Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à RTL le 3 mai 2021, sur le déconfinement, la relance économique et les élections régionales.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
C'est votre première prise de parole depuis l'annonce du déconfinement par le président, et pour cause, vous étiez en déplacement en Côte d'Ivoire. Bruno LE MAIRE, on est bien d'accord, vous avez fait le choix de l'économie et des réouvertures, alors que le virus circule encore fortement.

BRUNO LE MAIRE
On a fait le choix de la visibilité pour les Français. Je pense que tous les Français aujourd'hui, et en particulier les commerces qui ont été fermés, ont besoin de visibilité, ont besoin d'un calendrier, ont besoin de se projeter. Donc je crois que c'est un choix responsable qui a été fait, ça ne veut pas dire pour autant qu'il faut abandonner les gestes barrières, ralentir la vaccination, au contraire, il faut l'accélérer, mais c'est un choix responsable, nous avons tous besoin de visibilité pour les jours à venir.

ALBA VENTURA
Je me disais, les scientifiques disent que l'été peut connaitre une nouvelle vague, un regain d'épidémie, vous n'avez pas peur que les touristes désertent, avec un taux d'incidence aussi élevé ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, raison de plus pour garder les gestes barrières, pour accélérer la vaccination. Mais, de toute façon, si vous voulez que les touristes reviennent, il faut bien rouvrir.

ALBA VENTURA
Et d'ailleurs, est-ce que vous avez fixé un taux d'incidence maximal, qui entraînerait un retour aux restrictions, aux fermetures ? Parce que c'est quand même une épée de Damoclès. On dit, 400, c'est le taux d'incidence, c'est quoi le taux d'incidence maximal, c'est 500 ?

BRUNO LE MAIRE
Vous demanderez au ministre de la Santé, moi je m'occupe de l'accompagnement des professionnels qui vont rouvrir, je peux vous dire que c'est déjà un sacré boulot…

ALBA VENTURA
Mais vous vous occupez aussi, voilà, de la réouverture et de la fermeture, éventuellement.

BRUNO LE MAIRE
Je veux juste passer ce message, nous avons besoin d'un calendrier clair, c'est ce qui a été fixé par le président de la République, et nous devons tous rester responsable, à savoir que la vaccination, les gestes barrières sont les meilleures protections contre le virus.

ALBA VENTURA
Alors évidemment, beaucoup de commerçants, restaurateurs, hôteliers, patrons de salle de sport se réjouissent. Ils s'interrogent aussi sur les aides. On a compris que vous n'alliez pas les retirer brutalement, donc à quoi doivent-ils s'attendre ?

BRUNO LE MAIRE
A de l'accompagnement jusqu'au bout. Le maître mot pendant la crise ça a été la protection : protection des salariés, protection des entreprises, protection des commerces. Le maître mot dans cette sortie de crise c'est l'accompagnement, accompagnement les commerces, des restaurateurs, de tous ceux qui ont été le plus touchés par la crise. La première décision que nous avons prise avec le président de la République et le Premier ministre, c'est que nous garderons l'intégralité du Fonds de solidarité pour le mois de mai. Il n'y aura pas de changement, même s'il y a des réouvertures partielles à partir de 19 mai, on aurait pu supprimer en partie le Fonds de solidarité, nous le gardons intégralement, donc il n'y aura aucun changement au mois de mai sur le Fond de solidarité. Après à partir de début juin, vous aurez des commerces qui auront repris normalement, avec l'intégralité de leurs activités, vous avez d'autres commerces qui resteront fermés, je pense aux discothèques, ceux-là évidemment auront droit au maintien de l'intégralité des aides. Et puis vous avez tous ces secteurs qui vont rouvrir partiellement, avec des jauges, avec des règles sanitaires, ouverture de terrasses mais pas ouverture de l'Intérieur, pour ceux-là nous allons améliorer le Fonds solidarité à partir du début juin. Avant, pour avoir accès au Fonds de solidarité, il fallait perdre 50 % de son chiffre d'affaires ou être fermé administrativement, désormais à partir de début juin, pour les hôteliers, pour les cafés, pour les restaurants, pour le monde de la culture et des spectacles, pour l'événementiel, vous avez accès au Fonds de solidarité quelle que soit votre perte de chiffre d'affaires. Pour être très concret ; un restaurateur qui rouvre mais uniquement en terrasse, qui va perdre encore 30, 40% de son chiffre d'affaires, normalement il ne devrait pas être éligible au Fonds de solidarité, à partir de début juin il sera éligible au Fonds de solidarité, avec un chiffre d'indemnisation que nous allons définir avec les professionnels de l'hôtellerie, du café et de la restauration, dès cet après-midi, je les reçois à 15h00, avec le secteur évènementiel demain…

ALBA VENTURA
Donc c'est du sur-mesure, c'est ça Monsieur le Ministre ?

