Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à BFM TV le 20 avril 2021, sur l'épidémie de Covid-19, la police, la mixité sociale, la lutte contre la drogue et la laïcité.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marlène SCHIAPPA, bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre déléguée à la Citoyenneté. Confirmation : allègement des mesures de restrictions sanitaires le 15 mai. Le 15 mai nous allons pouvoir nous installer sur une terrasse de bar ou de restaurant, pour je ne sais pas, boire une bière Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est mon voeu le plus cher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Vous irez ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien j'espère, si les mesures le permettent. Il faut encore que nous consolidions un certain nombre de retours. Vous savez que la situation sanitaire elle évolue, parfois vivement, d'une semaine sur l'autre et de quinzaine en quinzaine, et donc le Premier ministre a donné un rendez-vous à la mi-mai, j'espère que ce rendez-vous sera tenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je lisais : le ministre de la Santé confirme ce rendez-vous, ce matin, du 15 mai, avec cet allègement, et ces terrasses ouvertes le 15 mai. Dites-moi…

MARLENE SCHIAPPA
Sous respect, je vais être, sous le respect d'un protocole sanitaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment, sous respect d'un protocole sanitaire. J'imagine que vous avez hâte de partir en Corse Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, pour partir en Corse, il faut produire un test…

MARLENE SCHIAPPA
Un test PCR, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un test PCR, moins de 72 heures.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien cela.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, mais on va aussi pouvoir, avec une application TousAntiCovid, avec l'application TousAntiCovid, certifié ce texte, et la vaccination. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pour aller en Corse ou en Outre-mer, on va être obligé de fournir cela, on est obligé de fournir cela, on est bien d'accord.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, on n'est pas obligé de fournir un test. Moi je me suis rendue en Corse la semaine dernière pour soutenir la vaccination, puisque la Corse du Sud est championne de la vaccination en France, et j'ai comme tout le monde fait ce test PCR, et comme tout le monde je l'ai présenté pour pouvoir prendre l'avion. C'est normal, parce que quand on est sur une île, les clusters peuvent avoir des conséquences très graves, donc c'est tout à fait normal que les personnes qui arrivent sur cette île, certifient du fait qu'elles ne sont pas porteuses du virus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est la mise en place d'un Pass sanitaire, d'une forme de Pass sanitaire.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, c'est une possibilité. C'est une possibilité qui est proposée, qui est offerte, l'idée c'est de simplifier les papiers et de pouvoir l'avoir de façon dématérialisée et numérique, et mon collègue Cédric O a beaucoup travaillé sur cette question pour simplifier justement ces démarches via cette application.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'un jour, grâce à cette application, papier ou sur son smartphone, nous pourrons entrer dans un restaurant ou aller au spectacle aussi.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ça c'est en débat, je ne veux pas vous dire oui ou non maintenant et faire comme si je faisais des annonces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y seriez favorable ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis favorable à tout ce qui va nous permettre de reprendre une vie la plus normale possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pourquoi pas.

MARLENE SCHIAPPA
Pourquoi pas, je pense que tout peut être regardé. Ensuite, je ne suis pas décisionnaire, je ne suis pas médecin ni ministre de la Santé, je pense qu'il est important que toutes les décisions soient vraiment prises en examinant l'ensemble des paramètres, en respectant également les libertés de chacun, on sait que le numérique pose un certain nombre de questions, au ministère de l'Intérieur nous sommes très vigilants notamment la question d'utilisation des fichiers, avec toutes ces toutes ces questions qui sont soulevées, des réponses doivent y être apportées, et je sais que l'ensemble de mes collègues y travaillent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de parler de sécurité, je voudrais vous poser une question : à qui profite la crise ? Cette crise, je regarde des chiffres, le CAC 40 qui bat des records, on n'a jamais vu ça. Les plus riches qui sont encore plus riches dans tous les pays du monde, et même le FMI parle d'une redevance, d'une taxe spéciale sur les profits des plus riches, mais rien au gouvernement français. Emmanuel MACRON n'en parle pas, le Premier ministre n'en parle pas. Vous en parlez, vous, Marlène SCHIAPPA ? Ce serait utile cette taxe ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je vais vous dire quelque chose, je crois profondément à la question de la redistribution et de la solidarité financière. Et cette redistribution et cette solidarité financière, elle existe en France sous le fondement de l'impôt. On parle souvent de l'impôt de façon négative, et évidemment je sais que c'est très impopulaire de défendre l'impôt, mais l'impôt en France permet justement à chacun de contribuer de façon proportionnel à ses revenus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, justement, l'impôt, voilà un impôt spécial, une taxe spéciale sur les profits des plus riches, pourquoi pas.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, l'idée, je ne suis pas non plus ministre de l'Economie, mais l'idée, à mon humble avis, ce n'est pas de créer de nouvelles taxes ou de nouveaux impôts…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous dites non.

