Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-italienne, l'épidémie de Covid-19, la construction européenne et les questions internationales, à Rome le 5 mars 2021.

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Circonstance : Conférence de presse avec M. Luigi Di Maio, ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la République italienne

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Texte intégral

Merci Luigi. Mesdames et Messieurs, je voudrais commencer mon propos pour redire la consternation de la France et ses condoléances à la suite de l'assassinat de l'ambassadeur Attanasio et de son collaborateur M. Iacovacci. Ce qui se passe dans ce pays et l'action courageuse de ces diplomates méritaient d'être signalés au début de ce point de presse. Je voulais redire la pleine solidarité de la France dans ce combat que nous menons en commun contre le terrorisme et contre toutes les formes de terrorisme.

Je voudrais aussi vous dire que je suis très heureux d'être à nouveau ici, avec plaisir, pour continuer notre étroite collaboration avec Luigi Di Maio. La dernière fois que je suis venu à Rome, c'était début décembre et nous entretenons, comme vous le voyez, un dialogue constant et riche, et nous avons pu, au cours de ces rencontres, approfondir encore notre relation.

Cette relation, Mesdames et Messieurs, elle est excellente et elle se renforce plus à chaque entretien, et ces entretiens sont nombreux. Et à chaque fois, nous avons des avancées concrètes, des initiatives qui font en sorte que la relation entre l'Italie et la France est aujourd'hui assez exemplaire.

Nous avons discuté de notre collaboration bilatérale, car nous avons pour projet, dans la suite du Sommet de Naples de février 2020, de la renforcer dans de nombreux domaines, de faire en sorte qu'il y ait un nouveau Sommet, cette fois-ci en France, qui aura lieu, dès que possible, sanitairement parlant. Et ce futur Sommet sera, je le crois, l'occasion de valider le traité du Quirinal, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises et qui devrait aboutir à cette occasion. Cela renforcera aussi beaucoup la relation entre nos deux pays.

Nous avons évidemment parlé de notre coopération au niveau européen, et en particulier de notre coopération en matière sanitaire dans la lutte contre le virus, et plus que jamais ce défi appelle une solidarité européenne. Grâce à notre action commune au niveau européen, nous pouvons nous appuyer sur plusieurs types de vaccins, différentes technologies, pour que tous les Etats membres puissent déployer leur stratégie de vaccination de manière parallèle. Et si nous étions partis en ordre dispersé, il y aurait d'abord eu, vous l'imaginez, des conflictualités, la victoire des plus gros, et une problématique des variants qui n'aurait pas été gérée. Partir en ordre dispersé aurait été inefficace et conflictuel. Et nous avons cette dynamique-là, même si, parfois, il y a des impatiences. Mais la situation pandémique est telle qu'il est logique qu'il y ait des impatiences, mais il importe que cela se fasse dans une dynamique européenne qui est absolument indispensable.

Une concertation intra-européenne est aussi indispensable en matière de gestion des frontières. Nous avons à la fois la pression des frontières extra et intra-européennes. Nous avons toujours veillé au sein de l'espace européen à préserver au maximum la libre circulation. Et en particulier, en relation avec l'Italie, nous avons toujours aussi été attentifs aux travailleurs frontaliers, et nous le restons dans cette période si difficile et si sensible.

Nous avons aussi abordé d'autres questions prioritaires de l'Europe que Luigi a évoquées, telles que la mise en oeuvre du plan de relance européen, la sécurité dans l'espace Schengen et le nouveau pacte sur la migration et l'asile que Luigi a évoqué assez longuement et sur lequel nous aurons l'occasion de revenir dans les mois qui viennent. En tout cas, dans cette période, il importe d'aboutir à un résultat collectif indispensable, surtout au moment, je l'espère, de la relance économique à laquelle nous aspirons, tous ensemble.

S'agissant de la situation en Méditerranée orientale, je constate que l'Italie partage nos objectifs de stabilité et de coopération, et soutient à ce titre l'adhésion de la France au Forum du gaz en Méditerranée orientale, et je remercie l'Italie de cet engagement.

Sur la Turquie, nous avons discuté de la nécessité d'obtenir des gestes concrets de la part d'Ankara, pour pouvoir s'engager de manière durable dans la voie du dialogue.

Nous partageons également la même analyse, la même préoccupation sur les dernières mesures prises par l'Iran et aussi le même objectif d'un retour au JCPOA qui a été souhaité par les Etats-Unis et par la nouvelle administration. Et nous souhaitons que les conditions puissent se réunir rapidement pour que les deux parties reviennent dans le respect intégral du traité de Vienne.

Sur la Libye, Luigi a dit l'essentiel, je reprends avec force l'ensemble de ses propos. Nous soutenons pleinement la mission confiée au nouvel exécutif transitoire par le forum de dialogue politique, pleinement. Et nous souhaitons vivement, fortement, que la nouvelle composition gouvernementale fasse l'objet rapidement d'un vote de confiance de la part de la Chambre des représentants. Je rappelle que c'est un gouvernement de transition, dont la mission est de préparer les élections du 24 décembre. Et nous sommes tous les deux très déterminés à appuyer toutes les démarches nécessaires pour que l'organisation des élections du 24 décembre se tienne à la bonne date. Nous souhaitons, l'un et l'autre, le retrait des forces étrangères, le désarmement des milices et la mise en oeuvre de l'accord de cessez-le-feu signé le 23 octobre dernier. Tout cela, ce sont nos priorités. Et sur ces points, nos positions sont totalement convergentes, dans la lignée de la mise en oeuvre des accords de Berlin. C'est à ces conditions que la Libye retrouvera sa pleine souveraineté, que la Libye retrouvera son unité et sa stabilité.

Nous avons également parlé de l'absolue nécessité après le sommet de N'Djaména d'engager avec nos partenaires sahéliens un sursaut civil et politique et je me réjouis de l'engagement croissant de l'Italie au sein de la Coalition pour le Sahel, en particulier dans le cadre de la Task Force Takuba.

Nous avons évoqué aussi la question de l'autonomie stratégique européenne. L'Europe de la défense a beaucoup progressé. Le renforcement de l'Union européenne en matière de sécurité et de défense doit se poursuivre, avec une seule stratégie afin d'adapter nos opérations aux défis actuels, d'anticiper les nouvelles formes de menaces, qu'elles soient cyber, maritimes ou spatiales. Une Europe qui assume davantage ses responsabilités, une Europe qui se renforce est aussi le moyen de rehausser le partenariat transatlantique nouvelle formule, mais aussi une occasion, une opportunité de refonder le partenariat transatlantique sur ces bases.

Voilà, Mesdames et Messieurs, l'essentiel des discussions que nous avons eues, dans une atmosphère extrêmement amicale, et aussi une volonté commune très affirmée de relever ensemble les défis qui sont devant nous, tant au niveau bilatéral que dans le cadre de notre action commune au sein de l'Union européenne, et dans le cadre de notre partenariat, en particulier le partenariat méditerranéen.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 mars 2021

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