Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à BFM TV le 21 avril 2021, sur l'épidémie de Covid-19, le chèque alimentaire, les dégâts du gel causés à l'agriculture, la loi Egalim, la PAC et le manque de mixité sociale dans certains quartiers.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Julien DENORMANDIE bonjour.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de l'Agriculture. Je vais commencer avec évidemment l'épidémie de Covid, ça baisse, mais ça ne baisse pas assez vite, Julien DENORMANDIE ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça baisse, c'est déjà une bonne nouvelle, et je crois que c'est ce qu'a exprimé hier le ministre de la Santé, surtout, ce qu'il faut voir c'est la vaccination qui augmente, et c'est ça qui est extrêmement important, parce qu'on le sait tous, la sortie de, la lumière au bout de ce tunnel, sombre, très sombre, qu'est la crise de la Covid, c'est la vaccination, et je crois qu'il faut continuer tous ces efforts qui sont faits pour pouvoir être le plus rapidement possible tous vaccinés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, sauf qu'il y a des choses qu'on ne comprend pas très bien, pourquoi est-ce qu'il y a une rentrée scolaire lundi prochain, non, pas lundi prochain lundi d'après, le 3 mai, lundi prochain pour les primaires, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas une priorité à la vaccination donnée aux enseignants et aux personnels qui travaillent dans les écoles, pourquoi ?

JULIEN DENORMANDIE
Je crois qu'il faut vraiment...

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu que 79% des Français le demandaient.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, oui, mais je crois qu'il faut vraiment le faire avec méthode et suivre l'avis des scientifiques. Aujourd'hui, vous l'avez vu d'ailleurs, on a ouvert d'abord vis-à-vis des classes d'âge, pourquoi ? parce que c'est là où vous avez des facteurs de comorbidité, c'est là où vous avez le plus de risques, c'est une approche sanitaire, de santé, de risques, et ensuite on vient d'ouvrir à des professions, dites prioritaires, qu'on ne cesse d'élargir, semaine après semaine, donc les scientifiques, dans le cadre des discussions que nous avons avec eux, mettent en place ces priorités de vaccination, et je crois que c'est très important d'avoir cette approche scientifique sanitaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont eux qui décident donc.

JULIEN DENORMANDIE
Non, à la fin c'est la politique qui décide, mais c'est bien normal que le politique prenne conseil et prenne avis au regard des recommandations des scientifiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est certain, mais il faut prendre en compte aussi l'inquiétude des parents, et l'inquiétude des enseignants, et l'inquiétude des personnels qui travaillent dans les écoles, Julien DENORMANDIE, non ?

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment, et on ne cesse de la prendre, et je peux vous dire que tout le monde partage ces inquiétudes. Moi je suis père de famille, j'ai quatre enfants, ils retournent à l'école, donc je partage les mêmes inquiétudes que les uns et les autres de nos concitoyens, maintenant, cette approche elle doit être fait avec rigueur et faite sur des bases scientifiques. Et deuxièmement, j'insiste dessus, le président de la République l'a redit hier, moi ce que je note, aujourd'hui, c'est que la vaccination elle avance rapidement dans notre pays, très rapidement, grâce à un effort sans précédent des services de l'Etat, mais aussi des collectivités territoriales et de ce monde hospitalier qui vaccine aujourd'hui, je crois que c'est ça qui doit être notre boussole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Boussole, la boussole aussi c'est évidemment, évidemment, l'ouverture des terrasses, des bars, des cafés, des restaurants, l'ouverture des musées, vous maintenez toujours le 15 mai, le gouvernement maintient ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est les cibles qui ont été évoquées et je crois qu'on en a tous envie, enfin je veux dire c'est une question...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr qu'on en a envie.