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce que je dis c'est qu'en fait on a déjà des niveaux d'impôt qui sont importants, et l'impôt sur le revenu, de façon proportionnelle aux revenus de chaque personne, permet justement à chacun de contribuer, de la même manière que l'ISF qui a été transformé sur une taxe sur la fortune immobilière et qui permet aux plus fortunés d'être solidaires. C'est ça, juste pour conclure, c'est vraiment ça qui nous permet d'avoir mis en place le quoi qu'il en coûte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi refuser une taxe spéciale, une redevance spéciale sur les profits des plus riches ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais moi, ni je refuse, ni je ne refuse pas, simplement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les profits de la crise.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, ce n'est pas du tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce juste ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas du tout dans mes prérogatives…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je sais…

MARLENE SCHIAPPA
Si je vous dis oui ou non, il y a Bruno LE MAIRE qui va m'appeler en me disant : « Ecoute, si tu veux t'occuper maintenant des finances de la France, vas-y, bon, courage, et puis moi je vais m'occuper de tes dossiers ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord.

MARLENE SCHIAPPA
Donc, je vous dis simplement que je crois à la redistribution, et je pense qu'il y a beaucoup de gens, par exemple Elisabeth BORNE la ministre du Travail, a annoncé que les personnes qui sont demandeurs d'emploi ont leurs droits encore prolongés jusqu'à mi-mai. Ça c'est important et ça c'est une redistribution très concrète, qui va leur permettre de continuer à toucher de l'argent et heureusement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
PARLONS sécurité. Mais auparavant je voudrais revenir sur ce qui s'est passé au tribunal. Viry-Châtillon, les policiers brûlés, 5 condamnations, 8 acquittements. Les policiers ne comprennent pas. Incompréhension et colère de la police. Vous aussi ? Vous aussi vous éprouvez de l'incompréhension et de la colère, Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je partage évidemment la colère des policiers vis-à-vis des agressions dont ils sont victimes, et ce quasiment tous les jours. Je me suis rendue il y a quelques semaines dans le service du ministère de l'Intérieur qui fait l'assistance psychologique pour les policiers et pour leur famille. Parce que je peux vous dire que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais là…

