Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France Bleu Nord le 30 avril 2021, sur le déconfinement et la fermeture de l'usine de pneus Bridgestone à Béthune.

Texte intégral

CECILE BIDAULT
Bonjour à vous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Cécile BIDAULT.

CECILE BIDAULT
On va longuement évoquer BRIDGESTONE dans un instant, mais d'abord revenons sur ces annonces d'Emmanuel MACRON dans la presse. Le déconfinement se fera donc en quatre étapes jusqu'au 30 juin, est-ce que, selon vous, c'est une décision politique, le chef de l'Etat n'avait pas d'autre choix car les Français n'en peuvent plus ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est une décision qui est appropriée à la situation, une décision qui permet de donner un horizon aux Français, et en même temps qui conjugue une extrême, je dirais agilité, pour faire en sorte de prendre en compte la situation sanitaire. Quatre étapes, quatre étapes progressives, la possibilité d'avoir des mesures plus territoriales dans des départements où le virus circulerait plus, et la possibilité, aussi, de permettre aux professionnels de s'organiser pour préparer leur réouverture.

CECILE BIDAULT
Alors si on va un peu dans le détail, pour les cafés et les restaurants ce sera d'abord les terrasses le 19 mai, ça veut dire après le week-end de l'Ascension, beaucoup disent c'est trop tard. Est-ce qu'on rate le rendez-vous, là, avec un semblant de reprise, qui aurait pu être important ce week-end prolongé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez, la dernière fois que nous avons déconfiné, après le premier confinement, nous avons eu un rebond de notre PIB de plus de 18%, donc je crois que ça se passera très bien au moment de la réouverture, et je ne crois pas à cette perte de chance. Ce qui est important aujourd'hui c'est de le faire de manière ordonnée, de permettre aux professionnels d'être prêts au bon moment, et c'est ce que nous faisons avec des protocoles sanitaires qui sont extrêmement précis, extrêmement protecteurs pour les clients, et je pense qu'il faut positiver cette annonce, c'est une bonne nouvelle pour tous, c'est une bonne nouvelle pour les commerçants, c'est une bonne nouvelle pour les restaurateurs.

CECILE BIDAULT
Alors, c'est un déconfinement national, là où on s'attendait plutôt à des mesures territorialisées, mais à chaque étape on va regarder la situation sanitaire des départements, des métropoles, on a du mal à s'y retrouver ce matin, éclairez-nous, est-ce que vous ne craignez pas que ce soit très très compliqué sur le terrain à mettre en oeuvre ? C'est ces histoires de " stop and go ", quoi, on y va, on recule, comment ça va fonctionner ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien au contraire, vous avez une ligne qui est très claire, en quatre étapes, et des ajustements territoriaux pour tenir compte de la situation sanitaire, ce que nous avons, fait à partir du mois de janvier, et qui a plutôt très bien fonctionné, c'est-à-dire que, dans des zones où le virus circule peu, légitimement les Français ne comprennent pas pourquoi ils supporteraient les mêmes contraintes que dans des agglomérations très denses où le virus circule beaucoup, et c'est cela dont nous tenons compte, néanmoins, les quatre dates sont incontournables et elles donnent une visibilité, une possibilité de s'organiser, en fonction de ces dates.

CECILE BIDAULT
Mais pour être très concret, Agnès PANNIER-RUNACHER, ça veut dire que, dans la métropole lilloise, c'est un exemple, si le taux d'incidence dépasse les 400 pour 100.000 habitants, on referme les restaurants, les cafés les commerces, alors que dans la communauté urbaine de Dunkerque, par exemple, ça resterait ouvert, c'est comme ça que ça va marcher ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord, on souhaite éviter le " stop and go ", donc ça sera une réouverture progressive, et dans des territoires où le virus continuerait à circuler massivement et où la pression sur les hôpitaux serait importante, on pourrait prendre des mesures qui différeraient légèrement la réouverture, mais on n'est pas du tout dans l'idée de faire des « stop and go » et des sauts de puce. On voit bien qu'il y a une décélération de la circulation du virus, mais néanmoins nous sommes sur un plateau haut, il faut en tenir compte, et les situations territoriales sont différentes, et je crois que les Français ne comprendraient pas qu'on ne soit pas capables de faire preuve de cette agilité en fonction des territoires.

