Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec LCI le 2 février 2021, sur le tourisme confronté à l'épidémie de Covid-19.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Prononcé le

Texte intégral

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Aujourd'hui, mardi 2 février, je vous dis qu'il est effectivement possible de partir en vacances, de faire des déplacements interrégionaux, en France. Hélas, il n'est pas possible de se rendre dans les territoires ultra-marins, compte tenu d'un certain nombre de restrictions qui ont été prises. Mais il y a cette capacité à changer d'air, à changer de rythme, à peut-être se rendre à la montagne, alors, pas pour faire du ski alpin, parce que les remontées mécaniques seront fermées, mais pour y pratiquer d'autres activités. J'insiste sur le fait que l'on va continuer à avoir l'oeil rivé sur les données sanitaires. Vous le savez, ce virus, on l'a vu, est assez imprévisible, assez inattendu, il crée de l'incertitude, et c'est pourquoi, si à un moment, on voit qu'il y a un emballement, naturellement, on sera amené à prendre des décisions. Mais aujourd'hui, en tous les cas, les Français peuvent se préparer à partir et nous les tiendrons informés, très régulièrement, parce que je sais combien tout cela est complexe, de prévoir des vacances. Je précise d'ailleurs que tout le monde ne part pas en vacances, au mois de février. 20% des Français d'habitude, partent en vacances. Aujourd'hui, on voit des taux de réservation qui ont chuté de 50%. Donc, on est plutôt à 10% de Français qui pourront s'offrir cette échappée. Et pour autant, j'ai aussi une pensée pour les autres, qui vont se retrouver en famille, avec leurs enfants. Mais je crois que ce qui est important, c'est un peu de casser le rythme, parce que c'est vrai, on vit un couvre-feu, ce sont des moments qui sont pesants, qui sont lourds, qui sont des efforts nécessaires, en tous les cas, pour reconquérir une vie normale.

Q - Seconde question, les vacances sur le mois de février, en fonction des zones, se déroulent sur pratiquement un mois ; ceux qui ont prévu de prendre une petite semaine à la fin du mois de février, en fonction de l'évolution de la maladie, risquent de ne pas être à la même enseigne que ceux qui partent dans quelques jours, parce que si la maladie remonte, comment allez-vous faire ? Il y en aura qui pourront partir, début février, et d'autres qui devront rester, avec des règles plus coercitives, à la maison, ou dans un périmètre de cent kilomètres, comme le dit le Conseil scientifique, à la fin du mois de février ?

R - Le Président de la République a fait, vendredi, le choix de la confiance, de la responsabilité des Français. Donc, j'espère que nous allons tous rester très vigilants sur les gestes barrières, sur les précautions à prendre ; si l'on se rend voir des grands-parents, peut-être se faire tester auparavant ; et que tous ces efforts, toutes ces prudences permettront de ne pas voir d'envolée des cas. Mais il est vrai qu'un mois, en temps de pandémie, c'est très long. Souvenez-vous, il y a un mois, nous étions le 1er janvier. Le variant anglais avait fait son apparition depuis quelques jours seulement. Et on a vu, en quelques semaines, la dynamique qui était la sienne. Tout cela pour dire que je vous parle, aujourd'hui, le 2 février, que tout cela peut être amené à évoluer en fonction de l'évolution de la pandémie, mais nous avons ce rôle et ce devoir d'information. Je tire aussi mon chapeau aux professionnels, parce que dans ce contexte d'incertitude, forcément, le consommateur est parfois peu rassuré. Beaucoup, je pense aux hôteliers, aux loueurs meublés, etc., ont mis en place des conditions commerciales d'annulation, de report, qui sont très favorables aux consommateurs. Et donc, j'espère que cela permet aussi aux gens de se projeter, en se disant : "je ne prends pas trop de risque, parce que derrière, j'ai un professionnel qui assure". Et cela aussi, c'est important.

Q - Beaucoup de professionnels, justement, du tourisme, à la montagne, mais pas seulement, disent : c'est trop tard, le mal est fait. Pas de ski, pas de remontées mécaniques, et puis, Noël sans réservation, finalement, on ne sauvera pas la saison. Vous les avez entendus, ces professionnels-là, Monsieur le Ministre ?

