Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à Radio Classique le 4 mai 2021, sur les élections régionales, les questions de sécurité, l'islamisme et l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

GUILLAUME DURAND
Gérald DARMANIN, il ne vous a pas échappé qu'il avait cité Renaud, " Mistral Perdant ", est-ce que c'est un peu le constat que vous faites ce matin ?

GERALD DARMANIN
Non, je ne le crois pas, d'abord, je pense que c'est important ce qu'a fait Renaud MUSELIER, et ce qu'a fait la majorité présidentielle en s'alliant ou en disant qu'ils veulent s'allier au Front national, qui est notre grand danger. Et finalement, ça valide assez ce qu'a fait Renaud MUSELIER, Christian ESTROSI, Hubert FALCO…

GUILLAUME DURAND
Maire de Toulon…

GERALD DARMANIN
Martine VASSAL. Ça valide un peu, si j'ose dire, a postériori, ce que nous avons fait avec Edouard PHILIPPE, Bruno LE MAIRE, Sébastien LECORNU, Thierry SOLERE en 2017 ; en 2017, quand Edouard PHILIPPE a été nommé Premier ministre d'Emmanuel MACRON, c'était un fait politique majeur, nous avons été plusieurs à leur dire : il faut évidemment soutenir Emmanuel MACRON, il faut entendre la main tendue, et voir que notre électorat se confond avec celui du président de la République, et certains, par sectarisme, n'ont pas voulu…

GUILLAUME DURAND
Et c'est quand même bizarre que le Premier ministre intervienne dans le Journal du Dimanche pour annoncer quelque chose, alors que MUSELIER, visiblement, n'était pas totalement au courant qu'il allait l'annoncer ; donc il y a quand même une sorte de cafouillage.

GERALD DARMANIN
Je ne le crois pas. Ce qu'a fait Renaud MUSELIER, c'est qu'il a lui-même dit qu'il n'était pas investi par des partis politiques, et qu'il voulait l'union républicaine avec sa majorité sortante évidemment, qui est plutôt de la droite et du centre, ce que je suis d'ailleurs. Et il a demandé que tout le monde puisse se soutenir face au Front national, parce qu'il y a un danger Front national ; on oublie qu'il y a un danger Front national très important en PACA. Monsieur ESTROSI, il n'a pas gagné avec une marge de progression absolument énorme la dernière fois, et je rappelle que Christophe CASTANER avait eu la décence de se retirer, ce qui avait permis la victoire de Christian ESTROSI. Donc on connaît les difficultés dans le Sud et dans le Nord, notamment du Front national. Et aujourd'hui, le Premier ministre a tendu la main, a rendu la main, tendue par Renaud MUSELIER, pour un combat pour des Républicains contre le Front national. On ne peut pas à la fois constater que madame LE PEN fait 45, 46, 47, 48 % dans les sondages pour la présidentielle, et considérer qu'on doit continuer à faire comme avant. Aujourd'hui…

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que ce n'est pas une opération justement...

GERALD DARMANIN
L'électorat…

GUILLAUME DURAND
Mais je comprends très bien le…

GERALD DARMANIN
L'électorat LR aujourd'hui, il soutient le président de la République, et il y a une infime…

GUILLAUME DURAND
Pas dans son ensemble ?

GERALD DARMANIN
Il y a une infime partie qui, écoutant la voix de monsieur CIOTTI, la voix de monsieur WAUQUIEZ, la voix de monsieur RETAILLEAU, refuse…

GUILLAUME DURAND
Mais ce n'est pas forcément une infime partie…

GERALD DARMANIN
Refuse, si, je le pense. Regardez les européennes…

GUILLAUME DURAND
A un moment, on a comptabilisé à 30% une partie justement du vote des LR, qui se reportait, ou en tout cas, qui suivait la politique d'Emmanuel MACRON, ce n'est pas une infime partie…

GERALD DARMANIN
Mais 30 % de combien, regardez les résultats des élections européennes, monsieur BELLAMY, qui est un homme respectable, mais sur une ligne conservatrice, sur une ligne un peu réactionnaire…

