Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à France culture le 20 mai 2021, sur les bistrots, la contraception, l'insécurité, la natalité et l'immigration.

Texte intégral

GUILLAUME ERNER
Nous retrouvons notre invité Patrick BUISSON, historien, politologue, ancien conseiller de Nicolas SARKOZY, vous publiez " La fin d'un monde " aux éditions Albin Michel, et nous recevons Marlène SCHIAPPA, bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur chargée de la Citoyenneté et candidate La République en marche aux élections régionales en Ile-de-France. Patrick BUISSON, une réaction à ce que Frédéric SAYS a dit, la dimension politique des bistrots.

(…) Entretien avec Patrick BUISSON.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je dirais que ça dépend des quartiers. J'étais, vous l'avez rappelé, je suis candidate à Paris, donc j'étais en campagne sur les terrasses hier, et c'est vrai qu'à la terrasse du " Flaubert ", chez Stéphane MANIGOLD dans le 17e, c'est assez chic et c'est une cuisine élaborée, mais j'étais aussi au canal Saint-Martin, vous avez beaucoup de jeunes qui viennent autour des terrasses, et je crois que la terrasse elle a aussi justement cette fonction qui permet de faire que les gens qui passent, qui sont des passants, s'arrêtent, et discutent, et s'asseyent 5 minutes, et repartent, et il y a un brassage de population qui existe encore, je trouve, dans certains quartiers en tout cas.

(…) Entretien avec Patrick BUISSON.

MARLENE SCHIAPPA
Je trouve ça très intéressant ce que vous dites sur le patriarcat qui serait en fait un matriarcat dissimulé, parce que très souvent, si on est honnête, je trouve que c'est un peu ce qu'on nous dit pour nous consoler, « ne vous inquiétez pas, les hommes gagnent plus d'argent, les hommes prennent les décisions, mais en fait au final c'est vous qui décidez ce qu'on va manger ce soir », et d'ailleurs c'est ce qu'Elisabeth BADINTER appelle " la volonté de puissance ", elle explique qu'au 18e siècle les femmes ont repris les décisions à la maison, notamment en reprenant en charge l'éducation de leurs enfants dans la bourgeoisie, qui avant été confiée ailleurs…

PATRICK BUISSON
A des gouvernantes.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, elles l'ont repris en charge à partir du 18e siècle, par cette volonté de puissance, pour s'affirmer et tenir un rôle, mais je ne crois pas qu'on puisse dire que ce soit un matriarcat, je pense qu'il suffit de regarder économiquement qui tient le pouvoir et qui gagne l'argent, et donc qui peut acter les décisions, pour constater que c'est un véritable patriarcat. Et ce que vous dites sur les bars est très intéressant. Je racontais dans un de mes précédents livres la manière dont ma soeur et moi, un jour à Ajaccio, nous rentrons dans un bar, en étant adolescentes, et nous nous apercevons que nous sommes les deux seules filles, parce qu'avant on y allait avec notre père et notre grand-père, donc en tant qu'enfant…

PATRICK BUISSON
Exclusivement masculine, oui.

MARLENE SCHIAPPA
En tant qu'enfant on n'était pas un intrus, mais en tant que jeunes filles nous sommes des intruses dans ce bar, je trouve ça extrêmement intéressant.

GUILLAUME ERNER
Il y a eu différentes polémiques d'ailleurs, Patrick BUISSON, sur le fait de savoir s'il y avait, ou non, en France des bars qui acceptaient les femmes.

(…) Entretien avec Patrick BUISSON.

