Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à France Info le 26 mai 2021, sur les féminicides, les opposants aux vaccins, les accusations de racisme contre la police et les élections régionales.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Une femme de 22 ans est morte le week-end dernier à Hayange, en Moselle, après avoir été poignardée par son compagnon. Elle avait poussé à deux reprises l'an dernier la porte d'un commissariat, d'abord pour déposer une main courante, puis pour porter plainte contre lui pour menaces de mort. La plainte n'a pas été transmise à la justice, savez-vous pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, l'enquête doit faire toute la lumière et dire pourquoi. Mais moi je suis interpellée par cette situation, d'abord par le fait qu'il y aurait eu une main courante, puisque nous, nous avons avec le ministre de l'Intérieur donné une instruction très ferme, dès notre entrée en fonctions, en disant qu'en ce qui concerne les violences conjugales, eh bien ce doit être des plaintes et 100% des plaintes doivent être prises, qualifiées et transmises au Parquet. Manifestement, d'après les éléments du procureur de la République, et je parle évidemment sous son contrôle et dans le respect de la séparation des pouvoirs, il n'indiquait qu'il semblerait que ce serait une plainte qui n'aurait pas été déposée dans le deuxième cas, pour des faits de violences conjugales. Ça n'excuse évidemment en rien…

MARC FAUVELLE
C'était des menaces de mort, dans le cas de la plainte.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, c'était des menaces qui auraient été, et vraiment je parle, je reprends les éléments du procureur de la République, qui auraient été considérées comme d'autres catégories de plaintes que les violences conjugales. Mais encore une fois, évidemment on ne peut pas se satisfaire de cette situation, c'est une femme très jeune, de 22 ans, et moi j'observe d'ailleurs qu'à Hayange comme à Mérignac, on a affaire à des féminicides d'une barbarie terrible, et qui tous les deux ont lieu en pleine rue, c'est-à-dire que vous avez cette espèce de sentiment d'impunité et de sentiment d'appartenance et le sentiment que votre femme, votre ex-femme vous appartient, et je ne peux pas tolérer qu'aujourd'hui il y ait des hommes qui considèrent qu'ils ont le droit de vie ou de mort sur leur femme ou leur ex-femme, à tel point qu'ils se sentent autorisés à la tuer en pleine rue.

MARC FAUVELLE
Quand vous avez entendu hier le procureur de la République dire : il n'y a pas eu de dysfonctionnement du service judiciaire. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui, est-ce que vous pensez que l'erreur, s'il y en a une, a été en amont, du côté de l'officier de police judiciaire qui a recueilli la plainte ?

MARLENE SCHIAPPA
Encore une fois, vous savez que j'appartiens au pouvoir exécutif, je ne veux pas me mêler du pouvoir judiciaire, mais évidemment ce sont des échecs collectifs, à chaque fois qu'il y a un féminicide. Moi ça fait maintenant près de 20 ans que je suis engagée personnellement contre les violences conjugales, pour rendre visible ce phénomène. Ce dont on peut collectivement se réjouir, entre guillemets, c'est du fait que désormais ce ne sont plus des faits divers, maintenant quand il y a un féministe ça fait l'ouverture du journal de France Info et on en parle, et on le rend visible. Il y a encore quelques années c'était classé dans les faits divers. Maintenant il faut qu'il y ait ce réveil de toute la société. Le Grenelle des violences conjugales a permis des dizaines et des dizaines de mesures inédites qui n'avaient jamais été prises avant, je pense à la question de l'autorité parentale et on en parlera peut-être dans cette affaire, puisqu'il y a une petite fille, qui manifestement aurait été témoin…

MARC FAUVELLE
De 4 ans.

MARLENE SCHIAPPA
… aurait été témoin de ce qui s'est produit. Nous avons, avec Edouard PHILIPPE à l'époque, instauré avec les parlementaires le fait que maintenant il y a une déchéance de l'autorité parentale dans ce cas-là, ce n'était pas le cas avant. Nous avons créé ce bracelet d'éloignement, ce bracelet anti-rapprochement, mais manifestement dans ce cas, et là aussi je me réfère au procureur de la République, il y aurait eu, il était sous bracelet électronique qu'il l'aurait, manifestement, je suis prudente, arraché.

