candidat et porter des couleurs pour une élection.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Marlène SCHIAPPA d'avoir accepté l'invitation de LCI…

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous, avec plaisir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 janvier 2021