JULIEN DENORMANDIE
C'est une question de respiration pour nous tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Territoire par territoire ce serait mieux, vous qui connaissez bien la France, puisque vous la sillonnez sans cesse ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je crois que ce qu'a dit le ministre de la Santé hier, qui est justement cette approche territorialisée, est pleine de bon sens, parce qu'on voit bien que sur nos territoires l'épidémie n'a pas la même vitesse, n'a pas la même dynamique, et donc ces approches pragmatiques, qu'on essaye d'avoir depuis le début de la gestion de crise, me paraît de bon sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec aussi une levée rapide des restrictions de déplacements, j'ai vu cela également, est-ce qu'on pourra se déplacer pour le week-end, l'Ascension, 13, 14, 15, 16 mai ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça je n'ai aucune information dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Conseil de défense...

JULIEN DENORMANDIE
Il y a un Conseil de défense sanitaire, encore ce matin, et c'est évidemment au ministre de la Santé et au Premier ministre de s'exprimer dessus après.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En revanche il y a un point sur lequel vous devez avoir des informations, c'est le chèque alimentaire, promis par Emmanuel MACRON, promesse qui date, qui date...

JULIEN DENORMANDIE
Du mois de décembre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Du mois de décembre, alors où en est-on Julien DENORMANDIE ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors aujourd'hui on n'a pas finalisé le travail, il ne faut pas mélanger vitesse et précipitation. Pourquoi, de quoi parle-t-on ? Dans notre pays il y a à peu près 8 millions de Français qui subissent une inégalité nutritionnelle, et je dis bien nutritionnelle, c'est très important. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut leur donner accès à plus de produits de qualité, des produits de saison, des produits frais, des produits locaux, c'est 8 millions de personnes d'un côté. De l'autre côté, la promesse du président de la République c'est de dire, pour accompagner nos concitoyens qui ont cette inégalité, qui subissent cette inégalité nutritionnelle, mettons en place un chèque alimentaire. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire participons au financement de leur achat alimentaire pour leur donner plus accès à ces produits frais, à ces produits locaux, à ces produits de saison. Inutile de vous dire que c'est des enjeux financiers qui sont assez importants, voire très importants. Et troisième élément, c'est comment on organise tout ça ? Il ne suffit pas de dire on fait un chèque alimentaire, le chèque alimentaire, qu'est-ce que c'est, où est-ce que vous pouvez l'utiliser, dans quels magasins, est-ce que c'est aussi sur les marchés, et enfin...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous posez les questions que j'allais vous poser.

JULIEN DENORMANDIE
Et enfin, dernier élément, comment vous structurez la filière agroalimentaire derrière, et donc c'est ça...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Formidable, formidable, vous posez les questions que j'allais vous poser, Julien DENORMANDIE...

JULIEN DENORMANDIE
Ça tombe bien...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'imagine que, nous sommes en avril, fin avril, ça date de décembre.

JULIEN DENORMANDIE
Mais attendez, arrêtons une seconde...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça fait 3 mois, ça fait 3 mois pendant lesquels je crois qu'on peut dire qu'on n'a pas chômé une minute...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez avancé.

JULIEN DENORMANDIE
Et on a profondément avancé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, combien de personnes seraient concernées ? 8 millions vous dites.

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui la base, le nombre de personnes, dans notre pays, concernées par cette inégalité nutritionnelle, c'est à peu près 8 millions de personnes, moi ma priorité, pour être très concret, ma priorité, parmi eux, ce sont les jeunes, les 18-25 ans, à peu près 1 million de personnes, 1 million de personnes, de nos jeunes de 18-25 ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, le chèque alimentaire réservé dans un premier temps aux 18-25 ans ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est des schémas, des propositions, qui sont sur la table, on est en train de finaliser tous ces travaux, on le fait avec professionnalisme, moi je ne suis pas dans les effets d'annonce...
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine.
JULIEN DENORMANDIE
Et donc, oui, moi je trouve que l'une des priorités serait de pouvoir, dans un premier temps, le proposer aux jeunes de 18 à 25 ans, ils sont plus d'1 million à être en inégalité nutritionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un chèque alimentaire pour les 18-25 ans, ce serait une première étape.

