Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à BFM TV le 30 avril 2021, sur les étapes du déconfinement et la saison touristique estivale.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Prononcé le

Texte intégral

Q - Bonsoir Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonsoir.

Q - Vous êtes secrétaire d'Etat chargé du tourisme, des Français de l'étranger et de la francophonie. Parmi ceux qui ont des questions à vous poser, il y a forcément les professionnels du tourisme : bonsoir Denis Cippolini, vous êtes hôtelier à Nice, vous allez poser quelques questions dans un instant à Jean-Baptiste Lemoyne, et bonsoir Laurent Abitbol, vous êtes président d'Havas Voyages et Selectour. On a une projection, le projet du Président, d'une réouverture totale le 30 juin. C'est conditionné à la progression de l'épidémie. Est-ce que l'on peut quand même dire que l'on va vers un été normal ?

R - On va vers un retour progressif à la normale. J'insiste sur la progressivité, parce que vous l'avez vu, il y a plusieurs étapes. Cela commence le 19 mai, ensuite, cela se poursuit le 9 juin et le 30 juin. Et l'idée, c'est qu'effectivement, à partir du 30 juin, le maximum d'activités soit ouvert dans les meilleures conditions, avec des jauges de moins en moins dégradées. Nous avons eu un été bleu-blanc-rouge, l'année dernière. Ce sera l'été bleu-blanc-rouge "saison 2". On va aussi tirer les enseignements de l'été dernier. Je crois que les professionnels ont travaillé des protocoles très sérieusement. Et donc, ce sera important aussi de donner cette réassurance sanitaire, parce qu'on le voit dans le comportement du client, du touriste : il la veut. Et cela tombe bien : les professionnels sont prêts.

Q - Vous invitez les Français à réserver pour cet été ?

R - Bien sûr ! Les Français peuvent réserver. D'ailleurs, on l'a vu, ils sont très sensibles aux annonces. Depuis que le Premier ministre a annoncé qu'à partir du 3 mai, par exemple, les déplacements pourraient se faire en France, qu'il n'y aurait plus les restrictions régionales, on a vu un bond, dans les réservations, pour les week-ends, les ponts du mois de mai. Et donc cela permet notamment aux gîtes de France, à un certain nombre de prestataires touristiques, de remplir leurs carnets. Et c'est heureux, parce qu'ils ont beaucoup souffert ces derniers mois.

Q - Là, vous dites aux Français : vous pouvez partir en vacances cet été, vous pouvez réserver dès maintenant, mais restez en France ?

R - Je leur dis : la France est pleine de ressources, pleine de magnifiques paysages, de sites. Ce qui est bien, c'est que l'on peut faire le tour du monde en faisant le tour de France, parce que, entre la Corse, entre le littoral, la montagne, également tout ce que l'on peut découvrir dans bon nombre de villes et de villages, il y en a pour tous les goûts, il y en a pour toutes les bourses. Donc, oui : un été bleu-blanc-rouge. Peut-être que certains voudront aller un peu plus loin, et de la même façon, nous-mêmes, nous accueillerons aussi des Européens, et d'autres clientèles. Je pense aux Américains, je pense à ces clientèles qui sont importantes pour des territoires comme la Côte-d'Azur, comme Paris, qui n'ont pas eu ces touristes lointains, l'année dernière.

Q - Oui, ce n'est que dans un sens. Vous dites aux étrangers : oui, oui, venez ; mais vous dites aux Français : restez chez vous. Laurent Abitbol, vous qui êtes président d'Havas Voyages et Selectour, cela vous plaît, dit comme ça ?