GUILLAUME DURAND
A fait un score très faible…

GERALD DARMANIN
A fait 8%. Est-ce que la droite française, moi, j'ai soutenu Jacques CHIRAC et Nicolas SARKOZY lorsque j'étais militant, la droite française, elle est faite pour faire entre 25 et 30% à une élection, pas 8%. Ça veut bien dire qu'il y a une grande partie de l'électorat de droite, qui, comme moi, comme Bruno LE MAIRE, comme Sébastien LECORNU, comme Edouard PHILIPPE, considèrent que le président de la République est l'homme de la situation, parce qu'il baisse les impôts, parce qu'il rétablit la sécurité, parce qu'il donne une image de la France dans le monde qui est une belle image, et plutôt que de se faire sa petite soupe sur son petit feu comme disait le Général, soutenons le travail très important que fait le président de la République.

GUILLAUME DURAND
Alors, vous savez que Xavier BERTRAND, vous dites : baisser les impôts, bonne image, vous savez que Xavier BERTRAND parle de déshonneur, que Valérie PECRESSE dit qu'elle ne pratiquera pas évidemment ce type d'accord, qu'elle conteste une grande partie de la politique que vous menez en matière justement de lutte contre le terrorisme. Le moins qu'on puisse dire, c'est que dans cette famille qui se réunit ce matin, qui est celle des Républicains, il y a quand même toujours avec même des plus jeunes, comme David LISNARD, l'idée qu'une autre hypothèse est possible, que Les Républicains ne sont pas morts, et que ceux qui ont été avec Emmanuel MACRON sont... comment peut-on dire... des opportunistes, quand BERTRAND parle de déshonneur, c'est ce qu'il sous-entend.

GERALD DARMANIN
Non, mais c'est des propos de campagne, parce qu'on est à quelques semaines d'élections très difficiles, donc je peux comprendre ses propos excessifs. Ce qu'il faut, c'est, un jour, se réunir, bien sûr, pour battre Marine LE PEN, et pour proposer à la France le projet dont elle a besoin, parce que vous voyez bien que nous sommes dans une Europe qui connaît, par rapport aux Etats-Unis, par rapport à la Chine, une concurrence difficile effroyable, on se pose des questions sur notre identité européenne, la façon dont on peut payer nos prestations sociales, notre modèle social, comment on peut rétablir la sécurité dans notre continent, comment on peut donner à l'Europe du numérique, à l'Europe de la défense, à l'intelligence artificielle, à toutes ces grandes questions qui se posent, la vue de demain, et pas simplement s'occuper de la politicaillerie, moi, ce que je veux dire, objectivement, entre nous, c'est qu'une fois ces élections locales passées, il faudra que, enfin, les républicains des deux bords, les Français de droite et de gauche, qui sont dans des partis de gouvernement, qui considèrent qu'il y a un Etat de droit, qui considèrent qu'il faut qu'il faut que nous respections les institutions…

GUILLAUME DURAND
Donc c'est une sorte d'appel que vous lancez ce matin ?

GERALD DARMANIN
Eh bien, ce serait raisonnable pour tout le monde.

GUILLAUME DURAND
Non, mais c'est une sorte d'appel que vous lancez ce matin ?

GERALD DARMANIN
Mais depuis 2017, je n'arrête pas de dire que l'électorat de droite et du centre doit, et d'ailleurs, en partie, soutient le président de la République, les Républicains sont une partie de la droite, aujourd'hui, une grande partie de la droite soutient le président de la République, soutient le président de la République.…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais pas les trois ou quatre que je viens de vous citer, qui sont quand même symboliques, PECRESSE, BERTRAND, LISNARD…

GERALD DARMANIN
Mais ce sont tous des gens de qualité, et je les connais bien…

GUILLAUME DURAND
Vous voulez dire qu'au dernier moment, ils pourraient revenir aussi vers vous ?

GERALD DARMANIN
Non, mais je veux leur dire qu'il ne faut pas imaginer des carrières personnelles lorsque l'intérêt de la France est en jeu, et que le président de la République, qu'est-ce qu'il a fait depuis qu'il est président de la République, suppression de la fiscalité du capital, l'ISF, la droite l'avait rêvée, personne ne l'avait jamais fait, sauf lui.