JULIEN DENORMANDIE
Par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien, quel montant ? Autour de, autour, moi je vois les propositions ici ou là, autour de 50 euros par mois.

JULIEN DENORMANDIE
Ça fait partie des possibilités. Pourquoi 50 euros ? Parce qu'on se rend compte que, aujourd'hui, c'est probablement ça qui vous permet d'avoir accès, sur un panier alimentaire moyen, notamment pour les étudiants, d'avoir accès à ce coup de pouce qui vous permet d'avoir accès à ces produits frais, ces produits locaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce serait mensuel et combien de temps ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais tout ça, monsieur BOURDIN, c'est en cours de discussion, donc je ne vais pas... vous pouvez me triturer sur tous les détails, c'est en cours de discussion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je vois, je vois, je vois, l'ébauche, l'ébauche de votre travail, je vois réservé aux 18...

JULIEN DENORMANDIE
C'est plus qu'une ébauche, vous savez ça fait 3 mois...

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est plus que l'ébauche, très bien...

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais ça fait 3 mois qu'on travaille dessus...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc réservé aux 18-25 ans dans un premier temps, un chèque à peu près de 50 ans, ce serait ça !

JULIEN DENORMANDIE
Tout ça est en cours de discussion, encore une fois Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'on pourrait utiliser où ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien c'est une grosse question, parce que l'utiliser par exemple dans un magasin de produits de qualité, de produits bio, etc., c'est assez simple à organiser, l'utiliser dans un supermarché, c'est déjà plus compliqué, comment vous assurer que vous...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que les 50 euros vont être utilisés...

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, vous atteignez bien votre cible. L'utiliser sur un marché...

JEAN-JACQUES BOURDIN
A l'achat de produits frais.

JULIEN DENORMANDIE
L'utiliser sur un marché, c'est beaucoup plus compliqué, l'utiliser pour vous dire que ça va privilégier quand même nos produits du territoire, parce que si le chèque alimentaire c'est pour financer des fruits et des légumes...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un poulet qui vient d'Amérique du Sud, par exemple...

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, ou un poulet ukrainien ou brésilien, ça n'a strictement aucun intérêt, et donc, c'est facile à dire, comment vous l'organisez concrètement, mécaniquement, techniquement, et tout ça, pour moi, c'est des approches... je vais vous donner un exemple. Une des pistes, mais ne la prenez pas au comptant...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, une des pistes.

JULIEN DENORMANDIE
Une des postes, moi je pense que si on se focalise par exemple sur les jeunes, on pourrait très bien imaginer de passer par des outils du numérique, des plateformes, qui vous permettent d'avoir accès à des paniers de fruits, de légumes ou de la viande, de qualité, de saison, produits sur nos territoires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'on trouverait où ?

JULIEN DENORMANDIE
Sur une plateforme numérique...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur une plateforme numérique ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est assez simple, et derrière vous organisez la chose, avec les producteurs qui constituent ces paniers fraîcheur...

JEAN-JACQUES BOURDIN
On irait chez le producteur ou chez le revendeur chercher ce panier.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, donc vous voyez, toutes ces pistes elles sont avancées, mais moi je ne sortirai dessus, dans le détail, qu'une fois que, avec beaucoup de professionnalisme on aura tout finit, et les critiques consistant à dire ça fait 3 mois, moi je les entends, mais arrêtons dans la vie de toujours confondre vitesse et précipitation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin il y a urgence aussi, Julien DENORMANDIE !