MARLENE SCHIAPPA
… dans le cadre du Beauvau de la sécurité j'ai animé auprès de Gérald DARMANIN une table ronde avec les familles. Et les enfants des policiers disent des choses bouleversantes. Il y a une adolescente qui m'a dit que quand elle croise sa mère en uniforme dans la rue, elle ne va pas lui dire bonjour et lui faire un bisou, parce qu'elle ne veut pas qu'on sache que sa mère est policière. Il y a un jeune garçon qui m'a dit qu'il ne disait pas à l'école que son père est policier, parce que dans sa précédente école, quand il l'a dit, il a été tabassé, et personne ne l'a soutenu. Donc moi je crois qu'il faut voir en face la réalité de la vie difficile des forces de l'ordre, des policiers, des gendarmes, aussi des pompiers par ailleurs, qui parfois sont victimes de ces agressions, et mieux les soutenir, c'est ce que fait Gérald DARMANIN, le ministre de l'Intérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mieux les soutenir, dans tous les cas, là, la justice ne semble pas trop les soutenir, c'est que regrettent les policiers. Marlène SCHIAPPA, franchement…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, la justice est indépendante et c'est pourquoi nous renforçons la loi, notamment pour faire en sorte qu'on ne puisse plus afficher, comme ça a été le cas récemment, afficher des photos ou des coordonnées de policiers dans l'espace public ou sur les réseaux sociaux. Là le projet de loi pour conforter les principes républicains et le projet de loi sur la sécurité globale, apporte des réponses très concrètes à cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La sécurité, un sujet central, l'un des sujets centraux de la prochaine présidentielle, Emmanuel MACRON s'en est bien rendu compte, on parle beaucoup de sécurité, il était à Montpellier hier, aujourd'hui il y aura des annonces sur des places de prison, à Montpellier il a parlé de policiers et gendarmes, 10 000, jusqu'à 10 000 policiers et gendarmes nouveaux, nouvelles créations de postes sur le quinquennat…

MARLENE SCHIAPPA
D'ici la fin du quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On en est à 6 200, il en reste 3 800. En un an, 3 800 créations de postes ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, d'ici la fin du quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ici la fin du quinquennat. Bien.

MARLENE SCHIAPPA
Et d'ailleurs je dois dire que parmi ces 10 000 policiers, il y a 2 000 policiers qui vont être particulièrement affectés à la protection des personnes, en civil, et notamment la protection des femmes pour renforcer la lutte contre le harcèlement de rue, qui puissent intervenir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y venir.

MARLENE SCHIAPPA
… j'étais dans le métro sur la ligne 4 cette semaine avec cette brigade de la sûreté qui est très engagée et qui permet justement, en civil, de faire des flagrants délits sur le harcèlement de rue, les outrages sexistes, parfois les agressions sexuelles, et soit de verbaliser, soit d'interpeller et de prendre des plaintes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le métro c'est un transport relou, si je comprends bien Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'y reviens dans un instant, mais je voudrais, j'ai remarqué lors de cette visite, tout le monde l'a remarqué, les propos de cette mère de famille qui tout à coup a interpellé le président de la République et qui lui a dit : « Mon fils m'a demandé si le prénom Pierre existait réellement », ce qui montre l'absence de mixité sociale. On le sait…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas nouveau Marlène SCHIAPPA. Ça fait 30 ans qu'on en parle de cette absence.

MARLENE SCHIAPPA
Mais bien sûr. Mais à l'âge de 6, 7 ans, vous avez des enfants qui n'ont jamais rencontré un Pierre de leur vie et vous avez aussi des enfants qui à l'âge de 6, 7 ans, n'ont jamais rencontré un Mohamed de leur vie ou une Fatima…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement.

MARLENE SCHIAPPA
Et je pense que cette mixité sociale, cette mère elle dit tout dans cette phrase, elle a parfaitement raison, du besoin qu'on a de se mélanger et de se rencontrer, parce que très souvent on observe que si on regarde les votes extrêmes ou les votes de peur, ou les expressions de la peur face à l'immigration, ils existent aussi souvent dans des quartiers où il n'y a pas forcément d'immigration massive, et donc on voit bien que cette peur elle peut être battue en brèche dès lors qu'on se rencontre et qu'on s'écoute.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, vous faites quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien on fait énormément de choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour lutter contre ce manque de mixité sociale.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, plusieurs choses. D'abord, en ce qui concerne la politique de la ville, il y a une action très forte impulsée par Nadia HAI, qui est la ministre en charge de ces questions, qui vient d'annoncer aujourd'hui qu'elle débloque 10 millions d'euros pour les quartiers populaires et pour justement leur permettre d'avoir une éducation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais on débloque de l'argent, ça fait 30 ans que j'entends dire ça. On débloque de l'argent, on débloque de l'argent et…

MARLENE SCHIAPPA
C'est vrai, vous avez raison, je ne devrais pas commencer par ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et on se retrouve avec cette mère de famille, franchement…

MARLENE SCHIAPPA
Je devrais commencer par pour quoi faire. On débloque de l'argent pour quoi faire ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai raison, hein ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, vous avez raison. C'est pour ça que je vais reprendre dans le bon sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord.