GUILLAUME DURAND
Dépenses publiques au plus haut…

GERALD DARMANIN
Parce qu'il y a la crise du Covid. Non, mais attendez, 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires, des moyens qui ont été doublés pour les services de renseignements, un code du travail qui a été réformé, une volonté très forte de faire la réforme des retraites, arrêtée à cause du Covid, mais vous savez bien que c'est le président de la République qui a mis en place…

GUILLAUME DURAND
Et contestée par les syndicats…

GERALD DARMANIN
Oui, mais peut-être, mais il faut qu'on en discute. Mais c'est bien le président de la République actuel qui veut faire cette réforme des retraites, c'est le président de la République…

GUILLAUME DURAND
Il va la faire ? Parce que beaucoup de gens en doutent…

GERALD DARMANIN
C'est le président de la République qui a fait la réforme de la SNCF, aujourd'hui, on n'embauche plus de cheminots au statut. Bon, moi, j'ai adhéré au RPR à 16 ans, parce que j'étais de droite Gaulliste, de droit sociale, bon, il y a des gens de gauche, Rocardiens, Strauss-Kahniens, Vallsiens, Cazeneuviens, modérés, du Parti socialiste de gouvernement, qui aiment également le président de la République, parce qu'il fait une politique de redistribution sociale en écoutant l'économie de marché, parce qu'il aime le régalien, et parce qu'il donne une bonne image dans le monde, mais évidemment qu'il faut soutenir le président de la République, la droite de gouvernement et la gauche de gouvernement doivent soutenir Emmanuel MACRON. Ensuite…

GUILLAUME DURAND
Et vous avez entendu pour…

GERALD DARMANIN
Ensuite, il y a…

GUILLAUME DURAND
Attendez, attendez, vous savez que c'est une interview, ce n'est pas un…

GERALD DARMANIN
Oui, mais ensuite, c'est une question très importante, ensuite, il y a 5 à 10% de gens qui pensent qu'il faut faire d'alliance avec madame LE PEN, laissons-les avec madame LE PEN.

GUILLAUME DURAND
Qui a dit le 1er mai, je serai, c'est-à-dire, présidente de la République, c'est-à-dire qu'elle est de moins en moins, vous l'avez affrontée sur France 2, il y a encore quelques jours, vous aviez même considéré qu'elle était un peu molle sur un certain nombre de sujets. Elle est dans l'affirmation maintenant, c'est-à-dire qu'elle est pratiquement certaine qu'elle va y arriver.

GERALD DARMANIN
Mais il y a un danger madame LE PEN, évidemment qu'il y a un danger madame LE PEN, vous savez, moi, je suis issu d'une région où le Front national a toujours fait des scores extrêmement importants, et qui ne voit pas…

GUILLAUME DURAND
Mais s'il y a ce danger à 48, c'est de votre faute, en fait, je ne parle pas de vous, DARMANIN, je parle de vous, le pouvoir.

GERALD DARMANIN
C'est un danger de manière... oui, c'est la faute, en général, de ceux qui ont gouverné depuis de très nombreuses années, puisqu'ils n'ont pas manifestement réussi à répondre aux grandes questions que se posent les Français..

GUILLAUME DURAND
Ils ne sont plus là…

GERALD DARMANIN
Mais je constate aussi que la France, malgré tous ces vents mauvais, n'a pas choisi la radicalité en 2017, n'a pas choisi de voter madame LE PEN. Et, regardez aux Etats-Unis, regardez au Brésil, regardez en Angleterre avec le Brexit, c'est une forme de radicalité, regardez SALVINI en Italie, regardez ce qui se passe en Allemagne, en Belgique, en Pologne, en Espagne, nous n'avons pas choisi, nous, les Français, la radicalité grâce à Emmanuel MACRON. Mais Monsieur DURAND, moi, quand j'ai eu 18 ans, j'ai voté pour la première fois à l'élection présidentielle contre Jean-Marie LE PEN. Désormais, je suis ministre de la République, j'ai 39 ans, voilà quasiment 20 ans que le combat de ma génération, c'est le combat contre la famille LE PEN.