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, effectivement, sur la contraception, moi ce que je voudrais dire c'est que… d'abord je trouve ça très intéressant qu'on parle de contraception, si je peux me permettre, parce que je trouve que c'est un sujet qui est complètement abandonné du débat public, dont on ne parle jamais, alors que pour moi c'est un sujet majeur et y compris philosophique. Pourquoi la contraception est considérée à partir des années 70, 80, et ensuite d'ailleurs l'accès à l'avortement, qui n'est pas de la contraception, mais qu'on peut classer dans les droits sexuels et reproductifs, pourquoi c'est considéré comme une avancée pour les femmes, mais aussi par les hommes, parce que c'est l'avènement de la sexualité récréative, par opposition la sexualité reproductive, ça veut dire qu'on vous dit « vous n'êtes plus obligé d'avoir des rapports sexuels pour vous reproduire, mais vous avez une forme de droit au plaisir », et ça c'est absolument fondamental. Et dans ce que dit Patrick BUISSON, et il a raison de dire que du coup la décision incombe à la femme du choix d'avoir, ou non, des enfants, mais moi je le tournerais en disant, avec une analyse féministe, en disant que c'est aussi une charge mentale, et une charge sexuelle, forte, qui pèse sur les épaules des femmes, ce n'est pas une volonté des femmes de prendre seules la contraception, d'ailleurs des laboratoires travaillent sur la contraception masculine, et je déplore que la contraception masculine ne soit pas largement mise sur le marché, notamment en France…

PATRICK BUISSON
Vous mettez le doigt sur l'essentiel parce que ça fait 40 ans qu'on travaille sur la contraception masculine.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, mais qu'elle n'est pas vendue pour des raisons marketing.

PATRICK BUISSON
Et bien vous amenez mon propos, mon propos essentiel. Tous les progrès sont ambivalents, ils comportent un aspect négatif, il y a un passif. La contraception, il y a une grande résistance des Françaises, pour de multiples raisons il a fallu attendre le milieu des années 70, alors que la loi a été votée en 67, pour qu'on dépasse les 20 % d'utilisatrices de la pilule, je parle de la contraception chimique, en France la contraception a toujours existé, nous avons été une société malthusienne pendant deux siècles, avec la famille enfant unique au 19e, c'était quasiment la loi, donc, la contraception chimique c'est la pilule.

(…)

MARLENE SCHIAPPA
Je trouve ça très intéressant parce que vous distinguez de fait, je ne sais pas vous personnellement, mais vous distinguez dans votre réflexion deux rôles pour la femme, et ça rejoint ce que je disais, entre le rôle on va dire " récréatif ", mais là qui peut devenir un rôle de victime, d'objet comme vous le dites, d'une part, et le rôle de la mère, et donc c'est l'éternelle dichotomie féminine, de la maman la putain, qui a été analysée par énormément de sociologues, de philosophes, etc., et qui montre à quel point la demande des féministes c'était aussi de réconcilier dans une même personne différentes projections issues de la domination masculine sur les femmes, en disant que les femmes, en gros, sont réduites à leur corps, et soit leur corps pour reproduire, soit leur corps pour donner du plaisir.

PATRICK BUISSON
C'est la raison pour laquelle il y a une opposition féministe à la contraception chimique.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, et y compris entre les féministes essentialistes et les universalistes, vous avez les essentialistes, Antoinette FOUQUE, à l'époque, qui revendiquait la différence…

PATRICK BUISSON
Antoine ROUQUE…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, la différence avec la biologie, l'accès à la maternité, et d'autre par les existentialistes, qui telle Elisabeth BADINTER, demandaient…

PATRICK BUISSON
Elle vient plus tard elle.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement…

GUILLAUME ERNER
Patrick BUISSON, dans ce livre, « La fin d'un monde », vous évoquez, comme je l'ai dit en introduction, finalement les pulsions de meurtre du père, tous les pères, le père qui est aux cieux, autrement dit avec la déchristianisation, et le père qui incarne aussi l'autorité. Hier il y avait une manifestation, une manifestation de policiers, et il y a une série de commentaires sur l'insécurité en France, votre point de vue justement sur ce phénomène.

(…) Entretien avec Patrick BUISSON.

GUILLAUME ERNER
Marlène SCHIAPPA, vous, qu'est-ce que vous savez à ce sujet.