MARLENE SCHIAPPA
On débloque de l'argent par exemple pour faire des cités éducatives. Une cité éducative c'est un endroit qui dans un quartier populaire, fédère l'ensemble des acteurs et vous permet par exemple d'aider des enfants, j'étais à Grigny avec le Premier ministre pour découvrir cela, d'aider des enfants, des jeunes, à manier les nouvelles technologies. Ça, ça aide la mixité, parce que quand vous êtes une personne, des classes moyennes, et que vous habitez dans un quartier populaire, vous laissez votre enfant dans l'école et dans les activités du quartier, si vous constatez que ce sont des activités dites de bon niveau, dans lesquelles vous vous retrouvez, et c'est ça qui est la vérité. La vérité c'est que les gens ne mettent pas leurs enfants dans les écoles de quartiers et dans les activités de quartiers quand ils appartiennent aux classes moyennes ou supérieures, parce qu'ils estiment qu'elles ne sont pas de bon niveau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dans certains quartiers on se sent enfermé quand on y vit, vous le savez bien Marlène SCHIAPPA, enfermé par exemple dans la lutte contre… dans la lutte, dans les trafics de stupéfiants. Donc la lutte contre le trafic de stupéfiants, j'ai entendu le président de la République qui veut un grand débat sur la consommation de drogue. Encore un grand débat, il n'y a que des grands débats finalement, vous êtes les champions des grands débats. Un grand débat Marlène SCHIAPPA…

MARLENE SCHIAPPA
C'est vrai que l'on débat, et merci de rendre grâce au gouvernement de vous consulter et de vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais, oui non mais d'accord, mais enfin, débattre c'est bien…

MARLENE SCHIAPPA
On débat mais on agit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
… mais enfin, il faut que ça aboutisse à quelque chose, ça va aboutir à quoi ce grand débat ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, d'abord il y a des actions qui sont menées, et vous savez que la lutte contre le trafic de drogue c'est la priorité du ministère de l'Intérieur. Il y a eu plus de 1 000 opérations anti-stups réalisées ces dernières semaines. Le président de la République et le ministre de l'Intérieur ont créé l'OFAST, qui est un Office qui est spécialisé dans la question de la lutte contre les trafics de drogue. On n'a jamais autant démantelé de trafic de drogue que depuis ces derniers mois. Donc là on agit concrètement parce que le trafic de drogue, il mine les quartiers populaires. On parlait de mixité tout à l'heure, quand vous savez que votre enfant va aller dans un collège où il y a des trafics de drogue, vous le changer de collège en général…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est évident.

MARLENE SCHIAPPA
… vous prenez des dispositions ou vous déménagez. Donc ça contribue aussi à renforcer cette mixité sociale qu'on évoquait. Quant au grand débat, moi j'observe que le président de la République d'abord s'est exprimé fermement contre la dépénalisation du cannabis, et je m'en réjouis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y a plus de débat là.

MARLENE SCHIAPPA
C'est l'expression…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a plus de débat sur la dépénalisation.

MARLENE SCHIAPPA
C'est l'expression du président de la République et ensuite le débat ça n'est pas un débat est-ce que c'est bien ou mal de prendre de la drogue, le débat c'est un débat sur quels sont par exemple les effets du trafic de drogue, quels sont, qu'est-ce que vit une famille qui a un petit garçon de 12 ans à qui on propose d'aller faire le Chouf pour gagner sa vie et d'être embrigadé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 200 € par jour.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. Qu'est-ce qu'on lui propose ? Nous, dans la stratégie de prévention de la délinquance, on a proposé des travaux alternatifs payés à la journée, qui s'appellent les TAPAJ, et qui permettent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
200 € par jour ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas 200 € par jour, mais ça permet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est 20 € par jour, 10 fois moins.