GUILLAUME DURAND
J'ai plusieurs questions précises à vous poser. Première question : est-ce que vous avez des nouvelles des agresseurs de Bernard TAPIE ?

GERALD DARMANIN
Je n'ai pas nouvelles des agresseurs de Bernard TAPIE, pour deux raisons, la première, c'est que, à ma connaissance, ils n'ont pas été arrêtés, et deuxièmement, c'est désormais entre les mains de la justice, et que s'il y a bien quelqu'un qui peut répondre, c'est le procureur de la République et pas le ministre de l'Intérieur.

GUILLAUME DURAND
Deuxième question : est-ce que vous êtes satisfait que le Conseil d'Etat ait confirmé la dissolution de Génération identitaire ?

GERALD DARMANIN
Tout à fait. Que n'ai-je entendu d'ailleurs de la part d'une droite très dure, je pense à monsieur RETAILLEAU par exemple qui disait que nous étions en train de faire de l'équilibrisme entre les associations islamistes que nous avons dissoutes, avec le courage que de les avoir dissoutes, CCIF ou Baraka City par exemple, et Génération identitaire qui finalement était une petite association familiale et démocratique. Le Conseil d'Etat a rappelé que c'était une association dangereuse qui prônait la haine. Et j'en suis fort satisfait.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous considérez, troisième question, comme l'a dit Valérie PECRESSE, lors d'une émission à Europe 1, qu'il faudrait que le statut de clandestin, si statut il y a, soit un délit en France, c'est-à-dire, tout clandestin qui est sur notre territoire, est dans une situation de délit.

GERALD DARMANIN
Mais c'est là où madame PECRESSE, si j'ose dire, ne va pas jusqu'au bout de ses idées et fait un peu de démagogie, c'est que c'est une directive européenne, est-ce qu'il faut changer les règles européennes pour permettre de mieux expulser du territoire national des gens qui doivent être expulsés ? La réponse est oui, et c'est ce que nous faisons d'ailleurs, vous savez, chaque année, nous expulsons 30.000 personnes qui sont irrégulières sur le territoire national.

GUILLAUME DURAND
Mais pour beaucoup, on a beaucoup de mal, parce que les pays n'en veulent pas…

GERALD DARMANIN
Alors, pour trois raisons, vous avez raison, c'est notre grand problème, la France n'est pas un pays laxiste contrairement à ce qu'on dit, 130.000 demandes d'asile hors Covid, l'année normale, si j'ose dire, parce que ça a beaucoup baissé évidemment pendant le Covid, mais par honnêteté, prenons l'année 2019, 130.000 demandes d'asile, il n'y a que 26.000 acceptations. Et sur ces 26.000 acceptations, beaucoup sont de pays où les pays sont en guerre, les personnes sont persécutées pour leur foi chrétienne, pour leur sexualité, donc c'est l'honneur de la France de les accueillir. Ce qui reste, c'est les 100.000, les 100.000, nous demandons donc qu'ils partent, et on en expulse à peu près 30.000. Donc effectivement, notre grande difficulté, ce n'est pas des décisions dures qu'on doit prendre, c'est comment faire accepter des pays, comme l'Afghanistan, la Libye, la Syrie, chose extrêmement compliquée, parce que, parfois, en guerre, ces citoyens-là, et donc, c'est ce que nous devons absolument améliorer, si vous voulez me faire dire qu'il y a encore beaucoup d'améliorations à faire, je suis tout à fait d'accord…

GUILLAUME DURAND
Dans le séparatisme islamique, vous savez qu'il y a aussi des Etats qui sont des Etats avec qui on a des relations, comme le Qatar par exemple, et qui sont, sur le plan justement de l'islamisme politique, les financiers avérés par tout le monde d'ailleurs, pendant la campagne des primaires à droite, que vous avez suivie, Bruno LE MAIRE était vent debout contre le fait qu'on ait ces relations avec le Qatar, alors que d'autres, comme Nicolas SARKOZY, étaient plutôt proches du Qatar. Je ne sais pas à titre individuel quelle est votre position. Mais est-ce qu'il peut y avoir des pays qui, justement, avec qui on n'a pas envie de discuter vraiment, comme la Libye d'aujourd'hui, et des pays avec qui on discute, qui, pourtant, sur le plan du séparatisme islamique, sont à peu près sur la même ligne ?