MARC FAUVELLE
Il était sous bracelet pour une autre affaire, de délit routier, qui n'avait aucun lien avec la plainte.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. Exactement, et ce que cela démontre, c'est que nous avons affaire à des personnes qui sont déterminées à tuer, c'est le même procédé, je ne vous parle pas … mais c'est le même procédé que face par exemple à des gens qui veulent commettre des attentats terroristes. Vous avez en face de vous des gens qui sont déterminés à tuer, quelles que soient les conséquences de ce qu'ils font. C'est l'extrême difficulté des féminicides et des violences conjugales.

SALHIA BRAKHLIA
Mais, la difficulté, Marlène SCHIAPPA, dans ce cas précis, c'est qu'à sa sortie de prison, il a été demandé à l'épouse, à la conjointe, si elle acceptait que son compagnon revienne à la maison, et elle a dit oui. Est-ce que ça pose la question du consentement ?

MARLENE SCHIAPPA
Ah oui, je suis très choquée. Très choquée qu'on, alors qu'il y avait, même si c'était des mains courantes, ça veut dire qu'il n'y a pas eu d'étude du dossier et de la situation réelle d'une part, et d'autre part ça pose la question de l'emprise. Avec la loi issue du Grenelle des violences conjugales, nous avons faire entrer la notion d'emprise dans la loi. Et je veux ici saluer le travail de Yaël MELLUL, qui est une ancienne avocate et avec laquelle j'ai travaillé dans le Grenelle des violences conjugales, pour aboutir justement à définir ce phénomène d'emprise. Parce que très souvent, avec les violences physiques et les violences parfois sexuelles ou économiques, vous avez des violences psychologiques, et c'est pourquoi vous avez des femmes, on dit parfois pourquoi elle ne le quitte pas ? Pourquoi elle ne part pas ? Vous avez des hommes qui sont des manipulateurs et qui tiennent sous leur emprise ces femmes qui de fait ont toutes les difficultés à partir ou à dénoncer ces faits.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire qu'on n'aurait même pas dû poser la question à cette dame, sur le retour de son mari ?

MARLENE SCHIAPPA
Là encore je suis obligée de respecter la séparation des pouvoirs, donc ce sera à l'enquête de faire toute la lumière sur la question. Mais quand il y a une femme qui a fait état de violences conjugales, quand police secours a été appelé à une dizaine de reprises, manifestement pour des faits de violence, et quand les voisins sont informés qu'il y a des violences conjugales, et que donc manifestement cette phrase glaçante qu'on ne supporte plus d'entendre, du « tout le monde savait », et qu'on lui propose et qu'elle se sent obligée d'accepter puisque c'est le père de son enfant, manifestement c'est ce qui a amené à cette acceptation, je pense que c'est terrible, oui.

MARC FAUVELLE
Il y a quelques jours, après un précédent féminicide, à Mérignac cette fois-ci, vous aviez évoqué et Gérald DARMANIN également, la création d'un fichier pour recenser toutes les violences conjugales, qui permettrait justement de rapprocher les informations de la police qui recueille les témoignages et de la justice qui doit les traiter.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

MARC FAUVELLE
Où en sommes-nous ?

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, parce qu'avec le garde des Sceaux Eric DUPOND-MORETTI et le ministre de l'Intérieur Gérald DARMANIN, nous avons immédiatement, après les faits de Mérignac, diligenté une inspection, c'est rare d'ailleurs qu'il y ait des inspections Intérieur – Justice…

MARC FAUVELLE
Qui a conclu cette fois-ci à des défaillances.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, en fait, nous rendrons publiques les conclusions le 10 juin, mais oui il y a manifestement des défaillances dans ce qui s'est passé à Mérignac. La totalité du rapport sera remise le 10 juin, mais nous d'ores et déjà, avec les premières conclusions, la première, toute première synthèse, avec Gérald DARMANIN, ce que nous observons c'est qu'il y a des gens qui ont rempli les procédures, la grille d'évaluation du danger elle a été utilisée par exemple par les forces de l'ordre, etc., mais chacun en silo. Et vous aviez à Mérignac, sur les faits qui se sont produits, un monsieur qui était sous contrôle judiciaire, qui se rend pour pointer à son contrôle judiciaire, et dont on ne sait pas qu'il est par ailleurs recherché pour des faits graves de violences conjugales. Donc, avec le ministre de l'Intérieur nous avons proposé au Premier ministre la création d'un fichier, un fichier des auteurs de violences conjugales et de violences intrafamiliales, qui permettra justement de mieux partager les informations. Et quand quelqu'un…