MARLENE SCHIAPPA
Ça dépend, il y a des montants par horaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez que le gamin va préférer ces travaux à 20 € par jour plutôt que d'aller faire le guet pour 200 € ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je pense que dans la vie c'est à nous justement de montrer qu'elles sont les valeurs, et je pense que les enfants, on ne doit pas leur faire choisir ce qui est seulement le plus lucratif, mais un, ce qui est légal accessoirement, parce que respecter la loi ça n'est pas une option…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais bien sûr…

MARLENE SCHIAPPA
… et je pense que c'est le rôle des familles aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, ce que je ne comprends pas, c'est un grand débat, alors que vous n'ouvrirez pas le débat sur la dépénalisation. Je ne comprends pas très bien.

MARLENE SCHIAPPA
Non mais chacun peut s'exprimer, notamment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'un grand débat mais les décisions sont déjà prises avant le débat. Même chose pour la laïcité peut-être, je vais en parler de la laïcité Marlène SCHIAPPA. Mais un mot sur les quartiers sans relous. Pourquoi sans relous ? Pour faire jeune ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, le projet de base c'est que derrière cette appellation un peu rigolote, de clin d'oeil, de quartiers sans relous, de QSR…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est de la com.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, m'appellation celle de la com, mais le fond, ça n'est pas de la com. Le fond c'est concret, et vous savez très bien qu'en politique, si on fait du fond concret et technique et qu'on ne communique pas, on a toutes les peines du monde à expliquer aux gens ce qu'on est en train de faire. Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Un, de créer un baromètre avec une cartographie des quartiers dans lesquels, et des endroits, des rues, dans lesquels nous avons le plus de remontées de verbalisations pour le harcèlement de rue. Deux, une formation, 100 % des policiers et des gendarmes vont être formés spécifiquement aux questions de harcèlement de rue. Vous savez qu'on a mis 3 023 amendes pour harcèlement de rue depuis la promulgation de la loi, c'est beaucoup. A l'époque de la loi en 2018 les gens disaient, ah ben Marlène SCHIAPPA, à l'époque déjà me disaient « fait de la com », sauf que cette loi elle a été votée à l'unanimité, et cette loi elle a produit des résultats puisque à 3 023 reprises il y a eu un policier qui a verbalisé un fait de harcèlement de rue. Et pour aller plus loin, nous allons déployer les 2 000 policiers dont je parlais tout à l'heure, qui seront notamment en civil et chargés aussi dans les transports en commun, mais aux abords des gares, dans les rues, dans les quartiers que nous aurons identifiés comme zone rouge du harcèlement de rue, qui seront déployés pour enfin permettre aux femmes de circuler librement sans être entravées et sans être poursuivies par ces hordes d'hommes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, laïcité, là encore, vous lancez aujourd'hui les états-généraux de la laïcité, encore un de plus, les états-généraux, alors qu'une loi vient d'être votée en première lecture à l'Assemblée nationale, je ne comprends plus très bien, là, Marlène SCHIAPPA. A quoi servent vos états-généraux de la laïcité ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, d'abord, j'observe que quand on est contre un... parce que vous reprenez, si je peux me permettre, les arguments d'une partie de l'opposition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, c'est bien...

MARLENE SCHIAPPA
Mais c'est normal, oui, je vais vous répondre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand j'ai quelqu'un de l'opposition face à moi, je reprends les arguments de la majorité.

MARLENE SCHIAPPA
Très bien, j'en suis très heureuse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est mon rôle.

MARLENE SCHIAPPA
C'est vrai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et c'est normal.