R - Je vous confirme que l'on partage ce diagnostic : le choc économique est là, il est massif, il est puissant, et c'est pourquoi l'Etat, qui a imposé la fermeture de ces remontées mécaniques pour des raisons de gestion de la pandémie, au niveau global, se doit d'être au chevet des professionnels. Ce sont des professionnels courageux, les montagnards ne demandent pas l'aumône, ce qu'ils veulent, c'est bosser ; mais aujourd'hui, c'est vrai que c'est compliqué, et donc, avec le Premier ministre, hier, nous les avons réunis, pour annoncer toute une batterie de soutiens pour qu'ils puissent rester en vie, que l'on garde les talents, les compétences, les sociétés et que l'on puisse rebondir, le moment venu. J'insiste sur ce rebond, le moment venu, parce que la montagne française, hélas, depuis quelques années, on s'est fait talonner puis dépasser par les Autrichiens et les Etats-Unis, en termes de journées skiées. Cela veut dire que l'on a peut-être à remettre sur la table des investissements et l'Etat doit prendre sa part. Et c'est pourquoi, le Premier ministre l'a annoncé, nous allons travailler à un véritable "Plan Montagne". Et je peux vous dire que la montagne française vit des moments difficiles, mais on va surmonter cela ensemble, on ne laissera personne de côté, et derrière, on va travailler au rebond, parce que l'on veut remonter sur le podium et sur la plus haute marche du podium.

Q - Sur la question des vacances scolaires, certains ont évoqué, il y a quelque temps, la possible suppression des zones, un regroupement des vacances scolaires qui seraient les mêmes pour tous les enfants de France, pendant la période du COVID, bien sûr ; est-ce que c'est un scénario qui est à la poubelle, celui-là, on va bien garder les zones A,B,C, ou pas ?

R - A ce stade, pas de changement par rapport à une organisation qui est aussi assez rôdée, qui se prévoit largement en amont. Ces calendriers se prévoient un ou deux ans en avance. A ce stade, pas d'évolution programmée, voilà, j'en reste là, à ce stade.

Q - A propos des divergences qui ont été évoquées par les journalistes, par un certain nombre de commentateurs au sein du gouvernement, vous étiez parmi ceux qui souhaitaient, comme Emmanuel Macron, ou Bruno Le Maire, que l'on maintienne l'économie ouverte, que l'on maintienne la possibilité pour les Français de voyager pendant les vacances de février, ou est-ce que vous étiez parmi les prudents qui estimaient, au contraire, qu'il fallait stopper la contamination et enfermer les Français ?

R - Vous savez, au sein du gouvernement, il n'y a pas une équipe A et une équipe B, ceux qui pensent blanc et ceux qui pensent noir. Je crois qu'on partage ensemble toutes les données sanitaires, toutes les données économiques et sociales, parce que c'est au regard de l'ensemble de ces données qu'il faut arriver à prendre des décisions. Je vous concède que ce n'est pas ce qu'il y a de plus facile. Cela demande beaucoup de réflexion et aujourd'hui, le Président de la République a montré la voie. Encore une fois, la voie de la confiance, de la responsabilité. Les Français ont montré, d'ailleurs, lors des fêtes de Noël, qu'ils ont abordé ces dernières vacances dans un état d'esprit très précautionneux, et qui a d'ailleurs permis de ne pas voir d'envolée des indicateurs. On est sur un plateau haut, mais il n'y a pas eu d'envolée, comme on a pu le voir dans d'autres pays voisins. Nous constatons d'ailleurs que la France est plutôt mieux positionnée en termes d'indicateurs sanitaires que les pays voisins. On le doit aux Français. Je leur dis à travers vous : merci. On continue, ça va être dur, mais c'est une reconquête de notre vie d'avant que nous devons absolument conduire et gagner.

Q - Le petit risque, Monsieur le Ministre, pour ceux qui nous regardent et qui prendraient leur semaine de vacances à la fin du mois de février, c'est qu'entre aujourd'hui, 2 février, et la fin du mois, il y ait une remontée des contaminations et que par conséquent, il y ait davantage d'interdictions et que certains ne puissent pas partir en vacances. C'est quand même le danger, vous ne croyez pas ?