BRUNO LE MAIRE
C'est surtout du sur-mesure…

ALBA VENTURA
Quelle que soit la perte de chiffre d'affaires, vous répondrez.

BRUNO LE MAIRE
C'est exactement du sur-mesure, mais qui tient compte de la réalité de la situation de chacun, comme nous le faisons depuis le début. Moi je comprends parfaitement un restaurant qui rouvre au mois de juin, qui dit : mais je ne vais pas faire l'intégralité de mon chiffre, vous n'allez pas me laisser tout seul. Nous ne vous laissons pas tout seul. Vous perdez 10% de votre chiffre d'affaires, 20%, 30%, vous aurez une indemnisation au mois de juin, au titre du Fonds de solidarité. Nous changeons les règles pour vous accompagner dans cette réouverture et vous donner les moyens de payer les fournitures, de payer les frais qui sont liés à une réouverture.

ALBA VENTURA
Par rapport à l'année dernière ils ont accumulé des pertes et des dettes.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est bien pour ça que nous faisons cet accompagnement-là, avec un montant d'indemnisation, je le redis, que nous définirons avec les professionnels, mais que chacun se rassure, ce n'est pas parce que vous n'avez pas perdu 50% de votre chiffre, qu'on ne va pas prendre en compte vos pertes, et qu'on ne va pas les indemniser. C'est aussi une incitation à la réouverture, c'est pour que chacun redémarre en se disant : il vaut mieux que je redémarre et que je rouvre, même si je perds un peu le chiffre d'affaires, puisque l'Etat va m'accompagner. Ensuite, nous aurons évidemment une dégressivité de ces aides, en fonction du retour à la normale, puisque les restaurants, le moment venu pourront rouvrir intégralement, donc la dégressivité se fera sur 3 mois, juin. Juillet, août. Et là aussi, pour qu'il n'y ait aucune brutalité, je propose qu'il y ait une clause de rendez-vous, à la fin du mois d'août, avec tous les professionnels, pour que l'on voit où en sont des différents secteurs qui sont concernés, ces fameux secteurs S1 et S1 bis de l'hôtellerie, cafés, restauration, culture, monde du sport et événementiel, et que nous voyons s'il y a encore des aides complémentaires ou si l'activité a vraiment repris. Le retour à normale s'est fait, et donc il n'y aurait plus besoin d'aides de l'Etat.

ALBA VENTURA
Donc vous annoncez une clause de rendez-vous fin août, avec tous les professionnels de l'activité, de la restauration, de l'hôtellerie, du tourisme.

BRUNO LE MAIRE
J'annonce, pour être très clair Alba VENTURA, le maintien de l'intégralité du Fonds solidarité au mois de mai, une modification du Fonds de solidarité pour les secteurs qui ne vont pas reprendre à la normale, de façon à tenir compte de leur perte de chiffre d'affaires, et une clause de rendez-vous fin août pour nous assurer que chacun était bien accompagné et que le retour à la normale s'est fait dans de bonnes conditions. L'accompagnement, je le redis, c'est le maître mot de cette phase, nous voulons réussir le déconfinement économique.

ALBA VENTURA
Bruno LE MAIRE, vous espérez un boom de croissance avec ce déconfinement, avec cette levée progressive des restrictions ?

BRUNO LE MAIRE
Le boom de croissance, il a déjà commencé à être là, Alba VENTURA. C'est 0,4% au 1er trimestre. Moi je suis stupéfait de voir certains…

ALBA VENTURA
C'est ce que dit l'INSEE.