JULIEN DENORMANDIE
J'en ai plus que conscience de cette urgence. Moi, les leçons d'urgence... il y a une urgence nutritionnelle, je m'y attaque depuis le premier jour, il y a des urgences sociales, et ces urgences sociales le gouvernement n'arrête pas d'y faire face, c'est difficile, mais on ne lâche rien là-dessus, notamment pour les étudiants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Julien DENORMANDIE, l'urgence aussi pour les agriculteurs, et notamment les viticulteurs et les arboriculteurs, qui ont subi ce gel terrible du mois d'avril, quelles mesures exceptionnelles ? alors, on les connaît en grande partie, plus d'1 milliard d'euros, qu'est-ce qu'il y a encore, pas de cotisation pendant 1 an, et plus qu'1 an, non ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors juste...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, résumez-nous.

JULIEN DENORMANDIE
Juste pour que tout le monde ait bien en tête. Ce qui s'est passé, dans le monde agricole, est un véritable drame, j'ai qualifié ça de la plus grande catastrophe agronomique du début du 21e siècle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai entendu.

JULIEN DENORMANDIE
Il faut savoir qu'il y a eu un épisode climatique qui a ravagé des centaines de milliers d'hectares, c'est un épisode de gel, le problème c'est que le gel c'est invisible, donc on ne voit pas d'images qui tournent en boucle, imaginez si ça avait un incendie, or le gel a exactement la même conséquence que l'incendie, c'est-à-dire que, en l'espace de quelques heures, on a des centaines de milliers d'hectares, de vignes, d'arbres fruitiers, de grandes cultures, qui sont, dans notre pays, partis en fumée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pêches et abricots, -60 % de production cette année. La vigne...

JULIEN DENORMANDIE
Oui, vous allez dans la Drôme ou dans l'Ardèche...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on est à 80, 100%.

JULIEN DENORMANDIE
Abricots, 80 à 100 %, sur les territoires, qui vous sont chers, il y a des arbres fruitiers ravagés, toute la récolte, face à ça qu'est-ce qu'on fait ? On a répondu, avec beaucoup de rapidité, en mettant en place une aide exceptionnelle d'1milliard d'euros, parce qu'à situation exceptionnelle, aide exceptionnelle, et parce que, je vais vous lire aussi, nos agriculteurs, depuis le premier jour de la crise de la Covid, ils nous nourrissent, aujourd'hui ils ont le genou à terre, il faut les aider à se relever.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon alors, c'est le quoi qu'il en coûte, on est bien d'accord, appliqué à cette catastrophe ?

JULIEN DENORMANDIE
Appliqué à des femmes et des hommes qui nous ont nourris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les prêts en cours par exemple, est-ce que les banques pourraient faire un effort pour différer les remboursements, je ne sais pas ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, évidemment, les banques sont partie prenante dans cet effort, tout comme les assureurs. L'idée c'est quoi ? C'est de dire, il y a des mesures de très court terme, d'urgence, par exemple une année blanche sur les cotisations sociales, et puis il y a des mesures très importantes qui viennent compenser les pertes de production, les pertes de production, et là il y a un dispositif, un fonds exceptionnel, que nous mettons en place pour venir compenser ces pertes de production. Je suis un agriculteur, j'ai tout perdu, on vient compenser mes pertes de production. Le défi qu'on a, c'est qu'il faut être très rapide, parce qu'on parlait de cet éleveur d'abricots, dans la Drôme ou dans l'Ardèche, lui, normalement ce revenu, le revenu de sa récolte, c'est dès le mois de juin, et donc il faut absolument que ces dispositifs, ces financements, soient en place...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le plus vite possible.

JULIEN DENORMANDIE
Dès le mois de juin, et c'est ça mon engagement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Julien DENORMANDIE, la production d'un agriculteur qui n'est toujours pas payé au juste prix, dans de très nombreux domaines, et vous le savez, la loi EGalim c'est un échec, donc il faut une nouvelle loi, je ne sais pas moi, pourquoi, je ne sais pas, pourquoi ne pas imposer un prix minimum, supérieur au coût de production, un prix qui permettrait à chaque agriculteur de vivre décemment, pourquoi ne commence-t-on pas par le prix ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est ça qu'il faut faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ben oui ! Alors faisons-le.