MARLENE SCHIAPPA
A l'époque où on a débattu pour savoir s'il fallait commémorer, célébrer ou pas, Napoléon, je trouve que tout l'héritage du Code civil, que vient de résumer finalement Patrick BUISSON, est extrêmement important, mais moi je dirais qu'au-delà de l'autorité de l'Etat il y a une défaillance de l'autorité des parents, et je pense qu'il ne faut pas nécessairement, à mon humble avis, opposer l'un et l'autre, c'est-à-dire que je pense qu'on peut être dans une vision progressiste, émancipée et féministe, et néanmoins bien sûr déplorer que l'autorité des parents n'existe plus. Et je trouve qu'on a des attentes, la société dans son ensemble…

GUILLAUME ERNER
Mais la manifestation d'hier n'était pas en faveur des parents, elle était en faveur de la police.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, mais c'est ce que je pointe, je dis que dès lors qui se passe quoi que ce soit, on met en cause l'autorité de l'Etat. Vous avez un délinquant, un trafiquant de drogue, qui assassine un policier, on dit " ah, mais où est l'autorité de l'Etat ? " Vous avez un homme qui prend un fusil, qui tire deux balles dans les genoux de sa femme, qui la brûle vivante, dans une rue, en plein après-midi, la réponse c'est « où est l'autorité de l'Etat ? » Je dirais quels sont les codes, dans la société que nous voulons nous donner, et quand on parle de la délinquance, des violences entre bandes, qui existent, de Beaugrenelle, etc., à un moment, que font les parents ? C'est une question qu'on peut se poser, et je crois que l'école instruit, mais la famille éduque, et ce rôle d'éducation dans la famille je crois qu'il est important de le remettre au centre du jeu.

(…) Entretien avec Patrick BUISSON.

MARLENE SCHIAPPA
Je pense effectivement que la reconnaissance de l'Etat vis-à-vis des personnes solidaires et qui s'engagent, elle est fondamentale, d'ailleurs c'est pour ça que j'ai décidé de naturaliser les travailleurs étrangers, c'est les travailleurs Covid, en première ligne, qui ont été les infirmières, les aides-soignantes, des caissières, des agents et des agentes de sécurité, et qui ont donné de leur temps pendant la période Covid, et je pense que c'était important que la République fasse ce pas vis-à-vis d'eux. Sur la question du progrès, moi je dois dire qu'effectivement depuis le 18e siècle, John LOCKE, philosophe du 18e siècle, il défendait déjà le droit au divorce, l'égalité entre les femmes et les hommes, la dépénalisation de l'homosexualité, dans des termes de l'époque bien évidemment, et moi je vois que votre livre a un bandeau, me semble-t-il, disant " c'était mieux avant ", moi je ne trouve pas que c'était mieux avant, je ne trouve pas que c'était mieux quand on n'avait pas de vaccins, quand l'homosexualité était considérée comme une maladie, quand on mourrait de la petite vérole, quand il n'y avait pas d'antibiotiques, quand les femmes devaient demander une autorisation à leur mari pour aller travailler et disposer d'un compte bancaire, je ne crois pas qu'on puisse dire fondamentalement tout était mieux avant, je crois que ce n'est pas le cas.