MARLENE SCHIAPPA
C'est normal. Je vais vous répondre sur ce sujet, la question des états-généraux de la laïcité, pour moi, la laïcité, il n'y a pas de moment où ce ne serait pas le moment de parler de la laïcité, c'est tout le temps le moment de parler de la laïcité, vous vous souvenez quand j'avais lancé Grenelle des violences conjugales, on me disait la même chose, on me disait : ah, pourquoi une écoute, ah, c'est de la com., ah, ça ne va mener à rien, résultat, l'année qui a suivi, on a eu plus de 150 nouvelles mesures, deux lois, et surtout, on a eu des résultats, puisqu'on est, pour la première fois, passé sous la barre symbolique des 100 femmes assassinées par leur conjoint, c'est toujours évidemment trop, mais ça a produit des résultats. Ces états-généraux de la laïcité, ils vont nous permettre d'échanger, nous serons au CNAM tout à l'heure avec des intellectuels de haut niveau, avec des ministres, Amélie de MONTCHALIN, et Sarah El HAÏRY, qui sont aussi très engagées, et je les remercie pour leur engagement, en faveur de la question de la laïcité. Cette question de la laïcité, elle est assez inflammable, et moi, je voudrais sortir des invectives des réseaux sociaux, des caricatures des uns et des autres ou des moments où on se coupe la parole, et permettre justement à chacun sur les territoires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites : sortir de la tenaille entre les identitaires d'extrême droite et les indigénistes d'Europe Ecologie-Les Verts, ce qui n'a pas plu d'ailleurs aux Verts, mais…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, parce que... mais tant pis, moi, ce qui ne me plaît pas, c'est ce que ne font pas plutôt les Verts sur la question de la laïcité, ce qui ne me plaît pas, c'est que, Europe Ecologie-Les Verts finance le CCIF à Grenoble, finance une mosquée radicale de Milli Gorus à Strasbourg…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils sont complices du communautarisme ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, écoutez, ils sont évidemment complices du communautarisme, ils financent une mosquée, ils veulent, ils ont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais c'est fini, là ? C'est fini…

MARLENE SCHIAPPA
C'est fini, pardon, ils ont subi, la maire de Strasbourg a subi la question de A à Z, il y a une lâcheté terrible de la part d'Europe Ecologie-Les Verts, à aucun moment, nous n'avons eu le débat de fond, on ne sait toujours pas pourquoi à l'heure où je vous parle, on ne sait toujours pas pourquoi Europe Ecologie-Les Verts a voulu financer cette mosquée, rien n'a été assumé, c'est finalement l'association elle-même qui a retiré sa demande des subventions. Donc pour revenir à la question de base, oui, la laïcité, elle est trop souvent dévoyée, et moi, je refuse d'être prise en tenailles entre d'un côté des identitaires d'extrême-droite, qui considèrent que la laïcité, c'est en fait juste contre les musulmans, et point, et à l'extrême opposé, l'extrême gauche, et une partie, qui est assez effectivement indigéniste, et qui est complaisante avec l'islamisme radical ; la laïcité, c'est un principe qui doit nous rassembler, c'est le plus beau principe de la République française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, alors, est-ce que pour vous, la laïcité, c'est le respect de la liberté religieuse, tant qu'elle ne trouble pas l'ordre public ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument la laïcité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ça, c'est la définition de la laïcité ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, elle est définie dans la loi de 1905…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, dans la loi de 1905, d'ailleurs, la loi qui est extrêmement bien faite, cette loi de 1905, qu'il faut d'appliquer…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cette loi, rien que la loi, sauf que vous l'avez complétée…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, d'un côté, vous avez un principe de séparation, de séparation des églises et de l'Etat, c'est ce que disait Victor Hugo, l'Etat chez lui, l'église chez elle, et d'un autre côté, vous avez un principe de liberté, de liberté de conscience, de liberté de culte, le droit de croire ou de ne pas croire sans être inquiété pour cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, on a beaucoup parlé, et je vais vous parler du financement des actions contre le séparatisme, parce que vous lancez, je crois, une action, mais avant d'en parler, je voudrais revenir sur Strasbourg et ses associations cultuelles de l'islam, il y a une charte d'adhésion aux valeurs de la République, pourquoi est-ce que ces associations qui ne signent pas cette charte d'adhésion ne sont pas dissoutes ? Explique-moi, expliquez-moi…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, plusieurs choses, d'abord, il y a effectivement cette charte, qui a été voulue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne se tutoie pas, j'ai dit ça…