JULIEN DENORMANDIE
Alors, aujourd'hui...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faites-le.

JULIEN DENORMANDIE
J'y viens. Aujourd'hui il y a déjà eu une première loi, vous l'avez dit, la loi EGalim, elle a changé des choses, elle n'est pas allée jusqu'au bout, et donc nous venons de travailler, mais avec beaucoup de force, pour modifier cette loi, et je vous l'annonce ce matin, il y a une proposition de loi, suite à tous ces travaux, qui sera débattue à l'Assemblée nationale à partir du mois de juin, je ne peux pas être plus clair.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous la soutenez.

JULIEN DENORMANDIE
Et je la soutiens, et elle sera, je vous l'annonce ce matin, débattue à partir du mois de juin. C'est, en fait, une EGalim 2, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que, la loi elle vise à...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la loi va contraindre, va contraindre, les industriels, et, si l'on suit la chaîne, la grande distribution, à payer à l'agriculteur un prix minimum qui lui permet de vivre ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, sauf qu'il faut rentrer dans le détail, je suis désolé. Ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est que, aujourd'hui, quand à la fin vous avez les oeufs dans le supermarché, en fait vous avez une relation à trois, et souvent les relations à trois ça se passe mal, vous avez l'agriculteur, l'industriel et la grande distribution, et l'industriel et la grande distribution négocient entre eux sur le dos de l'agriculteur, et donc, qu'est-ce qu'elle va faire cette nouvelle loi ? Elle va dire le prix de la matière première agricole, ce prix de la matière première agricole, il doit être préservé, ça doit être fait dans le cadre de contrats, avec de la transparence, mais ce prix de la matière agricole il doit être préservé. Là aussi un exemple très concret. Je suis un éleveur de poules pondeuses. Aujourd'hui le prix de l'aliment de mes poules, il a augmenté de 25% en 2020.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mon coût de production a augmenté.

JULIEN DENORMANDIE
Moi je me retrouve avec...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc mon coût de production a augmenté.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Je me retourne vers la grande distribution et je leur dis : j'aimerais bien que vous augmentiez le prix. La grande distribution, elle me répond : j'aurais bien aimé mais je ne suis pas sûr que si moi j'augmente le prix, en fait l'industriel, celui qui met les oeufs dans la boîte, il va vraiment vous rétrocéder l'augmentation de prix que j'ai faite. Et l'industriel il dit où même l'agriculture : la grande distrib', elle n'a pas voulu. Bref, il y a quoi ? Il y a un jeu de dupes et moi je le qualifie ainsi. Un jeu de dupes entre l'industriel, entre la grande distribution qui se fait sur le dos de l'agriculture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JULIEN DENORMANDIE
Et donc cette nouvelle loi qui débutera à partir du mois de juin, elle visera justement à préserver cette rémunération de l'agriculteur en changeant les règles du jeu au sein de cette relation commerciale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et nous verrons si c'est plus efficace que la loi Egalim.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, j'en suis convaincu. Et pourquoi ? Parce qu'on a tiré les leçons de ce qui ne marchait pas jusqu'à présent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien, très bien. Un mot : pourquoi est-ce que le consommateur ne connaît pas l'origine de tous les produits qu'il achète ? Tous les produits agricoles ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est un énorme...

JEAN-JACQUES BOURDIN
On connaît l'origine de la viande.