GUILLAUME ERNER
Marlène SCHIAPPA, sur l'aspect politique des choses, puisque vous êtes ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, ce fait de protester contre une situation d'insécurité, que peut aujourd'hui votre gouvernement contre une situation d'insécurité, si vous considérez que c'est effectivement l'insécurité qui est un problème aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
Beaucoup de choses. D'abord, oui, l'insécurité c'est un problème, moi je m'insurge toujours contre les débats pour savoir si c'est de l'insécurité ou du sentiment d'insécurité, et puis que quand vous êtes une femme dans le RER à 22h, même si ce n'est qu'un sentiment d'insécurité, ça ruine quand même votre trajet, et beaucoup de femmes nous disent à quel point elles ont des stratégies d'évitement et d'autocensure. Le gouvernement peut plusieurs choses. D'abord un soutien vis-à-vis des forces de l'ordre, et ça nous l'affirmons très clairement, le ministre de l'Intérieur en est le garant et le porte-parole quelque part, ensuite les moyens. Nous nous avons augmenté les moyens pour le budget du ministère de l'Intérieur, nous augmentons des moyens pour des choses, qui peuvent paraître anecdotiques, mais qui sont des écrans, des vidéo-protections, des véhicules, parce que quand on va voir les policiers et qu'ils nous disent " j'ai payé ma caméra moi-même ", ou " mon véhicule ne démarre pas ", eh bien c'est important et ça entrave leur action. Donc, les moyens considérables mis continuellement par le gouvernement, avec 10.000 effectifs de policiers en plus, en remplaçant ceux qui ont été supprimés par les précédents gouvernements, ce sont des actions très concrètes.

GUILLAUME ERNER
Patrick BUISSON, vous avez été conseiller de Nicolas SARKOZY, qui s'est fait élire sur un programme sécuritaire, votre regard.

PATRICK BUISSON
Je ne doute pas de la sincérité et de l'honnêteté intellectuelle de Madame SCHIAPPA, je dis simplement que les Français aient ce discours-là, vous savez, il était aussi tenu par Nicolas SARKOZY et les autres majorités, enfin peut-être pas celle de Monsieur HOLLANDE…

MARLENE SCHIAPPA
Sauf que eux, diminuaient les postes.

PATRICK BUISSON
Comment ?

MARLENE SCHIAPPA
Sauf que dans le précédent quinquennat les postes de policiers étaient supprimés.

PATRICK BUISSON
Le problème de fond n'est pas là, le problème c'est que nous sommes face à un sujet régalien, là, la classe politique, et notamment les souverainistes, ne peuvent pas dire " c'est Bruxelles, on peut rien faire, on n'a pas la liberté de faire ", ils ont toute la liberté de faire. Généralement ils font des lois qui ne servent à rien, ou ils parlent de moyens, ou d'effectifs, ce qui n'est pas le problème, le problème c'est la volonté politique. On vient d'en avoir un exemple.

GUILLAUME ERNER
Il n'avait pas de volonté politique Nicolas SARKOZY à ce sujet ?

PATRICK BUISSON
Il n'a rien fait, bien sûr, sa volonté politique s'est érodée et il n'a pas eu le bilan qu'il aurait dû avoir, et donc on vient d'avoir un exemple avec la critique Covid, l'Etat des moyens de coercition extrêmement puissants, quand il veut les utiliser, il y a recours. Tout l'Etat de droit a été foulé aux pieds, toutes les libertés ont été balayées d'un revers de main en quelques jours, si la sécurité devenait une cause nationale pour les politiques, ça se saurait, le problème est là, il est sur la volonté politique et les moyens à utiliser, sur un dossier où il ne peut pas se défausser sur l'Europe, ni sur quelque excuse absolutoire que ce soit.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne parlais absolument pas d'Europe, mais je pense que la volonté politique elle se traduit par les moyens, et d'ailleurs vous l'avez dit vous-même en concluant vos propos…

PATRICK BUISSON
Pas seulement.

MARLENE SCHIAPPA
Pas seulement, il y a, à la base, une volonté politique, mais également une volonté d'appréhender ce sujet d'une manière peut-être un peu différente, c'est-à-dire que parfois certains nous reprochent de faire trop la… de la droite…