Q - Non. Bonjour Jean-Baptiste, bonjour tout le monde. D'abord, si j'ai bien compris le texte - il faut me le confirmer -, c'est que le 3 mai, les Français peuvent partir en Europe. Je voudrais bien comprendre ça, déjà. Si c'est oui, ou non. Et deuxièmement, quand les Français pourront partir des DOM-TOM, ça, c'est important. Et troisièmement, quand les Français pourront partir en dehors de l'Europe ? Pour nous, c'est assez vague. Et vous savez que l'on a un métier où on transporte des centaines de milliers de Français à l'étranger, pour passer des vacances. Et on aimerait ces réponses pour que notre activité redémarre.

Q - On va demander à Jean-Baptiste Lemoyne. Vous avez trois questions : quand peut-on partir en Europe ? Dans les DOM-TOM ? Et en dehors de l'Union européenne ?

R - Tout à fait. C'est vrai que les DOM-TOM sont encore des territoires où les systèmes sanitaires sont aussi fragiles. Donc, on est en train d'y travailler. J'ai réuni ce matin un comité de filière tourisme, et nous avons précisé que, là-dessus, nous devrions donner de la visibilité. Donc c'est à venir.

Q - Quand ?

R - Très prochainement. Vous savez, le Président de la République a fixé un cap. Il a fixé un horizon, des délais. Et maintenant, il a souhaité un travail de concertation avec les professionnels. Donc, on travaille avec les entreprises du voyage auxquelles appartient Laurent Abitbol, on travaille avec tout le comité de filière tourisme pour justement avancer maintenant sur ces modalités. Parce que quand on parle de voyages et de mobilité - je comprends le besoin de Laurent Abitbol -, mais on a aussi tout un dialogue à avoir avec les autres Etats. On l'a, en Européens, on l'a avec les autres Etats, hors de l'Union européenne, et on a un outil qui va être facilitateur, c'est ce fameux pass sanitaire, parce que, ça y est, il est là, avec tousanticovid, vous pouvez télécharger votre certificat de vaccination, votre test PCR ou bien votre certificat d'immunité, si je puis dire, si vous avez été touché et que vous êtes rétabli.

Q - Donc, en fait, ce que vous nous dites, c'est que vous recommandez aux Français de rester en France cet été, mais qu'ils peuvent très bien partir à l'étranger ?

R - Attendez. Vous savez, les Français...

Q - Cela, c'est ce que l'on a écrit : pourra-t-on partir à l'étranger cet été ? Oui ?

R - Oui, oui, bien sûr. Mais les Français, on leur a suffisamment imposé de contraintes pour ne pas leur dire comment organiser leurs vacances. Ce que je dis, c'est que moi, je suis chargé du tourisme tricolore, et donc, forcément, je suis très désireux qu'un maximum de recettes touristiques soit généré en France. Mais dès lors que nous allons accueillir des clientèles étrangères, naturellement, cela se fait dans les deux sens. Et les entreprises du voyage auxquelles appartient Laurent Abitbol ont beaucoup souffert. Parce que pendant des mois, ils n'ont pas pu réaliser de prestations pour les clients français, donc, il faut être clair : il n'y a pas d'interdiction, et les Français pourront voyager.

Maintenant, ce que l'on voit, ce sont aussi les évolutions de comportement. On a tendance à partir, peut-être plus près, à aller dans des endroits que l'on connait, à partir plus en famille, parce qu'on a besoin d'être rassuré, d'un point de vue sanitaire. Et donc, on trouve cette réassurance aussi dans cette proximité. Et ce que je note, c'est qu'un certain nombre d'entreprises du voyage ont réorienté leurs produits, maintenant commercialisent plus la France. Et je pense qu'il y a aussi une évolution du tourisme qui se fait, avec un tourisme un peu "en circuit court", mais, encore une fois, il n'y aura pas d'interdiction, au contraire. Les gens ont suffisamment souffert des derniers mois, il est important qu'ils puissent s'oxygéner où ils le souhaitent.

Q - On continue à se projeter, avec des questions très concrètes. Denis Cippolini, vous êtes hôtelier à Nice, vous avez deux questions à poser au ministre. On commence avec la première.