BRUNO LE MAIRE
… qui vous expliquent que tout va mal en France. J'entends le Front national qui nous explique que l'activité économique se porte mal, moi je constate, parce que je suis fier de mon pays, fier de mes entrepreneur, fier de la France, que le chiffre de croissance le plus élevé de tous les pays européens au 1er trimestre 2021 c'est la France, 0,4%. Nous sommes dans la bonne direction parce que les entrepreneurs ont repris à bras-le-corps l'activité, que certains secteurs industriels ont très bien repris, je pense au bâtiment et aux travaux publics, et parce que le Plan de relance marche, il fonctionne, nous avons aujourd'hui engagé près d'un tiers du Plan de relance français. Sur les 100 milliards d'euros nous avons déjà engagé 30 milliards d'euros. La prime à la rénovation portée par Barbara POMPILI, ça marche. L'aide à la digitalisation des entreprises industrielles, portée par Agnès PANNIER-RUNACHER, ça marche. L'aide aux apprentis, près d'un demi-million d'apprentis en France, portée par Elisabeth BORNE, ça marche.

ALBA VENTURA
Donc vous êtes optimiste.

BRUNO LE MAIRE
Donc nous sommes dans la bonne voie, et ma conviction profonde c'est que dès que nous aurons levé les règles sanitaires, la France surprendra par la vigueur de sa croissance.

ALBA VENTURA
Ça c'est le scénario optimiste, c'est-à-dire qu'on n'a pas de reprise épidémique, pas de…

BRUNO LE MAIRE
Mais on a besoin Alba VENTURA…

ALBA VENTURA
Oui, bien évidemment…

BRUNO LE MAIRE
Nous avons besoin de scénarios volontaristes. Moi je vais vous dire très franchement, j'en ai assez de me lever tous les matins et d'entendre des responsables politiques qui vous disent que la France est au plus bas, qu'elle se porte très mal, qu'elle est déchirée, qu'elle est à feu et à sang, qu'elle est au bord de l'effondrement. La politique est affaire de volonté, et en matière économique et financière nous avons montré que nous savions protéger les salariés, les entrepreneurs, les professions libérales au cours des mois de crise, et nous sommes en train de montrer depuis le début du mois de janvier, avec tout ce monde économique, avec les salariés, qu'à force de volonté la France peut se redresser économiquement et atteindre le chiffre de 5 % de croissance que j'ai fixé comme objectif pour l'année 2020.

ALBA VENTURA
Alors, le président Emmanuel MACRON a dit qu'il y aurait un 2ème temps de la relance, notamment en termes d'investissements. En parlant de relance, en parlant d'argent à injecter dans l'économie, à votre place vendredi il y avait le patron du Parti socialiste, Olivier FAURE, écoutez ce qu'il disait.

OLIVIER FAURE
Moi je suis BIDEN plutôt que MACRON.

ALBA VENTURA
Qu'est-ce que vous inspire cette fascination ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien qu'Olivier FAURE se présente aux Etats-Unis. S'il veut vraiment trouver des solutions aux Etats-Unis au problème français, tant mieux pour lui. Moi il se trouve que je suis français et que je cherche en France des solutions aux problèmes français, et que je considère que les problèmes français ne sont pas des problèmes américains, et que par conséquent il vaut beaucoup mieux s'inspirer de la France pour arriver à trouver les bonnes solutions à notre Nation.

ALBA VENTURA
Vous savez qu'il y a aussi la droite qui est fascinée, une partie de la droite qui est fascinée par Joe BIDEN.

BRUNO LE MAIRE
Mais, c'est assez symptomatique cette fascination pour monsieur BIDEN. J'ai beaucoup de respect pour le président des Etats-Unis d'Amérique, mais je ne partage pas cette fascination. La réalité derrière la remarque du patron du Parti socialiste, c'est qu'il voit que Monsieur BIDEN augmente les impôts, donc effectivement ça les met en joie, parce que le seul projet que défend la gauche désormais depuis des années, faute d'inspiration, faute de travail, c'est taxer, taxer, taxer toujours plus.

ALBA VENTURA
Taxer les plus riches pour financer la sortie de crise, ce n'est pas une bonne idée donc.