GERALD DARMANIN
Ce qui est certain, c'est que nous nous sommes dotés d'armes – dès que la loi séparatisme sera promulguée, celle que j'ai portée au nom du président de la République, nous empêcherons – qui empêcheront demain des pays comme ceux que vous avez cités de continuer à faire ce Soft Power islamiste, puisque nous pourrons nous opposer à la vente des lieux de culte, mosquée par exemple en France, de la vendre au Maroc, au Qatar ou à l'Arabie Saoudite…

GUILLAUME DURAND
Ou à la Turquie…

GERALD DARMANIN
Ou à la Turquie, à n'importe quel autre pays, ça vaut pour tous les lieux de culte…

GUILLAUME DURAND
Et aller empêcher ce qui se passe par exemple concernant la Turquie, dans l'Est ?

GERALD DARMANIN
Exactement, exactement, alors ce qui se passe dans l'Est, ce n'est pas la vente de la mosquée en Turquie, c'est la construction par la Turquie ou par…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais c'est justement ça que j'évoquais…

GERALD DARMANIN
Donc 1°) : on interdit la vente. 2°) : on interdit en effet les financements étrangers sur le sol national, quels qu'ils soient, et nous pourrons nous y opposer, ce n'est pas le cas aujourd'hui, demain, un gouvernement, le gouvernement turc ou une association qui dépend du gouvernement turc, enfin, bref, il peut y avoir évidemment diverses façons de contourner cette disposition, tout argent étranger qui vient sur le territoire national, 1°) : doit être connu par l'intermédiaire de Tracfin, et 2°) : le ministre de l'Intérieur pourra s'y opposer, pour l'intérêt de la nation. Et donc effectivement, nous pourrons nous opposer à cela, et ça vaut pour les lieux de culte, et ça vaut pour les écoles.

GUILLAUME DURAND
Question, et j‘ai d'autres questions concernant la situation politique, elles sont importantes, et elle émane cette fois-ci de la CGT et de monsieur MARTINEZ, vous savez qu'il y a eu des violences considérables lors d'une manifestation de la CGT, traités de collabos par des gens qui les ont agressés. Alors le problème de monsieur MARTINEZ, qui est donc le patron de la CGT, c'est qu'il considère que l'avenue qui permettait l'évacuation de la manifestation était bloquée par les forces de l'ordre, donc il soupçonne le préfet de police au fond de ne pas avoir fait ce qu'il fallait pour assurer, non seulement, la sécurité de la manifestation, premièrement, mais pour assurer la sécurité de l'évacuation ; il demande des explications, il dit : je n'ai aucune explication, vous êtes en direct ce matin. Quelles sont les explications ?

GERALD DARMANIN
Mais moi, je suis évidemment pour que chacun ait le droit absolu de manifester en France, c'est une liberté constitutionnelle, mais il y a des règles dans les manifestations, et les organisateurs des manifestations, en l'occurrence le 1er mai, chacun sait que c'est une manifestation syndicale, les organisateurs doivent gérer cette manifestation, et je peux vous dire que les services de police, à ma connaissance, je me suis rendu compte auprès du préfet de police, à la fois, la veille et le jour même, de ce qui s'était passé, a tenu dans les règles la sécurité de la manifestation, ensuite, la gestion de cette manifestation, et les discussions houleuses et les bagarres, que j'ai pu constater également, entre, par exemple, une partie des gilets jaunes et des membres de la CGT, c'est une question évidemment très importante, la police a pu intervenir à des moments donnés pour sécuriser un certain nombre de manifestants, mais ce n'est pas la police qui peut organiser, je dirais, la manifestation à la place des grandes organisations syndicales. Donc à ma connaissance, il n'y a pas eu de ratés de la préfecture de police, bien au contraire, il y a même eu des policiers molestés…

GUILLAUME DURAND
Mais MARTINEZ dit qu'il n'y a pas eu de possibilité d'évacuation face à la pression des manifestants qui attaquaient.