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez vu ce qui s'est passé avec LACTALIS.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JULIEN DENORMANDIE
LACTALIS, une entreprise française, qui va voir la Cour de justice de l'Union européenne en disant : la France a imposé l'origine du lait, on considère que ça n'est pas conforme en droit et on vous demande de faire en sorte que la France soit condamnée pour ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous ne pouvez rien faire contre ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a deux choses qu'on va faire. Il y a un combat au niveau européen parce que ces règles d'origine, elles sont dictées au niveau européen. Donc ça, c'est un énorme combat qu'on mène et on a la présidence française de l'Union européenne à partir du 1er janvier 2022 pour faire bouger ces lignes. Deuxièmement, il y a des choses qu'on peut faire dès maintenant. Je vous prends un exemple : la viande. Aujourd'hui en tant que parents, dans les...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez me parler du poulet.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. On ne sait pas d'où vient le poulet que nos enfants mangent à la cantine. Sauf que la plupart de ces poulets ils viennent d'Ukraine, du Brésil et un peu transformés en Europe mais très peu de France. Mais c'est dingue !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'est-ce que vous allez faire contre ça ?

JULIEN DENORMANDIE
A partir de cet été, on va imposer à ce que l'origine de la viande dans toutes les cantines et dans toute la restauration elle soit indiquée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même l'origine de la volaille ?

JULIEN DENORMANDIE
Même l'origine de la volaille. C'est quand même le BA-ba. Moi en tant que parents, j'ai envie de savoir quelle est la nature des aliments que mangent mes enfants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'origine du lait aussi ? On saura ?

JULIEN DENORMANDIE
E l'origine du lait, on va devoir le modifier. On va devoir le modifier avec un combat au niveau européen. La viande, je peux le faire dès maintenant et donc ce sera d'application dès cet été.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès cet été.

JULIEN DENORMANDIE
Dès cet été.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On connaîtra l'origine de toutes les volailles que nous mangeons.

JULIEN DENORMANDIE
Toute la viande.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toute la viande ? Même dans les produits transformés ?

JULIEN DENORMANDIE
Je dois modifier la loi pour ce faire et on est en train de le faire. Dit autrement, aujourd'hui le blanc de poulet c'est sûr, et pour avoir le nugget, on est en train de modifier la loi pour le faire aussi. Donc vous voyez, ce combat sur les origines pour moi c'est essentiel. Notre ADN de l'agriculture...

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est du patriotisme en plus. C'est du patriotisme économique.

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est une question de souveraineté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Souveraineté, on est d'accord.

JULIEN DENORMANDIE
Et puis même plus, c'est une question nutritionnelle. Un poulet ukrainien, ça n'a pas le même impact sur vous qu'un poulet français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors question nutritionnelle, la France présentera en juin son plan national de déclinaison de la PAC puisqu'il y a réforme. Enfin, il y a réforme : c'est pour 2023-2027, la nouvelle PAC. Est-ce qu'en 2022, c'était l'objectif affirmé par le gouvernement : 15% des surfaces utiles cultivées le seront en bio en France ?

JULIEN DENORMANDIE
On sera à 12,5 je pense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourquoi est-ce qu'on ne sera pas à 15 ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que c'est des transitions qui sont parfois longues. Parce que parfois on n'a pas mis assez d'accompagnement, ce qu'on a renforcé dans le cadre du plan de relance. Parce que c'est des transitions. Et parce qu'à la fin - on peut se dire ce qui marche mal - mais songez quand même qu'en 2022 si on atteint 12,5 à 13 %, on aura augmenté la surface cultivée de bio dans notre pays de 50 % par rapport à 2017. Alors j'entends ici ou là en disant : ce n'est pas assez ; il y en a d'autres aussi qui peuvent reconnaître qu'il y a eu une transition comme jamais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu la Fédération nationale de l'agriculture bio qui demande à ce qu'un milliards d'euros par an on de la prochaine PAC soit consacré au bio. Un milliard ça vous paraît raisonnable ou ça vous paraît beaucoup ?

JULIEN DENORMANDIE
Il faut avoir en tête que la PAC, les discussions sont en cours et dès que vous mettez quelque part, ça veut dire que vous prenez sur d'autres cultures. Ça veut dire que vous prenez sur d'autres...

JEAN-JACQUES BOURDIN
En fait, vous êtes là pour ménager à la fois l'agriculteur qui fait de l'agriculture intensive et puis le bio.