BRUNO LE MAIRE
Ce que je constate c'est que les plus riches restent davantage taxés en France, qu'ils ne le sont aux Etats-Unis. Ce que je constate c'est que le prélèvement sur les revenus mobiliers aux Etats-Unis il est de 20%, il est de 30% en France. Que le taux marginal d'imposition aux Etats-Unis est inférieur à celui de France, où il est à 49%, et que nous restons le pays qui est le plus taxé de tous les pays développés. Donc taxer davantage c'est sans doute une bonne solution pour les Etats-Unis qui devaient rattraper leur retard en la matière, c'est sans doute une bonne solution pour le Parti socialiste qui n'a pas d'autre idée en poche…

ALBA VENTURA
Ils vont nous rattraper, mais nous avons une fiscalité la plus élevée au monde.

BRUNO LE MAIRE
C'est une très mauvaise idée pour la France, nous avons baissé les impôts avec le président de la République et nous tiendrons cette ligne : pas d'augmentation d'impôts dans notre pays.

ALBA VENTURA
Bruno LE MAIRE, sur les régionales, en Provence-Alpes-Côte d'Azur il y aura une liste LR LREM. Renaud MUSELIER, le président LR de la région a conclu un accord avec Jean CASTEX pour une liste commune, pour faire face au Rassemblement national. LR a immédiatement retiré son investiture à Renaud MUSELIER, il n'a donc plus l'étiquette LR. Que répondez-vous à ceux qui avancent que vous offrez, je dis vous, parce que vous êtes un ancien de LR et aujourd'hui appartenant au gouvernement, à ceux qui disent : vous offrez la région Rassemblement national dont la liste est conduite par Thierry MARIANI, lui aussi ancien LR ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, je veux saluer le courage de Renaud MUSELIER, parce que sa décision demande du courage. Il a bien géré la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, il se donne les moyens de continuer à la gérer en rassemblant toutes les forces qui partagent ses convictions et son projet pour la région. Donc je salue son courage. Je salue aussi sa constance, parce qu'il s'est opposé comme beaucoup de membres des Républicains à tout compromis avec le Front national. Mais dans le fond, cet accord c'est l'acte de divorce définitif entre deux partis des Républicains qui étaient irréconciliables, et je vais vous dire depuis quand, depuis le 2ème tour de l'élection présidentielle de 2017, où certains ont refusé de choisir entre le Front national et Emmanuel MACRON, et d'autres qui ont fait le choix de soutenir Emmanuel MACRON. Eh bien ces deux lignes étaient irréconciliables. Il y avait une séparation en 2017 qui…

ALBA VENTURA
C'était Laurent WAUQUIEZ notamment, le ni ni, ni MACRON ni LE PEN.

BRUNO LE MAIRE
C'était lui, et c'est d'autres. Il y avait une séparation en 2017, il y a désormais en 2021 un divorce. Il y a ceux comme Renaud MUSELIER qui font le choix de la constance par rapport à la tradition républicaine de la droite, et puis il y a d'autres qui vous expliquent que la seule différence entre le Front national et eux c'est la gouvernance. Il y a ceux qui font alliance localement avec le parti de monsieur DUPONT-AIGNAN. Il y a ceux qui vous réexpliquent à nouveau qu'en cas de duel MACRON – LE PEN, ils ne choisiront pas entre les deux. Donc ces deux lignes étant totalement incompatibles, je pense qu'il est sain et naturel qu'elles divorcent, c'est fait.

ALBA VENTURA
Mais en vérité, la vraie droite, elle est au pouvoir.

BRUNO LE MAIRE
Mais, ça ne veut pas dire grand-chose la vraie droite. Ce qui compte pour moi Alba VENTURA c'est des solutions que nous apportons aux Français, et dans le domaine qui est le mien, je vois que nous sommes en train de redresser économiquement notre pays, de recréer des emplois industriels, que l'investissement redémarre, qu'une fois encore nous avons le meilleur chiffre de croissance des pays européens au 1er trimestre 2021. C'est ça qui compte pour moi, le bien-être des Français, la puissance de la Nation, pas la droite ou la gauche, la seule chose que je sais, c'est que le Front national n'est en aucun cas une solution pour notre pays, que lorsque j'entends madame nous expliquer que l'économie française s'effondre, cela confirme que le Front national est le Parti de la capitulation et de la résignation.

ALBA VENTURA
Merci Bruno LE MAIRE, on va se retrouver tout à l'heure avec les auditeurs.

YVES CALVI
Il y aura de l'accompagnement jusqu'au bout, notamment avec le Fonds de solidarité, vient de nous dire notamment le ministre de l'Economie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 mai 2021