MARC FAUVELLE
Uniquement après leur condamnation ou dès le dépôt de plainte ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, après leur condamnation manifestement, parce qu'il y a un respect, donc vous savez que les termes de fichiers…

MARC FAUVELLE
De la présomption d'innocence.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, fichier et liberté, on ne fait pas un fichier comme ça, pour l'instant c'est l'hypothèse sur laquelle nous sommes en train de travailler, mais nous allons travailler avec l'ensemble des parties prenantes et l'idée ce sera justement que maintenant cette information elle soit partagée, et quand quelqu'un sera mis en cause dans une autre affaire ou arrêté pour autre chose, eh bien la police et la justice sauront que c'est une personne qui est mise en cause pour des violences conjugales. Et ça nous montre…

SALHIA BRAKHLIA
Ça sera un fichier national.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, et ça me montre, l'affaire qui vient de se produire nous montre que si on avait ce fichier et qu'on sait que cette personne est mise en cause et a été déjà condamnée, c'était le cas dans cette affaire, pour des violences conjugales, on ne propose pas dans ces cas-là à son ex-conjointe de l'héberger.

SALHIA BRAKHLIA
Juste une information surprenante, la victime, si on revient à Hayange, la victime est morte dans la rue, dans la même rue que le commissariat de police qui était fermé le dimanche à partir de 18h00. Est-ce que vous trouvez ça normal ?

MARLENE SCHIAPPA
Qu'une femme meurt dans la rue, non je ne trouve pas ça normal.

SALHIA BRAKHLIA
Que le commissariat soit fermé à partir de 18h00 ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a des horaires dans les commissariats. Après, moi je suis toujours un peu étonnée, honnêtement, à chaque fois qu'il y a un féminicide maintenant qui se produit, que les premières personnes qu'on blâme dans le débat public, sont les policiers, voire parfois le gouvernement. Je pense que ça, honnêtement, je vous dis les choses comme je le pense, il y a 400 interventions de policiers et de gendarmes chaque semaine pour sauver des femmes, face à des violences conjugales, sauver des enfants, on pense par exemple aux trois gendarmes dans le Puy-de-Dôme qui sont intervenus et qui ont été tués par l'homme qui était mis en cause pour venir sauver la femme, ils venaient pour venir sauver la femme qui était réfugiée sur le toit. Je pense que lutter contre l'impunité des auteurs de violences conjugales c'est aussi rendre visibles les responsabilités, la responsabilité de cet homme qui considère qu'il a droit de vie ou de mort sur sa femme ou sur son ex-femme.

SALHIA BRAKHLIA
Marlène SCHIAPPA, vous avez peut-être vu les images de ce rassemblement ce week-end à Paris, où des centaines d'opposants au vaccin, au masque, au pass sanitaire, se sont assemblés en présence notamment de l'humoriste Jean-Marie BIGARD, voici quelques-uns de ses propos à la tribune recueillis par nos confrères de Quotidien.

JEAN-MARIE BIGARD, HUMORISTE, ANTI PASS SANITAIRE
Non, au pass sanitaire, non ! Et pourquoi ils ne nous colleraient pas une étoile jaune pour qu'on soit repéré plus facilement ! Quand même, Agnès BUZYN, qui est maintenant protégée en Suisse, quand tu penses que cette connasse, pardon, ne va pas payer ses crimes ! Espèce de grosse connasse, crève !

SALHIA BRAKHLIA
Pourquoi on n'a pas entendu le gouvernement à la suite de ces propos ?