JULIEN DENORMANDIE
Non, non. Ça, c'est une grosse erreur. Et ça, il faut arrêter avec ça. Il n'y a pas dans notre pays...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le « en même temps », quoi.

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est pas ça. Il n'y a dans notre pays d'un côté les vertueux qui font du bio, et de l'autre côté les mauvais qui font un autre type d'agriculture. Ce n'est pas vrai. Dans notre pays, on a une multitude d'agricultures. Un éleveur dans les territoires que vous connaissez si bien qui n'est pas en bio mais qui a une prise vis-à-vis de son territoire, très profondément ancré dans l'environnement, qui n'est pas bio, lui c'est quoi ? Un agriculteur de grandes cultures qui aujourd'hui fait ce qu'on appelle l'agriculture de conservation, c'est-à-dire qu'il ne retourne pas le sol pour préserver le sol, c'est quoi ? Mais c'est aussi quelqu'un qui agit pour l'environnement. Les agriculteurs qui font de la haute valeur environnementale - haute valeur environnementale - c'est quoi ? C'est des gens qui prennent soin de l'environnement. Et moi, je voudrais qu'on arrête avec ces sujets-là parce qu'aujourd'hui on est quoi ? On est en train d'opposer l'environnement et l'agriculture. C'est absurde ! Les agriculteurs ils vivent de l'environnement donc arrêtons ce simplisme blanc ou noir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question à vous poser Julien DENORMANDIE et là on va quitter l'agriculture. Vous avez été ministre du Logement. Vous avez vu... Moi j'ai été marqué vraiment par les propos de cette mère de famille...

JULIEN DENORMANDIE
Naïma.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Adressés à Emmanuel MACRON : " J'ai mon fils de 8 ans qui m'a demandé si le prénom Pierre existait. " Ça vous a marqué vous aussi.

JULIEN DENORMANDIE
Beaucoup.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment. Alors j'ai une question toute simple : qui détient la solution pour permettre à Pierre et Mohamed de vivre ensemble ? Qui ?

JULIEN DENORMANDIE
Raisonnez en père ou en mère de famille. Est-ce que le débat qui a eu lieu c'est pour créer de la mixité sociale, il faut éviter que... Enfin, il faut permettre à chacun d'aller vivre dans les mêmes endroits en commun. Et donc ça renvoie notamment à toutes ces politiques de logements sociaux qui ont été profondément rénovés. On a beaucoup investi, d'ailleurs il y a des critiques dessus en disant : est-il nécessaire...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Mais enfin aujourd'hui, Pierre et Mohamed ne vivent pas dans le même quartier.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et donc...

JEAN-JACQUES BOURDIN
De moins en moins.

JULIEN DENORMANDIE
Au-delà de l'approche du logement, la vraie question c'est de raisonner en père et mère de famille. Pourquoi aujourd'hui vous allez habiter dans un quartier ou pas ? Pour deux raisons principales : la sécurité et l'école.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JULIEN DENORMANDIE
La sécurité et l'école. Et donc quand on dit : on met le paquet sur la sécurité et l'école, tout simplement parce que si vous êtes parent et que vous voulez aller vivre dans un endroit, ce sont les deux premières choses que vous regardez. Et si on veut qu'il y ait plus de mixité dans nos quartiers, au-delà des efforts qu'on fait sur le logement - et c'est l'ancien ministre du Logement et de la Ville qui le dit, et je me suis beaucoup battu pour ça - les deux priorités qu'on doit faire, c'est la sécurité et l'école. Et quand je vois qu'on a dédoublé les classes, quand je vois qu'on recrute massivement les policiers, quand je vois qu'on fait tout ça, ça va dans le bon sens. Après, c'est des années de retard et c'est ces deux axes-là qui seront les garants de cette mixité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Julien DENORMANDIE d'être venu nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 avril 2021