Q - Oui, tout d'abord bonsoir et merci, Monsieur le Ministre. Je suis président de la fédération d'hôtellerie et du tourisme Nice-Côte d'Azur. Vous me voyez sans masque parce que personne n'est dans mon établissement. Et le respect des gestes barrières, nous savons les faire et les tenir. Oui, vous étiez ce matin au comité de filière touristique avec notre président national, M. Roland Héguy, président de l'UMIH, je suis moi-même président de l'UMIH 06. Il y avait une question importante pour nous, en même temps que la réouverture de nos terrasses, c'est la réouverture de nos salles de petit-déjeuner, de nos salles de restaurant dans les hôtels. Et un communiqué nous a dit que vous avez acté cela. Pouvez-vous me le confirmer, Monsieur le Ministre ?

R - Oui, tout à fait. Il sera possible, en même temps qu'on rouvrira les terrasses, pour les hôteliers, de pouvoir assurer la restauration pour leurs clients, et uniquement pour leurs clients d'hôtel, à l'intérieur de leurs locaux, pour leurs petits déjeuners, pour leurs déjeuners, pour leurs dîners. Et cela, c'est important, parce que jusqu'à maintenant, il y avait encore une clientèle, VRP, etc. Il fallait prendre son plateau, monter en chambre, etc. Là, on va retrouver cette capacité et je crois que c'était très attendu.

Q - Il y aura des buffets ou pas ?

R - Encore une fois, cela sera servi à table. Il faut être assis. Les buffets quand ils sont faits, ils sont préparés. Nous sommes en train d'affiner les modalités concrètes, là-aussi, parce que nous allons travailler avec le Haut conseil de la santé publique sur la base du dernier protocole qui était le protocole renforcé fait par les professionnels. Et donc, les prochains jours seront dédiés aussi à pouvoir ajuster ces détails-là. Mais le principe est clair, il est là, il est acté. Les terrasses, le 19 mai, ainsi que les restaurants d'hôtel, pour leurs propres clients, dans l'hôtel.

Q - D'accord, donc cela sera déjà un changement de taille. Denis Cippolini, est-ce que vous sentez que cela frémit, là maintenant ? Est-ce que vous avez des appels ? Beaucoup de réservations ? Est-ce que vous vous projetez déjà sur cet été, sur les vacances ?

(...)

Q - Parce qu'il en va aussi de la reprise de l'économie, vous avez raison de le souligner, et c'est la question : est-ce qu'il y aura des touristes étrangers, cet été ? Avec une épidémie, si on se compare, qui est quand même encore très haute chez nous, par rapport à nos voisins. Nos voisins qui prennent les devants : par exemple, si on parle de la Grèce, de l'Espagne, ou encore de l'Italie ; l'Espagne, dès juin, dit "on est prêts à accueillir les étrangers", c'est ce qui est dit haut et fort. Pour la Grèce, c'est déjà fait. Et nous, qu'allons-nous faire ?

R - Dès le 9 juin, on est prêt. Donc les choses sont très claires. D'ailleurs le Président de la République l'a dit, vous savez il a fait une interview sur CBS. C'était le 18 avril, il y a une dizaine de jours. Dès le lendemain, le 19, nous l'avons constaté avec notre bureau Atout France aux Etats-Unis, il y a eu +40% de recherches sur Google sur la destination France. Puis surtout, les agences de voyage américaines, les tour-opérateurs américains, nous ont dit deux choses : 1) cela a évité les annulations qui étaient en cours ; et 2) on a enregistré de nouvelles réservations de clients américains. C'est très intéressant pour ce qu'on appelle les "ailes de saison", c'est-à-dire pour plutôt l'arrière-saison, septembre, octobre. Et cela tombe bien car on a besoin d'étirer cette saison estivale. Parce que c'est vrai que des territoires comme la Côte d'Azur ou comme Paris et l'Ile-de-France, ont souffert de l'absence des clientèles lointaines internationales l'année dernière, donc il y a un effet rattrapage qu'il est indispensable d'avoir.