GERALD DARMANIN
Non, il y a eu, entre les gilets jaunes et la CGT, des bagarres, ça, je le regrette, il y a eu une manifestation qui était encadrée selon les déclarations des syndicats, et notamment de la CGT, et à ma connaissance, il n'y a pas eu d'empêchement par les policiers de faire autre chose que ce qui était déclaré. J'ai cru comprendre qu'il n'y avait pas de plainte qui avait été déposée par ailleurs par la CGT. Je vais donc redire à quel point je pense que les policiers ont été et les gendarmes courageux dans cette manifestation du 1er mai. Vous savez, il y a un policier qui a encore été molesté et qui a passé sa journée à Bercy parce qu'il a été particulièrement attaqué par des manifestants, qui ne sont pas des manifestants, et des délinquants, donc la violence, elle s'est retournée contre tout le monde, et surtout contre les forces de l'ordre.

GUILLAUME DURAND
Questions, je parle des questions précises, et après, j'aurai une question politique de fond, et nous terminerons cet entretien, je rappelle que nous sommes avec Gérald DARMANIN qui signe. : « Le séparatisme islamiste. Manifeste pour la laïcité », c'est aux Editions de l'Observatoire. Il semble qu'à Marseille, l'IGPN, la police des polices, ait été saisie après l'interpellation d'un couple qui participait à une fête clandestine, coup de poing, traîné au sol par les cheveux, etc, que sa compagne aurait été violemment poussée. Est-ce qu'il y a une bavure, est-ce que vous avez des remontées d'informations concernant cette affaire ?

GERALD DARMANIN
Non, je n'ai pas de remontée d'information, lorsque j'ai eu connaissance de la vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux, j'ai demandé des comptes à la préfète de police des Bouches-du-Rhône, une enquête administrative est saisie, à ma demande, une enquête judiciaire à l'IGPN, comme vous l'avez évoqué, et donc indépendante, est évoquée par aujourd'hui la justice, donc on laissons ces deux enquêtes se faire, ce qui est sûr, c'est qu'en attendant, c'est dommage que ces deux policiers, dont la présomption d'innocence s'applique, ne puissent être retirés de la voie publique, comme on dit, et puissent attendre le retour de ces enquêtes. Si ces enquêtes concluent à des fautes de la part des policiers, ils seront évidemment sanctionnés.

GUILLAUME DURAND
La dernière question concerne la politique qui concerne le président de la République, vous connaissez la vie politique, même si vous êtes extrêmement jeune, au fond, qu'il s'agisse de Nicolas SARKOZY, que vous connaissez bien ou de François HOLLANDE, dont vous étiez l'adversaire politique, ils ont été un peu pris de vitesse, pour des raisons multiples et variées, par ce qu'on appelle maintenant le quinquennat, qui est la loi en France, Nicolas SARKOZY, il y a eu deux crises économiques qu'il a fallu régler, donc il n'a pas pu aller jusqu'au bout de son programme, François HOLLANDE a été aux prises avec les frondeurs, ce qui n'était peut-être pas prévu au début, et finalement, tout est parti un petit peu dans un registre qui est celui du désordre, avec en plus les chiffres du chômage, le Covid, ce n'était pas prévu, les gilets jaunes, ce n'était pas prévu, et donc le programme d'Emmanuel MACRON, qui était le programme de la campagne dont on se souvient tous dans les révolutions, il n'a été qu'au quart du 25ème appliqué, même si vous avez rappelé des réformes tout à l'heure. Est-ce que vous avez l'impression que lui aussi peut-être victime du quinquennat, c'est-dire, de ne pas avoir prévu la rapidité et ce qui est imprévisible par définition, c'est-à-dire une épidémie ?