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, mais tout va bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que les choses soient claires…

MARLENE SCHIAPPA
Personne n'était offensé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, parce que, on ne sait jamais sur les réseaux sociaux, vous savez, ça va très vite…

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on va continuer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a effectivement cette charte qui est signée par les fédérations de l'islam, il y a deux fédérations qui ont refusé de signer cette charte. Et donc, avec Gérald DARMANIN, nous avons adressé une circulaire et des instructions très claires aux préfets pour leur demander de ne plus travailler avec ces fédérations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce qu'elles seront dissoutes ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, à ce stade…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si elles n'adhèrent pas aux lois de la République ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il y a beaucoup d'associations qui n'adhèrent pas aux valeurs, aux lois de la République, qui ne sont pas dissoutes pour autant, je pense à des associations par exemple qui luttent contre le mariage Pour Tous, des associations qui luttent contre le droit à l'IVG, ou des associations royalistes qui luttent donc contre la République, elles ne sont pas dissoutes, on dissout une association quand il y a des menaces graves de troubles à l'ordre public, c'était le cas par exemple du CCIF, c'était le cas de Baraka City, c'était le cas du collectif de fait de Cheikh Yassine, qui ont toutes été dissoutes par la volonté du président de la République et du Premier ministre... (sic), et du ministre de l'Intérieur, pardon, en Conseil des ministres. Donc là, nous agissons très clairement, s'il est démontré que Milli Gorus présente des menaces avérées à l'ordre public, le ministre de l'Intérieur entamera la dissolution, à ce stade, ça n'est pas le cas vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, vous allez financer des actions contre le séparatisme.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, je lance un fonds qui s'appellera le fonds Marianne, pour la République, et qui est un fonds qui vise à financer des personnes et des associations qui vont porter des discours pour promouvoir les valeurs de la République, et pour lutter contre les discours séparatistes, notamment sur les réseaux sociaux et sur les plateformes en ligne. J'étais hier avec Cédric O, mon collègue chargé du Numérique, nous avons réuni les représentants de Twitter, Facebook, Google, Qwant, Tick Tock, les grandes plates-formes et les grands réseaux sociaux, et les directions du ministère de l'Intérieur pour mieux lutter contre ces contenus terroristes, et qui font l'apologie du terrorisme, mais ça n'est pas suffisant de les supprimer, il faut aussi leur apporter la contradiction, démentir les fausses nouvelles, les fake news, comme on dit, qui circulent trop souvent sur les réseaux sociaux, et qui font le lit de l'islamisme radical. Donc ce fonds, il sera doté de 2,5 millions d'euros, je veux dire qu'avec 2,5 millions d'euros, on peut faire beaucoup de choses pour défendre les valeurs de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, à Strasbourg, d'ailleurs, des professeurs ont été menacés par des négationnistes turcs parce qu'ils enseignent le génocide arménien, par exemple, c'est un exemple.

MARLENE SCHIAPPA
C'est évidemment un scandale, et j'adresse tout mon soutien à ces professeurs, la liberté d'expression, elle est fondamentale, la liberté d'enseigner aussi, moi je crois que professeur, on a souvent dit que c'était le plus beau métier du monde que d'enseigner, je pense que ils et elles, ils ont besoin de tout notre soutien et qu'on les défende dans ces cas-là, face à ces discours séparatistes et obscurantistes, qui s'en prennent aux savoirs, à la science, parce qu'ils veulent maintenir les gens dans l'obscurantisme, c'est ça notre combat, c'est le combat pour les lumières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 avril 2021