GUILLAUME ERNER
Votre gouvernement a été surpris par cette question de l'insécurité Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, pas du tout, dans la mesure où, moi je vais vous dire, la première mesure que j'ai portée dans mes précédentes fonctions c'était la verbalisation du harcèlement de rue, qui pourrissait la vie des femmes. Pourquoi ? parce qu'avec le président de la République, quand nous étions en campagne, nous avons lancé « la grande marche », nous avons fait du porte-à-porte et nous avons demandé aux Françaises et aux Français quelles étaient leurs préoccupations, et l'insécurité des femmes, dans l'espace public, arrivait en numéro 1 de ce qui était abordé par les femmes, et d'ailleurs par beaucoup d'hommes aussi, préoccupés par la situation pour leur femme, leur soeur, leur fille, ou pour eux-mêmes, et donc nous sommes le premier pays du monde à avoir verbalisé le harcèlement de rue, il y a eu des milliers d'amendes qui ont été mises par les forces de l'ordre, c'est un sujet je porte depuis des années et je déplore qu'on ait dû attendre 2017 pour qu'enfin un gouvernement prenne à bras-le-corps cette question de la sécurité des femmes dans l'espace public.

GUILLAUME ERNER
Patrick BUISSON, vous êtes critique sur la politique menée par Nicolas SARKOZY à cet égard, et j'imagine sur les suivantes, est-ce que Marine LE PEN ou Eric ZEMMOUR feraient mieux ?

PATRICK BUISSON
Ecoutez, ça c'est vraiment le genre de question à laquelle on ne peut pas répondre, d'abord parce que…moi je ne sais pas qui sera candidat à la présidence de la République…

GUILLAUME ERNER
C'est votre métier d'être politologue, je vous ai soumis deux hypothèses.

PATRICK BUISSON
Comment voulez-vous que nous ayons des…

GUILLAUME ERNER
Eric ZEMMOUR ou Marine LE PEN.

PATRICK BUISSON
Sur des gens qui n'ont pas exercé le pouvoir, à les entendre la sécurité est le problème essentiel de leur démarche ou de leur programme, la difficulté c'est, lorsqu'on arrive au pouvoir, d'afficher la même constance, la même détermination politique, que durant une campagne électorale, et moi ce que j'ai pu constater c'est, les qualités requises pour remporter une élection ne sont pas les mêmes que pour exercer le pouvoir, c'est deux types d'exercices totalement différents, donc comment voulez-vous préjuger…

MARLENE SCHIAPPA
Mais les limites de la démocratie selon Alexis de TOCQUEVILLE.

PATRICK BUISSON
Comment ?

MARLENE SCHIAPPA
Les limites de la démocratie selon Alexis de TOCQUEVILLE…

PATRICK BUISSON
Mais oui, mais bien sûr, et donc c'est ça le problème, comment peut-on préjuger de ce qu'un candidat. Alors, il a un programme, et son programme n'engage en rien finalement, finalement il s'en libère, il n'est pas tenu par son programme, très rapidement.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je préjuge, je vais me permettre, dans la mesure où à la fois Marine LE PEN ou Eric ZEMMOUR sont dans la pensée magique, ils sont dans les " y qu'à ", " il faut qu'on ", et des solutions simplistes qui ne fonctionnent pas réellement, pour tout un tas de raisons. Quand on écoute Marine LE PEN, ou quand on écoute Eric ZEMMOUR, on a l'impression que le maux, le problème initial pour tout résoudre, est l'immigration, c'est-à-dire ils voient exclusivement l'immigration comme une menace et un danger, et à tout problème…

PATRICK BUISSON
C'est un problème central.

MARLENE SCHIAPPA
C'est un sujet important, mais on ne peut pas dire fondamentalement que l'immigration soit un problème. Ils considèrent, Marine LE PEN, comme Eric ZEMMOUR, que dès lors que nous mettrions fin à l'immigration il n'y aurait plus d'insécurité, c'est méconnaître profondément la réalité de l'insécurité dans ce pays, et la réalité également de l'immigration. François BAYROU a mis le doigt ce week-end sur un sujet important qui est la démographie et la chute de la natalité, eh bien je crois que dans l'Histoire de France les vagues d'immigration ont enrichi le pays à la fois culturellement, mais économiquement également.