MARLENE SCHIAPPA
Si le gouvernement doit s'exprimer à chaque fois que Jean-Marie BIGARD boit un coup de trop et prononce des insultes et des menaces, moi, je trouve que ça illustre vraiment les ravages de l'alcoolisme, enfin, pardon de le dire, mais, moi je suis étonnée dans les commentaires que personne ne fasse référence à ça, on a manifestement quelqu'un qui n'est pas dans un état normal et qui prononce des propos absolument honteux et scandaleux, moi, ce qui m'étonne, c'est qu'on offre une tribune à ce personnage, et qu'on l'invite rassemblements à s'exprimer de la sorte. Alors, j'ai regardé la vidéo, pas complète, mais…

SALHIA BRAKHLIA
Plus longue…

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, plus longue, et on voit qu'il y a une des organisatrices qui vient lui dire doucement à l'oreille : s'il te plaît, est-ce que tu peux ne pas dire de gros mots…

MARC FAUVELLE
Et il reprend de plus belle…

MARLENE SCHIAPPA
Enfin, ce sont des propos condamnables. On a, là, quand même…

SALHIA BRAKHLIA
Justement, vous allez porter plainte ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais c'est à chacun de dire ce qu'il entend faire, mais on a, là, des menaces de mort, on a, là, des injures publiques, des injures publiques à raison du sexe qui sont évidemment inacceptables, et je pense que dans la vie publique et dans la vie politique, chacun se grandirait à ne pas faire usage de l'insulte, je le dis, en l'occurrence, pour ce qui visait Agnès BUZYN et pour ce qui visait Olivier VERAN, j'ai entendu la semaine dernière qu'il y avait un débat sur un plateau de télévision pour savoir si oui ou non, on avait le droit de traiter Marine LE PEN de chienne, et certains disaient : oui, parce que c'est Marine LE PEN, moi, je ne suis pas d'accord avec ça, je pense que les principes, ils valent indifféremment de l'engagement politique des uns et des autres, on n'insulte pas les gens, les insultes à raison du sexe, les menaces, les menaces de mort, les menaces de viol, tout cela, c'est condamnable par la loi, et ce n'est pas parce qu'on est un responsable policier qu'on a le droit de vous insulter et de vous menacer de mort comme c'est fait de cette manière.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que le chanteur qui chante cette année l'hymne des Bleus, puisque vous faites référence à ses propos…

SALHIA BRAKHLIA
Youssoupha…

MARC FAUVELLE
Youssoupha, les paroles de cette chanson vous ont choquée, vous aussi ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je les ai découvertes à cette occasion, bien sûr, les paroles de cette chanson m'ont choquée. Après, le choix de Youssoupha pour l'hymne, c'est le choix de la FFF, son choix, je le respecte, je n'ai rien contre Youssoupha en tant que personne ou en tant qu'artiste, mais j'ai vu qu'à cette occasion, il y avait ces débats, et que certains, pour justifier ce choix, se sentaient obligés de dire non, mais c'est ok d'insulter des femmes politiques et de les menacer à condition que ce soit Marine LE PEN, je trouve que c'est une pente dangereuse. Ça veut dire que la prochaine fois, on va dire : c'est ok, parce que c'est une femme d'extrême gauche, et ça veut dire qu'à partir du moment où on est en désaccord politique, on a le droit de menacer de viol ou de mort. Vous savez, moi, en tant que ministre, je reçois tous les jours beaucoup de messages d'amour et de soutien, mais aussi tous les jours des menaces, des menaces de viol, des photomontages dégradants, je pense que défendre la place des femmes…

MARC FAUVELLE
Vous attaquez systématiquement ?

MARLENE SCHIAPPA
Mon avocate porte plainte, oui, il y a déjà eu des condamnations d'ailleurs pour cela, quand vous avez des photomontages graves avec des menaces de mort où on vous représente en train de mourir la tête décapitée, comme ça m'est déjà arrivé, avec des kalachnikovs pointées sur vous, avec des insultes, des menaces, oui, évidemment, il y a des dépôts de plainte, et en général, il y a des condamnations et des amendes qui sont payées.