R - Le virus, c'est l'inattendu permanent, et donc cela crée l'incertitude permanente. Je ne suis pas Madame Irma, le virus ne m'a pas dit je serai tel jour, telle heure, à tel endroit, donc effectivement, je ne peux pas savoir à la fin du mois ce qu'il en sera. Ce que je peux dire c'est que dans tous les cas on va être très vigilants. On les suit jour par jour, semaine par semaine, et en fonction, on informera les Français, et je le ferai bien volontiers à travers votre antenne, pour leur dire comment se poursuivent et s'adaptent ces vacances. Mais c'est vrai que c'est un temps où il y a ce besoin un peu de rompre avec cette vie que nous connaissons. Donc, changer d'air peut être, même si ce n'est pas loin, on a redécouvert, à l'été dernier, ce tourisme de proximité. Il faut dire qu'il y a tellement à voir, d'ailleurs, à 100, à 200, à 300km de chez soi, que déjà ça, changer d'air, je crois que c'est une formidable bouffée d'oxygène. Donc, tant qu'on peut le faire, faisons-le. Encore une fois, restons prudents, restons vigilants. On vous tient informés.

Q - Monsieur le Ministre, chaque année pour les vacances de février, entre quatre et cinq cent mille Français partent à l'étranger. Je pense notamment aux binationaux. Donc, cette année, ceux-là resteront en France, à priori ?

R - Effectivement, dans les dernières mesures qui ont été prises, les frontières avec les Etats tiers à l'Union européenne, sont fermées depuis de nombreux mois. Il y avait un certain nombre de dispositifs dérogatoires qui permettaient de continuer à voyager. Aujourd'hui, tout cela a été durci puisque ce sont uniquement des motifs impérieux qui permettront le voyage dans un Etat tiers. Le motif impérieux, parfois ce n'est pas très drôle, c'est le décès d'un proche, ce sont des raisons qui ne peuvent pas différer le déplacement. Donc, effectivement, pour les raisons de loisir, on ne peut plus se déplacer hors du territoire national, et même hors du territoire hexagonal. Quelque part, j'incite aussi à la redécouverte de tout ce qui fait la richesse de la France. L'intérêt de la France, c'est que vous pouvez faire un tour du monde en faisant le tour de France. On a quand même des paysages de montagnes, des littoraux, on a de la ruralité, on a un certain nombre de villes, également, au passé très riche. Donc, c'est l'occasion aussi de redécouvrir la France sous toutes ses facettes.

Q - Autre question très pratique mais beaucoup nous la posent, ici, à LCI, est-ce que les Français pourront se faire rembourser leurs vacances s'il y a, à la fin du mois de février, un confinement par exemple, ou des annulations sous une forme ou sous une autre, de vacances, liées aux dispositions réglementaires ? Est-ce que ça, cela va être aussi simple que cela l'a été à Noël et à la Toussaint ?

R - Beaucoup de professionnels, de fédérations, l'UMIH pour les hôteliers-restaurateurs, le GNI également, les entreprises du voyage, ou l'UNPLV pour les loueurs, ont pris des dispositions commerciales très souples. Cela vous permet effectivement d'annuler ou de reporter sans avoir de pénalités ou de frais d'annulation. Donc, j'incite les Français à chaque fois à bien regarder les clauses contractuelles. Je peux vous le dire, les professionnels ont pris beaucoup de mesures en ce sens, pour les rassurer, parce que sinon le client n'est tout simplement pas là. De façon générale, on voit qu'il est deux fois moins présent qu'en temps normal, et par conséquent, il y a ce besoin de réassurance. Aujourd'hui, on est dans un monde où la réassurance se décline de façon sanitaire, et les professionnels ont mis en place un certain nombre de protocoles, mais également, cette réassurance doit être budgétaire et financière, pour s'assurer qu'en cas de pépin lié à l'évolution de l'épidémie, on peut être remboursé ou on peut reporter son déplacement. Encore une fois, beaucoup a été fait par les pros. Naturellement, soyez attentif lorsque vous signez votre contrat, mais je veux saluer leur engagement de ce côté-là.

Q - Merci de votre précision, Monsieur le Ministre. Dernière question, prendrez-vous quelques jours de vacances, et si oui, où irez-vous ?

R - Vous savez, on est sur le pont, H24, donc l'ambiance n'est pas aux vacances. Du côté du gouvernement, elle est au travail, et c'est bien normal. On a signé, donc, c'est pour être aux côtés des Français, matin, midi et soir.

Q - Merci, en tout cas vous avez été précis et vous avez répondu sans doute à un certain nombre de questions, voire même d'inquiétudes, chez ceux qui regardent LCI en ce moment. Merci, Jean-Baptiste Lemoyne.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 février 2021