PATRICK BUISSON
Etes-vous favorable à un grand programme dans l'esprit du CNR pour relancer la natalité en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi j'ai créé et présidé pendant 10 ans une association qui s'appelle « Maman travaille », les questions de relance de la natalité me passionnent, ce n'est pas dans mon portefeuille, mais à titre personnel je considère que c'est un sujet absolument fondamental, face notamment…

PATRICK BUISSON
Donc l'option c'est plus de naissances en France et moins d'immigration, pour vous ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, pas moins d'immigration, mais ce que j'observe c'est que la natalité…

PATRICK BUISSON
Pourquoi pas moins d'immigration ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous répondre ; la natalité on ne l'augmente pas en augmentant les allocations familiales, et je pense que pendant des années…

PATRICK BUISSON
Pourtant c'est ce qui s'est fait avec l'allocation de salaire unique…

GUILLAUME ERNER
Marlène SCHIAPPA terminez…

PATRICK BUISSON
En 1960.

MARLENE SCHIAPPA
C'était une autre époque ; pourquoi un couple, pardon d'être un peu basique, mais pourquoi des gens vont se dire " nous allons avoir un bébé ", ce n'est pas en faisant des comptes sur un tableur Excel et en se disant " on aura 148,50 euros d'allocations familiales… "

PATRICK BUISSON
Mais si, c'est ce qui s'est passé.

MARLENE SCHIAPPA
Non, c'est en ayant confiance dans l'avenir, et en ayant une confiance dans l'avenir, et c'est pourquoi à chaque fois que vous avez des moments de reprise, de reprise économique, de relance, des événements joyeux, la Coupe du monde 98, vous avez des babys-blues, des vagues de natalité.

PATRICK BUISSON
La reprise démographique des baby-boomers commence en 42, en pleine nuit de l'Occupation, vous n'aviez pas d'espérance. C'est un acte d'espérance de faire un enfant, si vous voulez…

MARLENE SCHIAPPA
C'est un acte d'espérance, exactement.

PATRICK BUISSON
…l'allocation de salaire unique qui équivalait à trois quarts de SMIC a permis à beaucoup de femmes de faire le choix entre le travail et…

MARLENE SCHIAPPA
Mais ce n'est plus le cas maintenant Monsieur BUISSON, on a augmenté, on a créé des allocations….

GUILLAUME ERNER
S'il vous plaît, pas en même temps. Patrick BUISSON, indépendamment de cette question démographique, quel lien faites-vous entre l'immigration et la question de l'insécurité ?

PATRICK BUISSON
Vous m'interrogez sur les sujets que je n'aborde absolument pas dans mon livre. Le problème, si vous voulez, c'est que le débat est impossible tant que les institutions officielles interdisent la publication de statistiques ethniques, donc on parle dans le vide, le jour où on aura des statistiques ethniques on pourra dire il y a une réalité, elle se traduit par tel pourcentage…

GUILLAUME ERNER
Ou pas.

PATRICK BUISSON
Ou pas, bon, voilà ! donc, à partir du moment où l'outil de mesure, qui existe dans tous les pays du monde à peu près, n'existe pas en France, évidemment le débat peut donner lieu à des concours de démagogie d'un côté, et de négation forcenée de l'autre, d'une peut-être réalité qui, semble-t-il…par la population des prisons, comme dans les prisons américaines, et c'est bien normal d'ailleurs, parce que ce que sont des populations fragilisées, des populations livrées à elles-mêmes, il est vrai que pour survivre parfois certains ont recours à des actes de délinquance, c'est comme ça.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a un enjeu très fort, au-delà de l'immigration, c'est la question de l'intégration, et je pense que ce que pointe Monsieur BUISSON met au jour la question de la défaillance d'un certain nombre de politiques d'intégration et d'accompagnement des personnes étrangères quand elles arrivent, notamment celles qui arrivent parce qu'elles ont demandé l'asile. Moi je suis en train de travailler sur les populations Yézidis, vous savez il y a eu un génocide en Irak, et dans la région irakienne, proféré par Daesh qui a réduit à l'esclavage sexuel des familles Yézidis, qui a massacré les hommes, nous avons accueilli en France plus d'une centaine de femmes Yézidis et leurs enfants, nous sommes en train de créer un parcours d'intégration pour elles, justement pour qu'elles puissent mieux apprendre le français, nous avons augmenté considérablement les heures de cours de français. Mais en matière d'immigration, moi il y a un chiffre que je peux vous donner, c'est plus de 3000, plus de 3000 c'est le nombre de personnes qui sont des travailleurs étrangers qui ont tenu à bout de bras, avec bien sûr des gens de nationalité française, mais qui ont tenu à bout devra le pays pendant la période de confinement, et que nous étions très heureux de trouver là, et je suis ravie de leur avoir attribué la nationalité française.