MARC FAUVELLE
Le vice-président du Sénat, pour en revenir au rassemblement des anti-vaccins dont on parlait il y a quelques instants, Vincent DELAHAYE, est intervenu lors de ce rassemblement, il dit qu'il est parti avant d'entendre les propos dont on a entendu un extrait il y a quelques instants, est-ce qu'il était à sa place ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas à moi de donner les autorisations au vice-président du Sénat, il me semble qu'il a, honnêtement, je pense qu'il a été, soit, piégé, bon, je ne suis pas sa porte-parole, je ne suis pas là pour le défendre, je ne sais pas, et je ne connais pas d'ailleurs personnellement le vice-président du Sénat, mais manifestement, il a dit après qu'il condamnait ces propos et qu'il se désolidarisait des propos qui ont été tenus, c'est la moindre des choses. Et je pense qu'effectivement, moi, je n'irai pas à ce type de rassemblement, si vous voulez, la pandémie, elle est propice à tout un tas de thèses complotistes et de dérives sectaires, et j'ai installé…

MARC FAUVELLE
Dont vous êtes en charge justement.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. J'ai installé la semaine dernière le renfort de la Miviludes, j'ai nommé une magistrate à la tête de la Miviludes, j'ai installé un conseil d'orientation avec des experts reconnus, comme Georges FENECH par exemple et d'autres qui travaillent contre les dérives sectaires, et on voit très bien que ce type de discours complotistes comme celui qui est tenu par Jean-Marie BIGARD et par les organisateurs de ce rassemblement…

SALHIA BRAKHLIA
Et qui est repris par certains politiques, tout comme Florian PHILIPPOT…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. C'est ça qui nourrit les dérives sectaires, et vous avez des personnes qui sont dans une situation de fragilité et qui, du coup, ont ce terreau et qui tombent sous la coupe d'un certain nombre de gourous, certains en France ont été condamnés récemment, on peut citer par exemple Thierry CASASNOVAS, qui est un adepte du crudivorisme, et qui explique à des gens malades du cancer qu'ils n'ont pas besoin de se soigner parce que s'ils mangent des crudités et suivent ses vidéos sur YouTube et boivent de l'eau, tout va bien se passer, et bien sûr, derrière, il y a une volonté de sujétion psychologique et de profiter financièrement de ces personnes, c'est très grave, et on recense plusieurs centaines de groupes sectaires, il y a 90.000 enfants en ce moment qui sont aux prises de ces groupes sectaires de ce type.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, il y a deux jours, Gérald DARMANIN, le ministre de l'Intérieur, annonçait qu'il allait porter plainte contre Audrey PULVAR, candidate socialiste aux régionales en Ile-de-France, pour ses propos diffamatoires, selon lui, tenus contre la police, il propose désormais de la rencontrer. Qu'est ce qui s'est passé ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, le ministre de l'Intérieur, depuis qu'il a été nommé, s'est donné une mission, c'est de protéger ceux qui nous protègent et de soutenir les policiers, et on…

MARC FAUVELLE
Alors, en quoi les propos d'Audrey PULVAR menaçaient la police ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je ne parle de menaces, mais je parle de mise en cause…

MARC FAUVELLE
De diffamer…

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je vous donne mon avis personnel ; ce qui n'est pas le fondement de la plainte du ministre de l'Intérieur, mais, moi, j'observe personnellement qu'Audrey PULVAR tient un discours très ambigu sur la police, et qui varie en fonction son auditoire. Donc là, il y a une vidéo qui date…

SALHIA BRAKHLIA
C'est-à-dire ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a une vidéo qui date d'il y a plusieurs mois qui a été exhumée sur les réseaux sociaux, dans laquelle Audrey PULVAR dit : la police assassine, la police est raciste. Elle symbolise…

SALHIA BRAKHLIA
... Toute la police n'est pas raciste, c'est ce qu'elle dit précisément…

MARLENE SCHIAPPA
Ah, non, pas dans cette vidéo…

SALHIA BRAKHLIA
Si, si, si…

MARC FAUVELLE
Au début de la vidéo, si, dans l'extrait complet qu'on a écouté hier, pardon, on ne l'a pas sous la main ici, mais on l'a réécouté hier…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, vous avez eu la chance d'avoir l'extrait complet. Moi, dans l'extrait que j'ai vu en tout cas, les propos qui sont tenus c'est : la police est raciste et la police a assassiné, etc.