GERALD DARMANIN
Ce qui est sûr, c'est que le président de la République, il n'a pas eu beaucoup de chance dans sa gestion de son quinquennat, pour l'instant, puisque, entre les gilets jaunes et le Covid, effectivement, nous avons eu beaucoup de difficultés à gérer, et je crois que les Français, moi, c'est ce qu'ils me disent sur le marché de Tourcoing, ils disent : on n'aimerait pas être à votre place, personne ne ferait mieux que le président, et on vous trouve bien courageux.

GUILLAUME DURAND
Vous avez entendu Marine LE PEN, elle a dit : c'est le quinquennat de la violence. C'est lui qui a infligé la violence française…

GERALD DARMANIN
Je ne croise pas beaucoup Marine LE PEN sur le marché de Tourcoing…

GUILLAUME DURAND
Non, je sais, mais je reviens à ce que vous…

GERALD DARMANIN
Elle est peut-être un peu suggestive, Marine LE PEN…

GUILLAUME DURAND
Non, mais c'est vrai, mais je reviens à ce que vous avez dit tout à l'heure, c'est-à-dire, ce duel, vous n'avez pas hésité vous-même à le présenter comme le duel.

GERALD DARMANIN
Eh bien, parce que, c'est ce que veulent manifestement les Français, et les sondages le disent, les élections le disent, on verra bien ce qui se passera à l'élection présidentielle, et le danger Front national est énorme pour les élections régionales…

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous êtes certain qu'il va y aller, Emmanuel MACRON ?

GERALD DARMANIN
Non, il ne m'a pas fait de confession, moi, je souhaite que, Emmanuel MACRON soit de nouveau candidat, mais avant l'heure, ce n'est pas l'heure, comme disait ma grand-mère, pour l'instant, le président de la République, il gère une crise très importante, qui est une crise à la fois économique, sociale, psychologique et bien sûr sanitaire, c'est encore un an, un an, c'est très long, les Français n'aimeraient pas qu'on puisse faire ces jeux politiciens présidentielle alors même qu'on doit gérer cette crise. Il y aura un moment où il choisira de dire ce qu'il a à dire pour la France, s'il a un projet, s'il a envie de continuer, et s'il pense qu'il peut encore apporter beaucoup à la France, moi, je pense qu'il peut apporter beaucoup à la France, je pense que la France a la chance d'avoir Emmanuel MACRON. Et nous avons sans doute fait des erreurs, mais en tout cas, j'ai toujours vu le président de la République volontaire, aimant les Français, humble, travailleur, essayant d'améliorer pour nos concitoyens notre avenir. Ce qui est certain, c'est que le quinquennat a réduit, vous avez raison, en tant que, observateur, je le vois, a réduit le temps politique, aidé par les médias et les réseaux sociaux sans doute, et l'inversement du calendrier, c'est-à-dire, d'élire le président de la République, et après, les parlementaires, a rendu sans doute encore plus compliqué la gestion politique de notre pays. Mais ceci étant dit, et étant constaté, je trouve que le président de la République Emmanuel MACRON est un grand président de la République.

GUILLAUME DURAND
Dernière question, elle concerne évidemment le Covid et la vaccination. Au fond, beaucoup de gens se demandent, alors, puisqu'on est dans une course contre le temps, pourquoi ne pas ouvrir la vaccination à tous ceux qui se présentent ?

GERALD DARMANIN
Ça arrivera bientôt, vous l'avez entendu de la part du président de la République…

GUILLAUME DURAND
Quand ?

GERALD DARMANIN
Au mois de juin, si j'ai bien compris ce qui a été dit récemment…

GUILLAUME DURAND
Pourquoi pas maintenant, je veux dire, pourquoi ne pas…

GERALD DARMANIN
Parce qu'il y a encore beaucoup de gens…

GUILLAUME DURAND
... Un mouvement pour dire aux gens, bon allez, maintenant, si vous voulez vous faire vacciner, allez vous faire vacciner…