(…) Entretien avec Patrick BUISSON.

GUILLAUME ERNER
Juste une question à ce sujet, quelqu'un qui est Français, il est Français ?

PATRICK BUISSON
Ben oui.

GUILLAUME ERNER
Que faire par rapport à cela avec les statistiques que vous évoquez et en imaginant, par exemple, que ces statistiques existent, qu'en feriez-vous ?

PATRICK BUISSON
Vous me posez une question que vous poseriez à un politique…

GUILLAUME ERNER
J'imagine que vous avez déjà eu des discussions politiques dans votre vie.

PATRICK BUISSON
Moi si vous voulez je vais vous retourner la question, plutôt je vais la retourner à l'égard de Madame SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Patrick BUISSON qui prend les commandes de l'émission, qui pose les questions.

GUILLAUME ERNER
Je veux bien qu'il vous pose une question.

PATRICK BUISSON
Parce que je vais répondre à votre question, en posant cette question à Madame SCHIAPPA, je vais répondre à votre question très rapidement. C'est bien d'avoir une condamnation historique morale de l'esclavage, c'est bien, ça ne coûte pas cher…

MARLENE SCHIAPPA
Jusque-là on est d'accord.

PATRICK BUISSON
Moi j'aimerais entendre le gouvernement condamner l'esclavage moderne, l'esclavage des immigrés par le patronat, moi j'ai fait mes études à Nanterre, j'ai découvert ce qu'était la réalité de l'exploitation des immigrés par le patronat avec le bidonville de Nanterre, voilà, et quand je dis que l'immigration des années 70, l'implantation de main-d'oeuvre maghrébine a été un crime contre la Nation, contre la classe ouvrière, et contre les immigrés, je lie les trois, parce qu'il n'y a eu aucun bénéfice à cette opération, l'esclavage il existe aussi avec les enfants de moins de 10 ans qui travaillent dans les pays du tiers-monde pour la mondialisation, celle-là il faudrait la condamner.

GUILLAUME ERNER
Une réponse, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Je veux absolument répondre sur ce sujet important parce que c'était l'objet d'une des réunions que j'ai faite hier sur les femmes qui sont réduites à l'esclavage dans certaines ongleries dans des quartiers parisiens, et je peux vous dire qu'en ce qui concerne les travailleurs, et notamment les travailleurs pauvres, en tant que candidate à Paris pour les élections régionales, moi je vais proposer la création de salles de repos pour les livreurs, les livreurs UBER EATS, DELIVEROO, JUST-EAT, que l'on voit, qui parfois épuisés et qui sont attroupés dans certains quartiers de Paris, nous allons proposer, avec la région si nous sommes élus, de créer des salles de repos pour ces livreurs, pour qu'ils puissent justement avoir des temps de répit, parce que leurs conditions de travail sont ultra difficiles, c'est une forme de nouveau prolétariat, qui a été " ubérisé " lui aussi et que je trouve assez peu de personnes…

PATRICK BUISSON
Au profit des classes favorisées qui habitent la capitale Madame SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Assez peu de personnes ne les défendent ; eh bien écoutez, moi je j'habite la capitale et je veux défendre ces livreurs, à la fois pour eux-mêmes, mais aussi pour les riverains et pour la vision de la société que nous voulons défendre.

GUILLAUME ERNER
Merci Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mai 2021