SALHIA BRAKHLIA
Il n'y a pas de généralité, je le rappelle ce matin…

MARLENE SCHIAPPA
Pardon ?

SALHIA BRAKHLIA
Dans ses propos, il n'y a pas de généralité sur la police, elle dit : toute la police n'est pas raciste. Elle commence même par ça…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, peut-être, en tout cas, c'est coupé manifestement dans une vidéo, et dans le reste, elle dit, enfin, je suis formelle, chacun peut regarder la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, elle dit : j'attends des excuses de la police pour un certain nombre d'assassinats, notamment…

SALHIA BRAKHLIA
Elle donne différents exemples, Malik OUSSEKINE, Adama TRAORE…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, Malik OUSSEKINE, bien sûr, mais ensuite, elle fait un parallèle entre Malik OUSSEKINE et Adama TRAORE, Zyed et Bouna, etc.

MARC FAUVELLE
Dont on rappelé hier ici-même ces deux affaires n'avaient pas été jugées…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, et je pense que c'est le problème des propos qui sont tenus par Audrey PULVAR, par exemple, quand elle dit, il y a eu une marche, les policiers ont voulu marcher sur l'Assemblée nationale, on voit bien historiquement à quoi elle fait référence, à la marche sur Rome, c'est une personne cultivée, elle utilise les mots à dessein, et donc il y a une ambiguïté dans le discours d'Audrey PULVAR vis-à-vis de la police, et elle adapte son discours en fonction de l'auditoire, là, quand elle parle à un public indigéniste ou à un public anti-police, elle n'hésite pas à blâmer la police dans son ensemble, moi, c'est ce que j'observe en tout cas. Maintenant, que le ministre de l'Intérieur privilégie le dialogue, je pense que c'est sain et qu'il a raison, moi, ce que je souhaiterais, c'est que le soutien aux forces de l'ordre, dans une période difficile où des policiers et des policières ont été tués, notamment lors d'un attentat islamiste encore récemment à Rambouillet, puis, par un trafiquant de drogue en Avignon, et qu'on sait que tous les jours, il y a des policiers, des gendarmes qui sont blessés, je pense que le soutien aux forces de l'ordre, il ne devrait pas faire débat, il devrait faire l'unanimité dans la classe politique, donc si c'est le cas, tant mieux…

SALHIA BRAKHLIA
Donc vous invitez Gérald DARMANIN à ne pas retirer sa plainte contre Audrey PULVAR ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais ce n'est pas du tout ce que je viens de vous dire…

SALHIA BRAKHLIA
Je vous demande…

MARLENE SCHIAPPA
Je vous donne un avis en tant que responsable politique, que j'ai donné à plusieurs reprises, d'ailleurs, vous savez quand Audrey PULVAR... Audrey PULVAR a dit sur Twitter à Laurent SAINT-MARTIN qu'il se rapprochait dangereusement…

MARC FAUVELLE
Et qui est candidat aux régionales en Ile-de-France…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, qu'il se rapprochait dangereusement du Rassemblement national parce qu'il disait qu'il soutenait les forces de l'ordre, et moi-même, j'ai interpellé Audrey PULVAR en lui disant : c'est dangereux ce que vous faites Madame PULVAR, sous-entendre que soutenir les forces de l'ordre, c'est être d'extrême droite, c'est dangereux, parce que ça pousse tout un tas de gens honnêtes qui soutiennent la police et de bonne foi dans les bras du Rassemblement national, c'est mon avis. Et en tout cas, nous, à Paris, avec Laurent SAINT-MARTIN, pour les élections régionales, nous proposons la création d'une police régionale justement pour poursuivre ce continuum de sécurité, vous savez, la région, elle a comme compétences les transports, les lycées, 80 % des phénomènes de violence entre bandes ont lieu aux abords des lycées, et dans les transports, la région, elle a un job, faire en sorte que quand on prend le RER à 22h, on se sente en sécurité, ce n'est pas le cas. Doc avec Laurent SAINT-MARTIN, nous créerons…

MARC FAUVELLE
Bon, là, on vient de glisser, pardon, de la ministre Marlène SCHIAPPA à la candidate aux régionales.