GERALD DARMANIN
Parce que, moi, pour avoir visité plusieurs fois les services de réanimation, et notamment ceux de ma commune, je constate que c'est, soit, les personnes âgées, soit les personnes obèses, soit les personnes qui ont des comorbidités, des malades, des maladies respiratoires, qui sont non seulement les plus touchées, mais qui meurent le plus. D'ailleurs, je voudrais dire que cette maladie, elle touche souvent d'ailleurs en premier des personnes des classes populaires et des classes moyennes, et on ne le dit pas assez, c'est une maladie qui est assez discriminante socialement, et c'est une inquiétude assez forte dans les villes, les quartiers populaires comme la mienne, donc je pense qu'il faut d'abord accepter l'idée de prioriser ceux qui sont les plus concernés par la possibilité de mourir du Covid, donc c'est une bonne politique. Ce qu'il faut en revanche, après avoir tant réclamé la vaccination, c'est qu'une grande partie des Français continuent à aller se faire vacciner.

GUILLAUME DURAND
Et je voudrais simplement, puisque vous avez amené un livre, rappeler celui aussi de Gilles KEPEL, vous savez, qui parle de terrorisme atmosphérique, vous, vous parlez de séparatisme islamique, est-ce que, ce qu'il a défini, puisque que vous connaissez ses travaux, est-ce que, finalement, on peut répondre par une modification de la loi sur la laïcité à ce qui est devenu un phénomène imprévisible, regardez ce qui s'est passé à Rambouillet, personne ne connaissait ce personnage qui a été d'ailleurs régularisé, je ne dis pas par votre gouvernement, mais par la période où vous étiez au pouvoir, donc est-ce qu'on peut répondre par une loi à quelque chose qui est devenu atmosphérique et mortel ?

GERALD DARMANIN
La loi permet, comme les moyens, permet de lutter contre ça, mais ce n'est pas évidemment le seul moyen, et Gilles KEPEL qui est un grand chercheur, a raison, il nous éclaire beaucoup de ce djihadisme d'atmosphère, cette mise en condition par les réseaux sociaux, par le commerce communautaire, par ce qui se passe à l'international, par les bagarres du monde sunnite, par la lutte contre ce qu'ils appellent blasphème contre le prophète, voilà, cette atmosphère qui crée les conditions atmosphériques des passages à l'acte, et c'est quelque chose dont Gilles KEPEL dit que ça vient de très loin, et d'ailleurs, Gilles KEPEL, comme Bernard ROUGIER, sont les deux phares, si j'ose dire, qui devraient tous nous inspirer. Et cette loi séparatisme a été très largement inspirée par leurs analyses.

GUILLAUME DURAND
On pourra enlever le masque, vous pensez, à partir d'un certain temps, puisque c'était déjà le cas dans les Alpes-Maritimes ?

GERALD DARMANIN
J'ai discuté avec mon homologue américain qui évoquait que pour les personnes vaccinées en dehors, ils avaient désormais décidé de faire retirer de masque.

GUILLAUME DURAND
Vous le souhaitez pour la France ?

GERALD DARMANIN
Dès que nous pourrons le faire, je souhaite que nous puissions…

GUILLAUME DURAND
Mais dès que…

GERALD DARMANIN
Mais moi, je ne suis pas médecin…

GUILLAUME DURAND
Vous connaissez…

GERALD DARMANIN
Moi, je ne suis pas médecin…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais j'interroge le ministre de l'Intérieur, je n'interroge pas un médecin…

GERALD DARMANIN
Oui, mais justement, voilà, on a beaucoup interrogé les ministres pour leur demander leur avis, ce qui est sûr, c'est qu'il faut que chacun puisse parler de ce qu'il connaît, je ne suis pas médecin, et donc je ferai ce que les médecins disent, ce qui est certain, c'est que j'ai envie, comme tous les Français, de retrouver une vie normale, sans masque, en se serrant la main, et en buvant des verres en terrasses de cafés.

GUILLAUME DURAND
Gérald DARMANIN : " Le séparatisme islamique. Manifeste pour la laïcité. " Le livre est publié aux Editions L'Observatoire. Merci d'être venu ce matin sur l'antenne de Radio Classique.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.

GUILLAUME DURAND
Nous avons essayé ensemble de balayer l'ensemble de l'actualité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 mai 2021