Q - Est-ce que vous pensez que l'envie est là, Laurent Abitbol ?

(...)

Q - Aujourd'hui, j'ai 5450 personnes françaises qui veulent partir en Tunisie, inscrites pour partir entre le 9 juin et le 30 juin. Les autorités tunisiennes acceptent les Français, il n'y a aucun problème. Pour le retour en France, est-ce que le Français qui revient en France, devra avoir une quarantaine ou pas ? Ou est-ce qu'il sera libre de rentrer chez lui, normalement ?

R - Justement, l'intérêt du certificat sanitaire fait que cela permettra d'alléger un certain nombre de contraintes. Le fait que la personne soit vaccinée ou qu'elle ait fait son test PCR, fera que cela sera beaucoup plus simple. On va travailler, pays par pays, pour apporter des réponses aux entreprises du voyage. Mais on tient le bon bout, et j'ai bon espoir qu'au mois de juin, ces Français pourront partir et revenir dans les meilleures conditions. Mais chaque pays est différent, l'état sanitaire dans chaque pays est différent, et donc, on adapte nos conseils aux voyageurs et on adapte aussi les modalités du retour. En grand professionnel du tourisme, il le sait et le comprendra, mais cela, c'est un travail sur-mesure que l'on va faire avec eux, dans les tout prochains jours.

Q - Sur-mesure, au cas par cas, et on se dit qu'être vacciné n'aura pas le même poids que simplement avoir fait un test PCR ? Est-ce qu'il va y avoir une distinction comme cela entre les Français ?

R - Alors, le certificat sanitaire justement, c'est donner le même poids à la vaccination, au test PCR, et à l'immunité acquise par la contraction du virus. C'est ou, ou, ou. Il n'y pas de condition aux déplacements, aux voyages, liée à la vaccination.

Q - Ce pass sanitaire va se mettre en place quand ?

R - Maintenant sur tousanticovid, vous pouvez enregistrer soit vos tests, soit votre certificat de vaccination. C'est déjà possible, Cédric O l'a confirmé ce matin. Au niveau européen, la législation européenne devrait aboutir, autour de la mi-juin. Donc, vous voyez, tout cela sera opérationnel pour la saison estivale. D'ailleurs, Thierry Breton, commissaire en charge du tourisme, travaille d'arrache-pied. Il y a une plateforme européenne qui s'appelle www.reopen.eu, qui permet de regarder quelles sont les conditions de circulation et les contraintes qui existent dans les différents pays. Donc avec tout cela, ce sont des outils très concrets dont les Français qui préparent leurs déplacements peuvent s'emparer.

Q - Une toute dernière question, il y a la possibilité de mesures de freinage dans certains territoires, quand l'incidence passera au-dessus de 400. Vous vous attendez à une saison comme cela qui sera peut-être en pointillé ? C'est une possibilité ?

R - Je vais vous dire, on s'était posé la même question il y a un an, et globalement, on avait vu qu'il n'y avait pas eu ce type de cas extrême. Aujourd'hui, il y a huit départements qui sont au-dessus de ce taux d'incidence de 400, mais cela décroît, chaque jour et chaque semaine. On est sur des pentes de -20% de cas chaque semaine. Et c'est pourquoi quelque part, avec ces annonces du Président, on a, au-delà d'un horizon, on a un calendrier. Et c'est un peu comme dans le marathon, là on est au quarante-et-unième kilomètre, il nous reste un kilomètre. On le voit, il faut encore tenir le rythme, ne pas baisser la garde, maintenir les efforts. C'est parce que les Français ont assuré qu'aujourd'hui on peut rassurer et rouvrir. Donc, restons encore très vigilants, très prudents. C'est cela qui garantira un bel été pour tout le monde.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 mai 2021