MARLENE SCHIAPPA
C'est la même personne…

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, on va marquer une toute petite césure, oui, c'est la même, je n'en ai qu'une en face de moi, je vous le confirme. On va marquer une toute petite pause. Toujours avec Marlène SCHIAPPA, vous êtes donc candidat tête de liste à Paris sur les listes de Laurent SAINT-LAURENT.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

MARC FAUVELLE
Vous me le confirmez sur les listes de Laurent SAINT-MARTIN.

MARLENE SCHIAPPA
Le 20 et 27 juin.

MARC FAUVELLE
Voilà les dates sont confirmées elles aussi. Laurent SAINT-MARTIN qui propose pour les jeunes Franciliens un revenu d'urgence de 500 euros, est-ce que ça s'appelle un RSA jeune tout simplement ?

MARLENE SCHIAPPA
Non c'est pas le même projet, Laurent SAINT-MARTIN pour la région il veut faire de la jeunesse la grande cause de son mandat régional, avec toute une série de mesures à la fois pour soutenir les jeunes par exemple qui veulent entreprendre en créant des pépinières à la sortie des lycées, pour les aider et les soutenir y compris financièrement dans leur projet. Vous avez plein de jeunes de moins de 30 ans qui veulent entreprendre qui n'ont pas d'apport et c'est très compliqué pour eux, mais vous avez aussi des jeunes qui sont dans la grande difficulté et pour lesquels il y aura ce revenu d'urgence qui sera temporaire et qui permettra pour cette période de sortie de crise de les soutenir.

MARC FAUVELLE
Qui sera de 500 euros, c'est-à-dire quasiment le montant du RSA que le gouvernement refuse pour les jeunes.

MARLENE SCHIAPPA
Là l'idée ce n'est pas de créer une allocation, ce n'est pas de faire quelque chose de pérenne, c'est vraiment ce revenu d'urgence, c'est-à-dire vous êtes un jeune, vous êtes sortis du système scolaire, vous êtes sorti de la formation, vous n'avez pas encore d'emploi, ce revenu d'urgence il vous permet de garder la tête hors de l'eau pour un montant qui est vraiment un montant donné et ensuite de vous insérer. Vous savez que la formation, c'est une des compétences primordiales de la région…

MARC FAUVELLE
Mais pourquoi le proposer pour les jeunes Franciliens et pas et là je m'adresse à la ministre Marlène SCHIAPPA à tous les jeunes Français qui rament en ce moment ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça peut être une proposition qui peut inspirer et qui peut être reprise par toutes les autres régions. Mais pourquoi est-ce que c'est la région qui propose ça, parce que l'échelon de la région, c'est l'échelon qui est chargé de la formation, de l'accompagnement des jeunes vers leurs premiers jobs. Vous savez la région au fond c'est l'échelon Macroniste par excellence, c'est l'échelon qui investit dans les mobilités.

MARC FAUVELLE
La région c'est macroniste.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

MARC FAUVELLE
Et la ville, elle est quoi, le département ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous dire pourquoi, parce que la région elle investit dans les mobilités, elle investit dans les compétences et elle donne à chacun les moyens de réaliser sa vie et de sortir de ces inégalités de destins que pointe du doigt le président de la République.

SALHIA BRAKHLIA
Dans une tribune parue dans Le JDD vous accusez Valérie PECRESSE l'actuelle présidente de la région Ile-de-France de soutenir les associations réactionnaires, lesquelles ?

MARLENE SCHIAPPA
Beaucoup d'associations et là aussi je vais vous répondre. En fait moi ce que j'observe dans cette élection régionale c'est que vous avez 2 camps qui sont ambigus. le camp menée par Audrey PULVAR qui est ambiguë sur le soutien aux forces de l'ordre, qui est ambiguë sur les questions de laïcité, qui est ambiguë sur les questions universalisme et vous avez en face le camp de Valérie PECRESSE qui est ambigu sur la question des droits des personnes LGBT plus et d'ailleurs on voit que les réactions fébriles du camp d'Audrey PULVAR qui a passé toute une à tweeter contre moi et mes colistiers à la suite de la parution de cette tribune valide ce que nous dénonçons, c'est-à-dire que dans la liste d'Audrey PULVAR, vous avez notamment des gens, eh bien elle a confié ces politiques familiales à une personne proche de sens commun, elle ne s'engage pas.