CECILE BIDAULT
Alors, la dernière étape elle est fixée pour l'instant au 30 juin, avec la fin du couvre-feu, est-ce que ça veut dire qu'on va vers un été de vie normale ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas on va vers une situation où on va retrouver notre savoir-vivre à la française. Vous savez, avec l'accélération de la vaccination, nous avons un objectif de 20 millions de personnes vaccinées au 15 mai, et on voit bien que cet objectif sera tenu, de 30 millions de personnes vaccinées au début de l'été, tout cela va contribuer à massivement diminuer la circulation du virus et à nous permettre de retrouver un été, je dirais presque normal parce que, encore une fois, la meilleure défense contre ce virus c'est le respect des gestes barrières, et je crois qu'il faudra, là aussi, faire preuve de pondération pour éviter que des variants, que d'autres formes du virus n'apparaissent, mais ça sera un été qui sera bien plus agréable que le printemps que nous venons de vivre.

CECILE BIDAULT
Un mot sur cette vaccination, Agnès PANNIER-RUNACHER. De plus en plus de voix s'élèvent, notamment dans le corps médical, pour demander qu'on vaccine sans restriction d'âge pour éviter de perdre des doses, est-ce que vous y êtes favorable ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord je veux dire qu'on ne perd pas de doses, il y a des rendez-vous qui ne sont pas tenus, mais tous les soirs il y a des décomptes de doses et il y a très peu de doses qui ont été en réalité perdues, je peux vous dire que nous avons un suivi, au niveau du ministère de la Santé, des stocks de vaccins, extrêmement précis. La deuxième chose c'est que j'invite tous les gens, qui aujourd'hui sont en âge d'être vaccinés, ou présentent des comorbidités, vous savez que nous avons, par exemple, nous allons autoriser la vaccination des personnes de plus de 18 ans qui sont en surpoids, avec un IMC supérieur à 30, parce que elles peuvent effectivement avoir des formes graves du virus, je les appelle vivement à se faire vacciner parce que c'est un sésame pour elles, pour retrouver une vie normale, et c'est une façon de faire en sorte de diminuer la pression sur les hôpitaux.

CECILE BIDAULT
A Béthune c'est donc aujourd'hui que ferme officiellement l'usine de pneus BRIDGESTONE, 860 salariés perdent leur emploi, vous allez vous rendre sur place à Béthune cet après-midi. Où en est-on aujourd'hui de la reconversion, combien ont retrouvé du travail ou sont en passe de le faire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, l'usine va fermer, les lettres de licenciement vont partir. Je veux d'abord dire que je suis aux côtés des salariés de BRIDGESTONE et de leurs familles, même si 256 salariés ont déjà trouvé une solution, qu'il s'agisse d'un CDI, d'un CDD de plus de 6 mois, d'un départ en retraite anticipée ou d'un projet de création d'entreprise, on sait tous qu'une fermeture c'est un moment émotionnel important et que ce n'est pas tout à fait la même chose que l'annonce préalable. Donc, nous sommes à leurs côtés, 256 salariés ont déjà une solution, nous allons continuer à nous mobiliser, c'est le sens de mon déplacement sur place, avec le président d'Agglomération, avec le président de Région, avec leurs équipes, et celles de l'Etat, nous n'avons cessé d'accompagner ce site, d'abord pour que chaque salarié trouve une solution de rebond professionnel, mais également pour faire en sorte d'installer de nouvelles activités industrielles sur le site, pour pouvoir, le plus rapidement possible, effacer cette cicatrice, et comme vous le savez, il y a un certain nombre d'entreprises qui ont manifesté leur intérêt pour le site et qui seraient prêtes à y implanter des activités.

CECILE BIDAULT
Alors, dites-nous-en plus justement, on sait que le site a été racheté par le logisticien LOG'S, qui, par l'intermédiaire d'une de ses filiales, va réaménager, essayer d'attirer des employeurs, on en est où aujourd'hui, est-ce qu'il y a des candidats ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a des candidats, des candidats industriels, et LOG'S qui a une activité logistique et qui est prêt à implanter 300 emplois sur le site. Nous, ce que nous souhaitons, c'est d'avoir un équilibre entre activité logistique et activités industrielles, les activités industrielles pouvant potentiellement créer plus d'emplois et étant plus proches des compétences des salariés ex-BRIDGESTONE. Et nous avons, sur le volet industriel, plusieurs entreprises qui ont déposé des projets, qui avancent, avec des degré de maturité différents, mon objectif c'est, d'ici la fin de l'été d'avoir de premières annonces d'implantation et de faire en sorte d'avoir l'ensemble des implantations d'ici la fin de l'année 2022, ce qui nous permettrait, sur le site de BRIDGESTONE lui-même, mais à côté, puisque vous savez qu'il y a des mètres carrés disponibles au SIZIAF, de redensifier industriellement ce territoire.

CECILE BIDAULT
Vous vous engagez à ce que personne ne reste sur le carreau ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on a fait la démonstration, depuis le début de ce dossier, que nous avons été toujours aux côtés des salariés et que nous ne les avons jamais laissé tomber, nous sommes en contact extrêmement régulier avec les représentants du personnel, dont je veux saluer d'ailleurs la responsabilité et l'efficacité car ils ont été extrêmement précieux et efficaces pour défendre les intérêts des salariés de BRIDGESTONE, ils seront encore là pendant six mois, et nous ferons en sorte que même eux puissent retrouver un emploi, parce que je crois qu'il faut saluer le charisme et la détermination dont ils ont fait preuve et ils méritent de retrouver un emploi dans d'autres entreprises, vous savez que parfois des dirigeants d'entreprises peuvent être un peu inquiets de recruter une figure du monde syndical, là je peux leur dire qu'ils peuvent compter sur le professionnalisme de ces représentants du personnel.

CECILE BIDAULT
En quelques mots, Agnès PANNIER-RUNACHER, sur le fond ce dossier, il y a quand même un employeur japonais qui se désengage brutalement, quasiment du jour au lendemain, qui sacrifie l'usine en France, quelle leçon vous tirez de ce dossier ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord je tire la leçon que, lorsqu'on n'investit pas dans un site, pendant une quinzaine d'années, eh bien le risque c'est qu'il perde effectivement en compétitivité et que vous vous retrouviez face à un actionnaire qui vous dise qu'il n'est plus en situation de faire tourner le site, mais ça c'est le résultat d'un sous-investissement qui a été constant ces 15 dernières années, et, ce dossier-là il ne faut pas attendre le dernier moment pour le traiter. C'est malheureusement une entreprise et des représentants du personnel qui s'étaient déjà signalés, il y a une dizaine d'années, en portant à l'intention des pouvoirs publics la situation de l'entreprise, et malheureusement rien n'avait été fait à l'époque. Aujourd'hui nous réinvestissons dans l'industrie, au travers du plan de relance c'est le plus de 7000 entreprises dans lesquelles nous modernisons les équipements, précisément pour éviter ce type de situation où les investissements, l'appareil productif, les chaînes de production, ne sont plus à niveau et où on vous dit qu'il n'y a pas d'autre solution que de fermer le site.

CECILE BIDAULT
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée à l'Industrie, vous serez donc à Béthune en fin d'après-midi aujourd'hui, bonne journée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 mai 2021