SALHIA BRAKHLIA
Vous parlez de Valérie PECRESSE.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

MARC FAUVELLE
Valérie PECRESSE, Audrey PULVAR n'a pas embauché chez Sens commun, à ma connaissance en tout cas.

MARLENE SCHIAPPA
Non, chacun ses ambiguïtés. Valérie PECRESSE, elle est claire sur le sens à la police et la laïcité, Audrey PULVAR, elle est claire sur les droits des personnes LGBT plus, mais quand on inverse sur les sujets, vous avez des ambiguïtés. Nous, nous nous présentons de façon très claire et nous, nous soutiendrons les personnes LGBT plus, nous ne financerons aucune association qui soutient l'entrave à l'IVG, qui est proche de la Manif pour tous, qui est proche de sens commun et au contraire nous soutiendrons notamment ce beau projet du centre d'archives des luttes LGBT plus qui est un projet qui a été porté par des associations soutenues par la mairie de Paris, mais qui est un peu l'Arlésienne et qui ne voit pas jour pour l'instant. Nous, nous pensons que la région, elle a ce rôle à jouer et y compris dans la relance économique pour soutenir les lieux LGBT plus. À Paris vous avez beaucoup de lieux LGBT Plus qui sont en danger économiquement suite à la pandémie. La région au titre du développement économique se doit de les soutenir, nous, nous le ferons.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, un mot de l'article 24 de la loi sécurité globale qui a été censurée la semaine dernière par le Conseil constitutionnel, c'est l'article, il portait un autre nom depuis qui prévoyait de punir la diffusion malveillante d'images de forces de l'ordre. Est-ce que cette censure est une bonne nouvelle pour le gouvernement, est-ce que vous allez passer à la suite ou est-ce que vous allez le réécrire ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a un travail et le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN a indiqué qu'il y aurait un travail pour remplir l'objectif. L'objectif quel est-il ? C'est de pouvoir protéger des policiers et des gendarmes. Vous savez dans le cas du Beauvau de la sécurité, moi j'ai reçu, j'ai souhaité auprès du ministre de l'Intérieur consacrer une séquence du Beauvau de la sécurité à la question des familles, des femmes, des époux de policiers, des enfants et j'ai vu des petits garçons qui me disent qu'ils ne peuvent pas dire à l'école que leur papa est policiers, sans quoi ils sont harcelés ou frappés par leurs camarades. J'ai vu une femme me dire qu'elle avait vu le portrait de son mari placardé sur le mur dans le hall en bas de chez eux, comme si c'était Wanted pour appeler à la haine en direction de son mari policier. Cet article 24, il vise à protéger les policiers des appels à la haine qui peuvent exister notamment sur les réseaux sociaux.

MARC FAUVELLE
Donc vous souhaitez qu'il soit d'une façon ou d'une autre réécrit, réintroduit dans un texte législatif.

MARLENE SCHIAPPA
A titre personnel je souhaite qu'on puisse trouver la solution pour mieux protéger les policiers et faire en sorte que ces menaces elles ne prolifèrent pas. Le ministre de l'Intérieur a indiqué qu'il y avait une réflexion en cours sur ce sujet.

SALHIA BRAKHLIA
Une dernière question Marlène SCHIAPPA, comme les ministres participent aux manifestations désormais, on vous pose la question, le 12 juin à l'appel de plusieurs élus et associations une marche pour les libertés et contre les idées d'extrême droite va être organisée, est-ce que vous allez y participer ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je ne participe pas aux manifestations, je le déplore mais c'est une règle que je me suis fixée à partir du moment où j'étais au gouvernement et c'est très personnel, je n'oblige personne, mais que ce soit le rassemblement à la mémoire de Sarah HALIMI, ou le rassemblement contre les féminicides, je n'y ai pas participé, je suis évidemment contre les idées d'extrême-droite bien évidemment, ensuite il faut voir quelle est exactement le mot d'ordre, qui participent et quelles sont les revendications de cette manifestation.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Et bonne journée.

MARLENE SCHIAPPA
Vous également.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mai 2021